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Réintégration : Martinisme - Franc-Maçonnerie - Spiritualité
mercredi 30 décembre 2009
  Réintégration sagesse mage chevalier
*Réintégration sagesse mage chevalier*


A la première heure comme à la onzième heure du travail initiatique,
certains s'interrogent sur la façon de devenir Sage, Mage, Chevalier, de
marcher sur le chemin de la réintégration.

Pourtant la réponse selon Saint-Martin^1 <#sdfootnote1sym>, le
philosophe inconnu, serait un peu comme ceci : « avant de prétendre au
salaire, commencer par prétendre au labeur... Mais l'homme n'a point
voulu du labeur et aurait bien voulu du salaire ». L'homme nous dit
l'émule de Martinès de Pasqually s'est prétendu propriétaire alors qu'il
était locataire, il a aussi prétendu être propriétaire des biens dont
certains se disaient locataires. Des hommes ont fabriqués des titres de
propriétés !

Notre première propriété, c'est notre indigence ! Le Christianisme
revendique cette indigence qui nous oblige à développer nos capacités et
à chercher un emploi auprès de celui qui peut nous offrir une véritable
subsistance, notre pain quotidien, nous offrir la réintégration dans nos
véritables propriétés. Des hommes fiers de leurs titres, de leur lignée
oublient de mettre en oeuvre leur véritable « emploi » pour s'occuper de
ces titres, de cette lignée, et veulent s'enrichir de nouveaux titres,
de nouvelles lignées...

Ce philosophe inconnu^2 <#sdfootnote2sym> n'offre pas de recette
empirique pour une réintégration, il laisse les doctrines et les
recettes aux charlatans. Toutefois, il demande de se prêter à l'action
divine ! Dieu a tout disposé pour que nous empruntions le chemin de la
réintégration; encore faut-il y commencer la marche avant de prétendre
se reposer à l'étape, y recevoir nourriture et soins !


Joseph Pokoi était né à Bochau en Allemagne au début du 20e siècle, il
avait suivi une scolarité de qualité qui aurait pu lui permettre « un
bon emploi », il suivit ses parents sans se poser de question et il est
arrivé en France dans les années 20. Là, il est descendu dans les puits
de mine, mineur de fond, un métier qu'il connaissait depuis quelques
années. Il ne manifestait pas d'interrogation métaphysique, ni
religieuse. Il allait à la messe, comme d'autres, il allait au football,
comme d'autres, il s'est marié, comme d'autres, il eut quatre enfants,
comme d'autres, il travaillait son jardin, comme d'autres, il
nourrissait quelques lapins, comme d'autres, il lisait des romans, comme
quelques uns, il était père, mari, frère, oncle, cousin, neveu, ami,
collègue, comme d'autres.

Comme je « prétendais » parler allemand avec lui il m'a donné, par
plaisanterie, une leçon de sagesse, en utilisant le patois allemand pour
me demander des choses simples. Quelqu'un qui n'avait pas vécu en
Allemagne, qui avait appris l'allemand dans les livres ne pouvait
connaître ces choses simples du quotidien, ne pouvait lui répondre.

Leçon de vie, elle me disait, commence par vivre avant de prétendre
savoir …

Les « leçons » de vie, qui les reconnaît comme leçon ?

Joseph Pokoi n'aimait pas les soldats, n'aimait pas les armes, n'aimait
pas les guerriers, quand il avait rendu visite à son frère Aloys, qui se
voulait, lui, bon Allemand et fier soldat, si nécessaire, il avait vite
compris en voyant les forces hitlériennes sur quoi pouvait déboucher
l'activité des grandes gueules armées.

En 1942, sa fille lui était née au son du canon, les canadiens avaient
tenté un débarquement. La défaite canadienne n'avait pas eu prise sur
lui, héros ou homme de paix, il n'avait pas hésité malgré la botte
allemande à faire naturaliser sa fille dès qu'il avait pu, sans que
lui-même prétende à une quelconque naturalisation, allemand pour les
allemands, polonais né en Allemagne pour les Français et classé réfugié
par manque d'argent et, ou, de désir de porter un quelconque uniforme...

Joseph Pokoi n'avait pas hésité à désigner « l'occupant » à son
ingénieur qui lui demandait de travailler plus pour produire plus et à
poser la question qui pouvait être fatale : « pour qui ? »

Actes de résistance ?


Joseph Pokoi n'avait pas hésité non plus, une fois la libération venue,
et les prisonniers de guerre descendus à la mine, à partager le pain
(denrée comptée) avec « l'ennemi affamé ». le travail du mineur exige un
nombre de calories importants, une tranche de pain en moins pour l'un,
une tranche de pain en plus pour l'autre, les données vitales pouvaient
s'en trouver changées, pour chacun.

Une tranche de pain pour un affamé de 19 ans, un gaillard qui cherchait
le pois dans la soupe au pois servie au camp, la vie était plus belle.
Pas d'illusion, si les prisonniers avaient faim, les français vivaient
le rationnement, les bons, les cartes... et mettaient plusieurs années
avant d'obtenir un poêle ! La reddition allemande ne pouvait signifier
fin des difficultés !

Acte de collaboration avec « l'ennemi » alors que les prisonniers qui
osaient râler dans une mine voisine se retrouvaient « un peu »
ébouillantés pour avoir osé réclamé la nourriture nécessaire au travail
demandé et que les déportés étaient de retour ?


Actes d'un homme qui avait des « valeurs », la paix, la simplicité du
quotidien; des idées : vivre et laisser vivre.


La vie avait continué son train de sénateur, la retraite était venu, la
silicose avait permis d'acheter le téléviseur prometteur d'heures
d'agréments. Le football, le tiercé, une sortie au bistrot du coin, les
visites amicales et familiales, quelques courses rythmaient la vie de
cet homme qui avaient quelques qualités et quelques défauts. Une ballade
en voiture et c'était déjà toute une aventure, même si pour visiter la
famille il était apte à des parcours longs avec trains et autobus,
tramways... et pieds.

Lorsque cet homme est mort avait-il le droit de « réintégrer », lui qui
ne s'était jamais préoccupé de la virginité de Marie, de la divinité de
Jésus, lui qui philosophait en homme des profondeurs qui croisait la
mort chaque jour, et la peur du grisou souvent. Il n'avait jamais non
plus construit de cercles magiques pour gagner de l'argent, améliorer
son sort, ni même pour la guérison d'un enfant. La silicose l'avait
enlevé à sa famille en moins d'une semaine sur une bonne « bronchite ».
Sa femme avait suivie de 4 semaines, et ils avaient pu se retrouver,
là-haut, là-bas ou dans le sol gelé d'un automne glacial ou d'un 25
décembre …


Connaissait-il le problème de la réintégration ?

Connaissait-il les difficultés de la vie ?

Quand le soleil éclairait de ses rayons le jardin, il allait s'asseoir
sur une planche de bois, ni fauteuil, ni chaise longue, juste une
planche posée sur quelques briques. Le lilas lui offrait ses fleurs et
son ombre, au loin la colline de Lorette, quelques dizaines de milliers
de morts, lui montrait la destination finale du héros, mort pour la
France, et de l'homme content de ce que Dieu lui accordait chaque jour:
un rayon de soleil, un nuage, une pluie, un flocon de neige, un, ni deux
ni trois, suffisait.

Avait-il répondu à l'appel d'une divinité ? Avait-il lu la torah, le
Zend, avait-il était fait prince rose-croix, ou chevalier du temple ?
Homme, il était homme, père, il était père, mari, il était mari, il
avait fait le plein d'autres dignités, il portait en son coeur les
cordons de la fraternité, les sautoirs de l'amitié, la robe de
l'espérance, le manteau de celui qui connait le bien et le mal ! Il
vivait, il faisait, là où il était ce qu'il devait faire, il profitait
de ce dont il pouvait profiter. S'était-il réconcilié sur Terre ou au
ciel ? Avait-il réintégré l'honorable société céleste ? Assis sur son
nuage, était-il angelot souriant ?

Il se nommait Joseph Pokoi, Joseph Paix.

aloys louis
pokoi paix en polonais

1 <#sdfootnote1anc>Lettre à un ami sur la révolution.

2 <#sdfootnote2anc>Le nouvel homme

 
lundi 21 décembre 2009
  zohar tome II extrait pages 0 à 57
*ZOHAR*

*tome II*,

version 1906-1911

Jean de Pauly

Zohar

Première partie

*Fin du commentaire *

*sur*

*La Genèse*

IV

Section Vayerà

(folio 97a à 120b


Section Vayerà


*ZOHAR., I. – 97a*


Fol. 97a. Rabbi Hiyâ ouvrit /une de ses conférences de la manière
suivante : Il est écrit /^/a/ : « Les fleurs paraissent sur la terre; le
temps de chanter (eth ha-zamir) est venu, et la voix de la. tourterelle
se fait entendre dans notre pays. » /Les paroles /: « Les fleurs
paraissent sur la terre... » /ont la signification suivante/ : Lorsque
le Saint, béni soit-il, créa le monde, il donna à la terre toute la
force génératrice dont elle a besoin. Mais cette force resta renfermée
dans ses fleurs et ne s'est manifestée par aucune production de fruits
jusqu'à la création de l'homme; ce n'est qu'après que l'homme eut été
créé, que la force génératrice de la terre devint visible au monde; ce
n'est qu'alors, qu'en reproduisant des fruits, la terre manifesta au
dehors la force génératrice qu'elle tenait cachée jusque-là dans ses
flancs. De même, le ciel n'accorda aucun aliment à la terre jusqu' à
l'arrivée d'Adam, ainsi qu'il est écrit ^b

« Et avant que toutes les plantes des champs fussent sorties de la terre
et que toutes les herbes de la campagne eussent poussé; car le Seigneur
Dieu n'avait pas encore fait pleuvoir sur la terre; et il n'y avait
point d'homme pour la labourer. » Ainsi, tous les produits du ciel,
aussi bien que ceux de la terre, n'ont pas paru avant la création de
l'homme; le ciel retenait la pluie et la terre retenait cachée clans son
intérieur la force génératrice dont elle a été pourvue. Mais, dés que
l'homme a paru, aussitôt « les fleurs ont paru sur la terre », et toutes
les forces de la nature, demeurées


a) Cant., 1, 12, - b) Gen., II, 5.

(3)


*ZOHAR, I. – 97a, 97b*

cachées jusque-là, se montrèrent. /L'Écriture ajoute/ : « ... Le temps
de chanter (eth ha-zamir) est venu. » C'est dès ce moment que le chant
des hymnes en l'honneur du Saint, béni soit-il, a été établi ; car ce
chant n'était pas entendu avant la création de l'homme. L'Écriture
ajoute : « ... La voix de la tourterelle se fait entendre dans notre
pays. » C'est le Verbe du Saint, béni soit-il, qui [97b] n'existait pas
en ce monde avant la création de l'homme. Mais dès que l'homme a paru
dans le monde, tout a paru avec lui. Après que l'homme eut péché, tout a
été ôté de ce monde; et la terre a été maudite, ainsi qu'il est écrit ^a
: « que la terre soit maudite à cause de toi, etc. » Et ailleurs ^b il
est écrit « Quand tu cultiveras la terre, elle ne te donnera point son
fruit. » Et ailleurs ^c : « Elle te produira des épines et des ronces. »
Ensuite, Noé arriva et inventa la bêche et la charrue. Mais après,
/l'Écriture /^/d/ / dit de lui/ : « Et il but du vin, s'enivra et parut
nu dans sa tente. » Après Noé, les habitants de ce monde se sont rendus
coupables devant le Saint, béni soit-il. A la suite de tous ces péchés,
les forces de la terre furent cachées à nouveau, comme c'était le cas
avant la création de l'homme. Tel était l'état du monde avant l'arrivée
d'Abraham. Mais dès qu'Abraham vint au monde, aussitôt « les fleurs ont
paru sur la terre » ; les forces cachées jusqu'alors dans l'intérieur de
la terre se firent jour à nouveau. /Le terme/ : « Le temps de chanter
est venu » désigne l'heure où le Saint, béni soit-il, ordonna à Abraham
de se circoncire ; car c'est grâce à l'Alliance, dont la circoncision
est la marque, que tous les événements énumérés dans ce verset se sont
accomplis; c'est grâce à elle que le monde fut affermi et que le Verbe
du Saint, béni soit-il, se manifesta à Abraham, ainsi qu'il est écrit^e
: « Et le Seigneur apparut à Abraham. »

Rabbi Éléazar commença /à parler de cette façon/ : Le verset précité a
rapport à la circoncision d'Abraham. Tant qu'Abraham, ne fut pas
circoncis, Dieu ne lui parla qu'à l'échelle inférieure, sans que les
degrés supérieurs de l'essence divine se fussent joints au degré
inférieur. Mais dès qu'Abraham fut circoncis, « les fleurs ont paru sur
la terre ». L'Écriture veut dire que les autres degrés de


a) Gen., III, 17. - b) Ibid., IV, 12. - c) Ibid., III, 18. - d) Ibid.,
IX, 21_. - e) Ibid., XVIII, 1.

(4)


*ZOHAR. I. - 97b, 98a*

l'essence divine furent joints en ce moment au degré inférieur. Les
paroles « eth hazamir » /ne signifient pas : le temps de chanter est
venu/, mais : le temps de tailler la vigne « est venu », ce qui veut
dire : le temps de la circoncision (/ou le moment de retrancher la
partie des démons qui adhère aux hommes/). L'Écriture ajoute : « Et la
voix de la tourterelle se fait entendre dans notre pays. » Ces paroles
désignent la voix qui émane [98a] de Celui qui est l'essence intérieure
de tout. « Et la voix est entendue » : c'est la voix qui produit le
Verbe qui ordonna à Abraham la circoncision pour le rendre parfait.
Remarquez qu'avant d'être circoncis, Abraham ne connut que le degré
inférieur de l'essence divine, ainsi que cela a été déjà dit^ ^*a* .
Mais aussitôt qu'Abraham se fut circoncis, l'Écriture^^*b* dit : « Et le
Seigneur apparut à lui. » Que veut dire l'Écriture par le mot « à lui »?
L'Écriture ne veut certainement pas dire par là que le Seigneur apparut
à Abraham, attendu qu'il n'y a pas le mot « à Abraham ». Et comme Dieu
lui était déjà apparu même avant sa circoncision, quel avantage Abraham
aurait-il obtenu par sa circoncision ? Il y a là un sens caché : « A lui
» signifie au degré qui s'adressait à Abraham, ce qui n'a pas eu lieu
auparavant; c'est alors seulement que la voix s'est révélée et s'attacha
au verbe, lorsque Dieu lui parla. L'Écriture ^c ajoute « ... Et il était
Assis à la porte de sa tente. » L'Écriture ne nous dit pas qui était
assis. Mais dans ces paroles se trouve renfermé un mystère de la Sagesse
éternelle; l'Écriture nous apprend qu'après la circoncision d'Abraham,
tous les autres degrés de l'essence divine vinrent se joindre au degré
inférieur. Remarquez que les paroles : « Et le Seigneur apparut à lui »
font allusion au mystère de la voix qui se fit entendre en s'ajoutant au
Verbe et en se révélant avec lui. L'Ecriture ajoute : « ... Et il était
assis à la porte de la tente. » Ces paroles désignent le monde suprême,
à la porte duquel Abraham était assis, pour en recevoir la lumière.
Enfin, l'Ecriture ajoute :

« … Lorsque la chaleur du jour se fit sentir. » Ces paroles signifient
qu'Abraham s'est attaché à ce degré de l'essence divine qui répand la
lumière du côté droit. D'après une autre interprétation,


a) V. fol 88b. - b) Gen., XVIII, 1. - c) Gen., XVIII, 1.

(5)

*ZOHAR, 1. - 98a, 98b, 99a*

les mots : « ... Lorsque la chaleur du jour se fit sentir » signifient :
lorsque les divers degrés de l'essence divine éprouvèrent le désir de se
joindre les uns aux autres.

[98b] /Il est écrit/ : « Et le Seigneur lui apparut. » Rabbi Abba dit :
Tant qu'Abraham n'était circoncis, son esprit était fermé; mais aussitôt
qu'il s'est circoncis, tout lui a été révélé et la Schekhina s'est
attachée à lui d'une manière parfaite et convenable. Remarquez que
l'Écriture dit : « ... Et il était assis à la porte de sa tente. » « Il
» désigne le monde supérieur qui repose sur le monde inférieur. Et à
quel moment ? Au moment où un juste désire y demeurer. L'Écriture ^a
ajoute immédiatement après : « Et il leva ses yeux et vit trois hommes
qui se tenaient, près de lui. » Qui étaient ces trois hommes ? Ce sont
Abraham, Isaac et Jacob qui étaient placés auprès de lui, auprès du
degré de l'essence divine ^*1* qui [99a] s'alimente d'eux. Tel est le
sens des paroles suivantes de l'Écriture : « Aussitôt qu'il les eut
aperçus, il courut de la porte de sa tente au devant d'eux et se
prosterna à terre. » Cela veut dire que le degré inférieur éprouve
toujours le désir de s'unir aux patriarches et sa joie consiste à être
attirée par eux. C'est pourquoi l'Écriture dit : « ... Et se prosterna à
terre », pour placer le trône céleste auprès d'eux (/des patriarches/).
*Remarquez que le Saint, béni soit-il, choisit le roi David pour servir,
à côté des trois patriarches, de quatrième*^*^1 <#sdfootnote1sym>* *
pied *^*b* * du trône céleste*. Bien que David lui-même serve de trône
aux patriarches, il constitue un des pieds du trône céleste quand il est
uni avec les patriarches. C'est pourquoi Dieu ôta la royauté au roi
David pendant sept ans, afin qu'il s'attachât aux patriarches, ainsi que
cela a été expliqué.

Rabbi Abba ouvrit /une de ses conférences de la manière suivante/ : Il
est écrit ^*c* : « Qui est-ce qui montera sur la montagne du Seigneur?
et qui est-ce qui s'arrêtera dans son lieu saint? » Remarquez


1. D'après cette interprétation, on voit que le Zohar ne prête pas aux
mots « et il leva ses yeux » le sens littéral (c'est-à-dire qu'Abraham
leva ses yeux). Ici « il » signifie toujours le degré de l'essence
divine en question.

a) Gen. XVIII. 2. - b) Cf. Exode Rabba, XXXII, 12. - c) Ps. XXIV, 3

(6)

*ZOHAR, I. - 99a, 99 b*

que tous les habitants de ce monde ne voient guère la base sur laquelle
ils s'appuient en ce monde. Les jours montent au ciel et se tiennent en
présence du Saint, » béni soit-il ; car les jours, eux Aussi, ont été
créés ^*a* . Tous les jours qui constituent le temps, se tiennent en
présence de Dieu. Chaque jour naît et meurt, et, quand il est mort, il
remonte en haut pour paraître de nouveau dans la présence de Dieu.
Ainsi, à chaque homme est fixé, au moment de sa naissance, un certain
nombre de jours; quand tous les jours accordés à son existence sont
morts, l'homme disparaît aussi. D'où savons-nous que les jours aussi ont
été créés ? Nous le savons des paroles de l'Écriture^^ ^*b* : « Les
jours ont été créés. » Et quand tous les jours fixés à l'existence d'un
homme sont arrivés au terme de leur mission, ils s'approchent tous du
Roi suprême, ainsi qu'il est écrit ^*c* : « Et les jours de David
s'approchaient de leur fin. » Et il est également écrit^ d : « Et les
jours d'Israël s'approchaient de leur fin. » Ainsi, tant que l'homme vit
en ce bas monde, il ne voit ni n'examine la base sur laquelle son
existence est appuyée; chaque jour qui apparaît et qui disparaît lui
semble un objet vain et dépourvu de toute importance. Lorsque l'âme
quitte ce bas monde, elle ignore la route sur laquelle on va la
conduire; car la route qui conduit à la région de lumière où rayonnent
les âmes supérieures [99b], n'est pas la même pour toutes les âmes qui
arrivent de ce bas monde ; c'est suivant la conduite que l'homme a eue
durant sa vie, que son âme est dirigée après sa mort par telle ou telle
voie^^2 <#sdfootnote2sym> pour arriver à la région des âmes. Remarquez
que si l'homme s'attache, durant sa vie, au Saint, béni soit-il, et
qu'il soupire toujours après lui, son âme, après sa séparation du corps,
sera conduite directement vers la région supérieure, pour y jouir
immédiatement de cette lumière après laquelle elle avait soupiré durant
son séjour en ce bas monde. Rabbi Abba dit : Je me trouvais un peur dans
une ville qui avait été habitée autrefois par des Orientaux. Les
habitants de cette ville m'ont communiqué la science que les aborigènes
connaissaient dès les temps les plus reculés. Ils en ont trouvé les
livres dont ils m'ont montré un. J'y ai lu ce qui suit :


a) V. Z., II, fol. 23 b. - b) Ps. CXXXIX, 16. - c) IIIe Rois, II, 1.- d)
Gen., XLVII, 23

(7)

ZOHAR, I. — 99b, 100a, 100b

L'homme s'attire toujours l'esprit après lequel il soupire en ce bas
monde. Si l'homme soupire après la Parole suprême sainte, et y attache
constamment sa pensée, il attire à lui cette Parole sainte de haut en
bas. Mais s'il soupire après l'autre côté, et qu'il y attache
constamment sa pensée, il attire l'esprit de l'autre côté. Il était
écrit en outre, dans ce livre, que tout dépend de la parole, de l'acte
et de la volonté; c'est suivant la parole qu'on prononce, l'acte qu'on
accomplit et le désir qu'on éprouve, qu'on attire ici-bas le côté auquel
on s'attache. J'ai trouvé également, dans ce livre, tous les rites du
culte des astres, les paroles qu'il faut prononcer pendant les
cérémonies et l'intention qu'on doit avoir pour [100 a] attirer en bas
l'esprit impur du démon. Il y était dit également que l'homme désireux
de s'attacher à l'Esprit Saint doit accomplir certains actes, prononcer
certaines paroles et avoir le désir ardent d'attirer à soi cet Esprit de
haut en bas. Il y était dit, enfin, que l'esprit que l'homme s'est
attiré durant sa vie attirera son âme lorsqu'elle sera séparée du corps
; si l'homme s'est attiré l'Esprit Saint, c'est celui-ci qui attirera
son âme ; et si l'homme s'attire, durant sa vie, l'esprit impur, c'est
celui-ci qui en attirera l'âme. Si c'est l'Esprit Saint qui attire
l'âme, celle-ci est élevée dans les régions supérieures où, incorporée
dans la légion des anges sacrés, elle devient la servante du Saint, béni
soit-il, ainsi qu'il est écrit ^a : «... Et je te donnerai accès parmi
ceux qui se tiennent debout devant moi. » Mais, si elle est attirée par
l'esprit du démon, elle est projetée du côté du démon et, s'attachant au
mauvais esprit, elle devient elle-même un de ces démons qui sont appelés
« plaies des hommes ». Lorsqu'une telle âme quitte ce monde, elle est
jetée dans cette partie de l'enfer où sont jugés les hommes qui ont
souillé leur corps et leur esprit. Ensuite on la tire de là et on la
jette du côté des démons, auxquels elle s'attache, et près desquels elle
devient elle-même un de ces démons appelés « plaies des hommes ^b ».
J'ai dit aux habitants de la ville qui m'ont montré ce livre : Mes
enfants, ces paroles ont de l'analogie avec celles de la doctrine
sainte. Cependant, vous devez vous tenir à distance de ces livres, afin
qu'ils ne [100b] vous séduisent et ne vous tentent de vous adonner aux

a) Zacharie, III, 7. — b) V. 29 a.

(8)

ZOHAR, I. — 100b

cultes dont les cérémonies y sont décrites, ni de vous attirer l'esprit
du mauvais côté dont il est question ; cela pourrait, — ce qu'à Dieu ne
plaise, — vous détourner du culte du vrai Dieu. Car tous ces livres sont
propres à pervertir le coeur de l'homme. Les Orientaux étaient sages ;
ils ont hérité leur sagesse d'Abraham qui l'avait transmise aux enfants
de ses concubines, ainsi qu'il est écrit ^a : « Et il fit des présents
aux fils de ses concubines ; et, de son vivant, il les sépara de son
fils Isaac, en les envoyant habiter le pays de l'Orient. » Mais ces
enfants des concubines ont altéré la science qu'Abraham leur avait
transmise et se sont attiré l'esprit de l'autre côté. Par contre, la
postérité d'Isaac, à partir de Jacob, a conservé intacte cette science,
ainsi qu'il est écrit ^b : « Abraham donna à Isaac tout ce qu'il
possédait », ce qui veut dire qu'il lui donna la partie sainte de la foi
à laquelle Abraham était toujours attaché ; et c'est de cet héritage
qu'est sorti Jacob, dont l'Écriture ^c dit : « Et le Seigneur se tenait
à côté de lui. » Et ailleurs ^d il est écrit : et tu es Jacob mon
serviteur ^1 e . » C'est pourquoi il convient à l'homme de s'attirer
l'esprit du Saint, béni soit- il, et de s'attacher notamment à lui,
ainsi qu'il est écrit ^f : « Tu t'attacheras à lui. » Remarquez que
l'Écriture ^g demande : « Qui est-ce qui montera sur la montagne du
Seigneur ? et qui s'arrêtera dans son lieu saint ? » Et elle répond ^h :
« Ce sera celui dont les mains sont propres et le coeur pur. »
L'Écriture veut dire : celui qui n'a jamais attiré l'esprit du démon qui
commence toujours à souiller les mains avant da mouiller les corps de
ceux qui l'attirent. C'est pourquoi l'Écriture dit : « Ce sera celui
dont les mains sont propres. » Par les mots « ... Et le coeur pur »,
l'Écriture veut dire : celui qui n'a jamais eu le désir d'attirer
l'esprit du démon, mais dont le coeur a toujours éprouvé le besoin de
faire la volonté du Saint, béni soit-il. Enfin, l'Ecriture ajoute : «
... Qui n'a point pris son âme en vain. » le mot « naphscho » (son âme),
bien qu'écrit avec un Vav, est


1. Nos éditions bibliques portent : « Tu es Israël, mon serviteur. »

a) Gen., xxv, 6, cf. Talmud, tr. Baba Bathra, 91b. — b) Ibid., xxv, 5. —
c) Ibid., XXVIII, 13. — d) Ibid., XXVIII, 8. — e) Isaïe, XLI, 8, ou
XLIV, 1. — f) Deutéronome, X, 30. — g) Ps., XXIV, 3. — h) Ibid., XXIV, 4.

(9)

ZOHAR, I. — 100b, 101a

ponctué de façon à être prononcé « naphschi » (mon âme), comme si le mot
était écrit avec un Yod. Voici l'explication qui en a été donnée. [101a]
« Naphschi » se rapporte à l'âme de David qui était du côté de la foi,
alors que « naphscho » désigne l'âme de l'homme dont on parle. Car
lorsque l'âme quitte ce bas monde, elle est associée aux autres âmes
saintes en haut, grâce aux bonnes oeuvres accomplies en ce monde, ainsi
qu'il est écrit ^a : « Je marcherai devant le Seigneur dans le pays de
la vie. » Et quand l'homme sera-t-il jugé digne de voir son âme associée
aux âmes saintes d'en haut ? David répond : « ... Quand il n'aura pas
pris son âme en vain. » C'est alors ^b « qu'il recevra du Seigneur la
bénédiction, etc. » Remarquez qu'après sa circoncision, Abraham a
souffert de l'opération. Le Saint, béni soit-il, lui envoya trois anges
qui lui apparurent, non pas en vision, mais en réalité, pour le saluer.
Mais, objectera-t-on peut-être, comment les anges ont-ils pu paraître en
réalité, alors qu'il est impossible de voir un ange, /qui est un être
immatériel/, ainsi qu'il est écrit ^c : « Qui fit ses anges d'esprit et
ses ministres de flammes ? » Mais la vérité est qu'Abraham a vu en
réalité les anges descendre sur la terre sous la figure d'hommes. Que
cela n'étonne. Car, bien que les anges soient de purs esprits saints,
ils sont revêtus d'une enveloppe matérielle lorsqu'ils descendent en ce
bas monde, où ils apparaissent aux hommes sous une forme semblable à la
leur ^d . Remarquez qu'Abraham avait aperçu les anges sous la forme
d'hommes; et, bien qu'il ait été souffrant à la suite de la
circoncision, il s'empressa de courir au devant d'eux, pour ne pas
paraître moins hospitalier après sa circoncision qu'avant. Rabbi Siméon
dit : Il est certain qu'Abraham a aperçu les anges sous leur forme
réelle, et non pas sous celle d'hommes. Nous le savons des paroles
suivantes de l'Écriture° : « Et il dit : Seigneur (Adonaï), si j'ai
trouvé grâce devant tes yeux, ne passe pas la maison de ton serviteur
sans t'y arrêter. » Ainsi, Abraham se servit du mot « Adonaï »; or, ce
nom qui commence par les lettres Aleph et Daleth, est celui de la
Schekhina. Car


a) Ps., CXVI, 9. — b) Ibid., XXIV, 5.—c) Ibid., CIV, 4.— d) V. fol. 34
a, 58 a et 144 a. — e) Gen., XVIII, 3 , Cf. T., Tr. Schebouoth, 34 b.

(10)

ZOHAR, I. — 101 a, 101 b


Abraham a vu arriver la Schekhina sous laquelle planent ces trois anges
de trois couleurs différentes qui lui servent de trône ^a . Abraham n'a
aperçu la Schekhina que maintenant qu'il était circoncis ; mais il n'a
jamais pu la voir avant sa [101 h] circoncision. Avant, il a pris pour
des hommes les trois couleurs qu'il apercevait de temps à autre ; mais,
après sa circoncision, il a su que ce sont des anges qui, planant
au-dessous de la Schekhina, en forment le trône. Il s'est aperçu que ces
anges sont venus à titre de messagers célestes lorsque ceux-ci lui ont
demandé ^b : « Où est (aïeh) Sara ta femme ? » Dans ces paroles, les
anges lui ont annoncé la bonne nouvelle de la naissance d'Isaac. Car le
mot « elav » porte des points au-dessus des lettres Aleph, Yod et Vav ^1
. Ils lui ont fait ainsi allusion au Saint, béni soit-il. L'écriture
ajoute : « Il leur répondit : Elle est dans la tente. » Et ailleurs il
est écrit ^c : « … une tente qui ne sera point transportée ailleurs ;
les pieux qui l'affermissent en terre ne s'arracheront jamais; et tous
les cordages qui la tiennent ne se rompront point. » Remarquez que le
mot « elav » est pourvu de points sur les lettres Aleph, Yod et Vav pour
être lu « aïo ». Mais pourquoi l'Écriture dit-elle immédiatement après «
aïeh », avec un Hé ? Parce que l'union du mâle ^1 et de la femelle doit
être une union parfaite dans le mystère de la foi. C'est pourquoi
Abraham a répondu : « Elle est dans la tente. » C'est là qu'est le noeud
de tout et c'est là qu'elle (la Schekhina) réside ^3 . /Il est écrit/ :
« et ils lui dirent : Où est Sara ta femme ? » Les anges ne savaient-ils
donc pas que Sara était dans la tente ? Pourquoi donc demandaient-ils :
« Où est Sara, ta femme ^d ? » Mais la vérité est que, lorsque les anges
descendent en ce bas monde, ils ne savent rien de plus que ce qu'il leur
est indispensable de savoir pour l'accomplissement de leur mission.
Remarquez que l'Écriture dit ^e : « Je passerai cette nuit-là par
l'Égypte et je frapperai dans les terres des Egyptiens tous les
premiers-nés, depuis l'homme jusqu'aux bêtes,


1.le mot *** porte des points au-dessus des lettres aeph, *** ***. — 2.
Ou du principe mâle ». Cf. fol. 103b, p. 17. — 3. Passage très obscur.

a) V. fol. 91a. — b) Gen., XVIII, 9. — c) Isaïe, XXIII, 20. — d) Cf. T.,
tr. Baba Metzia, 87b. — e) Exode, XII, 12.

(11)

ZOHAR, 101 b, 102 a

et j'exercerai mes jugements sur tous les dieux de l'Égypte, moi-même
qui suis Le Seigneur. » : Le Saint, béni soit-il, a pourtant de nombreux
messagers et de nombreux anges ; et cependant il a passé lui-même en
Egypte, parce que, hors le Saint, béni soit-il, lui-même, aucun ange
n'aurait pu distinguer entre l'enfant qui est réellement premier-né et
celui qui ne l'est pas. Une autre preuve de ce qu'on vient de dire se
trouve dans le verset suivant ^a : « Et le Seigneur me dit: Passe au
travers de la ville, au milieu de Jérusalem, et marque un Thav sur le
front des hommes, etc. » Or, de ce que Dieu a fait marquer le Thav sur
le front, résulte clairement que les anges ne savent que, ce qu'on leur
communique pour qu'ils puissent accomplir leurs missions. De même, si
les anges savent parfois ce que le Saint, béni soit-il, a résolu de
faire dans ce monde, c'est que le Saint, béni soit-il; proclame lui-même
dans tous les cieux les événements qui arriveront dans ce monde. De
même, lorsque l'ange destructeur sévît [102 a] dans ce bas monde,
l'homme doit se cacher dans sa maison et ne pas se montrer sur la rue,
pour que l'ange exterminateur ne puisse le léser, ainsi qu'il 'est écrit
^b « ... Mais vous ne sortirez de la porte de votre maison jusqu'au
lendemain matin. » Mais, si l'on peut se cacher devant l'ange,
exterminateur, on ne peut pas se cacher devant le Saint, béni-soit-il,
ainsi qu'il est écrit ^c « Un homme peut-il se cacher sans que je le
voie, dit le Seigneur? » Après que les anges eurent demandé à Abraham «
Où est Sara ta femme », et après qu'il leur eut répondu « Elle est dans
la tente », ils lui apprirent la bonne nouvelle, ainsi qu'il est, écrit
^d « il dit à Abraham : Je reviendrai te voir dans un an, et Sara ta
femme aura un fils. » C'est parce que l'ange ne voulait pas annoncer
cette nouvelle en présence de Sara. Remarquez qu'on trouve dans ces
paroles une règle de bienséance avant qu'Abraham ne les eût invités à
manger, ils ne lui avaient rien dit; ce n'est qu'après avoir mangé,
qu'ils lui communiquèrent la bonne nouvelle. C'était pour qu'Abraham
n'eût paru les invités à manger uniquement parce qu'ils lui avaient
apporté une bonne nouvelle. L'Écriture dit :

a) Ezéchiel, IX ,4. — b) Exode, XII, 22. — c) Jérémie, XXIII, 24. —
Gen., X, 18

(12)

ZOHAR, I — 102 a, 102 b

« Et ils ont mangé. » Comment peut-on admettre chose pareille ? Les
anges célestes mangent-ils donc ? Mais la vérité est que, pour l'honneur
d'Abraham, ils faisaient semblant de manger^ a . Rabbi Eléazar dit : le
terme « ils ont mangé » doit être pris à la lettre ; ils ont réellement
mangé; car les anges sont un feu qui se nourrit d'un autre feu ; ce feu
qui sert de nourriture aux anges et qui est invisible Aux yeux des
hommes émane de ce degré séfirotique, c'est à dire de la Sephirâ «
Hésed. » (ou Grâce), dont Abraham est l'image, et c'est cette nourriture
qu'Abraham leur a servie. Remarquez que tout ce qu'Abraham mangeait
était à l'état de la pureté légale ; c'est pourquoi il a pu servir ces
mets aux anges qui en ont mangé. Il conservait sa maison dans un tel
état de pureté, qu'il était impossible à un homme impur de s'en
approcher. Et quand Abraham a vu un homme essayer de s'approcher de sa
maison sans pouvoir y parvenir, il a compris que cet homme était impur,
et il lui fit subir, soit l'ablution purificatrice, soit l'isolement
durant sept jours, conformément à la loi. Remarquez que l'Ecriture ^b
dit : « Si un homme d'entre vous a été atteint d'impureté pendant la
nuit, il sortira du camp. » Et pour laver cette impureté l'Ecriture
ajoute : « ... Qu'il se lave vers le soir dans l'eau. » Mais il y a un
autre genre [102 b] d'impureté, telle que la gonorrhée, ou les
menstrues; pour ces deux cas d'impureté le bain purificateur ne suffit
pas. Soit que la pollution ait précédé le genre d'impureté ou qu'elle
l'ait suivi, dans aucun cas le bain ne suffit pour rétablir la pureté de
l'homme. Abraham et Sara se sont occupés à faire subir aux impurs
l'ablution, purificatrice ; lui la fit subir aux hommes, elle aux
femmes. Pourquoi Abraham s'est-il occupé à purifier les hommes ? Parce
que lui-même était pur, et qu'il porte le nom de « pur », ainsi qu'il
est .écrit ^c : « Qui peut rendre pur celui qui est né d'un sang impur ?
n'est ce pas toi seul qui le peux ? » Or, ce verset s'applique à Abraham
qui descendait de Tharé ^d . Rabbi Siméon dit : Abraham voulait
atteindre l'échelle dont il est l'image et qui est appelée « eau »
(maïm) ; et c'est pourquoi il s'efforçait de purifier le genre humain à
l'aide de

a) Cf. Genèse Rabba, XVIII, 8 - b) Deutér., XXIII, 11. - c) Job, XIV, 4.
– d) V. Z. III, fol 176b

(13)

ZOHAR, 1. - 102 b

l'eau ^a . Dès que les anges se sont présentés chez Abraham, les
premières paroles qu'il leur a adressées étaient ^b : « Qu'on apporte un
peu d'eau. » Abraham s'efforçait ainsi d'atteindre ce degré céleste où
les eaux- se trouvent, et .c'est pourquoi il a purifié tous les hommes;
il les a purifiés du culte de l'idolâtrie, et il les a purifiés de
toutes les autres souillures. Et de même que lui s'occupait à purifier
los hommes, Sara de son côté s'était consacrée à purifier les femmes; de
sorte que tous ceux qui venaient dans la maison d'Abraham devenaient
purs. Remarquez qu'Abraham avait planté un arbre dans tous les pays
qu'il habita successivement; mais nulle part l'arbre n'a réussi de
manière convenable que sur la terre de Chanaan. Grâce à cet arbre,
Abraham a su distinguer entre un homme uni au Saint, béni soit-il, et un
homme attaché au culte de l'idolâtrie. Quand un homme uni au Saint, béni
soit-il, s'asseyait sous cet arbre, celui-ci étendait ses branches
au-dessus de la tête de l'homme en question et l'enveloppait de son
ombre bienfaisante; mais quand c'était un homme attaché au culte de
l'idolâtrie qui s'asseyait au pied de cet arbre, celui-ci perdait son
ombre en élevant ses branches dans une position verticale. Dans ce
dernier cas, Abraham savait qu'il avait devant lui un pécheur; aussi
s'efforçait-il de le convertir et ne le quittait-il jusqu'à ce qu'il
l'eût ramené à la foi en le Saint, béni soit-il. Ainsi, l'arbre
d'Abraham n'était accessible qu'aux hommes purs ; les hommes impurs ne
pouvaient s'en approcher. Quand Abraham constatait l'impossibilité dans
laquelle se trouvaient certains hommes d'approcher de son arbre, il en
déduisait que ces hommes se trouvaient dans un état d'impureté, et leur
faisait subir l'ablution purificatrice. Une source jaillissait au pied
de l'arbre ; si l'impureté de l'homme était de nature à disparaître à
l'aide d'une ablution, la source faisait jaillir ses eaux et l'arbre
dressait ses branches en haut ; alors Abraham comprenait que cet homme
'avait besoin d'une ablution purificatrice. Mais si l'arbre dressait ses
branches en haut, sans que la source fit jaillir ses eaux, Abraham en
déduisait que l'impureté de l'homme n'était pas de nature à disparaitre

a) Cf. Tanhouma sur ce verset. - b Gen., XVIII, 4,

(14)

ZOHAR, I. -102 b


à l'aide d'une ablution, mais qu'il fallait isoler l'homme pendant sept
jours. Remarquez que, lors même de la visite des anges, il leur dit ^a :
« Reposez-vous sous cet arbre.» Car Abraham voulait les mettre à
l'épreuve, à l'aide de cet arbre qui lui servait à examiner tout le
monde. Quant au sens spirituel de ces mots, Abraham désignait le Saint,
béni soit-il, sous le nom d'Arbre : Asseyez-vous, disait Abraham à ses
hôtes, sous l'Arbre de la vie de tout le monde ; mais ne vous asseyez
pas sous l'arbre de l'idolâtrie. Remarquez en outre, que le péché d'Adam
avait pour objet l'Arbre du Bien et du Mal, ainsi qu'il est écrit ^b : «
Mais ne mange point de l'Arbre de la science du bien et du Mal, etc. »
C'est pour avoir transgressé ce commandement de Dieu qu'Adam a causé la
mort de tous les hommes en ce bas monde, ainsi qu'il est écrit ^c : «
Empêchons donc maintenant qu'il ne porte sa main à l'Arbre de vie, qu'il
ne prenne aussi de son fruit et que, le mangeant, il ne vive
éternellement. » Lorsqu' Abraham vint au monde, il répara le mal causé
par Adam à l'aide de l'Arbre de vie, car il fit connaître la Foi à tout
le monde^ ^d .

Il est écrit ^e « Et il dit : Je reviendrai chez toi dans un an. » Rabbi
Isaac demanda : Pourquoi l'Écriture dit-elle : « Je reviendrais… » au
lieu de : « Il reviendra... », attendu que la clef de la fécondation des
femmes stériles se trouve entre les mains du Saint, soit-il, lui-même,
et n'est confiée à aucun autre ange messager conformément à la tradition
^f suivant laquelle trois clefs ne sont confiées à aucun messager
céleste : celle de la parturition, celle de la résurrection et celle des
pluies; or, la clef de la fécondation n'étant confiée à aucun ange
messager, pourquoi l'ange dit-il : « Je reviendrai chez toi dans un an ;
et Sara ta femme aura un fils » ? Mais il est certain que ce fut le
Saint, béni soit-il, qui prononça ces paroles; et c'est pourquoi il est
écrit : « Je reviendrai chez toi, etc.. » Remarquez, en outre, que,
partout où l'Écriture emploie le terme « il dit » (vayomer) ^g , sans
désigner celui qui dit, ou « il appela » (vaïqra), sans désigner celui
qui appelle, elle


a) Gen., XVIII, 4. – b) Gen., II, 17.- c) Ibid., III, 22. d) Cf. Z.,
III, 168 a. - e) Gen., XVIII, 10. -f) V. Talmud, traité Taanith, fol. 2
a; et traité Sanhédrin, fol. 113 a; et Sophrim, IV.6. –g) V. fol. 138 a
143 a et 157 a ; II, fol. 15 b, III, /239 a./

(15)

ZOHAR, I. - 102 b, 103 a


désigne l'ange de l'Alliance, c'est-à-dire Dieu, et aucun autre. Pour le
mot « vayomer » on trouve un exemple dans le verset ^a suivant : « Et il
dit : Si tu écoutes la voix du Seigneur ton Dieu, etc. » L'Écriture se
sert ici du mot « vayomer », sans désigner celui qui dit : Pour le mot «
vaïqra », on trouve un exemple dans le verset ^b suivant : « Et il
appela Moïse. » Ici l'Écriture se sert du mot « vaïqra » sans désigner
celui qui appela. Il en est de même du mot « amar » (il dit), ainsi
qu'il est écrit ^c : « Et il dit à Moïse : Monte vers le Seigneur, etc.
» Ici l'Écriture se sert du mot « amar », sans [103 a] désigner celui
qui dit. Mais, dans tous ces endroits cités, c'était l'ange de
l'Alliance qui parlait; et nous avons appris que l'ange de l'Alliance
est le même que le Saint, béni soit-il; c'est pourquoi il est écrit : «
Et il dit : Je reviendrai chez toi dans un an; et Sara ta femme aura un
fils. »

L'Écriture dit : «…Et Sara ta femme aura un fils. » Pourquoi ne dit-elle
pas : «…Et tu auras un fils » ? C'est afin qu'Abraham ne pût supposer
que c'est d'Agar qu'il aurait ce fils, comme avant. Rabbi Siméon ouvrit
une de ses conférences de la manière suivante : Il est écrit ^d : « Le
fils honore son père, et le serviteur son seigneur. » Les mots : « Le
fils honore son père » désignent l'honneur qu'Isaac rendit à Abraham.
Quand lui a-t-il prouvé cet honneur ? - Lorsque son père l'avait lié et
l'avait déposé sur l'autel pour le sacrifier en holocauste; or, à cette
époque, Isaac était âgé de trente-sept ans, alors qu'Abraham était déjà
un vieillard; il aurait pu échapper à son père en le repoussant
légèrement du pied. Mais Isaac a honoré son père, et il s'est laissé
lier comme un agneau, pour faire la volonté de son père. Les mots : « Le
serviteur honore son seigneur » désignent l'honneur qu'Eliézer rendit à
Abraham, lorsqu'il fut envoyé par son maître à Haran ; c'est à cette
occasion qu'Eliézer prouva tout le dévouement et toute la vénération
qu'il avait pour son maître, ainsi qu'il est écrit ^e : « Le Seigneur a
comblé mon maître de bénédictions, etc. » Et dans le verset précédent il
est écrit ^f : « Et il leur dit : Je suis le serviteur


a) Exode, XV, 26. - b) Levit, I, 1. - c) Exode, XIV, 1. - d) Malachie,
II, 6. - e) Gen., XXIV, 35. - f) Ibid, XXIV, 31.

(16)

ZOHAR, I. – 103 a

d'Abraham » Eliézer avait apporté de l'argent, de l'or, des pierres
précieuses et des chameaux ; et il était en plus doué d'une belle
prestance, tout autre à sa place aurait dit : Je suis l'ami d'Abraham,
ou je suis son parent; mais Eliézer a préféré dire : « Je suis le
serviteur d'Abraham », pour faire ressortir le rang élevé de son maître.
C'est pourquoi l'Écriture dit : « Le fils honore son père, et le
serviteur son seigneur. » Et l'Écriture ajoute : « Si je suis votre père
où est l'honneur que vous me rendez ? » Dieu dit aux Israélites : Vous
jugez au-dessous de votre dignité de reconnaître que je suis votre Père,
ou que vous êtes mes serviteurs ; car, si vous me reconnaissiez pour
votre Père, « où est l'honneur que vous me rendez » ? C'est pourquoi
l'Écriture dit ^a : « ... Et Sara ta femme aura un fils », un fils qui
honore son père de manière convenable. L'Ecriture dit : « ... Et Sara ta
femme aura un fils. » Sarah est morte pour Isaac ^1 ; elle a souffert
pour lui jusqu'à son dernier moment; Dieu lui accorda la faveur que sa
mémoire obtienne le pardon lorsque Dieu juge le monde, ainsi qu'il est
écrit ^b : « Et Jéhovah se souvint de Sara. » Car c'est grâce à Isaac
que Dieu s'est souvenu de Sara; c'est pourquoi l'Écriture dit « un fils
à Sara » Elle attribue, en outre, ce fils à Sara, car c'est la femme qui
reçoit l'enfant du mâle ^2 .

Il est écrit ^c : « Et Sara écoutait derrière la porte de la tente ; et
lui était derrière. » Qui est-ce qui est désigné par ces mots : « ... Et
lui (ye hou) était derrière » ? L'Écriture aurait dû dire : « ...Et elle
(ye hi) était derrière » ? Mais la vérité est que l'Écriture a la
signification suivante: Sara écoutait la « Porte de la tente », ce qui
veut dire qu'elle écoutait la voix du Saint, béni soit-il ; car « Porte
de la tente », désigne le degré inférieur de l'essence divine; ce degré
constitue la porte de la Foi. Et l'Écriture ajoute : « ... Et lui était
derrière » ce qui veut dire que le degré supérieur de l'essence divine
acquiesça. Depuis le jour où Sara était née, c'était la pre-


1) C'était la frayeur dont elle fut saisie lorsque Dieu commanda à
Abraham d'offrir son fils en holocauste qui la tua. - 2) Ou « du
principe mâle » Cf. fol 101 b, p. 11.


a) Gen, XVIII, 10.- b) Ibid., XXI, 1. - c) Ibid., XVIII, 10.

(17)

ZOHAR, I. - 103 a


mière fois qu'elle entendait la voix du Saint, béni soit-il. D'après une
autre interprétation, Sara se tenait à la porte de la tente pour écouter
ce qu'on disait ; et c'est alors qu'elle entendit la bonne nouvelle
annoncée à Abraham. Les paroles : « ... Et lui était derrière »
signifient qu'Abraham se tenait derrière la Schekhina. L'Écriture ajoute
^a : « Et Abraham et Sara étaient vieux et arrivés aux jours. » Que
signifient les mots : « ... Et arrivés aux jours » ? - Ils ont atteint
l'âge prévu pour donner le jour à Isaac ; car lui avait cent ans et elle
en avait quatre-vingt-dix. Le terme « arrivés aux jours » a la même
signification que cette autre expression biblique : « ... Car le jour
est arrivé », ce qui veut dire : le jour est arrivé à son déclin. Le
terme « arrivés aux jours » signifie donc : arrivés au déclin de leurs
jours. L'Écriture ajoute : « Sara n'avait plus de menstrues. » Au moment
où elle a entendu la bonne nouvelle annoncée à Abraham, les menstrues
ont paru de nouveau chez elle ^b ; et c'est pourquoi elle a dit ^c : «
Et mon maître est vieux. » C'est lui, disait-elle, qui ne peut plus
avoir d'enfants, étant vieux. Rabbi Yehouda ouvrit une de ses
conférences de la manière suivante : Il est écrit ^d : « Son époux est
connu aux portes, lorsqu'il est assis avec les vieillards de la terre. »
Remarquez que la gloire du Saint, béni soit-il, est si sublime et si
élevée au-dessus de l'entendement humain qu'elle demeure éternellement
secrète ; depuis que le monde a été créé, il n'y a jamais eu un homme
qui ait pu pénétrer au fond de sa Sagesse, tant elle est cachée et
mystérieuse.. L'essence de Dieu est tellement supérieure à
l'intelligence des anges et des hommes, que nulle légion céleste, ni les
habitants de ce monde, ne peuvent s'en approcher ; et tous sont réduits
à s'écrier ^e : « Bénie soit la gloire de Dieu au lieu où il réside. »
Les êtres qui habitent ici-bas disent que Dieu est en haut, ainsi qu'il
est écrit ^f : « Au ciel est sa gloire. » Les anges du ciel disent qu'il
est en bas, ainsi qu'il est écrit ^g : « Sur toute la terre est ta
gloire. » Et c'est l'incertitude dans laquelle sont les anges aussi bien
que les hommes sur la résidence de Dieu qui leur fait


a) Gen., XVIII, 11. b) Cf. T. tr. Baba Metzia, 99 a. - e) Gen., XVIII,
12. - d) Prov., XXXI, 13. - e) Ézéchiel, III, 12. - f) Ps., CXIII, 4. -
g) Ibid., LVII, 12.


(18)

ZOHAR, I. - 103a, 103b


dire à tous ^a : « Bénie soit la gloire de Dieu au lieu où il réside »
Or, comme nul ne connaît l'essence divine et n'arrivera jamais à la
déterminer, comment comprendre ces paroles de l'Ecriture : « Son époux
est connu aux portes », /paroles qui sont appliquées d'après la
tradition, à Dieu ?/ [103 b] Mais la vérité est que les paroles : « Son
époux est connu aux portes » désignent réellement, le Saint, béni
soit-il, qui se fait connaître à chacun selon l'entendement de chacun ;
chaque homme peut s'attacher à l'esprit de la Sagesse selon la largeur
de son propre esprit; et chacun a le devoir d'approfondir la
connaissance de Dieu, tant que son entendement le lui permet ; et c'est
pourquoi l'Ecriture dit : « Son époux est connu aux portes »,
c'est-à-dire aux intelligences des hommes ; il est connu à chacun selon
la largeur de sa porte (de son intelligence). Quant à connaître
l'essence divine à fond, nul n'a jamais pu s'en approcher de près et nul
ne la connaîtra jamais. Rabbi Siméon dit : Les paroles : « Son époux est
connu aux portes » désignent les portes dont parle le verset ^b ,
suivant : « Levez vos portes, ô princes ; et vous, portes éternelles,
levez-vous, afin de laisser entrer le Roi de gloire. » C'est par ces
portes, qui sont les degrés supérieurs, que le Saint, béni soit-il, est
connu ; sans quoi on ne peut jamais, s'attacher à lui. Remarquez que nul
ne connaît l'essence de l'âme ; on ne connaît l'âme que par les
mouvements du corps, qui sont les manifestations de l'âme ; et c'est
parce que l'on ne la connaît que par l'intermédiaire du corps, que la
connaissance qu'on en a n'est qu'imparfaite. De même, la connaissance
qu'on a du Saint, béni soit-il, n'est qu'imparfaite, car il est l'Ame
des âmes, l'Esprit des esprits ; il est le plus Secret de tous les
secrets, et on ne le connaît que par ces portes ouvertes aux âmes pour
la connaissance du Saint, béni soit-il. Remarquez qu'il y a une porte
qui est la synthèse de toutes les portes et qu'il y a un degré qui est
la synthèse de tous les degrés ; et c'est par cette porte et par ce
degré qu'on connaît la gloire du Saint, béni soit-il. La « Porte de la
tente » désigne la Porte du Juste, ainsi qu'il est écrit ^c : «
Ouvrez-moi la Porte du Juste. » C'est la pre-


a) Ezéchiel, I c, - b) Ps, XIV, 9. - c) Ibid., CXVIII, 19.


(19)

ZOHAR, I. - 103 b

mière porte par laquelle il faut entrer, pour que toutes les portes
célestes s'ouvrent ; celui qui a la faveur d'entrer par cette porte
verra aussi toutes les portes du ciel s'ouvrir devant lui, car toutes
les autres portes supérieures reposent sur celles-ci. Mais actuellement
cette porte est inconnue parce qu'Israël est dans l'exil ; aussi toutes
les portes lui sont-elles fermées, et il ne peut en connaître aucune ni
s'attacher à aucune. Mais lorsqu'Israël sortira de l'exil, il remontera
à tous les degrés supérieurs d'une manière convenable. C'est à cette
époque que les habitants du monde connaîtront les précieux mystères de
la Sagesse supérieure qu'ils n'ont jamais connus avant, ainsi qu'il est
écrit ^a : « Il sortira un rejeton de la tige de Jessé, et une fleur
naîtra de sa racine. Et l'Esprit du Seigneur se reposera sur lui, -
l'esprit de sagesse et d'intelligence, l'esprit de conseil et de force,
l'esprit de science et de piété. Et il sera rempli de l'esprit de la
crainte du Seigneur. » En ce moment tout le monde reconnaîtra cette
Porte d'en bas, appelée Porte de la tente » ; tout le monde sera prêt à
se fier en le Roi-Messie ; car c'est lui qui va juger le monde, ainsi
qu'il est écrit ^b : « Il jugera les pauvres dans la justice, etc. »
Aussi, lorsque la bonne nouvelle fut annoncée à Abraham, c'était ce
degré de l'essence divine appelée « Porte de la tente » qui prononça ces
paroles : « Je reviendrai chez toi ainsi qu'il est écrit ^c . » Et il
dit : « Je reviendrai chez toi dans un an. » L'Ecriture se sert du mot «
il dit » ; mais elle ne désigne pas celui qui dit, parce que ce mot
désigne la « Porte de la tente ». C'est pourquoi l'Ecriture ajoute : «
...Et Sara écoutait » ; car elle n'a jamais entendu la voix de ce degré
de l'essence divine. Ainsi s'explique le sens de ce verset : « Et Sara
écouta la Porte de la tente », ce qui veut dire qu'elle a réellement
entendu la voix de ce degré de l'essence divine appelé « Porte de la
tente » qui annonça cette bonne nouvelle à Abraham, en lui disant : « Je
reviendrai chez toi dans un an ; et Sara ta femme aura un fils. »
Remarquez combien grand était l'amour du Saint, béni soit-il, pour
Abraham ; il n'a permis la naissance d'Isaac qu'après qu'Abraham eut été
circoncis ; ce n'est qu'après


a) Isaïe, XI, I et 2. - b) Isaïe, XI, 4, - c) Gen., XVIII, 10.


(20)

ZOHAR, I. - 103 b, 104 a

circoncision que la bonne nouvelle lui fut annoncée qu'il aurait un fils
qui formerait la souche d'une postérité sainte ; si Isaac fût né avant
la circoncision d'Abraham, sa postérité n'aurait pas été sainte ; c'est
pourquoi l'Ecriture dit ^a _ « ...Chacun selon son espèce » Remarquez,
en outre, qu'avant sa circoncision, Abraham n'avait pu avoir de
descendance sainte ; car, comme lui-même était attaché ici bas au
prépuce, ses enfants venaient également du côté du prépuce c'est-à-dire
du côté impur ; mais, après sa circoncision, ses enfants émanaient du
côté saint ; car Abraham s'étant attaché à la sainteté d'en haut
engendra en haut, de sorte qu'Abraham s'est attaché à son degré d'une
manière convenable. Remarquez qu'au moment de la naissance d'Isaac, le
côté saint se manifesta de manière convenable ; et aussitôt les « eaux
», c'est-à-dire le côté de la rigueur, se manifestèrent également et
engendrèrent les ténèbres.

Rabbi Eléazar demanda un jour à Rabbi Siméon : Pourquoi le saint, béni
soit-il, dit-il à Abraham ^b : « Sara ta femme enfantera un fils que tu
nommeras Isaac » ? Avait-il besoin de lui donner un nom avant qu'il ne
fût encore né ? Rabbi Siméon lui répondit Nous savons par une tradition
que le feu consume l'eau, c'est-à-dire que le côté de la Grâce, appelé «
côté de la joie », adoucit le côté de la rigueur, appelé côté « de la
tristesse ». C'est pourquoi les Lévites jouaient des instruments dans le
temple, afin d'égayer le côté de la Rigueur et de la tristesse. Or,
Isaac émane du « côté de la joie » ; et c'est pourquoi il porte le nom
d'Isaac, qui Signifie « /ris /», « joie ». Remarquez qu'Isaac porte ce
nom parce que sa joie transformait l'eau en feu et le feu en eau ;
c'est-à-dire qu'il a su concilier le côté de la Grâce avec le côté de la
Rigueur. C'est pourquoi le Saint, béni soit-il, lui donna [104 a] ce nom
avant sa venue au monde et le fit connaître à Abraham. Remarquez que,
pour tous les autres patriarches, le Saint, béni soit-il, laissa à la
famille le soin de donner le nom à son entant ; et même les femmes ont
fait souvent le choix d'un nom à donner à leurs enfants. Mais pour
Isaac, le Saint, béni soit-il, ne permit pas à la


a) Gen., I, 12 – b) Gen., XVII, 19.


(21)

ZOHAR, I. - 104 a

mère de lui donner un nom ; mais il commanda à Abraham que ce fût lui
qui donnât le nom, ainsi qu'il est écrit : « Et tu lui donneras le nom
d'Isaac. » Tu lui donneras ce nom (mais que ce ne soit aucune autre
personne) pour qu'il sache transformer l'eau en feu et le feu en eau et
les réunir en lui, /c'est-à-dire pour qu'il sache établir l'harmonie
entre la Séphirâ « Hesed » (Grâce), dont Abraham est l'image, et la
Séphirâ « Gueboura » (Rigueur) dont lui-même est l'image./

Que dit l'Écriture après que la bonne nouvelle de la naissance d'Isaac
eut été annoncée à Abraham ? L'Écriture ^a dit : « Ces hommes se sont
levés de ce lieu, et ils tournèrent les yeux vers Sodome, » Rabbi
Éléazar dit : Remarquez combien grande est la sollicitude du Saint, béni
soit-il, pour tous les hommes en général, et pour tous ceux qui marchent
dans ses voies ; car, alors même que les rigueurs sont imminentes, Dieu
fournit à celui qui l'aime l'occasion, avant que les rigueurs ne
sévissent, d'exercer quelque bonne oeuvre assez méritoire pour le mettre
à l'abri des rigueurs futures. Car nous savons par une tradition que,
quand le Saint, béni soit il, aime l'homme, il lui fait un don avant que
les rigueurs ne sévissent dans le monde. En quoi consiste ce don ? -
Dieu lui envoie un pauvre, pour qu'il pratique envers lui la charité ;
et c'est par le mérite de cette charité qu'il s'attire un rayon de grâce
qui émane du côté droit ; ce rayon, en s'étendant sur la tête de
l'homme, lui imprime une marque indélébile. Aussi, lorsque les rigueurs
commencent à sévir dans le monde, l'ange exterminateur ne s'attaque-t-il
jamais à l'homme sur lequel il constate l'empreinte de la marque
susnommée. Remarquez en outre que, lorsque le Saint, béni soit-il,
résolut de châtier Sodome, il fit à Abraham un don pareil, en lui
fournissant l'occasion de pratiquer la charité envers ses trois hôtes ;
car c'est par le mérite de l'hospitalité exercée par Abraham que Lot,
son neveu, a échappé au cataclysme, ainsi qu'il est écrit ^b : «Et le
Seigneur se souvint d'Abraham, et il délivra Lot de ces villes où il
avait demeuré. » Ainsi, l'Écriture ne dit pas : « Et le Seigneur se
souvint de Lot », parce que celui-


a) Gen., XVIII, 16. - b) Ibid., XIX, 29.


(22)

ZOHAR, 104 a

ci n'a été sauvé que par le mérite d'Abraham. Que signifie le terme « Et
le Seigneur se souvint d'Abraham » ? - Le Seigneur se souvint de l'œuvre
méritoire de l'hospitalité exercée par Abraham à l'égard des anges. De
même, lorsque l'homme pratique la charité envers son prochain, il reste
à l'abri des rigueurs, alors même que celles-ci sévissent dans le monde
; car le Saint, béni soit-il se souvient de la charité que cet homme a
pratiquée. Tout acte de charité est inscrit en haut ; et, dans un temps
de rigueur, le Saint, béni soit-il, s'en souvient, ainsi qu'il est écrit
^a : « Et la charité délivrera de la mort. » C'est pour cette raison que
le Saint, béni soit-il, fournit à Abraham l'occasion de pratiquer
l'hospitalité, pour que le mérite de cette oeuvre profitât à Lot.
L'Écriture ^b ajoute : « Et ils tournèrent les yeux vers Sodome. »
Remarquez que les paroles : « Ces hommes se sont levés de là »
signifient qu'ils ont quitté le repas qu'Abraham leur avait préparé et
qui lui avait été compté pour une œuvre méritoire, bien que ces hôtes
fussent des anges et n'en eussent par conséquent nullement besoin. Les
anges n'ont laissé aucun reste des mets qu'Abraham leur avait servis ;
ils ont agi ainsi pour l'honneur d'Abraham et aussi pour que cette
hospitalité lui fût comptée comme une oeuvre méritoire ; car il est
écrit ^c : « Et ils ont mangé ». Les mets qu'Abraham leur avait servis
ont été consumés par le feu dégagé par les anges ^d . Mais
objectera-t-on peut-être, les trois anges qui ont visité Abraham sont
pourtant de trois éléments différents ^1 : l'un de feu, l'autre d'eau et
le troisième d'air. Comment peut on admettre que tous les trois ont
consumé les mets par le feu qu'ils dégagent ? Mais la vérité est que
chacun de


1) Ainsi que le Z. l'a déjà dit au sujet du déluge, les anges envoyés en
mission sur la terre prennent pour enveloppe l'élément en rapport avec
leur mission. Or, dit le Tiqouné ha-Zohar, l'ange Michel a pour mission
de rallumé le feu sacré dans le cœur des hommes et de ranimer la Foi
affaiblie ; c'est pourquoi il dégage du feu. L'ange Gabriel est chargé
de briser l'orgueil et de contrecarrer les projets du démon ; c'est
pourquoi il dégage de l'eau, symbole de l'eau céleste qui met le démon
en fuite. L'ange Raphaël est préposé à la guérison des malades ; et
c'est pourquoi il dégage de l'air, symbole de la vie, en raison des
paroles de l'Écriture « esprit de vie ». V. Gen., VI, 17 et VII,15 et 22.


a) Gen., XI, 4. – b) Gen., XVII, 16. – c) Ibid, XVII, 8. – d) V. fol. 102 a.


(23)

ZOHAR, I. - 104 a


ces trois anges renferme également les éléments des deux autres ;
seulement, chez l'un c'est le feu qui prédomine ; chez l'autre c'est
l'eau ; et chez le troisième c'est l'air. Ainsi, par le terme : « Et ils
ont mangé », il faut entendre qu'ils ont consumé les mets par le feu
qu'ils dégageaient, de même que dans le verset ^a suivant : « Et ils ont
vu Dieu, et ils burent et mangèrent. » Or, il est évident que, par ce
terme, l'Écriture entend que les Israélites se délectaient à la vue de
la Schekhina. De même, en disant que les anges se sont délectés de ce
côté saint auquel Abraham s'était étroitement attaché, l'Écriture a
voulu indiquer que ces anges désiraient montrer à Abraham combien grande
était leur joie de consumer tous les mets qu'Abraham leur avait servis,
sans laisser aucun reste. De Même que l'homme doit boire à la coupe de
la bénédiction, ici-bas, pour mériter d'obtenir la bénédiction d'en
haut, de même, les anges ont consumé les mets qu'Abraham leur avait
servis, pour mériter la nourriture céleste qui émane du côté auquel
Abraham s'était attaché et qui sert de nourriture spirituelle à tous les
anges d'en haut. L'Écriture se sert du terme : « Ils tournèrent les yeux
(va-ïaschqiphou) », afin de nous indiquer que les anges ont invoqué la
miséricorde divine en faveur du sauvetage de Lot ; ici l'Écriture se
sert du mot « va-ïaschqiphou » ; et ailleurs il est écrit ^b : « Tourne
tes yeux (haschqiphah) de ton sanctuaire et de ce lieu où tu demeures au
plus haut des cieux et bénis Israël, ton peuple. » Or, de même que dans
ce dernier verset, ce terme exprime un appel à la miséricorde divine, de
même en est-il dans le verset précédent. L'Écriture ^c ajoute. : « Et
Abraham allait avec eux les reconduisant. » Abraham a voulu accomplir la
prescription qui recommande d'accompagner des hôtes. Rabbi Éléazar
demanda : D'après ceux qui admettent qu'Abraham a connu la qualité
d'anges de ses visiteurs, pourquoi Abraham avait-il pris la peine de les
accompagner ? Rabbi Éléazar répondit : Bien qu'Abraham ait su que ses
hôtes étaient des anges, il avait cru devoir les accompagner parce qu'il
avait coutume d'accompagner tous les hommes à qui il avait donné
l'hospitalité ; et il ne voulait faire moins pour les anges que


a) Exode, XXIV, 11. - b) Deutér., XXIX, 15. - c) Gen. XVIII, 16.


(24)


ZOHAR, - 104 a, 104 b


pour les hommes. Nous en inférons que l'homme est tenu d'accompagner
l'hôte à qui il a accordé l'hospitalité ; car tout dépend do l'acte
d'accompagner son hôte. Pendant qu'Abraham accompagnait les auges, le
Saint, béni soit-il, lui apparut, ainsi qu'il est écrit ^a : « Et
Jéhovah dit : Pourrais-je cacher à Abraham ce que je fais ? » Partout où
l'Écriture emploie le terme « Et Jéhovah », elle désigne Dieu et son
tribunal ; car le Saint, béni soit-il, allait également [104b] avec eux.
Remarquez que, quand un homme accompagne son ami, il attire la Schekhina
sur celui-ci ; elle s'attache à cet ami et l'accompagne sur son chemin,
afin de le préserver de tout accident. C'est pourquoi l'homme doit
accompagner son hôte à qui il vient d'accorder l'hospitalité, afin
d'attirer sur lui la Schekhina et de l'attacher à lui. C'est pour cette
raison qu'Abraham avait coutume d'accompagner ses hôtes.

Il est écrit ^b : « Et Jéhovah dit : Pourrais-je cacher à Abraham ce que
je fais ? » Rabbi Hiyâ ouvrit une de ses conférences de la manière
suivante : Il est écrit ^c : « ...Car le Seigneur Dieu ne fait sans
avoir révélé auparavant ses secrets aux prophètes, ses serviteurs. »
Heureux le sort des justes de ce monde ; car le Saint, bénit soit-il,
leur révèle tout ce qu'il fait au ciel et tous les évènements qui
doivent arriver dans ce bas monde ; il fait tout avec le consentement
des justes, à qui il ne cache jamais rien. Car le Saint, bénit soit-il,
associe les justes de ce monde à ses oeuvres, afin que ceux-ci exhortent
les hommes et les avertissent des rigueurs célestes, pour les convertir.
Dieu veut que les coupables soient prévenus des châtiments qui les
attendent, pour que les coupables ne trouvent de matière à récrimination
contre le Saint, béni soit-il, en l'accusant de les avoir punis sans les
avoir prévenus. C'est pour cette raison, que le Saint, béni soit-il,
fait connaître d'avance à ses serviteurs les châtiments dont il veut
accabler les coupables. Rabbi Eléazar dit : Malheur aux coupables qui ne
savent trouver, ni ne cherchent les moyens propres à les détourner de
leur mauvaise conduite. SI le Saint, béni soit-il, dont toutes les
œuvres sont véritables dont les voies sont justes, ne fait rien dans le
monde sans

a) Gen., XVIII, 17 - b) Ibid. XVIII, 17 - c) Amos, III, 7.


(25)

ZOHAR, I. – 104 b, 105 a


l'avoir auparavant révélé aux justes, pour ne pas donner aux coupables
un sujet de récrimination, à plus forte raison convient-il aux hommes de
ne jamais rien faire qui puisse fournir matière à la médisance et à la
récrimination, ainsi qu'il est écrit ^a : « Et vous serez irréprochables
devant le Seigneur et devant Israël. » Il résulte de ce verset qu'il
convient de se garder des actes qui peuvent fournir matière à reproche
de la part des hommes. Il convient également aux hommes d'exhorter les
coupables qui ne veulent pas revenir de leur .mauvaise conduite, et de
leur montrer la voie propre à les mettre à l'abri de la rigueur céleste
du Saint, béni soit-il. Et quelle est la voie propre à mettre à l'abri
de la rigueur ? La pénitence et les bonnes oeuvres. Remarquez
l'expression de l'Écriture : « Et Jéhovah dit : Pourrais-je cacher à
Abraham, etc. » Rabbi Yehouda dit : Le Saint, béni soit-il, donna à
Abraham toute la terre [105 a] à titre de patrimoine à jamais
inaliénable, ainsi qu'il est écrit ^b : «...Car toute la terre que tu
vois je te la donne à toi et à ta postérité. » « Et précédemment ^c il
est écrit : « Lève tes yeux, et regarde du lieu où tu es, au nord et au
sud, à l'est et à l'ouest. » Aussi, lorsque le Saint, béni soit il,
voulut ravager les pays de Sodome et de Gomorrhe, il se dit : J'ai déjà
donné cette terre à Abraham qui est le père de tous les peuples de la
terre, ainsi qu'il est écrit ^d «... Car je t'ai établi pour être le
père de toutes les nations. » Il ne me convient pas d'exterminer les
enfants sans en prévenir préalablement le père que j'ai appelé ^e « mon
ami » ; il faut que je l'en prévienne. C'est pourquoi l'Écriture dit :
«Et Jéhovah dit : Pourrais-je cacher à Abraham ce que je fais ? » Rabbi
Abba dit : Remarquez combien grande était la modestie d'Abraham ; car,
alors même que le Saint, béni soit-il, lui avait annoncé ^f : «Le cri de
Sodome et de Gomorrhe s'augmente de plus en plus, et leur péché est
monté jusqu'à son comble », et en dépit de la condescendance de Dieu à
lui révéler d'avance le châtiment dont il avait résolu d'accabler la
ville de Sodome, Abraham n'a pas osé demander à Dieu d'épargner à Lot
les châtiments décrétés ^g . Pourquoi ? - De crainte que cette faveur


a) Nombres, XXXII, 22. - b) Gen. XIII. 15. - c) Ibid., XIII, 14. - d)
Ibid., XVII, 5. - e) Isaïe, XLI, 8. - f) Gen., XVIII, 20. - g) V. fol.
111 a.


(26)

ZOHAR, I. – 105 a


ne lui fut accordé en récompense de ses oeuvres qu'il ne voulait pas
voir récompensées. C'est pourquoi le Saint, béni soit-il, envoya les
anges auprès de Lot et le fit sauver par les mérites d'Abraham, ainsi
qu'il est écrit ^a : « Et il se souvint d'Abraham et délivra Lot de ces
villes ou il avait demeuré.» Ces paroles ont été expliquées de cette
façon que, dans toutes ces villes, il n'y avait pas un seul homme qui
eut quelque mérite, excepté Lot. Nous déduisons de ce passage que toute
ville habitée par des coupables sera détruite. Pourquoi l'Écriture
dit-elle : « ...Ces villes où il avait demeuré» ? Lot avait-il donc
demeuré dans toutes ces villes ^b ? L'Écriture veut dire que ces villes
n'ont été préservées de la destruction jusqu'ici qu'à cause de Lot ; et
ce n'était pas par le mérite de Lot, mais par celui d'Abraham. Rabbi
Siméon dit : Remarquez que les soins qu'un homme donne à un juste lui
valent d'être préservé des rigueurs de ce monde. Mais il y a plus :
Alors même qu'un homme est coupable, il profite en se faisant le
serviteur d'un juste ; car il en voit constamment la conduite et il
finit par se l'approprier. Remarquez que l'attachement de Lot à Abraham
a eu comme résultat, pour Lot, de s'approprier, sinon toutes les œuvres
d'Abraham, du moins celle de la charité envers tous les hommes, à la
façon qu'Abraham avait coutume de pratiquer. Tel est le sens des paroles
: « ...Les villes où il avait demeuré. » Car depuis que Lot vint habiter
cette contrée, il exerça l'hospitalité envers les habitants de toutes
ces villes. Rabbi Siméon dit en outre : Remarquez que la Schekhina ne
s'est pas séparée d'Abraham, même au moment où le Saint, béni soit-il,
lui adressa la parole ^1 . Rabbi Eléazar demanda à Rabbi Siméon :
C'était pourtant la Schekhina qui parlait à Abraham, attendu que le
Saint, béni soit-il, s'est révélé à Abraham par ce degré de son essence,
ainsi qu'il est écrit ^c : «Et je suis apparu à Abraham, à Isaac et à
Jacob, comme le Dieu Tout Puissant » Rabbi Siméon lui répondit : En
effet, il est certain qu'en général c'était la Schekhina qui se révélait
à Abraham ; mais remarquez qu'après que l'Écriture ^d a déjà dit : « Et
Jéhovah dit,


1) A., L.L. et V. ont, entre parenthèses : **** **** **** *****.

a) Gen., XIX, 29. - b) V. fol. 108 a. - c) Exode, VI, 3. – d) Gen.,
XVIII, 17.

(27)

ZOHAR. I, - 105 a, 105 b


etc. » elle répète^ a encore une fois : « Et Jéhovah dit : Le cri de
Sodome et de Gomorrhe s'augmente de plus en plus, etc. » Or cette
répétition paraît superflue, puisque, depuis le premier verset, c'est
toujours Jéhovah qui parle ! Mais, par cette répétition : « Et Jéhovah
dit... », l'Écriture nous indique que le degré supérieur de l'essence
divine venait se joindre au degré inférieur en se révélant à Abraham,
c'est-à-dire que le Saint, béni soit-il, venait de se révéler à Abraham
au moment on la Schekhina était encore près de lui.

[105 b] Il est écrit ^b : « Je descendrai, et je verrai si le cri qui
est venu jusqu'à moi est vrai ; dans ce cas exterminez-les ; sinon, que
je le sache ! » A qui Dieu adressa-t-il ces paroles : « Exterminez-les
^1 » ? On ne peut pas admettre que c'était aux anges qu'il les adressa ;
car comment Dieu aurait-il pu donner des ordres aux anges en parlant à
Abraham ? Mais ces paroles ont été adressées à Abraham au pouvoir de qui
étaient ces pays. D'après une autre interprétation, c'est aux anges que
Dieu donna l'ordre d'exercer contre ces pays la rigueur qu'il avait
annoncée précédemment à Abraham. Mais, si on admet la première
interprétation, aux termes de laquelle l'ordre a été adressé à Abraham,
comment expliquer l'expression de L'Écriture : « Exterminez-les », alors
qu'elle devrait dire : « Extermine-les » ? Mais Dieu s'adressa à Abraham
et à la. Schekhina, qui ne l'a pas quitté. D'après la seconde
interprétation, l'ordre a été adressé aux anges qui étaient présents au
moment où Dieu parlait à Abraham et lui annonçait la grande abjection
des habitants de Sodome et de Gomorrhe, de manière que Dieu n'avait qu'à
adresser aux anges ces deux mots : « Exterminez-les », les anges sachant
déjà de quoi il s'agissait. Enfin, d'après une troi


1. On voit que le Z. n'était pas fixé sur la ponctuation du mot *** ; il
semblait d'abord lui donner la ponctuation ****, qui donne au mot un
sens impératif. Aussi, d'après sa première interprétation, cet ordre
impératif était adressé à Abraham et à la Schekhina ; d'après la seconde
interprétation, il était adressé aux anges ; et enfin, d'après la
troisième interprétation, le mot doit porter le point voyelle ***,
c'est-à-dire ***, ce qui lui fait perdre sa forme impérative.


a.) Gen., XVIII, 20. - b) Ibid., XVIII, 21.


(28)

ZOHAR, 1. – 105 b.


sième interprétation, le mot « asou » a le sens que lui prête le
Thargoum, qui traduit ce mot par « abadou » (ils ont fait ^1 ). Pourquoi
le Saint, béni soit-il, a-t-il dit : «Je descendrai, et je verrai » ? Ne
savait-il donc pas ce qui se passait sur la terre, lui qui est
omniscient ^a ? Mais, Dieu a dit : «Je descendrai » du degré de la
clémence au degré de la justice ; c'est ce que Dieu voulait indiquer par
le mot : «Je descendrai... » Et Dieu ajouta : «… Et je verrai.» Un mot
signifie : Je les regarderai ; et ce regard sera leur châtiment. Le mot
« voir » est employé, dans l'Écriture, tantôt dans le sens de procurer
le bien, et tantôt dans le sens de procurer le mal ; un exemple du
premier cas se trouve dans le verset suivant ^b : « Et le Seigneur vit
les enfants d'Israël ; et il les reconnut pour son peuple. » Un exemple
du second cas se trouve dans le présent verset : «Je descendrai, et je
verrai », ce qui veut dire : mon regard sera leur châtiment. C'est
pourquoi le Saint, béni soit-il, a dit ^c : « Pourrais-je cacher à
Abraham ce que je fais ? »

Il est écrit ^d : « Et Abraham sera le chef d'un peuple très grand et
très puissant, et toutes les nations de la terre seront bénies en lui. »
Pourquoi Dieu donna-t-il sa bénédiction à Abraham à l'occasion de la
destruction de Sodome ?- C'était dans le but de nous faire savoir que, à
l'heure même où Dieu exerce sa rigueur contre les coupables, sa bonté à
l'égard des justes reste inaltérable ; à la même heure et à la même
seconde, Dieu exerce sa rigueur envers l'un et sa clémence envers
l'autre. Rabbi Yehouda objecta : l'Écriture ^e dit pourtant : « Et moi,
Seigneur, je t'offre ma prière ; c'est le temps où tu fais éclater ta
bonté ; exauce-moi donc selon la grandeur de ta miséricorde, etc. » De
ces paroles, il résulte qu'il y a des heures propices pour la prière, et
des heures qui ne le sont pas, des heures où Dieu exauce les vœux des
hommes, et d'autres où il ne le fait pas. Il résulte même de l'Ecriture
qu'il y a certaines heures pendant lesquelles on trouve Dieu, et
certaines autres pendant lesquelles on


1). C'est la leçon qui nous est parvenue ; et, par conséquent, ce verset
a le sens que nous lui donnons ordinairement.


a) Cf., T. tr. Sanhédrin, 38 b – b) Exode, II, 25. -c) Gen., XVIII, 17.
– d) Ibid, XVIII, 18. – e) Ps., LXIX, 14


(29)


ZOHAR, I. – 105 b


ne le trouve pas, ainsi qu'il est écrit ^a : « Cherchez le Seigneur
pendant qu'on peut le trouver ; invoquez-le pendant qu'il est proche. »
Rabbi Éléazar répondit : Il n'y a aucune contradiction entre la sentence
donnée et les verset cités ; les versets cités, desquels il résulte
qu'il y a certaines heures pendant lesquelles Dieu est plus favorable
que pendant d'autres, s'appliquent à la prière adressée par un seul
individu, alors que la sentence mentionnée, suivant laquelle Dieu exerce
en même temps la rigueur envers l'un et la clémence envers l'autre,
s'applique à la multitude ; c'est-à-dire que, quand Dieu juge à la fois
une multitude d'hommes, il exerce simultanément la rigueur envers les
uns el la clémence envers les autres. En outre, les versets cités
s'appliquent au cas où Dieu juge séparément une seule contrée ; alors
que la sentence mentionnée s'applique au cas où Dieu juge le monde
entier. C'est pourquoi Dieu bénit Abraham, à l'occasion de la
destruction de Sodome, parce qu'Abraham à lui seul équivalait le monde
entier, ainsi qu'il est écrit ^b : « Telle a été l'origine du ciel et de
la terre lorsqu'ils furent créés (behibaram). » Or nous savons par une
tradition qu'il faut lire « beabraham », Ce qui veut dire que le ciel et
la terre ont été créés par le mérite d'Abraham. L'écriture se sert du
terme : « Et Abraham sera (ihïeh). » Le mot « ihïeh » représente la
valeur numérique de trente ^1 ; car nous savons par une tradition que le
Saint, béni soit-il, suscite dans chaque génération trente justes, de
même qu'il a suscité Abraham qui en valait trente ^2 . Rabbi Éléazar
commença ensuite et parler de la manière suivante : « Il est écrit ^c :
Il était illustre entre les trente ; mais néanmoins il n'égalait pas les
trois. »Ces paroles désignent les trente justes que le Saint, béni
soit-il, suscite dans le monde à chaque génération, afin que le monde ne
soit jamais dépourvu de ce nombre de justes. L'Ecriture dit que Banaïas,
fils de Joïada, était un de ces trente justes ; mais elle ajoute qu'il
n'égalait pas les trois autres sur lesquels le monde est fondé ; c'est
pourquoi l'Écriture dit : « Mais néanmoins il n'égalait pas les trois. »


1.) Soit : 10+5+10+5 = 30. - 2.) V. la suite de ce passage à la fin de
la 1^ère partie, dans l'appendice, fol. 255 a, § 17.


a) Isaïe, LV, 6. - b) Gen., II, 4. - c.) II Rois, XXIII, 23.


(30)

ZOHAR, I - 105 b, 106 a


Il comptera parmi les trente justes ; mais il ne sera jamais jugé digne
de compter parmi les patriarches, de s'attacher à ceux-ci et d'avoir une
égale part avec ceux-ci dans l'éternité. Ainsi qu'il a été dit
précédemment, le mot « ihïeh » représente la valeur numérique de trente
; c'est pourquoi le Saint, béni soit-il, bénit Abraham par ce mot, en
faisant allusion aux trente justes. Remarquez que le Saint, béni
soit-il, dit ^a à Abraham : « Le cri de Sodome et Gomorrhe s'augmente de
plus en plus, et leur péché est monté à son comble. » Dieu dit à Abraham
: Le cri d'iniquité est venu jusqu'à moi ; ils ont exercé tant
d'iniquités envers les hommes que nul n'ose plus pénétrer dans Sodome et
dans Gomorrhe, ainsi qu'il est écrit ^b : «Le fleuve abonde en voyageurs
étrangers et les hommes n'y mettent plus les pieds. » Les mots : « Le
fleuve abonde en voyageurs étrangers... », désignent les hommes qui
avaient l'imprudence de venir à Sodome et Gomorrhe. Lorsque les
habitants de l'endroit ont vu un des leurs offrir à manger et à boire à
un étranger, ils l'ont précipité dans le fleuve à l'endroit où il est le
plus profond : Ils ont en même temps précipité l'étranger qui avait
l'hospitalité ^c . C'est pour cette raison que tout le monde s'abstenait
de mettre le pied sur cette terre inhospitalière. Les mots « dalou
meenosch naou » signifient également qu'ils avaient défiguré les
étrangers qui venaient chez eux ; car, à force de les priver de
nourriture et de leur faire souffrir la faim, les visages de ces
victimes avaient été altérés au point de ne plus ressembler aux autres
hommes. Ici l'Ecriture se sert du mot « naou » ; et ailleurs ^d il est
écrit : « Ses démarches sont vagabondes et impénétrables (naou). » Car
les étrangers faisaient également des détours pour ne pas être obligés
de passer par Sodome et Gomorrhe. Et même les oiseaux de l'air évitaient
ces pays [106a] et n'y pénétraient pas, ainsi qu'il est écrit ^e : «
L'oiseau a ignoré la route pour y aller, et l'œil du vautour ne l'a
point vue. » C'est pourquoi tout le monde se plaignait de Sodome et de
Gomorrhe ainsi que de toutes les autres villes


a)Gen. XVIII, 20- b) Job, XXVIII, 4. - c) Cf. T., tr. Sanhedrin, 109 b,
et Genèse Rabba – d) Prov., V, 6. – e) Job, XXVIII, 7.


(31)


Zohar, 1. — 106 a

dont l'iniquité égalait celle des premières. C'est pourquoi Dieu dit ^a
« Le cri de Sodome et de Gomorrhe s'augmente de plus en plus. Abraham
demandait à Dieu : Pourquoi/ le cri s'augmente-t-il de plus en plus/ ?
Dieu lui répondit : « Parce que leur péché est monté jusqu'à son comble
».. Et Dieu ajouta ^b : « Je descendrai, et je verrai si ce cri est
vrai, etc. » Pourquoi Dieu dit-il « si ce cri », /au singulier/, au lieu
de « si leurs cris », /au pluriel/, alors que les cris s'élevaient de
Sodome et de Gomorrhe qui sont deux villes différentes ? Ceci a été
expliqué de la manière suivante : Remarquez que, de dessous « la pierre
de grêle^1 », une fumée s'élève : /c'est la fumée qui indique le règne
de Satan/ ; toutes les puissances du démon se réunissent derrière le
trône céleste /où règne la rigueur/ ; leur union a pour but d'obtenir
une seule goutte de cette rigueur pour pouvoir châtier le monde.
Aussitôt que ces puissances ont reçu la goutte désirée, elles se
précipitent dans l'abîme de l'océan, où les cinq puissances du démon se
fusionnent en une seule ; et

1. D'après les cabalistes, le séjour des démons est au-dessous de cette
région céleste appelée « pierre de grêle ». C'est ainsi qu'ils
interprètent les paroles d'Isaïe, XXX, 30, Cette région est le séjour
des rigueurs célestes. Il y a cinq Séphiroth de rigueur et cinq autres
de clémence. Les puissances du démon se divisent également en cinq et
correspondent aux cinq Séphiroth de rigueur. Comme le démon ne désire
que de faire triompher les cinq Séphiroth de rigueur sur celles de la
clémence, il envoie une fumée dans la région des rigueurs (car lui-même
ne peut s'élever dans cette région sacrée), afin de manifester son
ardent désir d'obtenir une goutte de rigueur pour les hommes. Si cette
goutte lui est accordée, il se précipite dans les profondeurs de
l'abîme, parce que c'est de là seulement qu'il peut lancer ses traits
contre les hommes. Mais, comme il lui est interdit d'employer la goutte
de rigueur qu'il a reçue en haut sans un ordre formel et explicite d'en
haut, et comme, d'autre part, il appréhende que son appel à la rigueur
ne demeure sans écho, il fait fusionner les cinq puissances de son règne
en une seule ; et cette puissance s'identifie avec la goutte obtenue en
haut, de manière que la. goutte elle-même devient la puissance du démon.
Et quand cette puissance, qui est ainsi d'origine céleste, fait monter
sa voix en haut pour demander l'autorisation de sévir, elle est
entendue. C'est ainsi que le Z. explique les paroles de l'Écriture « Je
verrai si son cri qui est venu jusqu'à moi... » ; c'est-à-dire : je
verrai si ce cri de la goutte, qui constitue la seule et unique
puissance du démon, cri arrivé jusqu'à moi, est justifié. V., au sujet
de ce passage ; le commentateur Mikdasch Mélekh, a. 1.


a) Gen., XVIII, 20, ibid. XVIII, 21.


(32)


Zohar, I – 106 a 123

c'est cette puissance qui embrasse toutes les autres, qui fait monter sa
voix en haut et demande la permission de sévir contre les hommes, elle
demande que la rigueur céleste soit attirée en ce bas monde. Et quand
cette voix retentit en haut, le Saint, béni soit-il, regarde s'il y a
lieu d'accorder cette permission et de punir le monde. Rabbi Siméon dit
: Les paroles : « Je verrai si son cri, etc. » désignent l'instigatrice
des châtiments, c'est-à-dire /le démon femelle appelé Lilith/, qui
demande la rigueur chaque jour ; car nous savons par une tradition que
l'instigatrice des châtiments se tenait depuis un grand nombre d'années
en présence du Saint, et demandait la rigueur contre les hommes, en
raison du crime commis par les frères de Joseph, lorsqu'ils vendirent
celui-ci comme esclave. Tel est le sens des paroles « Si son cri est
venu jusqu'à moi », ce qui veut dire le cri de celle qui demande tous
les jours la rigueur. Que signifient les mots : «...Qui est venu jusqu'à
moi » ? Ces paroles indiquent que ce cri arrive très souvent en haut ;
car le mot « venir » (baah) exprime l'idée de fréquence ainsi qu'il est
écrit ^a : « Elle est venue (baah) au soir et elle est partie au matin.»
Et ailleurs ^b il est écrit : «La fin de toute chair est venue (bâ)
jusqu'à moi. » Quant aux mots « asou baah », ils ont déjà été expliqués
précédemment.

/Il est écrit /^/c/ « Et Abraham s'approcha, et dit : Perdras-tu le
juste avec l'impie ? » Rabbi Yehouda dit : Qui a jamais vu un père Plus
pénétré d'amour pour ses enfants qu'Abraham ! Remarquez que, pour Noé
l'Écriture dit ^d : « Et le Seigneur dit à Noé : La fin de toute chair
est venue jusqu'à moi, etc. Fais-toi une arche, etc. » Noé a gardé le
silence et n'a pas demandé grâce pour les hommes ^e .Mais lorsque le
saint, béni soit-il, dit à Abraham : « Le cri de Sodome et de Gomorrhe
s'augmente de plus en plus, etc. Je descendrai, et je verrai, etc. »,
aussitôt l'écriture ajoute : « Et Abraham s'approcha et dit : Perdras-tu
le juste avec l'impie ?»

Eléazar dit : La conduite d'Abraham non plus n'était /pas entièrement/
parfaite. Noé n'a rien fait du tout pour les hommes.


a) Esther II, 14 ; b) Gen. VI, 13 ; c) ibid. XVIII,23 ; d) ibid. VI,13
et 14 ; e) Cf. Genèse Rabba.


(33)


ZOHAR, 1. — 106 a

Abraham s'était borné à demander justice, afin que le juste ne meure
avec l'impie. Il commença par demander que, s'il y avait cinquante
justes, ceux-ci ne meurent avec les impies ; et il finit par demander la
même justice pour le cas où il n'y en aurait que dix ; mais il n'a pas
demandé grâce pour les coupables ; car Abraham ne voulait pas que ses
bonnes oeuvres fussent récompensées par une faveur quelconque ^a . Mais
celui qui a agi de manière parfaite, c'est Moïse. Car lorsque le Saint,
béni soit-il, lui eut dit ^b : « Ils se sont retirés bientôt de la voie
que tu leur avais montrée, etc. ... Ils se sont fait un veau jeté en
fonte, et ils l'ont adoré », aussitôt l'Écriture ^c dit : Et Moïse
conjurait le Seigneur, son Dieu, en disant : Seigneur, pourquoi ta
fureur s'allume-t-elle contre ton peuple etc. » Et il alla jusqu'à dire
^d : « Je te conjure de leur pardonner cette faute ; et si tu ne le fais
pas, efface-moi de ton livre que tu as écrit. » Ainsi, bien que tous
aient été coupables, Moïse ne laissa de demander grâce pour eux, et il
ne cessa de réitérer sa demande, jusqu'à ce que Dieu lui ait répondu ^e
: « J'ai pardonné selon ta demande. » Par contre, Abraham ne s'était
occupé que du salut des justes qu'il aurait pu y avoir à Sodome et
Gomorrhe ; mais il ne s'était pas soucié des coupables. Aussi n'y a-t-il
jamais eu dans le monde un homme qui ait mieux défendu la cause de ses
contemporains que Moïse, qui est appelé le « Pasteur fidèle ».
L'écriture dit : « Et Abraham s'approcha et dit... », ce qui veut dire
qu'il s'apprêta à faire la demande suivante ^f « S'il y a cinquante
justes dans cette ville, périront-ils avec tous les autres ? » Abraham a
commencé par le nombre de cinquante ; car c'est le commencement de
l'Intelligence ^1 , et il finit par le nombre de dix, qui correspond aux
dix degrés inférieurs. Rabbi Isaac dit : Abraham n'est allé que jusqu'au
nombre dix, Parce que ce nombre correspond aux dix jours qui séparent le
premier jour de l'an du jour du Grand Pardon, et qui sont des


1. C'est une allusion aux cinquante portes par lesquelles on arrive à la
séphirä « Binah » (Intelligence).

a) V. fol. 105a. — b) Exode, XXXII, 8. — c) ibid., XXXII, 11. — d)
ibid., XXXII, 32. —e) Nombres, XIV, 20. —f) Gen.,XVIII, 24.


(34)


ZOHAR, I. — 106 a, 106 b

/jours de pénitence /^1 . Lorsque Abraham est arrivé au nombre dix, il
se dit au-dessous de ce nombre il n'y a pas lieu d'espérer la pénitence
et c'est pourquoi il n'est pas descendu au-dessous de ce nombre ^a .

/Il est écrit/ ^b « Et les deux anges vinrent vers le soir à Sodome etc.
» Rabbi Yossé dit : Remarquez que, précédemment ^c , l'Écriture dit : «
Et le Seigneur se retira [106 b] dès qu'il eut cessé de parler à
Abraham. » C'était précisément en raison de ce que la Schekhina s'était
retirée d'Abraham et de ce que celui-ci était retourné chez lui, qu'il
n'y avait que deux anges qui arrivèrent à Sodome vers le soir ; car l'un
des trois anges s'était retiré avec la Schekhina, de sorte qu'il n'en
restait que deux. Dès que Lot aperçu les anges il courut au-devant
d'eux. /Pourquoi courut-il au-devant d'eux/ ? Est-ce que Lot avait
l'habitude de recevoir chez lui tous ceux qui se présentaient à sa
porte, et de leur donner à boire ? Comment ne craignait--il que les
autres habitants de la ville ne le tuassent ainsi qu'ils avaient tué sa
fille ? Qu'est-il arrivé à la fille de Lot ? La fille de Lot avait une
fois donné un morceau de pain à un pauvre ^d . Dès que les habitants de
la ville en eurent connaissance, ils l'ont enduite de miel et l'ont fait
asseoir sur le toit, où les guêpes l'ont dévorée. /Comment Lot ne
craignait-il pas pour lui un sort pareil/ ? Comme les anges sont arrivés
chez lui sur le soir, il a pensé que les habitants de la ville ne le
verraient pas. Cependant, à peine les anges étaient-ils entrés dans la
maison que les habitants de la ville se sont réunis et ont entouré la
maison. Rabbi Isaac demanda : Pourquoi Lot courut-il au-devant des
anges, ainsi qu'il est écrit « Et Lot les vit et il courut au-devant
d'eux ^2 » Rabbi Hizqiya et Rabbi Yessa /sont d'opinion divergentes à ce
sujet/. D'après l'un, Lot a couru au devant des anges, parce qu'il a vu
le visage d'Abraham au


1 Voir la suite de ce passage à la fin de la première partie dans
l'appendice, folio 255 b,§ 18 - Nos textes bibliques ne portent pas ***
ainsi que le cite le Zohar, mais *** V. glossateur Derekh Emeth, a. 1,
acte 2.


a) Genèse Rabba b) Ibid., XIX, 1 – c) Ibid., XVIII, 33 – d) Genèse
Rabba, et T. tr. Sanhédrin, 109 b.


(35)


ZOHAR, 1. — 106 b, 107 a


milieu d'eux. Suivant l'autre, il a vu la Schekhina planer au-dessus
d'eux. Ici l'Écriture se sert du terme : « Et Lot les vit ; et il courut
au-devant d'eux. » Et ailleurs ^a il est écrit : « Et il les vit, et il
courut de la porte de sa tente au-devant d'eux et se prosterna à terre.
» Or, de même que, dans ce dernier verset, le mot « et il vit » signifie
qu'il vit la Schekhina, de même, pour Lot, les mots « et Lot les vit »
signifient qu'il a vu la Schekhina. L'Écriture dit : « Et Lot les vit,
et il courut au-devant d'eux, etc. » Et il leur dit : « Seigneur
(Adonaï) faites un détour dans la maison de votre serviteur. » Lot s'est
servi du mot « Adonaï », le nom composé des lettres Aleph, Daleth, Noun
et Yod, /parce qu'il a vu la Schekhina planer au-dessus d'eux/. Pourquoi
Lot leur dit-il : « Faites un détour (sourou nâ) », au lieu de dire : «
Approchez-vous de ma maison » ? Lot désirait que les anges fissent un
détour pour entrer dans sa maison, afin de ne pas être vu par les
habitants de sa ville ^b ; c'est pourquoi il dit aux anges : « Faites un
détour dans la maison, ce qui veut dire : n'entrez pas dans la maison
par la porte principale, mais par une porte latérale.


/Rabbi Hizqiya ouvrit une de ses conférences de la manière suivante/ :
Il est écrit ^c «... Car il voit la terre d'une extrémité à l'autre et
il considère tout ce qui se passe sous le ciel. » Ces paroles nous font
sentir combien le devoir incombe à l'homme de contempler les oeuvres du
Saint, béni soit-il, et de se consacrer jour et nuit à l'étude de la
doctrine. Le Saint, béni soit-il, est glorifié en haut et glorifié en
bas par quiconque se consacre à l'étude de la doctrine ; car la doctrine
constitue l'arbre de vie pour tous ceux qui la cultivent ; elle leur
accorde la vie en ce bas inonde [107 a] et elle leur procure la vie dans
le monde futur. Remarquez que les paroles de l'Écriture : « ... Car il
voit la terre d'une extrémité à l'autre » signifient que Dieu permet à
la terre de nourrir tous les hommes et de les pourvoir de tout ce dont
ils ont besoin. Ce pouvoir, la terre l'acquiert par le seul fait que
Dieu la regarde toujours, ainsi qu'il est écrit ^d : «... La terre que
le Seigneur


a) Gen., XVIII 2. — b) Cf. pour tout ce passage Genèse Rabba., c) Job.
XXVIII, 24. —d) Deutéronome, XI, 12.


(36)

ZOHAR, I. – 107 a


ton Dieu a toujours visitée et sur laquelle il jette toujours des
regards favorables depuis le commencement de l'année jusqu'à la fin car
c'est de la terre que l'Écriture ^a dit : « Qui apporte de loin son
pain... » c'est grâce à ces regards que la terre est à même de donner la
nourriture à toutes les créatures, ainsi que l'écriture ^b ajoute : « Et
elle se lève lorsqu'il est encore nuit et donne le butin à ses
domestiques et la nourriture à ses servantes. » Tel est le sens des
paroles de l'Écriture : «... Car il regarde la terre d'une extrémité à
l'autre » Les paroles suivantes : « ...Et il considère tout ce qui se
passe sous le ciel » signifient que Dieu regarde tous les habitants de la
terre et accorde à chacun d'eux la nourriture et tout ce dont il a
besoin, ainsi qu'il est écrit ^c : «Ouvre ta main et rassasie par un
effet de ta bonté tout ce qui a vie. » D'après une autre interprétation,
les paroles : « Car il voit la terre d'une extrémité à l'autre »
signifient que Dieu regarde les oeuvres de tous les hommes ; et les
paroles : «... Et il considère tout ce qui se passe sous le ciel »
signifie que Dieu veille sur chacun en ce bas monde. Remarquez que,
lorsque le Saint, béni soit-il, vit les mauvaises actions de Sodome et
de Gomorrhe, il envoya des anges pour détruire ces villes. L'écriture ^d
dit : « Et Lot vit... » Ces paroles signifient que Lot vit la Schekhina
au-devant d'eux. Est-il possible qu'un homme voie la Schekhina ? Lot a
vu une lueur se répandre au-dessus de la tête des anges. Et il a compris
que la Schekhina était présente ; c'est pourquoi il s'est écrié : «
Seigneur (Adonaï)... » Il s'est servi du nom sacré qui commence par les
lettres Aleph et Daleth, Nom qui désigne la Schekhina. C'est en raison
de ce qu'il a vu la Schekhina parmi les hôtes qu'il leur dit ; « Faites,
je vous prie, Seigneur (Adonaï) un détour pour entrer dans la maison de
votre serviteur, et passez y la nuit ; ensuite vous laverez vos pieds et
vous continuerez votre chemin. » Au contraire, Abraham a dit ^e aux
anges : Je vous apporterai un peu d'eau pour laver vos pieds ; vous vous
reposerez ensuite sous cet arbre ; et je vais vous servir un peu de pain
pour reprendre vos forces, etc. » Lot ajouta : « Et vous vous


a) Prov., XXXI, 14. — b) Ibid., XXXI, 15. — c) Ps., CXLV, 16. — d)
Gen.,XIX, 1 – e) Ibid. XVIII, 4 et 5.


(37)

ZOHAR., I. — 107 a


lèverez le matin de bonne heure et vous continuerez votre chemin. » /Il
voulait que ses hôtes quittassent sa maison de bonne heure/ afin que les
habitants de la ville ne s'aperçussent de leur présence. /L'Écriture
ajoute/ : « Ils lui répondirent : Nous n'irons pas chez toi ; mais nous
passerons la nuit dans la rue. » C'était le sort qui attendait tous les
étrangers qui venaient à Sodome ; comme aucun des habitants de la ville
ne voulait les recevoir, ils étaient obligés de passer la nuit dans la
rue. C'est pourquoi les anges ont répondu à Lot : « Nous passerons la
nuit dans la rue. » (Nous ferons comme tous les étrangers qui viennent à
Sodome.) Aussi Lot dut-il insister auprès d'eux pour les faire entrer
dans sa maison, ainsi qu'il est écrit : « Et il les pressa avec grande
insistance. » Remarquez que lorsque le Saint, béni soit-il, châtie le
monde, il charge de cette mission un ange messager. Pourquoi donc
envoya-t-il deux anges pour détruire les villes de Sodome et de Gomorrhe
? N'était-il pas suffisant d'en envoyer un seul ? Mais la vérité est
qu'un des anges a eu pour mission de faire sortir Lot et de le sauver ;
l'autre était chargé de détruire la ville ; ainsi, pour la destruction
de Sodome, Dieu ne chargea qu'un seul ange.

/Il est écrit /^/a/ / /: « Et Jéhovah fit descendre du ciel sur Sodome
et Gomorrhe une pluie de soufre et de feu. » Rabbi Hiyâ /ouvrit une de
ses conférences de la manière suivante/ : Il est écrit ^b : « Voici le
jour du Seigneur qui vient, jour cruel plein d'indignation, de colère et
de fureur, pour dépeupler la terre et en exterminer les méchants.» Les
mots : « Voici le jour du Seigneur qui vient... » désignent le tribunal
d'en bas, /la rigueur/ ^1 , ainsi que cela a été déjà dit ^c à
l'occasion de l'interprétation du verset : « Je descendrai, et je verrai
si le cri qui est venu jusqu'à moi... » Car la rigueur ne peut s'exercer
sans avoir obtenu la permission préalable d'en haut. Tel est également
le sens des paroles de l'Écriture ^d : « La fin de toute chair est venue
devant moi. » D'après une autre interprétation, les paroles : « Voici le
jour du Seigneur qui vient, jour cruel » désignent


1. D'après certains commentaires, le Z. parle ici du démon.


a) Gen., XIX, 24. — b) Isaïe., XIII, 9. — c) V. folio106 a. — d) Gen.
VI, 13.


(38)


ZOHAR, 1. — 1.07 a, 107 b


L'ange exterminateur qui se trouve en bas lorsqu'il prend l'âme ; c'est
cet acte qui lui vaut le nom de « cruel ». Les mots : « … Pour dépeupler
la terre » désignent Sodome et Gomorrhe. Les mots : « Pour en [107 b]
exterminer les méchants » désignent les méchants de cette terre.
L'Écriture ajoute : « Les étoiles du ciel les plus éclatantes ne
répandront plus leur lumière. » /Ces paroles désignent également Sodome
et Gomorrhe/ ; car c'est du ciel que Dieu fit descendre sur elles une
pluie de feu pour les exterminer de ce monde. Enfin l'Écriture ajoute ^a
: « Je rendrai l'homme plus précieux que l'or ... » Ces paroles
désignent Abraham que le Saint, béni soit-Il, a élevé au-dessus des
autres habitants de ce monde. Rabbi Yéhouda applique ces versets au jour
de la destruction du Temple, car en ce jour, les ténèbres se sont
répandues en haut et en bas ; le ciel et les étoiles même ont perdu leur
lumière. Rabbi Eléazar applique ces versets au jour oit le Saint, béni
soit-Il, fera ressusciter la terre la « communauté d'Israël » ; car ce
jour sera proclamé en haut et en bas, ainsi qu'il est écrit ^b : « Il y
aura un jour connu du Seigneur qui ne sera ni jour ni nuit ; et sur le
soir de ce jour huilière paraîtra. » Ce jour sera un jour de vengeance ;
car le Saint, béni soit-il, fera sentir sa vengeance aux peuples païens.
Et lorsque le Saint, béni soit-il, aura fait sentir sa aux peuples
païens, alors arrivera ce que dit l'Écriture ^c : « Je rendrai l'homme
plus précieux que l'or, etc. » Ces paroles désignent le Roi-Messie qui
sera élevé au-dessus de tous les habitants du monde qui l'adoreront et
se prosterneront devant lui, ainsi qu'il est écrit ^d :« Les Éthiopiens
se prosterneront devant lui et ses ennemis baiseront la terre ; les rois
de Tharse et des îles lui offriront des présents ; les rois de l'Arabie
et de Saba lui apporteront des dons et tous les rois de la terre
l'adoreront, toutes les nations lui seront assujettie » Remarquez que,
si la prophétie d'Isaïe se rapporte à Babylone, ainsi qu'il résulte du
commencement du chapitre Prophétie contre Babylone, /ainsi qu'il résulte
du commencement du chapitre; Prophétie contre Babylone,/ elle s'applique
également à l'avènement du Messie, puisque nous trouvons, dans le


a) Isaïe XIII, 12- b) Zacharie, XIV, 17. — c) Isaïe. XIII, 12. — d) Ps.
LXXII, 9.


(39)


ZOHAR, I. — 107 b


même chapitre ^1 , le verset ^a suivant: « Car le Seigneur aura pitié de
Jacob. » Et un peu plus bas ^b « Et les peuples les prendront et les
conduiront dans leur pays. » Les paroles : « Et Jéhovah descendre sur
Sodome et Gomorrhe une pluie de soufre et de feu », signifient que le
degré inférieur qui exerce les châtiments ici-bas est monté en haut pour
demander l'autorisation au degré supérieur. Rabbi Isaac dit : Ces
paroles signifient que Dieu mêla 1a clémence à la rigueur; c'est
pourquoi l'Écriture dit : « une pluie de soufre et de feu de Jéhovah,
/c'est-à-dire du degré de la rigueur/, et du ciel », /c'est-à-dire du
degré de la clémence/. Mais, objectera t-on peut-être: En quoi
consistait la clémence que Dieu mêla à la rigueur lorsqu'il détruisit
Sodome ? L'écriture ^c dit: « Lorsque Dieu détruisait les villes de ce
pays-là, il se souvint d'Abraham et délivra Lot, etc. » Voici en quoi
consistait la, clémence de Dieu: Il a sauvé Lot dont sont issus deux
peuples parfaits, et qui a été jugé digne de donner naissance à David et
au roi Salomon Remarquez que l'Écriture ^d dit « Et lorsqu'ils les
eurent fait sortir dehors, ils lui dirent: Sauve ta vie, et ne regarde
point derrière toi, etc. » Remarquez que lorsque 1a rigueur sévit dans
ce monde, l'homme ne doit pas se trouver dans la rue; car, au moment de
la rigueur, l'ange exterminateur ne fait aucune distinction entre le
juste et le coupable; et il a été déjà dit ^e que c'est pour cette
raison que Noé fut enferme dans une arche, pour qu'il ne se trouvât pas
dehors lorsque la rigueur sévirait. Tel est également le motif des
paroles de l'écriture ^f : « Et personne ne sortira de la porte de sa
maison jusqu'au point du jour », c'est-à-dire jusqu'à l'accomplissement
du châtiment. C'est pour la même raison que les anges ont dit à Lot : «
Sauve ta vie, ne regarde point derrière toi, et ne t'arrête point dans
tous les pays d'alentour; sauve-toi sur la, montagne, de peur que tu ne
périsses avec les autres. »

Rabbi Isaac et Rabbi Yehouda, ayant fait une fois un voyage en semble,
Rabbi Yehouda dit à Rabbi Isaac : Le fléau dont le


I, Dans notre édition, ce verset est le commencement du chapitre suivant.


a) Isaïe, XLV, 1. — b) Ibid., XIV, 2. — c) Gen., XIV, 29. - d) Ibid.
XIX, 17. - e ) V.. fol. 63 a. - f) Exode, XII, 22.


(40)


Zohar, I – 107 b – 108 a

Saint, béni soit-il, accabla les hommes à. l'époque du déluge, de même
que celui dont il accabla la ville de Sodome, tenaient tous deux du
châtiment de l'enfer, attendu que les coupables châtiés dans l'enfer
sont punis par l'eau et par le feu. Rabbi Isaac lui répondit: La
punition de la ville de Sodome tenait du châtiment de l'enfer, ainsi
qu'il est écrit: « Et Jéhovah fit tomber sur Sodome et sur Gomorrhe une
pluie de soufre et de feu descendue de Jéhovah du ciel. » l'expression
finale du verset: « ...De Jéhovah du ciel » nous indique que la ville de
Sodome a été punie, et par l'eau, et par le feu, à l'instar du châtiment
des coupables dans l'enfer. Rabbi Isaac lui dit en outre: Le châtiment
des coupables dans l'enfer est d'une durée de douze mois ^a . Après ce
délai, le Saint, béni soit-il, les tire de l'enfer où ils ont subi la
première épuration et les fait asseoir à la porte de l'enfer. Ils voient
tous les coupables conduits à l'enfer et ils assistent à leur châtiment.
Émus de compassion, ils prient Dieu pour ces malheureux coupables. C'est
cette prière qu'ils font pour les autres coupables qui leur vaut à
eux-mêmes la commisération du Saint, béni soit il, lequel les fait
monter à la région qui leur convient. A partir de ce jour, le corps
reste en repos dans la terre, et l'âme entre en possession [108a] de la
place qui leur convient. Remarquez qu'il a été déjà, dit ^b que les
hommes au moment du déluge, ont été également châtiés par le feu et par
l'eau; des eaux froides tombaient sur eux d'en haut, et des eaux
bouillantes émergeaient sous leurs pieds et les brûlaient comme du feu.
Tel était le châtiment des coupables ici-bas, parce qu'il est conforme
au châtiment d'en haut. Le châtiment des habitants de Sodome était
pareil, ainsi qu'il est écrit « … Une pluie de soufre et de feu. » Rabbi
Yehouda demanda à Rabbi Isaac, si les habitants de Sodome et de Gomorrhe
ressusciteraient au jour du jugement dernier. Rabbi Isaac lui répondit :
Voici la tradition ^c : / Tous les coupables seront //ressuscités au
jour du jugement dernier; /mais les coupables de Sodome et de Gomorrhe
ne seront jamais ressuscités; ceci résulte du verset ^d suivant: « Le
pays sera


a) cf. tr. Edouyoth, fin chap. II -b) V. folio 68 b et 69 a. - c) Cf.
T., tr. Sanhédrin, folio 107 b. d) Deutéronome, XXIX, 23.


(41)


ZOHAR. I — 108 a


brûlé par le soufre et par un sel brûlant, de sorte qu'on n'y jettera
plus aucune semence et qu'on n'y verra plus pousser aucune verdure; il y
sera renouvelé l'image de Sodome et de Gomorrhe, d'Adma et de çeboïm,
que le Seigneur détruisit dans sa colère et dans sa fureur.» Les mots: «
Que le Seigneur détruisit » désignent les châtiments des habitants de
Sodome dans ce bas monde. Le terme « dans sa colère » signifie qu'ils
ont également perdu
dans le monde futur. Le terme « et dans sa, fureur » signifie qu'ils ne
ressusciteront pas le jour où le Saint, béni soit il, fera ressusciter
les morts. Rabbi Isaac lui dit en outre : Remarquez que, de même que le
sol de Sodome et de Gomorrhe a été ravagé à jamais, de même les
coupables qui y habitaient sont perdus pour toute l'éternité. Remarquez,
en outre, que les punitions que Dieu inflige aux hommes sont pareilles
aux crimes ^a . Les habitants de Sodome n'ont jamais réconforté le
pauvre en lui donnant à manger et à boire; et le Saint., béni soit-il,
ne réconfortera, pas leurs âmes dans le monde futur. ils se sont
abstenus de pratiquer la charité qui est appelée « vie »; et le Saint,
béni soit-il, à son tour, leur ôta la vie de ce monde et du monde futur.
Rabbi Abba, dit: Tous les coupables de ce inonde seront ressuscités au
jour du jugement; et c'est d'eux que l'écriture ^b dit : « Et toute la
multitude de ceux qui dorment de ceux qui dorment dans la poussière de
la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, et les autres
pour un opprobre éternel. » Mais le Saint, béni soit-il est éminemment
miséricordieux, aussi, *les coupables^3 <#sdfootnote3sym> qui ont été
châtiés ici-bas, et qui s'y sont résignés, ne subiront plus d'autres
peines dans l'éternité*. Rabbi Hiyà dit : Il est écrit ^c : « Lorsque
Dieu détruisait les villes de ces pays-là, il se souvint d'Abraham et
délivra Lot de la ruine de ces villes où il avait demeuré. » Pourquoi
l'écriture dit-elle : « … où il avait demeuré » ? Lot avait-il donc
demeuré dans toutes ces villes ^d ? Oui, Lot a demeuré dans toutes les
villes de ces pays, ainsi qu'il est écrit ^e : « Et Lot demeura dans les
villes qui étaient aux environs du Jourdain, et il dressa. sa tente
jusqu'à Sodome. » C/es pa-/


a) Cf. T., Tr. Ned., folio 32 a.. - b) Daniel, XII, 2. — c) Gen., XIX,
19. - d) V. folio 105 a - e) Gen., XIII, 12.


(42)


Zohar, I - 108 a, 108 b


/roles signifient /que Lot s'était établi successivement dans plusieurs
villes; mais les habitants de ces villes n'en voulaient pas ; et il
finit par s'établir à Sodome [108 b] où le roi l'accueillit à cause
d'Abraham.

/ Il est écrit /^/a/ /:/ « Et la femme de Lot regarda derrière lui
(meahrav) et elle fut changée en statue de sel. » Pourquoi l'écriture
dit-elle « derrière lui » au lieu de « derrière elle » ? Mais l'écriture
veut nous indiquer que la femme de Lot a regardé. derrière la Schekhina.
Rabbi Yossé dit : « L'écriture veut dire que la femme a regardé derrière
Lot où marchait l'ange exterminateur. Comment ! L'ange exterminateur
marchait derrière Lot ? C'était cependant l'ange exterminateur lui même
qui avait conduit Lot hors du pays, /pour le mettre à l'abri du
cataclysme!/ Mais, la vérité est que, partout où Lot allait, l'ange
exterminateur cessait de sévir pendant tout le temps que Lot restait
dans le pays; mais dès que Lot tournait le dos à une ville, l'ange
exterminateur recommençait à sévir; il en résultait que l'ange
n'exerçait ses ravages que derrière le dos de Lot, mais jamais devant
lui. C'est pourquoi il dit à Lot: « Ne regarde pas derrière toi, de
crainte que tu ne périsses avec les autres. » Comme la femme de Lot n'en
tint pas compte et qu'elle se retourna pour regarder derrière son mari,
elle y aperçut l'ange exterminateur et c'est ce qui causa sa
transformation en une statue de sel; car tant que l'ange exterminateur
ne voit pas le visage de l'homme, il n'a aucune prise sur lui; aussi,
dès que la femme de Lot lui tourna le visage, elle fut aussitôt changée
en une statue de sel.

Rabbi Eléazar et Rabbi Yossé se sont un jour entretenus de
l'interprétation du verset suivant. Rabbi Éléazar dit à Rabbi Yossé il
est écrit ^b : « Un pays dans lequel tu mangeras ton pain sans que tu en
manques jamais, dans lequel tu seras dans une abondance de toutes
choses... » Pourquoi l'écriture répète-t-elle deux fois « dans lequel
(bâ) » ? Mais voici que la tradition nous apprend à ce sujet: Le Saint,
béni soit-il, a confié le gouvernement des divers peuples et des divers
pays à divers chefs célestes ; mais nul ange


a) Genèse, XIX 26. - b) Deutéronome, VIII, 9.


(43)

ZOHAR, I — 108 b, 109 a


et nul chef céleste ne peut exercer d'empire sur. la terre d'Israël, en
dehors du Saint, béni soit-il. C'est pourquoi Dieu donna à un peuple sur
lequel aucun ange ne domine, un pays sur lequel aucun ange ne peut
exercer son empire. Remarquez que le Saint, soit-il, accorde la
nourriture à la Palestine d'abord, et ensuite à tous les autres pays du
monde; tous les peuples païens reçoivent une nourriture parcimonieuse,
alors que la terre d'Israël la reçoit en abondance, puisque c'est elle
qui la reçoit avant tous les autres pays du monde. C'est pourquoi
l'Écriture dit « Un pays dans lequel tu mangeras ton pain, sans que tu
en manques jamais. ... », ce qui veut dire la nourriture n'y sera pas
parcimonieuse comme dans les autres pays, mais riche et abondante ; et
l'écriture ajoute: «... Dans lequel tu seras dans une abondance de
toutes choses. » L'écriture veut dire que c'est dans ce pays qu'il y
aura de la sainteté, de la foi suprême et des bénédictions célestes,
mais non pas dans un autre pays. Remarquez que 1'écriture ^a dit : «
Lot, levant les yeux, considéra tout le pays, situé le long du Jourdain.
qui s'étendait de ce lieu-là jusqu'à ce qu'on vienne à Çoar, et qui,
avant que Dieu détruisit Sodome et Gomorrhe, était un pays très
agréable, tout arrosé d'eau comme le Jardin de Dieu, comme l'Égypte » On
ne sut de longtemps expliquer le rapport; qu'il y a entre le pays
d'Égypte, le pays de Sodome [109 a] et le Jardin de Dieu qui est appelé
« Jardin de délices ». Mais, en vérité, l'Écriture veut dire : De même
que le Jardin de Dieu contient l'abondance de toutes choses, de même
Sodome et l'Égypte étaient pourvues de toutes choses eu abondance. De
même que le Jardin de Dieu n'a pas besoin qu'un homme l'arrose, de même
l'Égypte n'a pas besoin d'être arrosée par la pluie, parce que les eaux
du Nil, sortant de leur lit, arrosent tout le pays. Remarquez que
l'Écriture ^b dit « Si dans les maisons du pays il se trouve quelqu'un
qui ne vienne pas à Jérusalem adorer le Roi, le Seigneur des armées, la
pluie du ciel ne tombera pas sur lui. » Ainsi, la punition de ceux qui
ne vont pas à Jérusalem adorer Dieu consiste dans la cessation de la
pluie. Mais, en parlant plus loin des familles habi-


a) Gen., XIII, 10. — b) Zacharie, XIV, 17.


(44)

Zohar, I – 109 a, 109 b


tant l'Égypte, et qui ne vont pas à Jérusalem, l'Écriture ne dit plus
qu'elles seront punies par la cessation de la pluie, mais qu'elles
seront punies par la peste ^a : « S'il y a des familles d'Égypte qui ne
montent et ne viennent à Jérusalem, elles seront frappées de la peste
dont le seigneur frappera tous les peuples qui ne monteront pas pour
célébrer la fête des Tabernacles. » Pour les Égyptiens, l'Écriture ne
pouvait indiquer comme châtiment la cessation de la pluie, attendu
qu'ils n'en ont pas besoin. Il en était de même du pays de Sodome, dont
l'Écriture ^b dit qu'il était « tout arrosé ». ce pays renfermait toutes
les délices du monde; et c'est pourquoi les habitants étaient si
inhospitaliers, attendu qu'ils ne voulaient pas permettre aux autres de
jouir des délices de leur pays. Rabbi Hiyà dit : Les habitants de Sodome
étaient doublement coupables: ils avaient de mauvais penchants et ils
étaient avares. Pour tout homme qui se montre avare à l'égard du pauvre,
il eût mieux valu qu'il ne fût pas né, mais il y a plus: un tel homme
sera privé de vie dans le monde futur. Mais l'homme qui est prodigue
envers les pauvres est digne d'exister dans ce monde et digne que le
monde existe à cause de lui; un tel homme aura la vie dans ce monde et
son prolongement dans le monde futur.


/Il est écrit /^/c/ / /: « Et Lot étant dans le Çoar eut peur d'y périr,
s'il y demeurait; il se retira alors sur la montagne avec ses deux
filles. » Pour quoi avait-il peur? Parce que cette ville était située
trop près de Sodome; c'est pourquoi il partit de là. Rabbi Isaac ouvrit
/une de ses conférences de la manière suivante :/ il est écrit ^d «
Elles éclairent de toute part sur la face de la terre, partout où elles
sont conduites par la volonté de celui qui les gouverne et selon les
ordres qu'elles ont reçus de lui. » Ces paroles signifient que le Saint,
béni soit-il, dirige les événements du monde par des causes
mystérieuses; le même événement qui, tantôt, paraît aux hommes très
malheureux, leur apparaît, tantôt, très heureux; c'est pourtant le même
événement dû à la même cause mystérieuse [109 b]. Les paroles: « ...
Partout où elles sont conduites par la volonté de celui qui les gouverne
» signifient que Dieu tourne les événements


a) Zacharie, XIV, 18 – b) Genèse, XIII, 10 – Ibidem, XIV, 30 – d) Job,
XXVII, 12.


(45)


Zohar, I. - 109 b, 110 a


selon les oeuvres des hommes; enfin, les paroles : « ... Et selon les
ordres qu'elles ont reçus de lui » signifient que ce sont les oeuvres
des hommes qui font qu'un événement est heureux ou malheureux pour eux.
Rabbi Eléazar dit: les paroles : « … Partout où elles sont conduites par
la volonté de celui qui les gouverne » signifient que le Saint, béni
soit-il, tourne /en quelque sorte/ la roue des événements. Lorsqu'un
événement se produit dans ce monde, les hommes croient que cet événement
durera toujours ; mais, en un clin d'oeil, le Saint, béni soit-il,
tourne la roue: et un autre événement se produit, diamétralement opposé
au premier. Le mot « bethah boulothav » est écrit au singulier, /sans
Yod,/ parce que le Saint, béni soit-il, ressemble à un potier qui donne
au vase la forme qu'il veut, à l'aide du tour, et qui modifie la
grandeur du vase à sa volonté. Le Saint, béni soit-il, modifie également
ses oeuvres à l'aide du tour. Le mot « bethah boulothav » est écrit sans
Yod, parce qu'il désigne le monde ici-bas qui constitue le tour de Dieu.
Les hommes se tournent du côté droit et font de bonnes oeuvres, les
événements sont tous heureux pour eux. Mais si les hommes se tournent du
côté gauche, [110 a] tous les événements sont malheureux pour eux. Le
Saint, béni soit-il, ne produit pas de bons événements et de mauvais; le
Saint, béni soit-il, est le potier qui met l'argile sur le tour; le
monde d'ici bas constitue ce tour; la forme du base est subordonnée à la
tournure du tour. Remarquez que le Saint, béni soit-il, a maintes fois
produit dans le monde des événements qui paraissent multiples et de
natures différentes, mais qui, en réalité, n'avaient qu'une seule cause
et une même origine céleste. Dieu s'attache Abraham; celui-ci enfanta
Ismaël avant d'être circoncis; à cette époque Abraham était encore à un
degré inférieur, parce qu'il n'était pas encore marqué du signe de
l'alliance sacrée. Ensuite, le Saint, béni soit-il, sembla produire un
autre événement; car Abraham s'était circoncis, entra dans l'alliance et
compléta son nom de la lettre Hé; il s'est ainsi attaché au Hé supérieur ^a


a) V. folio 96 a


(46)


Zohar, I. - 110 a, 110 b


et est entré dans le mystère par lequel l'eau émane de l'air ^1. Mais
après qu'Abraham fut entré dans l'alliance et qu'il se fut circoncis, il
enfanta Isaac qui devint la souche de la postérité sainte; c'est alors
qu'Abraham s'attacha au mystère d'en haut par lequel le feu émane de
l'eau ^2 . C'est pourquoi l'écriture ^a dit : « Et moi je t'avais
plantée comme une vigne choisie où je n'avais que de bon plant, etc. »
/Ainsi, bien qu'en apparence la naissance d'Ismaël et celle d'Isaac
constituent deux événements de nature différente, elles n'ont en réalité
qu'une seule cause et une même origine./ Remarquez que l'union de Lot
avec ses filles donna naissance à deux peuples ^3 qui,/ dès leur
origine,/ se sont divisés, chacun ayant pris une direction différente.
C'est de ce fait également qu'il résulte que le Saint, béni soit-il, eût
permis que ce fût l'union de Lot avec sa femme qui donna naissance à ces
deux peuples; mais, dans les desseins de Dieu, il était indispensable
que ces deux peuples prissent naissance de l'union de Lot avec ses
propres filles et qu'ils dussent le jour à l'ébriété de Lot, causée par
le vin. Le vin dont les filles de Lot se sont servies pour enivrer leur
père a été trouvé, cette nuit, par l'effet d'un miracle, dans leur
caverne ^b . C'est dans ce fait que consiste la naissance de ces deux
peuples; le vin, qui était la cause première de leur naissance, était de
même nature /que celui qui enivra Noé ainsi qu'il est écrit /^/c/ : « et
il but du vin, s'enivra et parut nu dans sa tente. » Ce mystère a déjà
été expliqué ^d . Remarquez que c'étaient les filles de Lot qui avaient
donné des noms à leurs enfants. Le nom de Moab avait pour raison qu'il
exprime l'origine de la naissance de l'enfant: Moab veut dire


1, V l'explication de ces paroles au folio 31 a. - 2. v. l'explication
de ces paroles au folio précité – 3. C'est-à-dire les Moabites et les
Ammonites. V. Genèse, XIX, 37 et 38.


a) Jérémie, II, 31. - b) cf. Midr. Bachya, même verset, - V. Mechilta,
sur Exode, XV, s. *** - c) Genèse, IX, 21. - d) V. folio 73 a.

(47)

ZOHAR, I. — 110 b, 111 a

« du père ». Rabbi Yossé dit a: L'aînée des filles a fait preuve
d'insolence en donnant à son fils un nom propre à faire connaître à tout
le monde qu'elle l'a engendré de son propre père ; alors que la,
cadette, au contraire, a agi avec plus de pudeur en donnant à son fils
le nom de « fils de mon peuple » (ben ami), sans désigner de manière
plus explicite qui a donné le jour à son enfant. Remarquez que, pour la
première fille, l'Écriture ^b dit : « Et il ne s'est aperçu ni quand
elle se coucha, ni quand elle se leva (oubqoumà). )1 Le mot « oubqoumà,
» est écrit avec un Vav pourvu d'un point supérieur, afin de nous
indiquer que ce fait s'est accompli avec l'aide d'en haut ^c attendu que
cet enfant était prédestiné à constituer souche du Roi Messie ; c'est
pourquoi le mot est augmenté d'un Vav ^d . Mais chez la cadette,
l'Ecriture se sert, du mot « oubqoumà » sans Vav, parce que le Saint,
béni soit-il, ne devait trouver aucune part dans la génération descendue
de la cadette; telle est la raison du Vav supplémentaire qu'on trouve,
chez l'aînée, ainsi que du point supérieur dont il est pourvu. Rabbi
Siméon dit : Par les mots « … Et il ne sut ni quand elle se coucha ni
quand elle se leva », l'Écriture nous indique que Lot ne savait pas que
le Saint, béni soit-il, avait prédestiné l'enfant qui devait naître de
cette union, à former la souche du roi David, de Salomon, d'autres rois
encore, et enfin du Roi Messie. Le mot « oubqoumà » est en outre une
allusion aux paroles du verset ^e suivant : « Et elle se leva (vathaqam)
le matin avant que les hommes se pussent entre-connaître. » C'était en
ce jour-là que la fille de Lot s'était levée réellement, /c'est-à-dire
qu'elle a été élevée à haut degré/:/ /[111 a] son élévation date en
effet du jour où Ruth s'unit à Booz ^1 afin de faire revivre le nom du
défunt dans son héritage ; c'est à partir de ce jour qu'elle a été jugée
digne de donner naissance à tous ces rois et à tous les grands dans
Israël: l'Écriture dit : « Et il ne savait quand elle se coucha. » c'est
une allusion à Ruth dont l'écriture ^g dit : « Elle dormit à ses pieds
jusqu'à que


a) Cf. Gen. Rabba, Trd. Horyoth, 10 b - b) Gen., XIX, 33. — c) V. Tal.,
tr. Nazir, 23 ; Sifré, sect. Behalothcha; Gen. Rabba. - d) Cf. T., tr.
Horyoth, 10 a ; Gen. Rabba. - r) Ruth, III, 14. — Ibid., IV, 10. — g)
Ibid., III, 14.


(48)

ZOHAR, I. — 111 a, 111 b

la nuit fût passée. » De même, le terme « ni quand elle se leva » est
une allusion à Ruth dont l'Écriture ^a dit : « Et elle se leva le matin
avant que (beterom) les hommes se pussent entre-connaître. » C'est pour
cette raison que le Vav du mot « oubqoumà » est pourvu d'un point supérieur

Remarquez que la modestie d'Abraham était telle, qu'alors même que le
Saint, béni soit-il, lui avait annoncé les châtiments résolus pour
Sodome, il na pas demandé grâce pour Lot. Et ensuite l'écriture ^b nous
apprend : « Et il vit les cendres enflammées qui s'élevaient de la terre
comme la fumée d'une fournaise. » Même en voyant cela, Abraham n'a pas
demandé grâce pour Lot et n'en a même pas parlé au Saint, béni soit-il.
Dieu, à son tour, n'en a point parlé à Abraham, pour que celui-ci ne pût
croire que le sauvetage de Lot devrait avoir pour conséquence
d'amoindrir la récompense méritée par lui-même ^c . Que l'on ne
s'imagine pas qu'Abraham n'avait à coeur le sauvetage de Lot ; au
contraire, il l'avait tellement à cœur qu'il exposa sa vie pour lui en
livrant livrant bataille à cinq rois puissants, ainsi qu'il est écrit ^d
: « Abram ayant sut que son frère avait été fait prisonnier, etc. »; et
un peu plus bas ^e : « Il forma deux corps de ses alliés, et il fondit
sur ses ennemis durant la nuit, etc. » ; et encore plus loin ^f : « Il
ramena avec lui tout le butin qu'ils avaient pris, Lot son fière avec
tout ce qui était à lui. » Mais comme Abraham aimait le Saint,
béni-soit-il, et comme, .d'autre part, il avait constaté que la conduite
de Lot n'était pas assez convenable, il ne voulait pas que le Saint,
béni soit-il, accordât en sa faveur la grâce à Lot ; et c'est pourquoi
il n'a pas prié pour celui-ci, ni au commencement, ni à la fin, /il est
écrit /^/g/ : « Et Abraham est parti de là pour le pays du midi. » Tout
les voyages d'Abraham étaient dirigés du côté sud ; [111 b] il avait
préféré ce côté à tous les autres, parce que; en s'attachant au sud, il
s'attachait à la sagesse ^h . /l'écriture ajoute/ ^i « Et Abraham dit,
parlant de Sara sa femme, qu'elle était sa soeur. » Nous


a) Ruth, III, 14. - b) Genèse, XIX, 28 - c)V. Folio 105 a. - d) Gen.
XIV, 14. - e) Ibidem, XIV, 15. - f) Ibid., XIV, 16. - g) Ibid., XX, 1 —
h) Cf. T., tr. B. Bathra, folio 25 b - i) Gen., XX, 2.


(49)


ZOHAR, I — 111b

savons par une tradition a que l'homme ne doit jamais compter sur un
miracle ; et si le Saint, béni soit-il, fait une fois un miracle en
faveur de quelqu'un, il ne faut pas que celui-ci compte toujours sur des
miracles; car les miracles ne sont pas renouvelés à chaque heure ; et si
un homme s'expose à un danger dans l'espoir qui, Dieu l'en préservera
miraculeusement, il est cause qu'on déduira cette faveur, si elle lui
est accordée, de la récompense qu'il a méritée par ses oeuvres
précédentes, ainsi qu'il est écrit b : « je suis indigne de toutes tes
miséricordes et de la vérité que tu as gardées envers ton serviteur. »
Or, comment cela se fait-il qu'Abraham, qui avait été déjà, lors de son
séjour en Égypte, préservé miraculeusement de toute atteinte en faisant
passer Sara pour sa soeur c, ait osé s'exposer de nouveau à un danger en
faisant, pour la seconde fois, passer Sara pour sa sœur ? Mais, en
vérité, Abraham n'avait nullement compté sur son propre mérite; il avait
vu la Schekhina demeurer constamment dans la tente de Sara, dont elle ne
se sépara jamais, et il se confia à la Schekhina et, c'est pourquoi il a
dit « C'est ma sœur », mots par lesquels il désignait la Schekhina
appelée « sœur », ainsi qu'il est écrit d « dis à la Sagesse (Hocmà): «
Tu es ma sœur.» C'est pour cette raison qu'Abraham a dit « C'est ma
soeur ».

/ il est écrit /^/e/ / « /le Seigneur apparut à Abimelech, en songe,
pendant une nuit, et lui dit : « Tu seras puni de mort à cause de 1a
femme que tu as enlevée, parce qu'elle a un mari. » Est-ce, que le
Saint, béni soit-il, apparaît également aux impies, ainsi que cela
résulte du verset cité, de même que du verset suivant ^f : « Et le
Seigneur vint à Balaam », et encore du verset suivant ^g : « Et le
Seigneur apparut à Laban en songe » ? Mais la vérité est que partout où
est il question d'une apparition céleste aux impies, c'est un ange
messager qui leur est envoyé du côté de la rigueur et qui prend, à cet
effet, le nom du Seigneur ; c'est pourquoi l'Écriture dit : « Et le
Seigneur apparut à Abimelech, en songe, pendant une nuit, etc. » Rabbi
Siméon ouvrit /une de ses// //conférences de la manière suivante /: il
est écrit ^h « La bouche véritable sera toujours


a) V. T., tr. Berakhoth, fol. 54 et ailleurs ; Taanith, Kedouschin, 39 b
- b) Gen., XXXII, 11. - c) V. Gen., XII, 13. - d) Prov., VII, 4. - e)
Gen., XX, 3 — f) Nombres, XXII, 9. — g) Genèse, XXI, 24. - h) Proverbes
XII, 19.


(50)

ZOHAR, I. — 111 b, 112 a


ferme, mais la langue mensongère ne sera pas de longue durée. » les
paroles: « La bouche véritable sera toujours ferme » désignent Abraham,
dont toutes les paroles, les premières aussi bien que les dernières ont
été véritables ; et les paroles : « … Mais la langue mensongère ne sera
pas de longue durée » désignent Abimelech. D'abord l'écriture nous
apprend qu'Abraham a dit, en parlant de Sara, qu'elle était sa soeur ;
il désignait par ses paroles la Schekhina, qui était constamment avec
Sara. Les paroles d'Abraham désignaient la Sagesse 5Hocmà). Pourquoi ?
[112 a] – parce qu'Abraham était du côté droit ; /et comme la Séphirâ
Hocmà est également à droite de Kéther,/ il a pu appeler 1a Sagesse, «
sa soeur ». Ce mystère est exprimé dans les paroles de l'Écriture ^a : «
Ouvre-moi, ma soeur, ma bien-aimée, ma colombe sans tache. » C'est
pourquoi Abraham appela la Schekhina souvent « sa soeur », parce qu'il
est toujours attaché à elle et ne s'en est jamais détaché ^b . Ensuite
l'Écriture ^c dit : « D'ailleurs elle est véritablement ma soeur; car
elle est la fille de mon père, mais non pas de ma Mère, et je l'ai
épousée. » Était-ce exact que Sara était sa soeur consanguine ? Certes,
non; mais Abraham a toujours fait allusion à la Schekhina dont il a
parlé précédemment, en la désignant sous le nom de « soeur », en raison
des paroles de l'Écriture ^d : « dis à la Sagesse, tu es ma soeur. »
Abraham dit : « D'ailleurs, parce qu'il vient d'ajouter quelques
explications à ce qu'il a déjà dit précédemment. Par les mots : « …
Soeur, fille de mon père » Abraham désigne la fille de la Sagesse
suprême, qui est appelé tantôt « soeur » et tantôt « Sagesse ». Et
Abraham ajoute: « Mais non la fille de ma mère », /ce qui veut dire/
qu'elle n'est pas la fille du « monde de l'émanation », qui constitue le
mystère le plus caché du monde suprême. C'est pourquoi Abraham a ajouté
: « … Et je l'ai épousée », /ce qui veut dire/ : je me suis attaché à
elle avec amour, ainsi qu'il est écrit ^e : « Et il m'embrasse de sa
main droite. » Toutes ces paroles renferment le mystère de la Sagesse.
Remarquez que la première fois, lorsqu'il se rendait en Égypte, Abraham
a du s'attacher à la Foi, et l'appeler sa soeur, afin


a) Cantiques, V, 2. - b) V. Z. III folio 100 b. -c) Genèsen XX, 12. -d)
Proverbes, VII, 4. - e) Cantiques, II, 6.


(51)

ZOHAR, I. — 112 a, 112 b

qu'il ne fût séduit par les degrés extérieurs^1 . De même, en arrivant
chez Abimelech, Abraham l'appela sa sœur, afin qu'il ne jamais détaché
de la Foi. Car Abimelech, ainsi que tous les habitants de ce pays,
adorait des dieux étrangers ; c'est ce qui obligea Abraham à s'attacher
d'autant plus étroitement à la Foi. C'est pourquoi, en entrant dans ce
pays, il dit « C'est ma sœur. » De même que les liens entre frères et
sœur sont indissolubles, de même l'attachement d'Abraham à la Foi était
indissoluble ; car, d'une femme,, on peut se séparer /par le divorce/,
alors qu'il ne peut jamais y avoir de séparation entre frères et soeurs.
Voilà pourquoi, Abraham a dit « C'est ma, sœur. » Car tous les habitants
de ce pays ont offert des sacrifices à la lumière des étoiles et autres
corps célestes, alors qu'Abraham s'était attaché à la Foi qu'il appela «
sa soeur, » parce que son attachement était indissoluble. Le verset
suivant ^a peut servir à ce mystère de terme mnémonique « Et sa soeur
qui était vierge, et qui n'avait point encore été mariée... » Ce
commandement donné au prêtre désigne un endroit tel que celui où se
trouvait Abraham. /Il est écrit /^b : « Tu craindras le Seigneur ton
Dieu, et tu le serviras, tu seras attaché à lui, et tu jureras par son
nom. » Ce verset a été déjà expliqué. Mais remarquez que l'Écriture ne
dit pas « le Jéhovah », mais « eth [112 b] Jéhovah. » Que signifie le
mot eth » ? Ce mot désigne le premier degré qui constitue la région de
la crainte devant le Saint, béni, soit-il ; c'est pourquoi' l'écriture
dit « Tu craindras », parce que c'est la région de la rigueur, où
l'homme est saisi de crainte devant son Maître.

Les paroles : « Et tu le serviras » désignent le degré qui est au-dessus
du premier, - degrés qui ne sont jamais séparés l'un de l'autre ; car «
eth » et « otho ^2 » restent à jamais inséparables. Que signifie « otho
» ? C'est la. région de l'Alliance sainte qui constitue

1. Le Z. désigne sous le nom ***, ou « degrés extérieurs », les
puissances du démon, ou du côté gauche également échelonné en degrés à
l'exemple du côté droit. - 2 « Eth.» *** désigne le mot *** et « otho »
est une allusion au mot ***.


a) Lévit, XXI, 3. — b) Deutér., X, 20.


(52)


Zohar, I. — 112 b

le signe éternel. Car « eth » n'est pas le degré où l'on sert Dieu ; à
ce degré, on n'a que la crainte de Dieu. Ce n'est qu'en arrivant au
degré supérieur « otho » qu'on sait servir Dieu. C'est pourquoi
l'écriture dit : « Et tu le « otho » serviras. » L'Écriture ajoute : «
Tu seras attaché à lui », ce /qui veut dire /: tu t'attacheras à cet
endroit qui sert d'union, c'est-à-dire au corps qui constitue le milieu
^1 , Enfin, l'écriture ajoute : « ...Et tu jureras par son nom. » Ces
paroles désignent le septième degré ; le verset suivant ^a peut servir
de mnémonique à ce mystère : « Et je leur susciterai David leur roi. »
Telles sont les raisons qui ont déterminé Abraham à s'attacher à la Foi
lorsqu'il se rendit en Égypte, aussi ^1 bien qu'au pays des philistins.
/Le cas d'Abraham peut être comparé à celui /d'un qui/, /désireux/ /de
descendre dans un /gouffre/ profond, et craignant de ne pas pouvoir
remonter ensuite à la surface du gouffre, attache une corde hors /du
gouffre /et se glisse à l'aide de cette corde dans le gouffre; de cette
façon, il est sûr de pouvoir plus tard remonter à l'aide de cette même
corde. Il en était de même d'Abraham avant sa descente en Égypte; il
s'attacha étroitement à la Foi qui lui servit de corde ; et c'est à
l'aide de cette corde qu'il a osé descendre parmi les hommes impurs ;
car il était sûr de pouvoir remonter à l'aide de la même corde. Il en a
fait autant lorsqu'il se rendit au pays des Philistins. C'est pourquoi
l'écriture ^b : « la bouche véritable sera toujours ferme. » Les paroles
suivantes : « Mais la langue mensongère ne sera pas de longue durée... »
désignent Abimelech, qui a dit ^c « J'ai fait cela dans la simplicité de
mon coeur et la pureté de mes mains. » Or, dans la réponse qui lui a été
faite, il est dit seulement ^d : «Je sais aussi que tu l'as fait avec un
cœur simple » ; mais on n'ajoute pas « … et avec la pureté de tes mains
^e . »


/il est écrit/ ^f : « Et maintenant, rends cette femme à son mari, parce
que c'est un prophète. » Rabbi Yehouda ouvrit une de ses conférences de
la manière suivante: Il est écrit ^g : « Il gardera les


1. C'est-à-dire la séphirà « Kéther »

a) Jérémie, XXX, 9 – b) Prov., XII.,19. — c) Gen., XX, 5 – d) ibid., XX,
6. - e) Cf. Gen. Rabba – f) Genèse, XX, 6. — g) I Rois, II,9.


(53)


Zohar, I. - 112 b


pieds de ses saints (hasidav).» Bien que prononcé au pluriel, le mot est
écrit au singulier, car il désigne Abraham que le Saint béni soit-il,
garde toujours et ne prive jamais de sa protection. Le terme « pieds »
employé dans ce verset désigne sa femme, /c'est à dire la femme
d'Abraham/ ; car le Saint, béni soit-il, a envoyé Schekhina auprès de
Sara pour la garder constamment. D'après une autre interprétation: « il
gardera les pieds de ses saints » désigne Abraham que le Saint, béni
soit-il, a toujours accompagné afin que nul ne pût le léser ; et les
paroles suivantes « Et les impies seront réduits au silence dans les
ténèbres » désignent ces rois que le Saint, béni soit-il, a tués durant
la nuit qu'Abraham les avait poursuivis. C'est pourquoi l'Ecriture dit :
« ...Seront réduits au silence dans les ténèbres », parce que c'était
pendant la nuit qu'Abraham les avait poursuivis. En sorte que c'était
bien Abraham qui les avait poursuivis, mais c'étaient les ténèbres de la
nuit qui les avaient tués, ainsi qu'il est écrit ^a : « Et il sépara,
pour eux, la nuit, lui et ses serviteurs, et il les frappa. » Les
paroles: « et il sépara, pour eux, la nuit » désignent le Saint, béni
soit il, qui sépara, la clémence de la rigueur pour venger Abraham ; et
c'est pourquoi l'écriture dit : « Et les impies seront réduits au
silence dans les ténèbres. » Pourquoi l'écriture dit-elle ^b : « Et il
les frappa », au lieu de : « Et ils les frappèrent », /attendu
qu'Abraham était accompagné de ses serviteurs ?/ Mais ces paroles
désignent le Saint, béni soit-il. /L'Écriture /^/c/ / ajoute/ : « Car
l'homme ne peut pas vaincre par sa propre force. » Ces paroles font
allusion à l'impuissance dans laquelle se trouvait Abraham, accompagné
seulement d'Eliézer, de vaincre ses ennemis. Rabbi Isaac demanda: Nous
savons par une tradition ^d que l'homme ne doit jamais s'exposer à un
danger et s'abandonner à l'espoir d'un miracle en sa faveur. Or, peut-on
imaginer un plus grand danger que celui auquel Abraham s'exposa en
poursuivant cinq rois et en leur livrant bataille ? Rabbi Yehouda
répondit : Lorsqu'Abraham se mit en route, il n'avait nullement
l'intention de livrer bataille à ces rois et, par conséquent, il n'a
nullement compté sur un miracle. La


a) Gen., XIV, 15 - b) Ibid. - c) I Rois, II, 9. — d) V. folio III b.


(54)

Zohar I — 112 b, 113 a 123

détresse de Lot le détermina à quitter sa maison et à accourir à son
secours; il emporta avec lui une somme d'argent, avec l'intention de
payer la rançon pour le rachat de Lot, ou, en cas de non-réussite, de
mourir avec lui dans la captivité. En quittant sa Maison, il aperçu la
Schekhina éclairant la route devant lui et entourée de nombreuses
légions /célestes. /Ce n'est qu'à ce moment qu'Abraham se décida à
poursuivre ces rois que le Saint, béni soit-il, tua, ainsi qu'il est
écrit : « Et les impies seront réduits au silence dans les ténèbres. »
Rabbi Siméon dit Le sens anagogique des mots : « il gardera les pieds de
ses saints » est, en effet, celui qu'on vient d'indiquer ; ces paroles
désignent Abraham. Lorsqu'Abraham quitta sa demeure, il s'adjoignit
Isaac ^1 : car, sans l'aide de celui-ci Abraham n'aurait pu vaincre ses
ennemis ; c'est pour quoi l'écriture dit : « Et les impies seront
réduits au silence dans les ténèbres, car l'homme ne peut pas vaincre
par sa propre force. » L'é/criture veut dire que, /bien que la force se
trouve toujours du côté droit, le côté droit, seul, n'aurait pu vaincre,
s'il ne s'était adjoint le côté gauche. D'après une autre
interprétation, les paroles : « Il gardera les pieds de ses saints »
signifient que quand l'homme aime le Saint, béni soit-il, celui-ci à son
tour, lui rend l'amour en veillant sur 1ui dans toutes ses entreprises
et dans tous ses voyages, ainsi qu'il est écrit ^a : « Le Seigneur sera
ta garde, tant à ton entrée qu'à ta sortie, dès maintenant et en toute
éternité. » Remarquez combien grand était l'amour qu'il éprouvait
Abraham pour le Saint, béni soit-il! Partout où il allait, il n'avait
aucun souci de sa propre personne; et de ses propres avantages; [113 b]
mais tous ses efforts tendaient à s'attacher au Saint, béni soit-il,
c'est pourquoi l'Écriture ^b dit : « il gardera les pieds de ses saints.
» Par les mots : « … les pieds de ses saints », l'écriture désigne la
femme d'Abraham, ainsi qu'il est écrit ^c : « Et Abimelech ne l'avait
point touchée. » Et plus loin ^d

1 Symbole de la Séphirà « Gueboura » (Rigeur » qui se trouve à gauche de
« Kéther ». Abraham symbolise la Séphirà « Hesed » (Grâce) qui se trouve
à droite de « Kéther ».

a) Psaumes, CXXI,8 - b) I Rois, II, 9 — c) Gen., XX, 4. d) ibid„ XX, 6.


(55)

Zohar I — 113 a

il est écrit : « Et c'est pourquoi je ne t'ai pas permis de la toucher.
» De même lorsqu'elle se trouvait chez Pharaon, l'écriture dit ^a : « Et
le Seigneur frappa de très grandes plaies Pharaon et sa maison à cause
de Saraï, femme d'Abram. » Sara demanda à Dieu de frapper, et celui-ci
frappa ^b . C'est pourquoi l'écriture ^c dit : « il gardera les pieds de
ses saints. » Les paroles « les impies seront réduits au silence dans
les ténèbres » désignent Pharaon et Abimelech contre lesquels le Saint,
béni soit-il, a fait sévir les rigueurs, pendant la nuit ; enfin, les
paroles : « … Car l'homme ne peut pas vaincre par sa propre force »
désignent Abraham appelé « homme », ainsi qu'il est écrit ^d : « Et
maintenant rendez la femme de l'homme, etc. »

/Il est écrit/ ^e : « Et Jéhovah visita Sara, ainsi qu'il l'avait
promis, etc. » Rabbi Hiyâ, ouvrit, /une de ses conférences de la manière
suivante/ : il est écrit ^f : « Et il me fit voir Jésus le grand-prêtre,
qui était devant l'arche de Jéhovah ; et Satan était à sa droite; pour
s'opposer à lui. » Ce verset demande qu'on l'examine attentivement «
Jésus grand-prêtre » désigne Jésus fils de Josedec ^g . L'Écriture
ajoute : « … Qui était devant l'ange de Jéhovah. » Qui est cet ange de
Jéhovah ? C'est le lieu où réside l'âme du juste, toutes les âmes des
justes y sont également enfermées. C'est cela que l'écriture désigne
sous le nom de : « Ange de Jéhovah ^1 .» L'écriture ajoute : « Et Satan
était à sa droite pour s'opposer à lui. » Ces paroles désignent l'Esprit
tentateur qui parcourt le monde au vol, en s'efforçant de s'emparer des
âmes, de les séparer des corps et de 1es perdre dans le monde d'en haut
aussi bien que dans le monde d'en-bas. La vision du prophète Zacharie
avait lieu au moment où Nabuchodonosor jeta Jésus le grand-prêtre dans
les flammes même temps que les faux prophètes ^h . C'est alors que
l'Esprit tentateur requit en haut pour que Jésus fût brûlé avec les faux
prophètes; car telle est l'habitude de cet esprit de requérir contre
l'homme au


1. D'après les commentateurs, l'ange de Jéhovah désigne la Schekina.


a) Gen., XII, 17. - b) Gen. Rabba. - c) I Rois, 1. c. - d) Gen., XX, 7 -
e) ibid., XXI, 1 – f) Zacharie, III, 1. Certains lisent: Josué. - g) V.I
Paralip., VI, 41. — h) T. Tr. Sanh., fol. 93 a

(56)


Zohar, I. — 113a, 113 b

moment où celui-ci se trouve en danger, ou à une époque où le monde est
accablé de maux ; car, en pareil cas, il est autorisé à exercer sa
rigueur même contre les innocents, ainsi qu'il est écrit ^a :« et il y a
/des hommes/ qui disparaissent sans jugement. » Que signifient les mots
: « Pour s'opposer à lui » ? - Il a dit : Ou que tous soient sauvés
(/c'est à dire les faux prophètes également/), ou que tous périssent
dans les flammes. Car, lorsqu'on donne à l'ange exterminateur l'ordre de
sévir, le juste n'est pas distingué du coupable. C'est pourquoi, au
moment où la rigueur sévit dans une ville, il convient à l'homme juste
de fuir cette ville, pour que l'ange exterminateur qui traite les justes
comme les coupables n'ait pas de prise sur lui ^b . L'Esprit tentateur
insistait d'autant plus vivement que tous les trois étaient ensemble; il
demandait donc que tous fussent sauvés, ou que tous fussent brûlés; car,
quand Dieu produit [113 b] un acte surnaturel, il doit être favorable à
tout le monde ou défavorable à tout le monde, mais un miracle ne peut se
produire en faveur des uns et en défaveur des autres. Rabbi Yossé
objecta à Rabbi Hiyà : Pourtant, lorsque le Saint, béni soit-il, a
séparé les eaux de la mer rouge pour livrer passage à Israël, le miracle
était en faveur des uns qui marchèrent à sec au milieu de la mer, et en
défaveur des autres qui y trouvèrent la mort. Rabbi Hiyà, lui répondit :
c'est précisément pour cela que le miracle du passage de la mer rouge
était une oeuvre ardue pour le Saint, béni soit-il ; car, quand le
Saint, béni soit-il, fait sévir la rigueur contre les hommes et fait des
miracles en faveur des autres, ces deux faits ne se produisent jamais
dans le même lieu, ni dans la même maison; et lorsqu'il faut exercer la
rigueur et faire un miracle dans une même maison, ceci constitue une
oeuvre ardue pour le Saint, béni soit-il ; car au ciel, tout se fait de
manière complète, les rigueurs aussi bien que les grâces; une maison est
accablée entièrement, ou Dieu fait tous les miracles pour elle, mais il
ne la frappe pas en même temps qu'il fait des miracles en sa faveur.
C'est pour cette raison que le Saint, béni soit-il, n'exerce pas de
rigueurs contre les coupables avant que la culpabilité de ceux-ci ne
soit arrivée à son com


a) Prov. III, 23 – V. Z. III, folio 54 b


(57)


1 <#sdfootnote1anc> Une mise en relation avec les colonnettes force,
sagesse, beauté, est-elle possible ?

2 <#sdfootnote2anc> Notion abordée en maçonnerie mystique.

3 <#sdfootnote3anc>On retrouve la même idée chez ceux qui ont fréquenté
Saint-Martin : non bis in idem comme principe juridique !

 
samedi 19 décembre 2009
  martinisme martiniste saint-martin martinès cyvard mariette
*Le Martinisme, les Martinismes *

*le Martiniste, les Martinistes *

*Un Martiniste, des Martinismes *

*Le Martinisme, les Martinismes *

*le Martiniste, les Martinistes *

*Un Martiniste dans des Martinismes
Cyvard Mariette
*

*Noël 2009
*

*I
*


Il en est du Martinisme comme il en est de bien des organisations qui
s'affirment initiatiques. L'appellation semble sous entendre un diamant
taillé pour laisser circuler les rayons lumineux qui peuvent aider
l'homme à se relever ; chacun se précipite sur un rayon et prétend que
sa « seule » couleur est la bonne couleur. Pendant ce temps, l'émeraude
martiniste est enveloppée de ténèbres.

Il en est aussi du Martinisme comme du lieu où le point de contact entre
le spirituel et l'humain est possible dans de bonnes conditions.
Certains riront déjà d'une telle affirmation qui refusent que la matière
prépare le spirituel et que le spirituel permette la matière. Un point
de contact, un pont, un seuil, voilà qui sent le dévot ou le
superstitieux, le magicien ou le malade. Enfermés qu'ils sont dans leurs
raisonnements au nom d'une supposée Raison, il n'est rien à échanger
avec eux, force est à leurs railleries, à leurs préjugés, à leurs
certitudes alors qu'ils affirmeront haut et fort, de leur humble avis,
qu'ils cherchent la vérité, sans vouloir la trouver.


Quelle vérité va-t-on rencontrer dans le Martinisme ?

Celle d'une recherche, d'une quête fondée sur l'homme, celle d'un humain
que le spirituel interpelle, d'un humain qui sait répondre à un appel,
et qui interroge et s'interroge^1 <#sdfootnote1sym> en premier avant de
répondre à une demande.


Un contact est-il possible, où est la ligne frontière? Le Martinisme
peut tenter d'offrir aux hommes une réponse à partir de laquelle chacun
peut construire une réponse ou accepter de répondre et assumer sa réponse.

Lorsque *lcsm écrit « l'interne ^2 <#sdfootnote2sym> apprend tout et
préserve de tout » encore faut-il déterminer ce qu'est l'interne, ce
qu'il apprend et de quoi il préserve ! La suite de ce « bon mot » (un
mot que l'on peut se répéter et dont on se gargarise) consiste à
*/*entrer dans le coeur du Divin que l'on fait dans le même temps entrer
le Divin dans son coeur*/* ! Les phrases sont belles, mais pour être
belles sans l'expérience qui accompagne elles sont vidées de tout sens.
Lcsm privilégie la relation à Dieu, ceux qui parlent de lui, laudateurs
ou détracteurs, le reconnaissent comme sachant ce qu'est une « extase »,
comme apte à parler de l'extase. En attendant, si vous ne savez pas ce
qu'est un extatique, l'extase et l'extase mystique c'est un peu comme de
demander son chemin en Breton à un Calabrais ! Quittons ce « bon mot »
souvent répété, et entrons dans le texte que lcsm écrit à son ami
Kirchberger.*


«/ Je crois que ceux qui sont appelés à l'œuvre, directement et d'en
haut, n'ont aucun embarras pour juger tout ce qu'ils reçoivent, et même
sans autre opération de leur part que celle du développement de leur
sens intime divin. Ils sont une coupelle universelle qui purifie tout et
ne se laisse corroder par rien. »/


Posons bien les bornes de la démarche, elles s'inscrivent dans un espace
temps où Dieu est une présence. Pour lcsm ce Dieu est celui des
catholiques, sans réelle exclusion d'autres conceptions liées à une
compréhension humaine relative à un espace en mouvement. Pour ceux qui
tenteraient déjà de circonscrire Dieu dans une définition, de le réduire
au métier de Grand Architecte, ce ne sera pas l'objet de la démarche de
cet écrit.


Puisqu'il y a ceux qui sont appelés directement, il y aura aussi ceux
qui s'affirment appelés (sans imitation pas de réalité!), les appelés
ont pourtant encore du travail pour produire le développement de leur
sens intime du divin (il est clair que l'appellation Dieu recouvre par
facilité ce que l'humain peut concevoir, et qu'il est possible d'y
substituer d'autres termes).


Ce passage peut me parler selon mon niveau de compréhension : en effet,
par souffrance de la présence non perçue, je meuble mon univers d'un
fatras impressionnant. Mon fatras est composé d'un encombrement qui ne
permet plus au spirituel de prendre sa place, toute sa place, rien que
sa place. Pour faire plus simple, imaginez une pièce, type oratoire,
chapelle, et pour les excessifs : cathédrale, musée, ou bibliothèque
nationale. Cette pièce encombrée me permet « d'entrer » en me faufilant,
en m'insérant, il y a ma place « pour moi », et mon fatras, pour rien
d'autre. Si j'en sors, le spirituel n'a plus besoin d'y entrer, et s'il
y entre il trouve là un paquet de souvenirs, une table à écouter mes
gémissements, mes amis, mes rires, mes ennemis, un amoncellement de
livres (indispensables pourtant) à ma formation, une épée, un arc et ses
flèches, un lot de mouchoirs pour éternuements à répétition... fatras,
capharnaüm, ou si vous préférez le cafard d'un homme qui espère meubler
le vide existentiel d'une existence vidée de sens ! Il me reste à faire
place nette, à balayer, à offrir, à ranger, à préparer toute la pièce
pour que l'Esprit occupe tout l'espace dont il a besoin, c'est-à-dire
tout l'espace, hors celui de ma présence active.


Lcsm n'est pas à une contradiction près en affirmant que l'appelé
possède une coupelle qui purifie ou ne se laisse corroder par rien. À la
fois vrai pour le coeur impur ou pur qui passe dans les horreurs et
restaure les âmes, et faux parce que je m'interroge sur la capacité d'un
homme à traverser l'horreur sans être imprégné !

Sans discuter plus avant ce point qui permet à l'imitation de dire, je
fais « comme la providence »... en imitant l'homme peut arriver aux
mêmes résultats que l'appelé véritable... faute de l'outil approprié...
je n'avancerai pas plus loin sur ce terrain fangeux.


/« Je crois que celui qui entre dans l'œuvre par des initiations, soit
humaines, soit spirituelles, peut parvenir aussi au débrouillement de ce
qu'il reçoit ; mais qu'il lui faut un grand travail pour cela ; et tel
est le fruit des travaux et opérations théurgiques, quand elles sont
dirigées par des maîtres purs, éclairés et puissants. Mais, hélas !
combien ils sont rares ! Pour moi, je n'en connais point, et je suis
bien loin d'avoir aucune virtualité dans ce genre, car mon œuvre tourne
tout entier du côté de l'interne. »/


Lcsm parle donc de nos initiations, et il en vécut quelques unes, tant
Coëns donc théurgiques (Martinès), que Maçonniques (dont celles avec les
Lyonnais), que thaumaturgiques (par Mesmer), que … toutes celles pour
lesquelles il se mettait en chemin pour … poursuivre la chimère.

L'initié reçoit, et il lui faut parvenir à débrouiller ce qui est
brouillé, comme si nos initiations mêlaient les choses et qu'il nous
faille démêler les fils mis en mélimélo.

« Aimable pécheur à la ligne emmêlé dis moi comment prends-tu le poisson
pendant que tu travailles ton fil ? »

Je passe les opérations théurgiques, pour constater qu'elles exigeraient
selon lcsm des hommes purs. Je n'aime pas le qualificatif pur, et selon
moi, un humain ne saurait être pur. Que les hommes soient éclairés, je
le conçois, l'intellect, le coeur, la reconnaissance des besoins
fondamentaux éclairent la vie d'un homme. Pour la puissance, il n'en est
qu'une et triple, elle écarte, elle appelle, elle sert. Il n'écarte ici
ni Martinès, ni son oeuvre, écarterait-il ses successeurs, j'en doute.
Il donne la solution dans le paragraphe qui suit.


/« Je crois que ceux qui reçoivent des communications externes et
gratuites comme à Co..., peuvent bien n'être pas trompés ; mais je n^'
ai aucun moyen d'assurer la chose. »/


Ceux de l'externe reçoivent des « communications », il les suppose
trompés, mais encore sans preuve suffisante de leur marche. Ils semblent
dans l'incertitude et le prouvent en posant des questions, ils sont
passifs dans leur travail et non maître de l'oeuvre, ils sont inaptes à
lier le Mal et à nettoyer l'espace nécessaire pour y faire venir le
Spirituel. La suite est claire: des initiations servent au Discernement,
comme des opérations théurgiques. Ces faits pour avérés qu'ils
paraissent peuvent être imités tant par le Mal que par des hommes.


Pour ce qui est des Signes de l'Évangile qui prouveraient « l'élection »
d'un humain, il me paraît une troisième fois préférable de faire silence
sur le retour à la stupidité d'une référence de cette nature. Retomber
dans une superstition, voilà qui me paraît quitter le discernement!


Quel est cet interne ?


II

Il est de logique, interne, se supposer que la *prière* fait oeuvre. «
J'ai prié pour toi, j'ai prié pour la paix dans le monde, j'ai prié...
Comment ! je ne t'ai pas tendu la main ! Dieu seul... ! Seule la prière
pouvait changer le cours de ton destin et influencer la volonté de
Dieu... » Rieurs, riez, votre raisonnement montre les failles !

Je suis un homme de bien, j'ai toujours fait tout ce que l'église de
Dieu demande, aujourd'hui, mon enfant se meurt, et Dieu refuse de me
prêter oreille, lui, le tout-puissant, … ils m'ont trompé, dieu n'existe
pas ! Rieurs, riez, votre raisonnement se sert de la faille.

La prière peut accompagner bien des vies, l'homme prudent demande peu,
il sait qu'une demande est parfois exaucée. La prière accompagne la
souffrance quand le corps est en déroute, meubler le cerveau avec des
mots en litanie permet la survie.

La prière fait oeuvre quand elle devient la « respiration^3
<#sdfootnote3sym> de l'âme ». Lorsque sur le chantier le compagnon
ramasse la truelle abandonnée, fait-il oeuvre personnelle ou suit-il le
plan de l'architecte ? Lorsque le tâcheron creuse la fondation d'un mur
fait-il oeuvre personnelle où est-il aux ordres^4 <#sdfootnote4sym> de
celui qui a reçu les ordres de l'architecte ?

Un nouvel objet de débat lève la patte, ce travail ne s'y arrêtera pas
plus que pour les précédents.

Ma certitude : le martiniste prie, il assume pleinement sa prière
puisque dans sa marche, son maître initié (son surveillant) a du lui
demander de réfléchir sur ce thème et même le pousser à comprendre la
vraie nature de les prières que ce martiniste en formation utilise.


Le martiniste travaille avec *un rituel*, parfois bien différent d'un
ordre à un autre ordre. Dans cette même lettre la position de lcsm est
claire: « /Ces initiés-là peuvent l'être aux documents de leurs maîtres,
mais ils ne le sont pas à l'expérience de la chose. »/

Quand un homme a blanchi après avoir reçu initiation après initiation,
qu'il fait autorité en matière de rites, de rituels, puisqu'il connaît
les documents reçus, qu'est-il de plus qu'en son premier jour s'il n'a,
au moins une fois, une seconde, fait l'expérience qui lui donne cette
certitude de la présence ? Nos usages nous conduisent dans l'initiatique
que d'aucuns osent prétendre le sacré comme s'ils n'étaient plus
profanes, eux dont le corps ne s'est plié ni dans la souffrance humaine,
ni sous la sensation forte, violente comme un ouragan et douce comme
brise d'été de la Présence.

Présence à soi, si ce n'est Présence du Spirituel !

Rieurs, riez de ce que vous ne voulez pas comprendre. Un jour la réponse
accompagnera votre souffle.

Nos frères, nos soeurs, nos cousins venus d'autres lieux s'interrogent.
Nos truelles sont-elles bonnes? Nos haches coupent-elles bien et le bon
arbre à couper ? Pendant que quelques-uns alignent des murs de pierres
qu'ils supposent cubiques et donc bien taillées, d'autres préparent qui
une baie, qui un pilier, qui une chaise de jugement... le prétentieux
affirme sa seule pierre, pierre de l'oeuvre, le Martiniste ramassera
pourtant encore tout les « déchets » de la taille, il les déposera dans
les ornières pour aplanir le chemin du pèlerin. Que serait le plus beau
temple sans chemin pour y parvenir? Il récupérera les jeunes plants
abîmés et les laissera devenir lieux d'ombrage sur le chemin. Les
rituels martinistes sont rituels, donc documents de nos maîtres. Des
lieux initiatiques s'affirment en construction permanente, ils
repoussent la mise en oeuvre de l'initiatique ; le Martiniste travaille
dans ce qui est disponible, sans attendre que l'ouvrage soit terminé.
Pour un martiniste, qu'il soit midi ou minuit, la première ou la
douzième heure au cadran d'outre espace, il est l'heure de répondre
présent, qu'il soit Solitaire mais avec sa chandelle, ou cinquante en
assemblée, la chaîne est Présence, à la demande. La chaîne d'union le
relie à travers son présent dans le passé à ceux qui ont aplani les
chemins, dans le futur à ceux pour lesquels il aplanit le chemin.
Étrange, qu'un tel humain reçoive réponse, que dans la désespérance des
mains se tendent vers lui, il a su s'aimer même s'il ne sait plus, il a
su aimer même s'il n'est plus aimé, dans sa souffrance, lui qui se
croyait perdu, il voit arriver à chaque moment d'abandon ceux-là qu'il a
pu croiser un jour, une vie, pour lesquels il a su s'arrêter, auxquels
il s'est adressé... Cette main tendue paie un prisonnier libéré, ce
doigt qui indique la route paie un morceau de pain reçu, celle-ci qui
pose une couverture sur son corps paie... La monnaie n'est pas monnaie
d'or ou de papier, elle est sourires d' « anges », elle est frémissement
d'ailes. Comment le sait-on, comment être certain que nous ne sommes pas
en plein déraillement mental ? Sans doute, parce que nous avons pris le
risque de la folie, parce que nous prenons le risque de tendre et la
main et le bras à ceux qui sont aptes à nous dévorer, quittes à ne plus
pouvoir nous en mordre les doigts.


La *prière*, le *rite*, le « *servir à* soi comme à autrui »,
constituent nos trois piliers. Allons-nous ajouter des points
supplémentaires ? La réponse est oui. Nos travaux se font avec le
maillet, symbole d'autorité matérielle, comme avec l'épée flamboyante,
symbole d'une autorité initiatique et parfois spirituelle.

* Les ajouts *qui permettent d'apprendre à mieux discerner sont
travaillés selon les capacités de chacun. Tel se lancera sur le chemin
par la superstition^5 <#sdfootnote5sym>, premier pas vers une réalité
concrète, premier contact avec le discernement. Tel avancera par la
dévotion, tel par la concentration, la méditation … Il nous est
difficile de rire ou de sourire de pratiques qui peuvent être
nécessaires aux hommes que nous considérons plongés dans le torrent de
la vie et qui tentent par les moyens qui leur sont disponibles de
rejoindre la rive pour devenir des hommes de Désir. Nous ne sommes pas
disponibles pour railler les hommes et leurs difficultés^6
<#sdfootnote6sym>, même si nous faisons entendre notre colère lorsque la
misère humaine est exploitée.

Le martiniste n'est pas un misologue, (un haineux de la logique), il
reconnaît pourtant comme Kant que la science est inapte à élever sa
théorie du domaine du sensible au domaine du supra-sensible: « Ich musse
also das Wissen aufheben, um zum Glauben Platz zu bekommen » pour
traduire librement, isoler radicalement science et croyance
métaphysique, afin que la croyance métaphysique n'ait à craindre des
conclusions de la science, ni la science de l'incertitude expérimentale
et rationnelle de la croyance. Lorsqu'il rêve de tenter le mariage de la
science et des autres disciplines le martiniste se réfère à des
tentatives de nos anciens, lesquels souhaitaient construire les outils
nécessaires à une science apte à « qualifier » le spirituel, et à donner
au spirituel les moyens de pénétrer le champ de compétences de la
science. Je ferai, dans ce texte, silence sur ce thème.


À suivre

III

Si lcsm demandait à Martinès « /Eh quoi, maître^7 <#sdfootnote7sym>,
faut-il tant de choses pour prier Dieu ? /»il ne nous écrit rien sur ces
« choses là! » mais quand il rapporte la réponse du maître, on le
ressent dans sa démarche, il quitte la voie pour entrer dans sa voie.
Martinès aurait répondu « il faut bien se contenter de ce que l'on a »
Si la réponse est exacte, voilà un maître très respecté par son émule,
qui avouerait comme un miséreux que tout son avoir est constitué de
quelques signes, mots, attouchements ! Saint-Martin évolue tout au long
de sa carrière initiatique, et c'est le honnir que de considérer qu'il a
tout acquis dès son premier souffle. Sa marche, qui me le rend si
sympathique, est une marche humaine, avec ses lenteurs et ses
précipitations, avec les découvertes précieuses, comme avec les ornières
que laisse tout voyageur ! Ainsi, Lcsm ne passe pas directement par
Dieu, il utilisera toute sa vie des « intermédiaires »: /« Pour nous
faciliter, autant que possible, notre union avec les Agents
intermédiaires qui sont nos amis, nos aides et nos conducteurs, je crois
qu'il faut une grande pureté du corps et de l'imagination. »/ Nous
sommes bien dans l'écrit d'un émule qui rapporte les propos de son
maître : Lcsm ou Martinès doivent se « contenter des Vertus, des Agents
Intermédiaires, puisque nous pouvons disposer d'eux, alors même que *nul
homme ne saurait disposer ni de Dieu ni du Verbe!*

En effet, il faut bien se contenter de ce que l'on a, de ce qui est
disponible à l'homme, donc de son intellect, de sa raison, des études si
nécessaires, de son coeur qui s'ouvre pour faire place à l'esprit, de la
reconnaissance des besoins humains, si réduits soient-ils . En temps
second, l'homme utilise le monde spirituel disponible, un monde
utilisable parce que mis au service des vivants pour les prendre par la
main et les aider à avancer. Ces « remplaçants » sont honorables, ils ne
nous demanderont jamais d'oublier Dieu et son Verbe. Les formules de la
théurgies sont permises quand l'homme a travaillé « ses ressources »,
les puissances mises en jeu par la théurgie sont autorisées puisqu'elles
continuent l'ouvrage, qu'elles permettent à l'humain de saisir le sens
de sa faiblesse. Son orgueil veut le placer comme Roi de l'univers, sa
faiblesse lui indique que le vent et la flamme, que l'eau et la terre
l'accompagnent et accompagneront son cheminement.

Lcsm ne rejette pas la théurgie, il trace la Prudence, il discerne les
agents, il cerne avec une redoutable précision l'oeuvre des agents : ils
n'ont pas à nous donner ce dont nous croyons avoir besoin, ils ont à
préserver, à maintenir la « forme » qui est utile pour accéder au
nécessaire et au suffisant. L'homme pourtant n'hésite jamais à croire en
« les voisins de ces Agents », toujours prêts à nous faire entendre les
voix douces et berçantes de nos supposées nécessités. Ceux-là pourraient
bien nous offrir une forme d'amour, un gain aux jeux, une pseudo santé,
une imagination si folle que nous la croyons raison, une raison dans les
raisonnements et nous la supposons Sagesse. Vous pouvez vous supposer
dans la lumière, avoir quitté beaucoup d'orgueil et un peu de vanité, si
la bête immonde et puante vous sent devenir dangereux pour elle et ses
légions, elle vous attaquera par le biais de ceux que vous aimez le
plus, les enfants, l'épouse, le mari, l'amant ou l'amante. Pour l'être
aimé, le Mal sait que vous êtes prêt à accepter la mort, le ridicule, la
destruction sociale, la folie ou l'enfer de la vie.

En 1766, lcsm marche par les voies extérieures. En 1792, sans renier sa
première marche, lcsm affirme : /« notre être étant central doit trouver
dans le centre d'où il est né tous les secours nécessaires à son
existence. »/. Je me permets de supposer que ce « tous les secours »
n'en exclut aucun, donc il inclut les agents, ou vertus très actives de
Martinès. Lcsm le confirme en disant à Kirchberger: /« Sans vouloir
déprécier les secours que tout ce qui nous environne peut nous procurer
, chacun en son genre, je vous exhorte seulement à classer les
Puissances et les Vertus. Elles ont toutes leur département. Il n'y a
que la Vertu centrale qui s'étende dans tout l'empire. ». /Permettez-moi
de considérer, aussi, comme documents des maîtres les textes par
question réponse qui prétendent transmettre un enseignement magistral et
révèlent l'enfant en questionnements qui permettent d'approcher le monde
spirituel dans lequel il désire vivre, mais sans y entrer hors la
présence du manteau qui protège.

La question qui suit, puisque les Martinistes possèdent un corpus
doctrinal constitué du rite et des travaux de Martinès et de lcsm, entre
autres, est double : l*csm est-il un modèle, est-il le modèle, (ou
Martinès), la doctrine est-elle dogmatique ou irréprochable*?

La réponse pour le modèle, le vénérable ou vénéré Maître^8
<#sdfootnote8sym> lcsm est simple, un homme possède des qualités, la vie
de lcsm prouve qu'il a tenté de les utiliser, un homme possède des
défauts, lcsm a essayé de les combattre et comme tout humain, il retombe
facilement dans des ornières communes à son siècle ou qu'il a lui-même
créées. Pas de maître à penser juste, de modèle incontournable à suivre
chez un Martiniste, juste une prise de conscience qui permet, là comme
ailleurs de pratiquer l'art difficile du discernement.

Y aurait-il des dogmes dans le Martinisme ? Pourquoi pas, mais alors ce
serait des dogmes compris, assimilés, acceptés, car le vrai dogme du
Martiniste repose tranquille dans la nécessité de comprendre la parole
reçue, pour l'accepter, la nuancer, ou la combattre, comprendre le
parcours et ses exigences, comprendre ce qui est fait et comment cela
est fait, comprendre la nécessaire participation à l'oeuvre pour que
cette oeuvre soit conduite à son terme. Le Martinisme qui se content de
dire « singe voit, singe fait » ne peut intéresser l'homme de Désir.

Comprendre ce que nous vivons, participer à ce que nous vivons, accepter
la vie et de combattre pour la vie.

Notre chemin va s'adapter aux capacités de chacun, l'un meublera son
intellect, et ce sera bien, l'autre travaillera son coeur, un troisième
entrera dans la voie très matérielle en apparence des besoins naturels à
satisfaire. Rien de ce qui est humain ne sera étranger à celui qui veut
entrer dans les mondes de l'initiation véritable. « Expliquer les choses
par l'homme, non l'homme par les choses » des erreurs et de la vérité
Comprendre, expliquer, s'engager, vivre...

Si vous préférez apprendre les textes de lcsm par coeur, et parler comme
le « bon maître », sur trois phrases produire quatre truismes, personne
ne vous tapera dessus pour autant. Ce serait pourtant bien si vous
acceptiez d'utiliser des connaissances pour apprendre à penser, et
surtout à penser par vous-mêmes.

Point complémentaire, le Martinisme est ouvert à toutes les études, à
titre personnel, il me semble pourtant que lorsque nous avons quelque
monnaie dans notre portemonnaie, nous pouvons l'utiliser avant de
prendre ce qui existe chez les autres, cela ne nous empêchera jamais
d'éclairer notre marche avec d'autres chandelles que celles qui nous
appartiennent. Donc, commençons par étudier ce qui appartient au corpus
martiniste, puis intéressons nous à ce qui existe en d'autres lieux.

*IV*

Le Martiniste est censé partir de la chute de l'homme pour arriver à la
réintégration. Si, comme moi, vous supposez que Dieu utilise les outils
qui lui sont disponibles pour parachever l'oeuvre entreprise, que Dieu a
besoin des hommes, que l'homme sur Terre a une fonction, vous
comprendrez que je sois moins perturbé par une mise à mal du cycle des
réincarnations, si cela existe, moins perturbé par la présence ou
l'absence d'un futur appelé paradis ou enfer. Il m'arrive de dire que le
purgatoire, ça ne me rendra pas meilleur, que le paradis ne me préoccupe
pas, et que l'enfer vous imaginez bien que s'ils ne m'ont pas perverti
ou poussé à l'horreur, ils ne vont pas risquer de faire entrer là un
homme qui aura osé penser selon des critères qui lui appartiennent. Que
reste-t-il qui soit pire que l'enfer ou le purgatoire ? Le retour sur
Terre, ou équivalent !

Revenons au Martinisme quand il affirme que la réintégration constitue
notre objectif. Lcsm tente de tout expliquer par la chute, il a
peut-être raison, mais je n'arrive pas à m'impliquer dans ce type de
raisonnements, oui, lcsm raisonne lui aussi ! Là où quelques individus
veulent tout expliquer par « l'évolution » d'autres par « la création »,
lui explique tout « par la chute ». comme dans tout raisonnement, si
vous acceptez le point de départ, si vous utilisez la logique, vous
pouvez construire un argumentaire qui semble tenir la route. Il en va de
la raison comme de l'imagination, donne-moi un point (de départ) et je
te construis une histoire !

Avec lcsm, la chute, la chute, la chute, mais de la réintégration^9
<#sdfootnote9sym> véritable objet du travail, que dit-il ? Serait-ce
qu'il n'a osé parler du Christ ni en référence aux textes affirmés
sacrés, ni à la supposée tradition secrète ? Pour revenir à la chute, ce
n'est ni l'homme, ni la Terre qui sont concernés, ce n'est pas chez
l'homme un mode d'approche d'une réalité possible parmi d'autres
réalités possibles, c'est la cause du trouble de l'Univers ! Moïse est
le prophète de Dieu, et Martinès est le rédacteur des faits révélés !
Philon lui-même n'osât pas dans Alexandrie utiliser les textes
apocryphes. « Oui, Israël, s'écrie Moïse, je te dis en vérité qu'il en
est du monde divin comme des habitants spirituels du monde général
terrestre. Ne sois pas étonné si je t'apprends que les habitants du
monde divin se ressentent encore de la première prévarication et s'en
ressentiront jusqu'à la fin des temps, où leur action cessera de
participer au temporel, qui n'est pas leur véritable emploi, et pour
lequel ils n'ont point émané /[sic)... /De même que les habitants
spirituels de la terre payent tribut à la justice de l'Éternel pour la
prévarication du /premier mineur, /commise au centre de l'univers
temporel, de même les habitants du monde divin payent tribut à la
justice du Créateur pour l'expiation du crime des premiers esprits. »
(cité par Matter p. 17 la chute de son Saint-Martin, le philosophe
inconnu, sa vie et ses écrits). La première étape de cette réintégration
semble liée à la délivrance de la nature par le ministère de l'homme qui
doit rendre au soleil sacré son épouse /« oui, soleil sacré^10
<#sdfootnote10sym>, c'est nous qui sommes la première cause de ton
inquiétude... tu te lèves chaque jour pour chaque homme... tu te lèves
joyeux dans l'espérance qu'ils vont te rendre cette épouse chérie, ou
l'éternelle Sophie... tu l'as en vain demandé à l'homme; il ne te l'a
point rendue /». Sophie, celle qui est veuve, celle qu'il nous faut
remarier^11 <#sdfootnote11sym>. Après avoir restauré la nature, l'homme
pourra reconstituer l'Androgyne.


Il est clair qu'ici encore Railleurs de rire de ceux qui osent
travailler sur de tels propos. Pourtant, en d'autres lieux, qu'est-ce
que le « sol invictus », que la thèse gnostique de Hélène avec Valentin,
que les deux Aphrodite de Platon, les deux Ishtar mais sans doute
qu'est-ce au fond que cette histoire d'une Vierge nommée Marie qui ose
interroger l'Ange et qui ose accepter la mission imposée. Il semble bien
que nous approchons là par ce qui va paraître déraison, détours
d'imagination détournée, une zone où le silence peut s'offrir en
compréhension, une fenêtre s'éclaire un instant pour laisser filtrer une
lumière que les aveugles perçoivent parfois et qui accroit leur douleur
de ne pas savoir voir. Dans de tels propos, si vous sentez la dérision
vous êtes bien dans la matière, si vous percevez un rai lumineux si
faible soit-il, le sacré peut vous avoir caressé. Si tout cela peut vous
paraître plus qu'impossible, pire que démence, il me reste à vous offrir
une clé qui ne saurait semer sa zizanie ! Tout cela semble possible
quand l'homme reconnaît le 'soleil sacré' qui darde ses rayons jusque
dans le coeur, pour que l'homme répande autour de lui lumière et chaleur
(d'après Homme de désir chant 79).

Quel est le processus ?

Le rite martiniste, tel que je le pratique depuis les années 1960
implique trois étapes, associé, initié, supérieur inconnu, la quatrième
étape est celle du service à l'homme dans le groupe et dans l'Ordre.


Nous avons vu que le Martinisme accepte de tendre la main au
superstitieux comme au raisonneur, l'un et l'autre ballotés par les
flots du torrent. Il les laissera, ou les abandonnera sur la rive, s'ils
sont inaptes à quitter la planche pourrie à laquelle ils supposaient
devoir leur survie. Il est possible de comprendre que des hommes soient
attachés à des objets devenus inutiles, mais la marche sur la terre
ferme va apporter son lot de fatras et ce qui appartient au torrent peut
retourner au torrent.

Dans la première initiation, l'homme est comme un aveugle, il suppose
avoir besoin qu'une main lui soit tendue autant pour lui apprendre à
voir, que pour le contraindre à utiliser les ressources naturelles qui
sont les siennes ! Quand la vue ne répond plus, le corps prend la relève
! Quand la vue revient, le corps peut tenter de continuer d'utiliser les
repères qu'il avait construit et qui sont devenus inutiles. L'associé
revit la chute, élément fondamental du corpus martiniste, et le chemin
de retour lui est indiqué. Premier drame, l'ego se persuade avoir reçu
la lumière et l'homme se suppose apte à éclairer l'univers et les dieux
! Déjà, que dans le monde de la matière il avait été persuadé qu'il
était le roi de la Terre, maître absolu du vivant et du minéral de la
planète, l'initiation peut lui donner une sensation que cette fois « il
est arrivé à la fin du parcours », il peut vendre ses biens et les
distribuer aux pauvres ! L'initiateur rétablit la mesure humaine en lui
montrant qu'il est dans un lieu, certes initiatique, mais animé par des
humains qui se partagent les travaux. Lui, associé reçoit son premier
travail, dans ce qu'il est, dans ce qu'il vient de recevoir, il lui faut
discerner ce qui lui permettra de laisser naître l'homme de Désir. Comme
il n'y a nulle contrainte chez les martinistes, l'associé est laissé à
ses propres réflexions tout en recevant le droit d'expression. À lui de
percevoir ses métaux, ses appétits, ses fanatismes, mais encore ses
ouvertures. Question clé, qu'as-tu ressenti, qu'as-tu pressenti,
qu'as-tu perçu en toi ? En fonction des réponses, l'ouvrage commence, et
tout départ dans la construction du temple véritable pose la pierre de
fondation, après avoir mis en place les fondations.

Le Martinisme nous le disions affirme l'homme libre comme il nous
affirme en relation avec un Dieu régnant sur des hommes libres, un Dieu
aimant, un Dieu qui indique à nos âmes et à nos pensées les chemins qui
nous mettent en relation avec Lui. C'est ce Dieu qui reçoit notre
confiance, notre amour, et notre service. Si notre Dieu était le Dieu
seulement créateur, celui là aurait placé des lois, lesquelles lois nous
contraindraient à une action déterminée comme la nature nous en donne
l'image par les phénomènes qui reviennent régulièrement. Le Dieu des
Martinistes est un Dieu qui mérite d'être servi, et le premier service
est de servir à l'homme, à l'humanité. Si le Dieu des Martinistes était
le Dieu tout-puissant tout service serait vanité, puisque ce Dieu n'a
pour seuls serviteurs que la triste engeance humaine ; si d'autres êtres
dans la nature prient ou adorent ce Dieu tout-puissant et créateur, les
hommes semblent les seuls à lui bâtir des lieux où ils tentent de le
circonscrire ! Des hommes donnent le nom de HASARD pour expliquer ce que
nous vivons, nous : les hommes avec tous les êtres vivants et toute la
nature. Si Hasard a mis en route notre univers, il est bien heureux.
L'homme ayant reçu une explication de son mode de vie ose, le plus
souvent, s'en contenter. Le Martiniste étudie la science, étudie le
spirituel... refuse de limiter les champs cultivables au prétexte que
certaines zones ne produisent rien, matériellement. Si nous osons
l'analogie, nous pourrions prétendre que l'homme, par ses travaux,
permet au Soleil de se refléter, à l'image de la relation soleil-lune,
dans l'humanité. Le travail peut consister, par le service à l'homme,
démontrer que l'homme porte en lui cette étincelle qui affirme
l'existence de la Présence, d'une présence perceptible, même à travers
l'incertitude d'un « ressenti ». La nature peut témoigner d'un Dieu
puissant et créateur, avec tous les problèmes que la nature apporte dans
ce témoignage. L'homme en réalisant l'humanité, en portant cette
humanité jusqu'à la découverte de l'ensemble de ses aptitudes, pourrait
porter témoignage du Dieu aimant, du Dieu saint. L'homme et la Nature
poseraient, alors, les fondements du temple.

Si cette perspective vous parle, vous comprenez que les « intermédiaires
» ont un autre rôle que de vous apporter un gain au jeu d'argent, la
nourriture terrestre dont vous avez pourtant besoin, la satisfaction
d'un besoin sexuel... Ils ont un autre rôle que celui de vous donner
l'heure à laquelle vous devez vous lever, manger... ils attendent de
vous une prière mais une prière qui soit aussi action. Le service est un
service, il n'est pas le lieu de l'assistance, ni de l'aumône, celui qui
refuse d'apprendre à pêcher peut, à la rigueur, bénéficier des poissons
en excédent. Celui qui refuse d'apprendre à penser peut, à la rigueur,
répéter les pensées des prédécesseurs, sa mémoire fonctionne, la pensée
ne vit pas en lui.

La question de la magie, d'une forme élaborée de spiritisme, de
pratiques théurgiques revient fréquemment. La réponse se trouve dans
Ecce Homo, cet opuscule fut écrit pour « montrer à quel degré
d'abaissement l'homme infirme est déchu, et de le guérir du penchant au
merveilleux d'un ordre inférieur, tel que le somnambulisme, les
prophéties du jour. » (Gence 1824).

Les fondements du temple véritable sont comme tout fondement
élémentaires : faire place à l'Esprit, donc prendre en compte les fatras
qui vous encombrent; laisser percevoir cette parcelle qui vit en vous et
prouver, ainsi, l'existence d'un Dieu saint et aimant. Tels sont les
premiers pas du théurge véritable, l'enrobage, mais cet enrobage c'est
ce dont nous nous contentons, comme manger l'écorce de l'orange au lieu
d'en apprécier les quartiers, c'est ce que les initiations apportent,
c'est ce que les initiateurs proposent, ce sont là les « documents des
maîtres ». Ils vous montrent l'écorce de l'orange, vous seul pouvez
travailler à peler l'orange, vous seul pouvez manger les quartiers de
l'orange ! Le Martinisme vous a sorti du Torrent, l'Homme de Désir peut
naître en vous. Ce Désir peut vous permettre de relier, de rallier le
monde Spirituel. C'est votre Pouvoir !


*V*

La question du « comment suivre la voie de la réintégration posée et
réponse faite », je suis bien conscient que ce qui est simple paraît en
général trop complexe. Alors comme disait Martinès « commençons par
assurer le symbolique! » et les initiateurs dont certains, au final,
n'auront rien pu connaître d'autre reviennent à la démarche de
l'explication des symboles martinistes. Le passage par la porte basse,
les ténèbres et l'accès à la lumière, les couleurs du temple, le tumulte
de la vie, les métaux et les passions, … Certains vont s'enticher de
données qui guideront toute leur vie, les nombres, le tarot,
l'astrologie, d'autres iront chercher, mais en d'autres lieux, les voies
très particulières d'une magie qui fait les magiciens et rarement les
mages, du spiritisme qui permet le contact avec les parts secrètes des
personnes … D'autres parleront surtout de Rudolf Steiner, de René
Guénon, de Bouddha, de lamas, du vieil homme de la forêt, d'ailleurs où
c'est bien mieux... Ils sont Hommes de désirs, ils comprennent
difficilement l'Homme de Désir. Cela ne signifie pas pourtant qu'ils ne
soient pas meilleurs en humanité que bien des martinistes! Ceux qui
resteront sur le chemin indiqué pourront aborder la quête du nouvel
homme, la recherche de ce qu'ils portent de plus intéressant, de plus
fondamental en eux. Ils découvriront la fonction du mental et ses
assises sociales, la fonction des idées routines, pour lesquelles il
n'est même plus besoin de penser, ils aborderont les territoires de la
personne qui prend conscience de ce que nous faisons subir à la planète
Terre et si possible de ce qu'ils se font subir à eux-mêmes et donc en
écho à leur famille, à leurs groupes sociaux.

Le corpus martiniste paraît souvent difficile à aborder, et il est
extrêmement difficile pour qui veut l'aborder avec les outils qui ne
conviennent pas. Ainsi tel vient avec sa boite à outils, il est maçon
maçonnant, bon maçon de belle maçonnerie, il désire utiliser sa règle,
son niveau, son équerre, son fil à plomb et ne peut comprendre que le
Martinisme utilise un fil et deux pointes. Que le martiniste peut se
promener avec seulement un fil en poche, là où un outillage lui est
nécessaire. Celui là est philosophe, de bonne philosophie, il connait
son Kant et son Descartes, et son Marx et son Derrida et … le Martinisme
lui offre un philosophe de l'Inconnu, un homme qui marche sur « le vent
», le choc des titans partis à l'assaut du « vent » est souvent
intéressant : les mots utilisés recouvrent des réalités différentes.
Notre philosophe cherche le vent, la tornade, la brise, là où le
Martiniste perçoit cette étrange sensation d'avoir été frôlé par « la
plume d'une aile d'ange ». Celui-ci est muni du bagage intellectuel qui
est le sien, et pour comprendre lcsm, il peut commencer par lire « le
trésor des humbles de Maeterlinck ». S'il comprend que le docteur
doctorant aura plus de difficultés pour comprendre lcsm selon « l'esprit
» que lui, il n'hésitera plus à parler avec l'agrégé de philosophie,
avec le professeur de lettres, avec le médecin. Il osera affronter ce
monde qu'il suppose intellectuel lequel au final demande d'abord, comme
ailleurs, de la persévérance. La science infuse nécessite une infusion,
dans les autres cas, le travail quotidien peut suppléer. Un
incontournable du Martinisme c'est que notre monde est monde de
l'action, du faire, du savoir-faire, du pain gagné à la sueur de nos
fronts, plus le sol est ingrat plus il exige de travaux. Au premier
degré, le Martiniste est un Associé, l'associé est celui qui participe à
plein aux travaux. Il prend un temps bref pour chercher et trouver ce
qu'il peut, ce qu'il doit produire pour que « l'entreprise » fonctionne.
Il n'est ni tâcheron, ni ouvrier, ni apprenti, ni compagnon, ni maître,
ni patron, il n'attend pas des autres d'ordres. Il vient, il voit, il
prend la part de travail qui lui incombe, et que ce soit un homme de la
première heure au cadran d'Appolonius ou de la onzième heure le partage
est partage. S'il ne fait rien, s'il refuse de comprendre le sens du mot
associé, s'il attend d'être enseigné, d'être formé, sa présence peut
être précieuse mais le Martinisme ne peut lui donner que les surplus, ce
que les autres ont reçu en excès. Dans le monde initiatique toute part
est gagnée, méritée par la participation. Celui qui attend, qui ne voit
pas le travail peut retourner dans le monde profane où l'on peut
apprendre à recevoir des ordres, des informations, des enseignements.
Pour la marche de « l'entreprise » il est normal de demander à chacun
quelle part de l'oeuvre il s'apprête à réaliser et à partager.


*VI*

S'il y a bien une relation à Dieu qui fasse sourire sera-ce celle de
nous re-lier, de nous r-allier à lui?

Nous avons vu qu'il nous offrait les cheminements que nous pouvions
comprendre et sur lesquels nous acceptons de marcher. Nous acceptons un
Dieu Saint et Aimant duquel nous tentons de nous r-approcher, de nous
ré-unir. Ce Dieu nous aime puisqu'il nous laisse le pouvoir de répondre
ou de refuser son amour. Si nous n'étions libres nous ne pourrions
travailler à l'aimer, en commençant par nous aimer nous-mêmes, en
continuant par aimer ce qui vit sur notre planète et nous laisse vivre.
Cette liberté nous permet de sentir la dignité de nos existences.
Combien d'entre nous vivent hors de leur harmonie, inaptes que nous
sommes à percevoir nos vrais besoins, inaptes à rechercher la
satisfaction de ces besoins là, et à oublier les besoins qui nous
encombrent. Quelles violences subissons-nous et faisons-nous subir quand
pour satisfaire nos vrais besoins, nous entassons plus que nos yeux ne
peuvent contenir ! Le martiniste pourra donc prendre en compte ses
préjugés, les erreurs du passé tant personnelles que celles que
sociales, tentera de reconnaître les vrais mouvements de son coeur.
L'accès à la dignité humaine implique de récupérer les moyens fournis
par son intelligence, son esprit et son coeur et de les mettre en
action. Rien de ce qui constitue un homme ne devrait pouvoir échapper à
ses choix. Si Dieu multiplie les chemins pour que nous cheminions vers
lui, encore devons accepter de faire quelques pas sur les chemins qu'il
nous indique et suivre le chemin qui nous convient.

Ni le s livres, aussi sacrés soient-ils, ni les maîtres ne vont nous
satisfaire si nous ne commençons par apprendre à lire en nous-mêmes ce
que nous portons de « vrai ». Le livre, le maître peuvent nous aider sur
nos chemins, ils n'ont pas à nous encombrer, et nous n'avons pas à les
négliger puisque nous pouvons, par eux, mieux discerner notre nécessaire
de nos superflus. Les martinistes sont souvent en décalage entre leurs
aspirations et leur comportement, ils arrivent pourtant à exprimer leurs
aspirations, premier pas sur un chemin, sans que cela nuise à des
comportements calculateurs ou d'animaux nuisibles tant au Martinisme
qu'à l'humanité.

Si le martiniste-Associé est un associé, il n'est ni disciple, ni élève,
les épreuves ne lui sont pas offertes pour lui permettre de comprendre
les épreuves de sa vie, il ne lui est pas demandé de vaincre ni même de
combattre ses passions, mais il est possible de lui indiquer comment les
utiliser, ou de les faire servir autant au martinisme, qu'à l'humanité,
qu'à l'individu. Associé à l'oeuvre, donc de plein droit prenant sa part
de travaux, participant aux travaux, selon ses capacités. Parmi les
premiers travaux, le fait de participer à une « société fraternelle »
constitue déjà un premier travail, il est possible que vous êtes tombés
parmi des êtres merveilleux qui accomplissent des merveilles. Comme
Perceval qui a vécu toute sa vie dans l'ombre maternelle et au creux des
forêts, nos masques et nos manteaux peuvent éblouir, sous le masque
l'humain, sous le manteau l'homme, donc les mêmes problèmes se
rencontrent que dans la vie profane, et le langage « fraternel » n'y
changera rien. Le fait de se « frotter » à une fraternité pose plus de
problèmes que le fait de se « frotter » en société profane ou tout
espace si les attentes sont différentes. Quand chacun fait sa part de
l'oeuvre, qui devrait attendre que « l'autre » soit conforme à des
attentes particulières! La vraie question est fait-il sa part, ou me
demande-t-il de faire ce que lui-même ne fait pas ? L'initiation apprend
que nous travaillons à une réunification, donc à trouver notre propre
unité, cela nous permet de comprendre combien nous sommes divisés. Ce
que nous portons en nous est comme un soleil, et dès que le soleil se
lève, mon ombre apparaît; si elle paraît très courte en midi plein, elle
n'en sera pas moins longue à 6h qu'à 18 h! L'initié, comme le profane
peuvent se perdre dans une forêt de droits de devoirs, de permis,
d'interdits, dans des engagements si difficiles à tenir qu'ils imposent
l'humilité. Le Martinisme nous offre la prudence avec la discrétion
comme outils de travail, nous n'avons pas à chercher les dangers qui
nous dépassent, nous affrontons les dangers de la vie qui se présentent
à nous, nous aidons ceux qui travaillent à se sortir du torrent. Que nos
manteaux soient blancs ou noirs, verts ou rouges, le travail nous
attend. L'associé arrive dans le temple demande qu'une place lui soit
indiquée ou prend place, là où il est, il voit, il s'interroge sur son
action et sur l'action commune, il trouve sa réponse et la réponse à
donner, il va, il accomplit l'oeuvre seul ou avec ceux qui
l'accompagnent. Ses Associés, son initiateur veilleront à ce qu'il ne
fasse pas plus que sa part et lui indiqueront s'il a fait moins que le
nécessaire vital pour lui-même. Associé, il vient construire ce temple
où la force, la beauté, la sagesse semblent nécessaires, chemin faisant
il opère les transmutation nécessaires pour que la paix, la joie et la
charité soient dans les coeurs comme elles le sont sur nos lèvres. Les
associés se distribuent les travaux selon leurs dons et leurs talents.
Ils n'attendent pas l'appel du maître pour s'employer au domaine commun,
le titre de frère ne dispense pas du labeur, et l'associé ne réclame pas
de prétendre à un salaire, ni même de prétendre à un labeur. Le labeur
n'est pas glorifié, et le salaire ne rend pas satisfait. Celui qui a
fait sa part de travail, celui qui a pris la part qui lui revient en se
montrant attentif à ne prendre que ce dont il a besoin va se reposer. Il
a servi son groupement humain, il a pris conscience de ses réussites et
de ses manques. Il est satisfait qu'une autre journée l'attende, une
journée où il sait continuer l'oeuvre entreprise.


Le chemin de la réintégration, le chemin le plus simple et le plus
difficile à parcourir : l'objectif fondamental de l'Association consiste
à réunir les hommes pour les ramener progressivement et par des voies
douces, à ces lumières dont notre séjour terrestre nous enlève chaque
jour jusqu'au souvenir. Si nous devenons aptes dans notre vie
quotidienne à transformer la Force, la Sagesse, la Beauté, en Paix, en
Joie et en Charité nous parcourons le chemin de la réintégration.


1 <#sdfootnote1anc> /Marie dit à l'Ange : « Comment cela va-t-il se
faire/ ?... /Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur... »/


2 <#sdfootnote2anc>Lettre 40 - SAINT-MARTIN À KIRCHBERGER Paris,
pluviôse (26 janvier 1794)


3 <#sdfootnote3anc> /Œuvres posthumes, /t. I, p. 213.

4 <#sdfootnote4anc> Lettre 40 lcsm à Kirchberger: la puissance bonne
intermédiaire parle souvent comme la puissance suprême elle-même.

5 <#sdfootnote5anc> Personne n'ose accuser Platon d'avoir fait place
tant à l'enthousiasme qu'à la superstition, ni même n'ose considérer que
son système intellectualiste est logique mais encore mystique !

6 <#sdfootnote6anc> Kant (Critique de la Raison pure, dernier chapitre)
trouve autant de partialité chez les rationalistes et les sensualistes
aristotéliciens.

7 <#sdfootnote7anc>Correspondance avec Kirchberger . Lettre 4 du
12/07/1792 : au milieu des moyens, des formules et des préparatifs de
tout genre auxquels on nous livrait, il m'est arrivé plusieurs fois de
dire à notre maître : Comment maître, il faut tout cela pour le bon Dieu
? et la preuve de tout cela n'était que du remplacement, c'est que le
maître répondait : il faut bien se contenter de ce que l'on a.

8 <#sdfootnote8anc> La référence en matière de Magistère est Jésus. Vous
pouvez discuter les évangiles, la bible, mais Jésus reste un repère
martiniste. Le Martinisme se veut en références chrétiennes. D'autres
voies sont peut-être plus intéressantes, plus éclairantes, mais nous
considérons l'étude de ce chemin comme de nécessité!

9 <#sdfootnote9anc> Ce sera précisé plus bas, et si vous êtes pressé,
relisez la « lettre à un ami sur la révolution française », les
premières pages suffiront.

10 <#sdfootnote10anc>Ministère de l'homme esprit Paris Migneret 1802 p. 56

11 <#sdfootnote11anc> Carnets d'un jeune élu coën

 
vendredi 18 décembre 2009
  Vénérande Mariette de Saulchoy
fêtée le 14 novembre
Hagiographie :
Vénérand était diacre et mourut martyr à Acquigny
"Le pape Damase consacra Mauxe évêque et Vénérand diacre et les envoya
prêcher
l'Evangile dans leur pays. Ayant été cruellement persécutés pour la foi,
ils durent
s'exiler et vinrent s'établir à Acquigny (diocèse d'Evreux). Ils
prêchèrent les vérités
chrétiennes et refusèrent de « sacrifier » selon la loi romaine, le
gouverneur leur fit
trancher la tête. Trente-huit convertis subirent la même peine. Les
reliques de saint
Mauxe et de saint Vénérand sont conservées dans l'église d'Acquigny.
Vénérand ou Vérand est né à Troyes. La légende dit qu'il est mort en 275
par le
glaive. Comme ses reliques furent mises dans un chef (une tête), il est
probable qu'il a
été décapité. Sa mort est arrivée à Acquigny (d'autres disent à Troyes)
près de
Louviers en Normandie. Il accompagnait Maxime d'Évreux, nommé souvent Saint
Mauxe, et 38 chrétiens avec eux.
Au début du XXe siècle, une procession des bustes de saint Mauxe et de saint
Vénérand, accompagnés des reliques, se déroulait à Acquigny. La
procession se
déroulait au lieu-dit le champ des martyrs, un autel fabriqué avec trois
pierres
surmontées d'une croix y avait été dressé. Les pèlerins parcouraient
environ deux
kilomètres depuis l'église d'Acquigny. Arrivés devant le sanctuaire en
plein air, les
porteurs élevaient les chasses au niveau de leurs épaules, et les
fidèles passaient
dessous. Ensuite, les châsses étaient déposées sur l'autel.
La tradition voulait que les enfants qui avaient des difficultés pour
marcher passent
sous les châsses, mais aussi les rhumatisants ainsi que les fiancés pour
avoir une
heureuse vie de couple.
Sa recette :
pour 4
Préparation : 45 min
Cuisson : 1 h
Ingrédients :
2 petites perdrix
4 fines barde de lard
2 cuillers à soupe d'huile
50 g de beurre
5 cl de calvados (Personne n'a écrit 5 litres dont 4,95 pour ceux qui
travaillent à la
cuisine)
8 pommes reinette
1 dl de cidre brut (même chose on ne mélange pas dans un verre les 9
décilitres
restants avec le calva!)
baies de genièvre
thym
sel et poivre
Ustensiles : une cocotte
Préparation
1- Plumez, flambez et parez les perdrix. Poivrez l'intérieur et
glissez-y quelques baies
de genièvre et un petit brin de thym. Bardez-les.
2- Chauffez l'huile et le beurre dans une cocotte. Placez-y les perdrix
et faites-les
revenir sur toutes les faces. Lorsqu'elle sont bien dorées, flambez-les
avec le
calvados. Assaisonnez, couvrez la cocotte et laissez cuire à feu doux en
retournant les
perdrix deux ou trois fois. (ne pas finir la bouteille de calva, elle
peut resservir!)
3- Pelez et évidez les pommes, coupez-les par la moitié. Ajoutez-les
dans la cocotte
au bout de 40 min de cuisson. Poursuivez la cuisson pendant encore 15 min.
4- Dressez les perdrix sur un plat de service chaud. Entourez-les avec
les pommes.
Gardez le plat au chaud.
5- Versez le cidre dans la cocotte, déglacez le jus de cuisson en
remuant avec la
cuillère en bois. Faites réduire la sauce pendant 5 min et versez-la
dans une saucière
chaude. Servez aussitôt.
 
  Vedastine Mariette de Saulchoy
Vedastine
Diminutif de Védaste qui est en fait le nom Vaast que nous connaissons
bien avec St Vaast d'Arras
on pourrait retrouver dans l'ouvrage Vita Vedastis auctore Jona les
éléments de base.
Si nous suivons une étymologie germanique Gast l'hôte, d'où Gaston,
Agathe, Vaast (catéchiste de
Clovis), parfois Waast.
Vedastus, du latin Vedastus Atrebatensis variantes: Vedast, Vât, Waast,
Gast (dont le cas régime est
Gaston) ; en anglais : Vedast, Forster en allemand: Vedastus ; Aghata,
Aggie, Aggy, Agathon dans
les formes dites grecques mais la fête est le 5 février.
Fêtée le 6 février, ce jour là, les hommes s'occupent des taches
ménagères, le lendemain Védastine
a du nettoyage pour une semaine !
Remi et Vaast (Vedastis) font entrer le royaume de Clovis et le peuple
des Francs dans le royaume
de Dieu. Vaast serait né en Limousin à Courbefy qui deviendra
l'emplacement d'un château-fort.
Vie de Vaast
Apôtre des Atrébates, contemporain de Clovis et de St Rémi (Remi à
Reims), il aurait tenu la
couronne dans la basilique de Reims pendant le baptême de Clovis. C'est
par St Rémi qu'il fut sacré
évêque d'Arras où il mourut vers 540. La tradition lui attribue
plusieurs miracles. Il aurait guéri, en
prenant possession de son évêché un aveugle et un boiteux. Une colonne
de feu descendant du ciel
lui révéla que sa fin approchait. Les animaux tiennent une grande place
dans sa légende. Il
ressuscite une oie dévorée par un loup; il prend à son service un ours
qu'il avait rencontré dans des
ruines en l'utilisant comme chien de garde. C'est pourquoi les moines
entretenaient un ours dans une
grande fosse. (Arras, à rats, mais encore AR comme dans les autres
appellations ou l'ours est inclus)
Culte
La tête de St Vaast était conservé dans la cathédrale d'Arras.
Une des églises de la Cité de Londres; construite au XVII° par Wren est
dédiée à St Vedast (la Loge
Maçonnique « Antiquité n° 2 » qui indique que Wren était Maître de Loge
maçonnique, et pour
beaucoup de Francs-Maçon, son appartenance à la Maçonnerie est évidente
dans ses réalisations,
particulièrement dans son grand monument : la Cathédrale St Paul. Avec
Wren travaillaient deux
personnes remarquables : John Evelyn et le fameux Nicholas Hawksmoor. On
surnommait ce
dernier « l'architecte du diable » et ses références maçonniques ne sont
pas mises en doute.
L'adhésion de Hawksmoor fut enregistrée en 1691, quand il devint
l'assistant deWren.)
On invoquait Vaast pour la guérison des enfants qui éprouvaient de la
peine à marcher ou qui
avaient les membres noués.
Iconographie
Il est représenté soit avec un loup étranglant une oie, soit le plus
souvent avec son ours familier
Saint Vaast, évêque vers 5OO à 54O hagiographie :
"Lorsque la persécution des Vandales fut terminée, que les Francs furent
convertis et les petits
royaumes du Nord annexés au domaine de Clovis, il fallut songer au
relèvement des chrétientés
disparues. C'est le moment de la reconstitution de l'Évêché de Cambrai
et celui ou St Rémi envoie à
Arras St Vaast." La tradition Arrageoise le fait naître en Périgord à
Villac, prés de Châtres !
L'influence du prénom :
Vedastine sera une hôtesse de bon accueil et une ménagère ordonnée, elle
aura aussi toutes les
qualités de celles qui savent ordonner, préparer les travaux, de
l'intelligence dans l'efficacité. C'est
celle qui sera une excellente pédiatre ou une « maîtresse d'école »
incomparable. Elle excelle dans
les soins des enfants.
Sa recette
ingrédients
graisse d'oie ou de canard
oignons émincés
eau
carottes coupées en rondelles (ou panais)
thym, laurier, sel
poitrine fumée coupée en morceau
fèves ou orties jeunes
blé
Faire fondre dans la graisse les oignons émincés.
Ajouter une grande quantité d'eau et faire bouillir.
Dès l'ébullition,verser les carottes coupées en rondelles (ou les
panais) et ajouter les aromates
(thym, laurier) et du sel.
Lorsque les carottes (ou panais) sont presque cuits, ajouter les fèves,
préalablement débarrassées de
leur peau (peu digeste, elle noircit la soupe).
Pour épaissir, ajouter des céréales (épeautre, blé...), du pain.
Le blé sera ajouté à l'eau en tout premier car sa cuisson est longue.
cuisson. 3h
Ajouter les herbes du jardin, les feuilles de céleri perpétuel parfument
cette soupe.
La « soupe » était posée sur le feu avant le départ au travail de la
famille et consommée à son retour
 
  à la recherche de Ulfroy Mariette de Saulchoy
Ulfroi
L'abbaye de Flavigny a été fondée en 719 par un puissant seigneur
burgonde, Guiré, qui lui lègue un
vaste territoire. Elle est située dans la commune de
Flavigny-sur-Ozerain, en Côte-d'Or. Elle
possède de nombreuses reliques, dont celles de sainte Reine transférées
d'Alise en 866; lors du
transfert, Ulfroi est nommé doyen de l'abbaye de Flavigny.
Flavigny est un village de Bourgogne qui, du VIII° siècle à la
Révolution, fut le siège d'une Abbaye
bénédictine. Vivant également selon la Règle de Saint Benoît, dans
l'obéissance aux Pasteurs de
l'Église catholique, spécialement au Pontife romain, la communauté des
moines de l'Abbaye Saint-
Joseph de Clairval s'est installée à Flavigny en 1976. "Par leur vie
consacrée, les moines affirment
le primat de Dieu et des biens à venir dans l'imitation du Christ
chaste, pauvre et obéissant" (Jean-
Paul II, 25 mars 1996). Saint Benoît estime que le moine doit "vivre du
travail de ses mains "
Nous trouvons un Marcotte Ulfroid sur le monument aux morts de
Calonne-Ricouart (certaines
graphies de Mariette pourraient se lire Marcotte !)
ulf en scandinave le loup ; ulfrik puissant par l'odal, l'héritage ;
olrik en scandinave, forme
contractée d'Odalrik, correspond au médiéval Ulric peut se fêter le 10
juillet avec ulrich, ulrica,
ulrik Ulric ou Udalric.
Ulrich
Le premier saint canonisé par une décision de Rome (par le pape Jean XV
en 993). Formé au
monastère de Saint-Gall, il fut élu au service de l'Église d'Augsbourg.
Favorisé du don des miracles,
il reste très populaire, encore de nos jours, en Autriche, en Alsace et
dans le nord de l'Italie. Illustre
par ses extraordinaires abstinences, sa générosité et sa vigilance, il
mourut nonagénaire, après
quarante ans d'épiscopat. (martyrologe romain). Il est né en 890
(probablement) près de Zürich.
Ulrich a servi comme chambellan l'évêque d'Augsburg Adalbero (+910). Il
a été nommé évêque à la
mort du successeur d'Adalbero, Hiltine (+923). Il doit son renom et
culte à un épiscopat très actif :
visites de ses paroisses, construction de beaucoup d'églises. Il est
toujours resté fidèle à l'empereur
Otto I et il a même évité un conflit armé entre l'empereur et son fils;
il a soutenu l'empereur contre
les Magyars."
Germain odal, « patrimoine », et rik, « roi »; germanique anglo-saxon
wulfric, " le loup puissant ".
Ce nom survécut en Angleterre à la conquête normande (1066) mais
disparut au Moyen Âge ; il est
devenu aujourd'hui rare dans tous les pays anglophones. En Allemagne, en
revanche, et dans la
plupart des pays germaniques, il reste fréquemment attribué. En France,
il est, jusqu'à présent, très
rare et n'apparaît qu'une vingtaine de fois chaque année à l'état civil.
Saint Ulric fut, au XIe siècle,
un disciple de saint Hugues de Cluny qui, ses études terminées, l'envoya
fonder plusieurs
monastères en Suisse et dans la Forêt-Noire. Devenu aveugle, il se
consacra au chant et à la prière.
Prénom médiéval, Ulric a bénéficié d'une faveur considérable en Suisse
et dans le sud de
l'Allemagne, et Ulrika est actuellement fort à la mode en Allemagne.
20 février
En Angleterre, au 12e s., saint Ulric est ermite près d'Heselborough et
convertit un grand nombre de
païens par ses prières et ses exemples plus que par ses sermons.
10 juillet
Page et secrétaire de l'impératrice Agnès, l'épouse d'Henri III le Noir,
Ulric s'emploie à soulager les
misères causées par la famine à Ratisbonne, sa ville natale, puis s'en
va en pèlerinage en Terre
sainte.
Dérivés :
Odalric Odalrich Oldrick Olrik Rika Udalric Uhde Uhlig Uldarico Ulderic
Ulderika Ulla Ullman
Ulman Ulrica Ulrich Ulrico Ulrik Ulrika Ulrike Ulrikke UrleWulfric
L'influence du prénom ?
Ingrédients :
6 feuilles de tanaisie (la tanaisie ou barbotine se consomme en
condiment en prélevant quelques
morceaux de feuilles que l'on utilise pour relever certains plats comme
l'omelette, pas d'excès, la
plante est toxique à dose élevée)
1 feuille de rue
4 feuilles d'ache
4 feuilles de menthe
4 feuilles de sauge
6 feuilles de marjolaine ou d'origan
une poignée de fenouil (sommités aromatiques)
une grosse poignée de persil
2 poignées en tout de feuilles de violettes, épinards, laitue, vert de
blettes
12 oeufs
1 cuiller à café de gingembre
sel.
Préparation
Laver les herbes, les hacher et les mettre dans un saladier. Ajouter les
oeufs, le gingembre, et battre.
Faire 2 parts égales, pour 2 omelettes.
Cuire dans une poêle bien chaude avec une noisette de beurre.
Déguster bien chaud.
Selon goût :
ajouter à la cuisson un peu de fromage frais.
Mettre le fromage râpé sur l'omelette en train de cuire et non avant,
dans les oeufs battus, pour que
le fromage n'attache pas au fond de la poêle.
Manger l'omelette ni trop chaude, ni trop froide.
Pour ramasser les « herbes » se promener le long de l'Authie. Éviter les
zones à chiens et à renards.
Récupérer les graines, semer dans le jardin vous serez certain de la
qualité de vos herbes !
Saint Ulrich
 
vendredi 11 décembre 2009
  métiers d'autrefois 19e siècle
*MANOUVRIER *


Les manouvriers sont nombreux dans les paroisses rurales. La moitié des
paysans avant la Révolution sont des manouvriers. Ils disposent de peu
de terres 2 ou 3 « mesures » au mieux. Ils louent leur capacité de
travail aux fermiers. Leur salaire varie de 3 à 5 sous par jour à
certaines périodes.

Chaque individu consomme environ 3 « rasières » de blé par an. La
consommation annuelle d'une famille de manouvriers absorbe la plus
grande part du revenu.

Les manouvriers sont le temps de la location de leur bras nourris par le
fermier, les enfants travaillent avec les parents. En temps de crise,
souvent, déjà, créée artificiellement par spéculation, le salaire
n'augmente pas avec le prix du blé. L'insuffisance du salaire des
manouvriers et autres fait que chacun doit avoir plusieurs métiers, il
déclarera le métier qui constitue sa principale ressource au moment des
déclarations, naissance, décès, mariage, recensement. Les manouvriers se
transforment le soir en peigneur ou fileur de laine, en tisserands, en
faiseur de bas. L'hiver, ils seront tailleurs de haies, cureurs de
fossés, couvreurs, scieurs de long. La population gens vit de la terre
et les pâturages sont de bon rapport.

Les artisans fabriquent sur place les objets et outils nécessaires au
quotidien des familles : charron, maréchal ferrant, forgeron,
bourrelier, cordier, tonnelier, prennent de l'aide en cas de besoin, ils
puisent en premier dans la main d'oeuvre familiale. Les troupeaux de
moutons sont encore nombreux, souvenir du temps des hautes lices et des
tapisseries d'Arras ou des Flandres dont la réputation atteignait
l'Orient. La laine de nos moutons permettait de tisser la sayette,
étoffe de laine légère, les professions sont encore liées à la laine:
peigneur, fileur mais surtout fileuse, tisserand. Le lin apparaît au 18e
siècle. Ces petits métiers ont disparu. Le manouvrier deviendra
« ouvrier » après la révolution de 1848 et surtout avec
l'industrialisation.


* La rasière* est la surface de terrain qui peut être ensemencée avec la
quantité de grain contenue dans une rasière, soit environ 40 ares + - 5
ares selon régions ; le terme mencaudée est synonyme. Il faut donc avoir
au moins 120 ares de terre arable pour fournir le pain d'une personne !
Les rendements sont encore faibles !


Ménager

Ménagère


Le terme de MENAGERE est donné aux femmes qui s'occupent de leur foyer
pour les différencier probablement de celles qui aident leur mari dans
un métier d'artisanat ou de la terre. Nous dirions « femme au foyer »,
ce qui signifie qu'elle s'offre tout le travail de la maison, linge,
cuire le pain, préparer les boissons fermentées, quand les ressources
sont présentes...


les Ménagers peuvent aussi être un couple qui n'a plus d'activités
« extérieure » mais vivent des revenus du ménage, jardin, animaux,
champ, pâture.

Le ménager peut être '"au ménage" sans autre emploi que celui de
s'occuper du jardin des animaux de la parcelle de terrain, du verger...

 
jeudi 10 décembre 2009
  Demoselle Annuntia Mariette de Saulchoy
Prénom du 19 e siècle à Saulchoy: Annuntia
Etymologie: annuntia, J'annonce
Prénom :Annonciade
19 Et non admisit eum, sed ait illi: "Vade in domum tuam ad tuos et
annuntia illis quanta tibi
Dominus fecerit et misertus sit tui." EVANGELIUM SECUNDUM MARCUM
Fêtée le 25 mars.
Elle est fêtée le 25 mars, jour de l'annonciation, ou si c'est un
vendredi, le lundi suivant!
Elle est aussi fêtée chaque jour quand l'Angélus devrait sonner, chaque
cloche annonce à Marie la
fonction qu'elle remplira dans le monde.
« Comment cela se fera-t-il? »
Après l'interrogation vient l'obéissance: « je suis la servante »
L'Ange annonce à Marie que toute personne peut servir à l'humanité.
La célébration de l'Annonciation, comme les dogmes ou autres grandes
fêtes, n'a pas été le résultat
d'un décret de l'autorité ecclésiastique. Elle est le fruit d'une prise
de conscience progressive, a
partir d'un fait évangélique, qui a abouti à une fête liturgique
formelle. Trois facteurs ont concouru à
ce processus: les idées mystiques sur la fonction sacrée de l'ère
chrétienne (méditations sur le sens
du 25mars), essor de la dévotion mariale et prise de conscience que le
sanctificateur et les sanctifiés
ont même origine. Marie, à l'ombre de l'Esprit Saint, accueille (le
Verbe) par la foi celui qu'elle
porte avec tendresse dans sa chair
Seconde Annonciation, elle évoque l'annonce à Marie par un ange de sa
mort proche. Le rappel aux
hommes que la vie continue après l'abandon du corps physique, ne
serait-ce que le temps de la
mémoire des hommes dure !
L'influence du prénom
Annuntia est tournée vers la Vie, vers le Verbe, et vers les hommes!
Dieu propose et attend d'elle une réponse. Ce sera "Qu'il me soit fait
selon ta parole."
Elle devient la Mère de Jésus. Au pied de la croix, elle devient mère
des Hommes assemblés.
Prénom attribué et porté en l'honneur de Marie choisie par Dieu pour
être la mère de Jésus, Marie
est fille de Joachim et de Anne, mère de Jésus, la servante du Serviteur.
Célébrité : Annonciade Bonaparte,dite Caroline, épouse de Murat,au
XIXème siècle.
Sûre d'elle, autoritaire, discrète, efficace et effacée, active,
généreuse, dévouée, prête pour servir à
… Fière et exigeante, possessive par amour et par protection, elle
s'adonne à la famille.
Sa RECETTE
Ingrédients: pour 4
cinq oranges,
un peu de fleur d'oranger,
une petite cuillère à café de canelle,
deux bonnes cuillères à soupe de miel de lavande,
feuilles de menthe ou feuilles vertes que les bouches apprécient
Ustensiles
un couteau
un bol
peler quatre oranges coupe en tranches pour la présentation dans une
assiettes….
La cinquième orange, on la presse et on met le jus dans un bol…
Dans notre bol, on rajoute à ce jus d'orange nos deux cuillères à soupe
de miel de lavande, une à
deux cuillères à soupe de fleur d'oranger et la cannelle .
Mélanger
arroser copieusement nos quatre assiettes d'orange avec ce petit mélange…
mettre au frais
servir avec une feuille de menthe dessus, les maires de Saulchoy ont
toujours eu la meilleure
menthe dans leur jardin, sinon, vous pouvez soudoyer la bonne du curé,
si vous arrivez à la
retrouver, elle se promène en bord d'eau à la recherche d'un curé qui
resterait en permanence à
Saulchoy, et lui promettre contre un peu de menthe un curé !
Les menteries, elle connaît bien !
 
mercredi 9 décembre 2009
  métiers du 19e siècle
*BADESTAMIER *


Le badestamier ou bas-d'estamier était le bonnetier-fabricant de bas
tricotés d'estame (ou estaim), nom donné à un fil très retors de laine
peignée à chaud et filée à la quenouille. Ce genre de bas, qui avait
remplacé les chausses pour les hommes, coûtait assez cher et était porté
par les classes aisées; la classe riche portait des bas de soie
fabriqués, ainsi que les bonnets, par la même communauté d'artisans(...)

Les badestamiers étaient particulièrement nombreux en Picardie (Aisne et
Somme) et en Haute-Normandie (Eure et Seine-Maritime), en ville et à la
campagne: plusieurs milliers d'entre eux travaillaient à domicile pour
de petites entreprises(...)

Ce fut vers le XVe siècle que l'art du tricot fut inventé. Les premiers
bas fabriqués de cette manière furent dit-on portés par Henri II aux
noces de sa sœur avec le Duc de Savoie.

On ignore le nom de l'inventeur du premier métier à fabriquer les bas;
la France et l'Angleterre se disputent l'honneur de lui avoir donné le
jour. Quoi qu'il en soit, cette industrie se développa d'abord en
Angleterre, et ce fut de ce pays qu'un Français, nommé Jean Hindes,
importa dans sa patrie en 1656, le premier métier à bas, lequel servit
de modèle à ceux que dès lors on construisit en France(...)

Au XIXe siècle, la profession révolutionnée par l'introduction des
métiers mécaniques, prit progressivement le nom de bonnetier. Les bas au
métier, à la différence des bas tricotés, avaient besoin d'être cousus
par derrière. Le badestamier utilisait dès 1857 des métiers circulaires
permettant de fabriquer des bas sans couture.

(" Encyclopédie universelle de Dupiney de Vorepierre" 1857, Paris)


Une fois de plus, il est possible de percevoir les liens familiaux à
travers les emplois. Maxime/Maximin a pu être victime des «
restructurations » liées à l'industrialisation. Au XIXe siècle, la
profession révolutionnée par l'introduction des métiers mécaniques, prit
progressivement le nom de bonnetier. Les bas au métier, à la différence
des bas tricotés, avaient besoin d'être cousus par derrière. Le
badestamier utilisait dès 1857 des métiers circulaires permettant de
fabriquer des bas sans couture.

(" Encyclopédie universelle de Dupiney de Vorepierre" 1857, Paris)


Métier à tricoter circulaire de 1893


_Encyclopédie Diderot et d'Alembert :_

ESTAME : Le fil d'estame qui s'appelle aussi fil d'estaim,est un fil de
laine, plus tors qu'à l'ordinaire, qu'on emploie à fabriquer des bas,
des bonnets, des gants, soit au tricot, soit au métier. Les gants, les
bas, les bonnets, &c. faits de ce fil, s'appellent gans d'estame, bas
d'estame.


*Badestamier*

*ou*

*Faiseur de bas*


*FAISEUR DE BAS *

Lorsque l'on évoque les métiers de la soie, on pense aux tisserands et
aux filateurs mais on oublie souvent ces artisans qui, pendant deux
siècles, ont confectionné sur des métiers à bras cet accessoire
indispensable à l'élégance tant masculine que féminine que fut le bas de
soie.

*L'apparition du "métier"*

S'il est difficile de dater exactement l'apparition du bas de soie, on
sait que, dans la première moitié du XVIe siècle, il est fort prisé et
son port encouragé par François Ier. Il s'agit alors de bas faits en
tissu de soie et ajustés. C'est entre 1540 et 1570 que, à la suite de
l'évolution du costume masculin, on voit apparaître des bas plus longs
s'attachant aux chaussures et tricotés, la maille donnant plus de
souplesse et d'élasticité. Cette mode des bas de soie exécutés aux
aiguilles par des ouvriers spécialisés se répand rapidement dans tout le
royaume.

Une étape décisive pour le bas de soie est l'invention du "métier à
faire les bas". Cette machine, découverte par les Anglais en 1610,
entraîne la naissance de la première manufacture de bas en 1656, puis
aboutit en 1672 à la déclaration royale érigeant en maîtrise et
communauté "le métier et manufacture de bas". La fabrique de bas de soie
se développe de façon fulgurante. Les premiers métiers apparaissent à
Nîmes en 1680 et l'on passe de 79 faiseurs de bas (maîtres et apprentis)
à 3 920 en 1720 !


*Une règlementation draconienne*

Dès 1700, un arrêt général va considérablement restreindre la liberté
d'exercice du métier, puisqu'il restreint la liberté d'exercer à
dix-huit villes seulement. Une réglementation réserve également le
monopole du métier aux fabricants de bas proprement dits : défense de
travailler ou de faire travailler sans avoir été reçu maître, obligation
pour les compagnons de se faire inscrire sur un registre et interdiction
pour eux de vendre un ouvrage fait au métier, limitation du nombre des
apprentis, interdiction aux femmes et aux filles de travailler au métier
(sauf pour les filles de maîtres), règles concernant la taille des
métiers, la qualité de la soie à employer et la précision du travail.
Ces statuts excluent les facturiers de laine et les marchands de draps
et de soie qui prétendaient travailler et vendre des bas pour leur
compte, ce qui occasionne de nombreux conflits. Ils influent également
sur les artisans de professions en rapport avec la fabrique de bas.
Difficiles à respecter et sources de plusieurs procès, ces règlements
sont régulièrement remis en cause et modifiés.

L'industrialisation

La fabrique de bas dispersée va se maintenir tant bien que mal jusque
vers 1880, date de l'apparition du métier mécanique, dit hollandais, mû
par la vapeur. C'est la mort du métier à bras. Le savoir-faire si
patiemment acquis pendant les années d'apprentissage et de compagnonnage
n'est plus nécessaire. L'artisan ne peut plus travailler chez lui, en
famille, libre de gérer son temps. Le travail sur ces nouveaux métiers
se fait dans des ateliers regroupant jusqu'à vingt machines dans un
bruit assourdissant. La fabrique au métier à bras n'est plus rentable.
Le faiseur de bas abandonne son art pour l'atelier, s'engage comme
employé ou surveillant dans les grandes filatures de soie qui se sont
développées récemment, ou bien encore retourne au travail de la terre et
part cultiver la vigne, en pleine expansion dans la plaine. Le faiseur
de bas n'est plus qu'un homme du passé.

/Extrait du chapitre concerné, dans l'ouvrage Les métiers d'autrefois,
de Marie-Odile Mergnac, Claire Lanaspre, Baptiste Bertrand et Max
Déjean, Archives et Culture./

**Que tricotent nos tricoteuses sous la révolution ?**

Sur cette image l'homme tricote des bas de soie. Tricoteur, profession
masculine.


FAISEUR DE MÉTIER A BAS, ET FAISEUR DE BAS AU MÉTIER.

|Cette explication (Page _19:3:1
<http://portail.atilf.fr/cgi-bin/getobject_?p.137:19./var/artfla/encyclopedie/textdata/IMAGE/>_)

Cette explication ne contiendra que les noms des parties de la machine à
faire des bas. On trouvera son historique, son mécanisme, son jeu, &
tout ce qui la concerne, à l'article Bas. Voyez cet article auquel nous
renvoyons encore pour l'art de faire des bas au métier. Ici nous
indiquerons purement & simplement ce que chacune des figures suivantes
représente. Nous tomberions nécessairement dans des redites, en nous
étendant davantage.

Le lecteur n'oubliera pas que nous avons préféré le métier tel qu'il est
sorti des mains de l'inventeur, au métier tel qu'il est à présent. Il ne
lui sera pas difficile d'en deviner la raison; mais pour qu'il n'eût
aucun reproche à nous faire, nous avons fait mention à l'article Bas des
perfections légères que cette machine a reçues avec le temps; & c'est
une des choses que nous avons cru devoir transporter de cet article où
tout ce qui concerne les arts du faiseur de métier à bas, & du faiseur
de bas au métier, est traité à fond, dans cette exposition sommaire qui
attachera principalement l'attention des amateurs & des artistes.

 
mardi 8 décembre 2009
  dame Ambroisine Mariette de Saulchoy
*Ambroisine *

*(Ambre, Ambroisie)*


ce prénom dérive de st Ambroise, fêté le 7 décembre


*Étymologie* : du grec ambroisia, formé du a privatif et de brotos, mortel.

Ambroisine ou l'immortelle !


Ambroise est l'ambroisie, la nourriture au goût de miel qui, dans la
mythologie grecque, rendait les dieux immortels. Boire ou manger de
l'ambroisie c'était la certitude d'échapper à la condition humaine.

Ce prénom est connu depuis l'Antiquité latine, où il était regardé comme
un divin présage.


Il fut porté par un haut fonctionnaire de l'Empire romain qui, en 374,
fut réclamé par la foule des chrétiens de Milan comme évêque. Il joua un
rôle majeur dans l'organisation de l'Église, la réforme liturgique et la
lutte contre les hérésies. En 387, il baptise le futur saint Augustin.
Il est considéré comme un des « Docteurs de l'Église: St Augustin, st
Jérôme, St Grégoire, St Ambroise »

Célébrités

Ambroise Thomas (1811-1896), compositeur ;

Ambroise Paré (1509-1590), chirurgien de Henri II, de François II, de
Charles IX et de Henri III.


En Angleterre, on dit que Ambrosius Aurelianus est la véritable identité
du légendaire roi Arthur. On dit encore que Merlin l'Enchanteur,
l'immortel amoureux de la fée Viviane, fut qualifié d'« ambroise »,
puisqu'immortel. Je suis toujours celui qui rêve d'une autre vie que de
cette vie, et qui parfois la ressuscite. Je suis le maître ambigu de la
chance et le vainqueur du temps. Les voyages, ici-bas comme au-delà,
font partie de mon apanage.


*L'influence du prénom *

Du charme, de la sensibilité, de la vivacité et de la sensualité, telle
apparaît *Ambroisine* qui attire le regard et la sympathie. Femme
sociable et extravertie, elle sait plaire et faire régner l'harmonie
autour d'elle. Curieuse, bavarde et adaptable, elle respire la joie de
vivre et la bonne humeur. Elle possède un caractère optimiste, facile et
gai. Le découragement ne l'atteint pas et elle sait dédramatiser les
situations. Elle est équilibrée, hyper sensible, elle apaise les
situations, déteste les conflits de toutes sortes. Impatiente, elle
s'emporte pourtant, elle veut gagner la paix.

De la coquetterie, de la séduction, de la persuasion, douée pour les
langues, le chant, la parole. Elle pense par ses sentiments et le beau.
Maniaque et désordonnée ; Volontaire et responsable, elle apprécie
pourtant la facilité. C'est une sentimentale qui n'agit, n'entreprend et
n'assume que quand elle se sent heureuse.

Enfant,* **Ambroisine* est espiègle, malicieuse et démonstrative.
Soucieuse de faire plaisir aux parents, elle s'implique dans la vie
familiale. Les mésententes sont des ouragans pour sa sensibilité. C'est
une créative, elle possède une bonne dose d'humour qu'elle sait partager.

*Sa recette*

*ingrédients *

4 pavés de biche de la forêt de Crécy, si possible, mais légalement
obtenus, sinon adapter aux lois en vigueur dans le secteur géographique
de dégustation ou de cuisson !

40 cl de crème liquide,

une à deux cuillères à café de muscade en poudre,une bonne cuillère à
soupe de worcesterchire sauce récupérée d'un navire anglais pris à
l'abordage, par contrebande, ou par achat en boutique !

sel et poivre,

du miel récolté en forêt de Crécy !(2 cuillères à soupe ou plus selon
les goûts…). Evitez d'aller le voler directement, les abeilles ont
parfois des réactions bizarres, et les apiculteurs apprécient peu que
leur labeur ne les nourrissent pas.


*Ustensiles*

Un bol non fêlé

Une casserole pour cuire les pavés


Dans le bol, mettre la crème liquide, la muscade, le miel et la
worcesterchire (sauce d'assaisonnement comprenant du vinaigre, des
échalotes, du sel, du sucre, des épices que vous pouvez préparer
vous-même, remplacez alors le sucre par du miel!) le sel et le poivre…

Vérifier pour arriver au goût que tous apprécient !

Dans la casserole, faire revenir rapidement à feu vif les pavés
(autruche, biche, tournedos),le but est de garder le plus de suc à
l'intérieur du pavé.

Mettre un peu d'eau pour dégager les sucs de cuisson

Couvrir

Laisser mijoter une ou deux minutes à petit feu…

Mettre dans la casserole le contenu du bol !

On laisse mijoter, on sert selon les goûts avec des pâtes, des frites ou
des pommes de terre rissolées arrachées au sol du kerrieu...


Ambroise st-patron des apiculteurs

l'ambroisie est une plante allergisante !

 
lundi 7 décembre 2009
  Grabianka pernety avignon alchimie "spiritisme"
LA SAINTE PAROLE DES ILLUMINÉS D'AVIGNON

Les personnages aussi originaux que divers qui s'instituèrent les
maîtres des occultistes du XVIIIe siècle : Saint-Germain, Pasqually,
Saint-Martin, Willermoz ou Cagliostro ont retrouvé, de nos jours, une
clientèle ; aux curieux, aux amateurs d'illusion et de mystère se sont
joints des philosophes et des historiens. Aussi ne possèdent-ils plus
guère de secrets sur lesquels quelque spécialiste n'ait rêvé, supputé,
discuté. Seul demeure encore, çà et là, un petit nombre de sectes et de
mystagogues qui n'ont pas encore suscité assez de curiosité et de
travaux pour qu'on puisse, l'esprit en repos, tourner la page en ce qui
les concerne. C'est le cas de la société des Illuminés d'Avignon1 1.
On sait que ce cercle hermétique se forma à Berlin, vers les années 1778
ou 1779, autour de dom Antoine Pernety qui était, depuis 1767,
bibliothécaire de Frédéric II. Ce bénédictin alchimiste et gyrovague —
d'ailleurs en rupture de sa congrégation de Saint-Maur — s'était fait
une réputation comme auteur de divers dictionnaires, dont deux dataient
de 1708 et traitaient de la science hermétique à laquelle il assimilait
la mythologie2 2.
Il avait aussi, avant de quitter la France pour la Prusse, fait ses
écoles de chef de secte en tentant de fonder à Avignon un Rite
Hermétique. Sa fondation berlinoise fut plus durable, bien qu'elle [99]
ne durât pas sans quelques avatars. Ce fut, en effet, à la fin de 1784
que la petite société, un moment désagrégée, se reconstitua à Avignon où
elle jouit d'une certaine vogue, de 1788 à 1792 jusqu'à ce que diverses
circonstances, tant de sa propre histoire que de l'Histoire tout court,
amenassent sa ruine définitive.
Ces Illuminés étaient des alchimistes, qui ne se distingueraient guère
des autres adeptes appliqués à réaliser le Grand-Oeuvre, s'ils n'avaient
eu la réputation d'avoir poursuivi leurs travaux dans une atmosphère
miraculeuse, avec la collaboration des anges et l'aide directe de la
divinité, ou du moins de sa Sainte Parole.
En dépit de toute la cohorte angélique qui assiste les frères
régulièrement consacrés et dûment munis d'un super-ange-gardien
particulier ; en dépit des Gabriel, Raphaël, Assadaï, Hebdoël, Ajadoth
et tutti quanti, il est évident que ces précieux inspirateurs n'étaient
que menu fretin auprès du Tout-Puissant. Aussi ne peut-on s'étonner que
les disciples de Pernety aient attaché une primordiale importance aux
communications de la Sainte-Parole, qu'ils l'aient consultée avec les
plus respectueuses formules et reçu ses avis, ou ses ordres, avec autant
de soumission que de foi. Nous nous étonnerions bien plutôt de
l'inconsciente indiscrétion avec laquelle certains d'entre eux allaient
puiser à la source de l'infaillible sagesse.
C'est un fait que ces Illuminés mêlèrent la Sainte-Parole à leurs
petites affaires de mariage, de procès, de changements de situation ou
de domestiques, d'invitations à accepter ou à rendre, de billets de
loterie à acheter. En revanche, la grande affaire de leur société étant
la découverte de la transmutation des métaux, le secret de la Pierre
Philosophale, c'est surtout sur ce point qu'ils interrogeaient le
Très-Haut. Toutes les autres questions qui intéressaient directement la
vie de leur groupement lui furent naturellement. soumises. La
Sainte-Parole agréait les nouveaux adhérents, réglait les préséances,
les titres, les rites, les cérémonies. Nous la voyons approuver
l'intérêt que plusieurs portaient aux révélations de Swedenborg et
donner son imprimatur aux traductions qu'ils voulaient faire éditer de
telle ou telle œuvre du visionnaire suédois.
Ce fut elle, enfin, qui décida de l'évolution de toute la société, en
ajoutant à leur attente du Grand-Œuvre celle du Troisième Règne qui,
après le Déluge et l'Incarnation, allait détruire l'humanité coupable, à
l'exception du petit groupe de fidèles destinés à régénérer le monde ;
elle, qui donna ordre à Pernety de « changer de demeure » et d'aller
chercher au midi le lieu où s'établirait le « Nouveau Peuple » ; elle
qui désigna Avignon comme étant « le champ de l'œuvre » ; elle toujours,
qui régla la renaissance de la société dans la cité des papes. Ainsi, au
moins jusqu'à cette époque, c'est-à-dire jusqu'en 1780, la Sainte-Parole
dirigea-t-elle, dans les grandes lignes comme dans les plus petits
détails, toutes les affaires des Illuminés d'Avignon et ceux qui se
hasardaient à discuter ses directives s'excluaient de l'ordre, dont elle
était le guide et l'arbitre.
Ceci étant, une question se pose : sous quelle forme la voix divine se
manifestait-elle ? Comment obtenait-on à Berlin ou à Avignon, les
réponses qui nous ont été conservées ?
On ne le sait pas, pour la bonne raison que ceux qui furent favorisés de
ces merveilleux colloques, s'ils ont pris soin, de 1779 à [100] 1780,
d'en tenir registre; n'ont pas éprouvé le besoin d'en révéler le secret.
Une autre cause d'ignorance est que personne, parmi ceux qui étudièrent
cet épisode de l'histoire des sociétés secrètes, sauf René Le Forestier,
ne s'est soucié de ce détail, comme si, dans les conversations avec «
les intelligences supérieures », selon l'expression de J. Bricaud, ce
qui importe est la matière et non le mode de l'entretien.
Mon point de vue est tout à fait différent. C'est donc uniquement la
façon dont la Sainte Parole se manifestait, son mode d'expression et ses
méthodes de communication qui font l'objet de ma recherche.

UN TEMOIN DU MIRACLE

Peut-être ai-je été trop catégorique en avançant qu'aucun témoin du
miracle n'avait parlé. Il en reste au moins un, dont le silence vient de
ce qu'on ne l'a pas interrogé avec assez de patience. Ce témoin n'est
autre que le livre où ont été consignés les textes mêmes de la Sainte
Parole, livre conservé, parmi les manuscrits du Musée Galvet d'Avignon,
sous le numéro 8090. Il se présente comme un petit cahier in-4° et
contient cent cinquante-cinq pages couvertes d'une écriture fine et
serrée3 3. Le texte est précédé et suivi de feuillets blancs, comme si
l'ouvrage était demeuré inachevé, attendant une introduction et une
suite. Les Saintes Paroles qu'il contient sont datées du 15 janvier 1779
au 15 octobre 1785.
Le manuscrit n'est d'ailleurs pas un journal chronologique des
manirfestations de la voix céleste, mais un ouvrage élaboré une sorte de
répertoire où les réponses divines sont groupées sous le nom de chaque
membre de l'association auquel elles se rapportent ; soit que celui-ci
ait été son interlocuteur occasionnel, soit qu'à d'autres la Sainte
Parole ait tenu des propos qui le concernaient. Un tel répertoire, très
pratique pour les intéressés qui pouvaient avoir à se reporter à leurs
messages, offre l'inconvénient de répéter plusieurs fois les mêmes
réponses. Les frères y sont désignés par leurs .noms, ainsi que par les
initiales et nombres sacrés qu'ils recevaient au moment de leur
admission. La partie consacrée à dom Pernety est de beaucoup la plus
importante. Elle est suivie d'une table des matières, à laquelle est
jointe une suite de nombres formant, comme l'explique la légende qui s'y
rapporte, la « tige du grand triangle », puis de listes de noms donnés
par la Sainte Parole aux frères Pernety et Grabianka, ainsi qu'un résumé
des faits principaux et des prophéties se rapportant à Pernety.
Les chiffres de la table des matières ne correspondent pas à la
pagination de ce cahier. Il semble donc que nous n'avons pas là un
document original, mais une copie dont, par inadvertance, la table n'a
pas été rectifiée. Une autre preuve de ce fait résulte des gloses qui,
interrompant les consultations, expliquent les circonstances dans
lesquelles les questions sont posées, content la façon dont les
promesses s'accomplirent et rappellent divers faits [101] de l'histoire
des Illuminés. Ces précieuses notes précisent qu'un premier recueil de
la Sainte Parole fut composé par le frère Pernety et apporté par lui à
Avignon ; nul doute que celui que nous étudions n'en soit qu'une copie,
revue, annotée et augmentée. Ce travail peut se placer après le 13
juillet 1788, puisqu'une de ses dernières gloses se réfère à des
épisodes du travail spagyrique qui portent cette date.
Il convient de ne pas perdre de vue que les réponses de la Sainte Parole
ne s'étendent pas jusqu'à cette époque et que sa dernière consultation
est datée du 15 octobre 1785. On pourrait penser que la chose s'explique
parce que le recueil est demeuré inachevé et supposer qu'il existait
nombre de réponses plus récentes qui devaient le compléter. Je ne le
crois pas ; car ce livre est composé de chapitres inégaux se rapportant
à divers frères et chaque chapitre est séparé du suivant par un trait,
comme s'il composait un tout qui ne devait plus recevoir d'augmentation.
En conséquence, les Illuminés qui se trouvaient dans le Comtat avant
octobre 1785 eurent le bénéfice de consulter la Sainte Parole jusqu'à
cette date. Pour les autres, restés en Allemagne, ce bénéfice cessa
beaucoup plus tôt. Il ne se rétablit pas pour ceux qui, nouveaux ou
anciens, rallièrent Avignon après 1786. Il existe le cas typique d'un
adepte, frère cadet de Pernety, ordonné le 6 juin 1787 et qui, pourtant,
ne reçut de messages le concernant que de 1779 à 1780. A suivre les
indications que donne le manuscrit d'Avignon, mémorial de l'Ordre des
Illuminés jusqu'en 1788, tout laisse à penser qu'après octobre 1785
l'oracle divin cesse de parler à ses fidèles, ou ne dit plus rien qui
soit jugé digne d'être noté.
Peut-on établir quel fut l'auteur de ce manuscrit ? Joanny Bricaud tient
pour assuré qu'il est de la main de, Pernety. Mais si on compare son
écriture avec celle d'une lettre autographe de ce personnage que possède
la Bibliothèque de Lyon, la chose paraît assez douteuse. Certes, les
deux graphies menues et penchées, sont du même type, mais une étude
révèle de notoires différences dans la forme des lettres. Il saute aux
yeux surtout que la lettre de Lyon, datée de 1786, est d'une écriture
tremblée de vieillard, tandis que le livre de la Sainte Parole, composé
deux ans plus tard, est tout entier tracé d'une main ferme. S'il est
possible de faire, avec si peu d'indices, un essai d'identification, je
pencherais à l'attribuer au docteur de La Richardière, l'une des plus
zélées recrues de la société dans sa période avignonnaise. En tous cas,
les notes se rapportant à ce frère ou à ses travaux alchimiques sont
très circonstanciées et plusieurs des Paroles qui lui sont adressées
sont précédées de la mention : « sur ma table » ; mention énigmatique
qui, si elle a un sens, semble indiquer que celui qui a ainsi trouvé ces
messages est celui qui les copie.
Au reste, ce fait importe assez peu et ne nous aide pas du tout à percer
le mystère des miraculeuses consultations.

MODES D'EXPRESSION DE LA SAINTE-PAROLE

En apparence, la clef se trouve dans une arithmétique spéciale. Le texte
du livre est hérissé de chiffres qui portent à croire que (c'était au
moyen de calculs qu'on obtenait les réponses aux questions posées.
Certains de ces passages chiffrés se comprennent [102] facilement. Ce
sont des textes d'une cryptographie simple, où chaque lettre est
remplacée par le nombre qui indique son rang dans l'alphabet. D'autres
m'ont paru — c'est le cas de le dire - indéchiffrables et ne m'ont livré
ni leur secret ni celui de la Sainte-Parole.
On peut cependant entrevoir comment les Illuminés menaient leurs
opérations divinatoires, ou, tout au moins, les formules qu'ils
employaient. Le nombre, généralement de trois chiffres, qui était
attribué à chaque frère, jouait un rôle dans leurs entretiens
merveilleux. C'est par lui qu'on interrogeait l'oracle saint : «
Sainte-Parole dites-moi, par mon nombre sacré... Je vous supplie par le
nombre du frère Grabianka, de me dire... ». Mais il arrive que le
demandeur implore « par tous les nombres sacrés » ; aussi peut-on se
demander si ces expressions ont un sens précis ou si ce ne sont là que
clauses de style.
René Le Forestier a rapproché les procédés de nos Illuminés de ceux des
cabalistes qui ont été, sur ce point comme sur bien d'autres, les
maîtres des occultistes du XVIIIe siècle. « Les lettres de l'alphabet
hébreu ayant une valeur numérale », écrit-il, « les Kabbalistes
remplaçaient un mot du texte biblique par un autre mot dont les lettres
additionnées donnaient le même total que les lettres composant le terme
qu'il s'agissait d'interpréter mystiquement ; ils formaient aussi toute
une phrase, en prenant successivement pour initiale de chacun des mots
la constituant les lettres du mot, considéré comme un cryptogramme ; ou
bien, en procédant inversement, ils tiraient un mot secret d'une phrase
donnée. Pernety et ses disciples obtenaient probablement, par l'une ou
l'autre de ces méthodes, de nouvelles lettres ou syllabes dont ils
déduisaient les réponses que ces signes leur suggéraient. »
Une difficulté demeure, Les cabalistes avaient les mots de la Bible
comme source et base de leurs calculs et de leurs interprétations ; d'où
partaient les Illuminés pour obtenir les réponses de la Sainte-Parole ?
On peut croire que le texte de leurs demandes leur servait de point de
départ, tant ils se montrent soucieux d'être bien inspirés dans leurs
questions et de bien formuler leurs demandes. Cependant, il paraît
probable qu'ils faisaient aussi parler le Ciel à l'aide des combinaisons
de chiffres de ce « grand triangle » dont la « tige » a été relevée sur
le manuscrit d'Avignon4 4. Un mathématicien, qui s'est intéressé à ces
données, suggère que la dite tige doit être l'axe de symétrie d'un
triangle isocèle, reposant sur sa pointe, et composé de mille huit cent
quatre-vingt-douze chiffres. Quoiqu'il en soit, cette longue suite de
nombres est suivie de ces explications : « puis on place i hors de la
ligne, et on ne le calcule pas avec les autres chiffres. Le triangle
étant bien opéré, la pointe est toujours 9. Les trois chiffres surmontés
de ce signe 4, a la première ligne, sont 9.1.5. Au lieu de ceux-là, ils
auraient pu [103] être 135, 139, 219, etc... ». Si nous remarquons que
ces nombres sont précisément et respectivement les nombres sacrés de La
Richardière, Pernety, Grabianka et Bouge, tous frères importants de
l'ordre en 1788, cela ne nous mène qu'à remarquer l'importance
qu'avaient ces nombres dans de telles combinaisons chiffrées, mais ne
nous instruit pas de la façon dont s'exerçait leur importance et surtout
de la méthode employée pour « bien opérer » le triangle. Hélas ! il est
difficile de reconstituer de pareils calculs sans en posséder la clef.
Cette clef se trouve-t-elle dans une œuvre moins secrète, composée
justement par un des membres du cercle d'Avignon ? En décembre 1780,
l'abbé de Brumore faisait paraître, dans le Journal Encyclopédique, une
apologie de la science des nombres qui est curieuse à plus d'un titre5
5. Elle était adressée, sous forme de lettre, au marquis de Thomé, cet
apôtre swedenborgien qui avait fait connaître le mystique Suédois aux
salons parisiens. « La cabale proprement dite, y déclare Brumore, n'est
qu'une tige donnée dans une certaine combinaison d'où, par des
opérations subséquentes et mécaniques, par une juxtaposition déterminée
par les trois noms d'Eloïm, d'Adonaï et de Jéhovah, s'engendrent à leur
tour de nouvelles séquences numériques qui, en empruntant une valeur
résultée des alliances des neuf unités, en les transformant ensuite,
selon leur ordre naturel, dans les lettres de l'alphabet, .fournissent
des réponses en tous genres, selon l'idiome dans lequel on a formé la
demande. »
L'idée vient tout de suite de rapprocher cette « tige » de la cabale de
celle du grand triangle. En sommes-nous beaucoup plus avancés ? Il va de
soi que les noms divins peuvent être écrits en nombres formés par la
valeur numérique de leurs lettres ; on imagine aisément que ces nombres
juxtaposés avec ceux de la « tige » et, éventuellement, avec les nombres
occultes des Illuminés, pouvaient engendrer de belles « séquences
numériques. » Les indications du manuscrit permettent même de supposer
qu'on devait réduire le tout selon une méthode analogue à celle de la
preuve par 9. Au dernier stade de l'opération, il suffisait de donner
leur valeur de lettres à la suite de chiffres obtenus pour les voir se
transformer en phrases. Théoriquement, tout cela est possible ; mais,
pratiquement, ces hypothèses permettront-elles à un cryptographe averti
de résoudre le problème ? Lui permettraient-elles surtout de fournir des
« réponses en tous genres » à des questions posées en toutes espèces de
langues, comme Brumore prétendait pouvoir faire ? J'en doute, car
Brumore lui-même nous a prévenus, au cours du même article, que « le
moindre intervertissement, en décomposant et en détruisant les
résultats, ne présente plus qu'une confusion inextricable, qu'un chaos
monstrueux, que l'application la plus laborieuse ne peut ni surmonter,
ni rétablir. »
Au vrai, il ne me paraît pas très nécessaire de courir ce danger et de
se livrer, sans espoir, aux arcanes des calculs cabalistiques pour
arriver aux résultats qu'obtinrent les auditeurs de la Sainte-Parole.
Car enfin, il est impossible qu'en suivant ces méthodes « mécaniques »
on puisse obtenir autre chose que des mots plus ou moins boiteux, des
syllabes et des textes incohérents. Or, ce n'est pas ainsi que s'exprime
la Sainte-Parole. Elle parle en bon français, sauf dans les cas assez
rares où elle emploie le latin pour répondre à des questions posées en
cette langue ; bien plus, [104 ] elle se répond parfois en longs
discours d'une éloquence verbeuse, dont le style — ce qui est fort
naturel — rappelle le style biblique. Sentencieuse, emphatique et
énigmatique, la Sainte-Parole se montre souvent habile à parler pour ne
rien dire, à moins que, suppliée de s'exprimer clairement par quelque
disciple à bout de patience, elle daigne répondre par quelques mots
brefs et impérieux. On jugera de son ton habituel en parcourant deux de
ses réponses prises au hasard, au début et à la fin de ses interventions :
Pernety. — 1779 : « N° 5. Du 10 février. — Je demande à la Sainte-Parole
si les deux cahiers que j'ai devant moi, l'un dont on dit que Flamel est
l'auteur ; l'autre attribué à Mardochée, contiennent véritablement et
sincèrement le procédé du Grand-Œuvre ?
Réponse. — 0 toi qui m'interroge, écoute et que ce soit pour la gloire
de .ton Dieu et pour ton bonheur, apprends à distinguer la lumière de
l'obscurité. Un seul est vrai de toute vérité ; l'autre fut et sera
longtemps la ruine de tes semblables et confondra leurs espérances dans
leurs délires et leurs vanités dans leurs folies. Malheur à qui ose
envelopper le mensonge du nom sacré de l'Éternel ».
De La Richardière. — 1785 : « N° 21. Du 15 octobre. — Sainte-Parole, je
vous supplie de me faire connaître pour mon instruction, si l'ouvrage
dont il a plu à mon Dieu de me donner la conduite est fait jusqu'à
présent selon sa suprême volonté ?
Réponse. — Sois bénis dans tes veilles, dans tes désirs et dans ton
cœur. Reste fidèle à ta pensée, car voici que la nuit vient appeler le
jour où je serai béni dans toi. Parce que tu es homme dans ta chair, tes
sens mesurent le prodige ; ton œil veut voir et ne voit pas. Demande à
ma parole si elle est vérité et tu reposeras ton âme sur le bras qui
garda ta vie pour manifester, en son temps, l'accomplissement de ses
promesses et l'étendue de son pouvoir. Écoute, entends, fils d'héritage,
entends comprends et dis aux tiens : ce jour qui marche lentement et qui
semble à tes yeux sans lumière et sans force se lèvera pour détruire
ceux qui n'auront pas su l'attendre. Enfant d'obéissance, suis Ajadoth,
il te conduit. Travaille encore pour qu'il assiste l'autre moitié de tes
travaux ».
Certes, ce n'est pas par des procédés arithmétiques qu'on pouvait
obtenir de tels discours. Mais, dira-t-on, les calculs pouvaient fournir
une sorte de schéma, de canevas sur lequel était ensuite brodé
l'ensemble du message. Dans ce cas, rien n'explique pourquoi les
Illuminés n'ont pas conservé pieusement les indications primitives
obtenues par leurs procédés secrets, afin de les gloser tout à loisir.
Or, rien de semblable n'a été fait. Par ailleurs, plusieurs notes du
livre de la Sainte-Parole, qui s'efforcent d'éclairer non seulement le
sens général des réponses, mais aussi certaines phrases ou certains mots
précis, montrent assez que les frères d'Avignon considéraient tous les
termes des réponses recueillies comme étant de magique provenance et, à
ce titre, également précieux.
Cependant, les initiés n'ignoraient pas que leur oracle usait de
plusieurs moyens d'expression. Des « restes de nombres » qui [105]
accompagnent quelques .réponses, des fragments de langage chiffré il
ressort que les messages semblent leur être parvenus, souvent, sous
forme de cryptogrammes. Parfois pourtant, expressément suppliée de
répondre en lettres, la Parole accepte de le faire. C'est ce qui se
produisit, le 8 octobre 1780, où dom Pernety réclama une réponse
littérale et reçut un texte de quinze lettres, traduit dune façon
déconcertante : « mercure 27117 ». Nous avons déjà remarqué que
plusieurs réponses adressées à La Richardière sont précédées de la
mention : « sur ma table », comme si l'impétrant avait trouvé sur son
bureau, posé par une main discrète les messages qu'il sollicitait.
Cet ensemble de faits montre suffisamment que ceux qui, chez nos
Illuminés, surent entendre la voix du Très-Haut, telle qu'ils nous l'ont
transmise dans le petit cahier que conserve le Musée Calvet, ceux-là
paraissent avoir employé la science des nombres plutôt comme le décor
que comme la source de leur inspiration. Mais le pluriel est-il de mise
? Plusieurs frères auraient-ils été capables d'employer ce jargon
particulier, de doser ce mélange de flatteries, d'objurgations, de
promesses, de prophéties et d'ordres souvent surprenants, associés à des
reproches et des leçons indigestes, dont l'ensemble constitue le langage
divin ? En tout cas quel que soit le nombre des interprètes, ils doivent
être recherchés, de toute évidence, parmi les fondateurs de l'ordre
parmi les premiers Illuminés de Berlin.

LE MAITRE DU MYSTERE

Les trois premiers consacrés furent le staroste polonais Grabianka dom
Pernety, et l'abbé Guyton de Moreau dit Brumore. Ils comptent aussi
parmi les premiers et les plus fréquents auditeurs de la Parole. G est
évidemment parmi eux qu'il faut chercher ceux qui en connaissaient le
secret.
Grabianka est-il de ce nombre ? Il fut le premier officiant de la
première ordination; ce fut lui qui eut l'honneur de recevoir Pernety et
Brumore. Il fut maintes fois honoré par la Parole de toutes sortes de
titres flatteurs. Pourtant, il ne paraît pas qu'il ait été instruit de
son mystère. En effet, nous le voyons plusieurs fois supplier qu'on
l'instruise de la science des nombres Le fait est confirmé par une
demande du 30 mai 1779 qui nous apprend que le frère Grabianka ne
pouvait pas interroger lui-même l'oracle. La Sainte-Parole le mit
d'ailleurs à une rude épreuve, en l'obligeant à se séparer de sa fille
Annette et à la remettre à Brumore et à son amie Bruchier. Nous savons
aussi que Grabianka, à la fin de l'année 1788, abandonna les travaux
alchimiques ordonnés par la Sainte Parole, se sépara de ses frères
Illuminés et récupéra sa fille. Il ne devait reprendre sa place dans
l'ordre que trois ans après, lorsque celui-ci se fut transporté à
Avignon, après des péripéties et des prophéties où le staroste ne prit
aucune part Ses demandes adressées à la Parole s'arrêtent en juillet
1788. Preuve supplémentaire qu'il ne lui était pas possible, en
l'absence de ses Frères, de communiquer avec le Ciel. Il est clair que
ce n'est pas Grabianka qui a été le porte-parole de l'Éternel.
[106] Dora Pernety joua-t-il ce rôle avantageux ? Il est, entre tous,
celui que la voix mystérieuse gratifie le plus abondamment d'apostrophes
aussi grandiloquentes qu'élogieuses : Enfant de vérité, Enfant de
Sabaoth, Fils de Dieu, Élu du Ciel, Oint de prédilection, Nouveau
Pontife, etc., etc. Quatre colonnes et demie sont remplies de ces noms
flatteurs, dans la table des matières du manuscrit d'Avignon. Tout cela,
à vrai dire, n'est pas plus significatif que dans le cas de Grabianka.
Tout au plus est-il permis de penser que la Sainte Parole avait intérêt
à ménager Pernety, et même à le griser de flatteries pour divers motifs,
dont le plus apparent est qu'il convenait de lui faire prendre patience
en attendant le secret du Grand-Œuvre toujours promis et toujours remis
à un avenir incertain et qui s'éloignait à mesure qu'il croyait l'atteindre.
Des phrases plus précises qui se rapportent à Pernety, dans le livre de
la Sainte Parole, retiennent l'attention. Relevons, le 17 janvier 1780,
cette promesse : « C'est par toi que la Parole arrivera. » Mais il n'est
pas possible de se méprendre, car une note révèle que la voix de Dieu
annonça par ces mots que ce serait à Pernety que serait réservé
l'honneur d'apporter à Avignon le recueil de ses communications. C'est
donc aux qualités d'archiviste et de mémorialiste de l'ex bénédictin, et
non à ses qualités d'interprète, qu'il est fait ici allusion. Un autre
passage laisse rependant supposer qu'il connaissait la technique des
conversations célestes ; c'est celui où, le 5 avril 1782, il demande
s'il doit se rendre à Reinsberg pour travailler aux demandes du frère
Ronikier. Le fait d'avoir conservé « la tige du grand triangle » laisse
penser d'ailleurs qu'il devait être capable de la développer et de la
comprendre. Mais remarquons qu'une promesse lui est faite à maintes
reprises : celle de connaître, un jour, la « voix de l'Urim » et de
parler son langage. Qu'est-ce à dire ?
Cette voix, associée dans la Bible à celle du Thumim, désigne l'oracle
solennel que, seul, pouvait consulter le Grand Prêtre pour connaître la
volonté de Dieu, en tirant au sort l'un des deux ornements symboliques
qu'il portait enfermés dans un sachet sur le pectoral de son costume
d'officiant. Évidemment, les Illuminés n'emploient pas ces termes dans
leur sens traditionnel. Brumore, dans sa lettre au Marquis de Thomé,
spécifie que la « science des nombres n'est pas absolument la voix de
l'Urim », mais un moyen de choix pour correspondre avec la Divinité. La
« voix de l'Urim » selon lui, demeure infiniment supérieure car elle est
le langage direct de l'Éternel. On a presque envie de traduire qu'elle
est la Sainte Parole. En promettre la compréhension à Pernety, c'est
avouer que celui-ci avait encore des progrès à faire pour comprendre son
Dieu. Il le reconnaît d'ailleurs, le 10 septembre 1782, quand, pressé de
recevoir des renseignements à propos du voyage qui lui avait été
prescrit, il s'informe s'il ne serait pas opportun qu'il se rendît à
Reinsberg : « pour être plus à portée de celui à qui vous avez parlé
pour qu'il me parle, qui doit parler pour que nous l'entendions, et pour
être plus promptement instruit des volontés de mon père Sabaoth. »
Voici enfin le maître du secret de la Sainte Parole, désigné de la façon
la plus claire : c'est le troisième fondateur de l'ordre, [107] l'abbé
Guyton de Morveau, dit Brumore. Bibliothécaire du prince Henri de
Prusse, il habitait Reinsberg-, en effet, au château princier, où il
exerçait la charge de contrôleur des accises et péages du roi. Plusieurs
autres messages confirment cette indication. Celui du 2 avril 1779, par
exemple, où Brumore prie son divin conseiller de lui dire s'il doit
révéler à Grabianka « la clef de neuf » et reçoit en réponse toutes
sortes de félicitations parce qu'il a su conserver le « sceau des
mystères ». Mais le compliment est peut-être trop vague pour qu'on
puisse beaucoup y insister.
Plus tard, quand il s'informe — sans doute à titre de consolation pour
les parents de la petite Annette6 Grabianka — si l'enfant qui devait lui
être remise « en holocauste » sera douée de la science des nombres, il
obtient cette réponse symptomatique : « Ton Dieu dit, ô mon fils,
qu'elle soit ta fille, que sa langue se délie et qu'elle soit enseignée
par toi pour apprendre aux enfants de la terre les merveilles de ma
puissance et de mon nom ». Sans vouloir demander à la Sainte- Parole
plus de clarté qu'elle n'est capable d'en donner, contentons-nous de
noter que, par cet ordre, elle reconnaissait implicitement à Brumore
l'art de savoir vaticiner au nom de Dieu. Le 11 août 1782, il lui est
déclaré : « Sois établi le message, j'ai parlé pour que tu parles, tu
parleras pour qu'ils t'entendent ». Propos fort importants, non
seulement pour l'intéressé, mais aussi pour les frères qui avaient
recours à lui; et auxquels font écho les phrases mêmes que Pernety
employa dans cette demande du 10 septembre que nous avons rapportée.
Une note nous apprend, d'autre part, que 1'abbé n'ayant pas « saisi le
sens de plusieurs réponses », Ronikier et Grabianka le tinrent pour
responsable de l'échec de leurs opérations d'alchimie et se séparèrent
de lui. Ce fait survint au début de 1784, en un temps où la sœur
Bruchier confiait à la Sainte Parole le désespoir qu'elle ressentait
devant la dispersion des Frères et lui demandait si Dom Pernety lui-même
n'avait pas perdu la foi. Cette personnification de l'oracle permet de
comprendre le manque de ménagements avec lequel la Sainte Parole traita
souvent ses fidèles qu'elle soumettait à une douche écossaise de refus,
de froissements d'amour-propre et de flatteries grandiloquentes. René Le
Forestier voyait dans ce fait la preuve de la « bonne foi indiscutable »
des Illuminés d'Avignon. On peut souscrire à ce jugement, tout au moins
pour la première période de l'histoire de la secte et en précisant que,
seule, paraît indiscutable la bonne foi de ceux qui écoutaient la voix
divine, mais non pas celle de son interprète habituel. Mais à quoi bon
insister davantage ? Heureux ou maladroit, impérieux ou aimable, c'est
l'abbé Guyton de Morveau, dit Brumore, qui détient l'essentiel du secret
de la Sainte Parole.
Il s'en est d'ailleurs vanté, ou presque, dans cet article du Journal
Encyclopédique où, sous prétexte de féliciter le marquis de Thomé de son
rôle de propagandiste de Swedenborg, il étalait une assurance-d'homme à
secrets qui en sait bien plus long qu'il ne veut dire sur les moyens de
communiquer avec le Ciel. Tout le mérite de sa science revenait — à l'en
croire — aux principes du « célèbre académicien de Stockholm », mais
plus encore à ceux qu'il tenait d'un maître mystérieux habitant le nord
de l'Allemagne et portant le pseudonyme d'Elie Artiste.
[108]
D'ELIE-ARTISTE A L'ABBE DE BRUMORE

Ainsi, se trouvait révélé au public profane ce nom prestigieux qui, à
son instigation justement, jouait un si grand rôle chez les Illuminés,
depuis leurs origines berlinoises. Ils n'avaient fait, en cela,
qu'imiter maint fabricateur de traités d'alchimie, empruntant ce
pseudonyme à Paracelse pour donner du lustre à leurs publications. Le
plus célèbre des médecins hermétistes semble, en effet, être à l'origine
de cette fiction qui associe les légendes juives à son symbolisme
personnel, évoquant en Helias Artista, un sage possesseur du secret du
Grand-Œuvre ou, aussi bien, un sel merveilleux apte à le perpétrer.
L'originalité de l'abbé de Brumore ne résidait pas tant dans le fait
d'employer ce nom, familier à tout alchimiste un peu instruit, que de
s'efforcer d'intéresser le public à un Elie Artiste précis, localisé et
personnifié, vivant encore en une mystérieuse retraite, celui-là même
qu'il faisait révérer à ses Frères comme une sorte de Supérieur Inconnu.
La lettre envoyée de Rome au Journal Encyclopédique tendait à étendre
cette réputation confidentielle à une plus large audience, avec tous les
avantages que cela pouvait comporter pour l'auteur de ces révélations.
En conséquence, Brumore- désignait Elie Artiste, « cet homme aussi
extraordinaire que son ami Svedenborg qui vécut avec lui dans la plus
grande intimité » comme son maître ès-sciences occultes qui, «
renversant les principes des anciens hermétistes », lui avait donné «
des explications claires des énigmes des anciens philosophes » et
enseigné l'art de consulter les puissances invisibles. Pour les initiés,
c'était là le désigner expressément comme l'origine de toutes les
révélations concernant la Sainte Parole et les diverses méthodes dont
elle se servait pour s'exprimer. « Est-il donc véritablement cet Elie,
dont le Philalèthe annonce le retour? Est-il celui que les enfants
d'Israël ont attendu si longtemps, ou n'est-il, se demandait Brumore,
que celui qui doit précéder l'autre, selon la croyance des Orientaux et
des Arabes ? ». Hésitations fallacieuses, faites pour rendre plus
attirant encore ce « trésor de vérité », auquel il se référait en termes
aussi assurés que sybillins.
Il est dommage que cet enthousiaste témoignage n'ait pas permis de
retrouver la trace de l'énigmatique Allemand et que personne, ni de son
temps, ni du nôtre, sauf Brumore, n'ait su retrouver le chemin de la
studieuse retraite où il travaillait à éclairer et améliorer le genre
humain. En dépit des références à ses ouvrages, imprimés à Hambourg et à
Altona ; des allusions à l'histoire de sa vie et de ses voyages ou aux
attestations des magistrats qui s'étaient portés garants de ses
miracles, son secret est demeuré entier. Brumore seul sut mettre à
profit l'enseignement de l'hermétiste de Hambourg ; ce qui lui donna, au
bénéfice de ses confrères en illuminisme, l'originalité d'associer la
nouveauté des visions swedenborgiennes avec tout ce qu'avaient de
traditionnel les prétentions des alchimistes et des cabalistes.
L'histoire de l'ordre des Illuminés, telle que la donne le manuscrit
8090, achève de montrer les relations étroites qui existent entre l'abbé
de Morveau et la Sainte Parole. De 1779. à 1785, elle ne parle [109] à
ses enfants d'élection que lorsque ceux-ci sont à proximité de Brumore.
Pernety, par exemple, qui bénéficia de si nombreuses communications
célestes, tant qu'il demeura à Berlin, n'en note plus aucune pendant le
voyage qu'il fit à la recherche du lieu où devait s'instaurer le «
nouveau règne ». Pendant cette décevante expédition, la Sainte Parole
semble l'avoir laissé sans directives, d'où le découragement et les
doutes qui lui firent abandonner ses illusions, sa société et
l'Allemagne pour se retirer à Valence, dans sa famille.
Or, pendant le même temps, l'oracle se montrait fort loquace au bénéfice
de Grabianka, Ronikier et Borelli qui collaboraient avec Brumore dans la
poursuite du Grand-OEuvre. Cela dura jusqu'au jour où, lassés de leurs
insuccès répétés, les adeptes se brouillèrent avec l'interprète de la
Sainte Parole. Après cette dispersion, celle-ci en fut réduite à ne
parler que pour l'abbé et sa gouvernante, Mademoiselle Bruchier ;
seules, les réponses à ces deux fidèles sont consignées dans le petit
cahier du Musée Calvet. Fort de ses encouragements, Brumore retourna à
Hambourg se réapprovisionner, auprès d'Elie Artiste, de matière
philosophique, de principes et de « tous renseignements nécessaires pour
la conduite de l'oeuvre ». Lorsqu'il quitte l'Allemagne et gagne Bâle,
laissant son amie à Strasbourg, ,il demeure le seul à recevoir encore de
célestes messages. Et quels messages ! Rien moins que les Paroles
contenant, enfin, le nom de cette fameuse ville « au midi » où devait
s'établir la Nouvelle Jérusalem, cette ville que le pauvre Pernety avait
vainement cherchée en Allemagne méridionale et en Bohème, et qui n'était
autre qu'Avignon.
La Parole, d'ailleurs, en désignant une cité aussi voisine de celle où
dom Pernety s'était retiré, montrait un providentiel sens pratique. De
ce fait, l'ancien Pontife des Illuminés put retrouver, sans aucun
dérangement, sa foi et son confrère Brumore, reprendre la présidence des
travaux spagyriques, des conversations saintes et des cérémonies
d'initiation. La petite société mystico-hermétique revint à la vie et la
Sainte Parole retrouva une plus large audience. Elle multiplia ses
réponses, de février à fin mai 1785, en l'honneur de Pernety et des
nouvelles recrues : les docteurs Bouge et La Richardière. C'est en
faveur de ce dernier qu'elle adressa son ultime message. A cette époque,
Brumore avait quitté Avignon pour Rome où il mourut, le 28 février 1786.

LES ILLUMINES APRES 1780

Tous ces indices, tous ces recoupements emportent-ils la conviction ?
L'abbé Guyton de Morveau est-il le représentant terrestre de la Sainte
Parole ? Cela me paraît certain. Mais, ce qui est moins sûr, c'est qu'il
ait été dans l'ordre des Illuminés d'Avignon le seul interprète de la
voix du Très-Haut. Il faudrait pour cela que ses frères n'eussent plus
reçu de communications célestes après sa mort. Or, s'ils ne semblent pas
avoir tenu registre des réponses de la Sainte Parole après cette date,
divers témoins assurent qu'ils conservèrent la réputation de posséder le
merveilleux privilège d'un guide divin.
Un de ces témoins est Tieman, ce baron saxon qui parcourait [110]
l'Europe comme précepteur de jeunes Russes, ou Baltes, qu'il initiait
aux manières occidentales, tout en s'initiant lui-même aux divers
secrets des multiples sociétés occultes de son temps. Séjournant à
Londres, au début de 1787, en compagnie de Saint-Martin, il se lia avec
un certain comte d'Ostap qui n'était autre que Grabianka. Ce dernier lui
exposa ses convictions de « Swedeborgiste », ses prétentions de
précurseur de la seconde venue du Christ, la brouille qui l'avait séparé
de ses Frères, et sa réconciliation avec eux lorsqu'il eut appris qu'ils
s'étaient de nouveau réunis et qu'ils étaient en train de fonder, à
Avignon, la Nouvelle Jérusalem7 6.
De telles confidences étaient faites pour inciter le Saxon à gagner, lui
aussi, le Comtat pour s'informer de la secte dont son ami polonais lui
avait conté tant de merveilles. Il ne fut pas déçu et adressa d'Avignon,
à Jean-Baptiste Willermoz, l'expression de son enthousiasme au risque de
froisser l'amour-propre de son correspondant et de paraître faire fi de
l'initiation qu'il lui devait. « Je vous avoue, dans la sincérité de mon
cœur, que je n'ai rien vu de plus grand, de plus frappant et qui porte
le plus l'empreinte d'une vocation supérieure. » Tieman se disait obligé
à la discrétion, mais n'en déclarait pas moins qu'on l'avait reçu dans
le cercle « sur une révélation particulière et très prompte ». Par
ailleurs, il se donnait, comme « témoin oculaire » des prophéties
étonnantes qui avaient été confiées à la société. « Après la réflexion
la plus froide et la plus réitérée, depuis que je suis ici »,
écrivait-il, « je vous répète : c'est le doigt de Dieu, il annonce une
grande révolution »8 7. Malheureusement, tout cela est beaucoup trop
vague pour qu'on puisse savoir si les textes prophétiques et
millénaristes qui l'avaient tant impressionné étaient autres que ceux du
livre de la Sainte Parole que nous avons étudié.
Deux ans plus tard, Périsse-Duluc, autre, disciple de Willermoz, mais
d'esprit beaucoup moins éclectique et, partant, beaucoup plus fidèle,
transmit à Lyon de nouvelles indications au sujet de l'ordre de Pernety.
Il les tenait de deux barons suédois, Reuterholm et Silwerhielm, que le
duc de Sudermanie envoyait en pèlerinage à Avignon, comme à la source
des lumières. Silwerhielm était d'autant plus qualifié pour ce voyage
d'information mystique qu'il était le propre neveu de Swedenborg.
L'occultiste parisien Gombault, chez qui avait lieu la rencontre,
profita de l'occasion pour tâter le terrain et s'informer de l'attitude
de Willermoz et de ses disciples vis-à-vis des Illuminés d'Avignon. «
Gombault m'a demandé si vous feriez le voyage d'Avignon. Je lui ai
répondu que vos affaires ne vous avaient; pas permis de vous décider à
cet égard. Il m'a demandé, encore, dans le cas où vous iriez, si vous
vous soumettriez à l'ordination de l'initiation, en cas d'appel. Je lui
ai répondu qu'une ordination spirituelle ne pouvait pas être une chose
indifférente ; je tenais pour certain, sans vous avoir fait cette
question, que vous ne vous y soumettriez que dans le cas où vous sauriez
en quoi elle consiste) et quels en sont les moyens et leur source ; ou
tout au moins qu'en tant que [111] vous auriez des témoignages
suffisants lesquels ne pourraient être ceux des hommes ou leur simple
affirmation »9 8.
Périsse redoutait de s'être trop avancé dans la prudence critique qu'il
prêtait à son maître. Il avait tort ; car Willermoz, instruit par
l'expérience — encore en cours — de l'Agent Inconnu, ne pouvait nourrir
que dédain et méfiance envers toute correspondance directe avec le Ciel.
Aussi, ne se soucia-t-il -pas de se faire initier directement aux moyens
et aux sources de l'illuminisme avignonnais et se contenta-t-il des
relations d'amitié qu'il avait avec plusieurs de ses membres, sans
entrer plus avant dans leurs secrets. Attitude sage, mais qui nous prive
d'informations qui auraient pu être curieuses et éclairantes, venant
d'un homme aussi averti.
Le témoignage du baron Aimé Bourrée de Corberon, dont la crédulité était
presque aussi inlassable que la curiosité quand il s'agissait de secrets
et de mystères, n'est certes pas de cette valeur. La correspondance
qu'il entretint avec les habitants de la Nouvelle Jérusalem et
particulièrement avec Grabianka, de 1787 à 1789, montre simplement à
quel point il était sensible au prestige de leur réputation, quelle foi
préalable il leur accordait, en attendant avec patience l'ordre
surnaturel qui lui permettrait de les rejoindre. Son ami Thiroux,
renseigné par lui, sollicita la même faveur et écrivit le 2 août 1787, «
aux frères de la société » en faisant allusion « aux communications
célestes qu'ils ont la réputation d'avoir »10 9. Le maréchal de
Dampmartin qui fréquenta, à Avignon même, les dits Frères, en 1792, à la
veille (de leur destruction, les dépeint pleins de confiance dans la
voix « selon eux céleste » qui guidait leurs actions.
Notons que ceux qui affirment ainsi la vitalité de la Sainte Parole n'en
parlent guère que par ouï-dire. Ce sont des curieux, des sympathisants,
des candidats ; un seul, Tieman, est un néophyte dont l'expérience ne
dure que dix jours. On conçoit d'ailleurs que les Illuminés chevronnés,
auxquels aucun secret de la Nouvelle Jérusalem n'était étranger, avaient
tout intérêt à maintenir, envers et contre tout, la réputation de leur
oracle en qui résidait une si grande part de leur prestige. Cela ne leur
était pas difficile, certains d'entre eux n'en étant pas à une fiction
près, et se montrant gens de grandes ressources. Et l'on vit alors
Grabianta donner un roi au Nouveau Peuple dans la personne d'un certain
Ottavio Capelli, qu'il avait connu à Rome au cours d'un voyage, en 1787,
et qu'il faisait passer pour un surhomme mystérieux, inspiré par
l'archange Gabriel, alors que le dit Ottavio n'était qu'un pauvre
jardinier simple d'esprit, comme le démontra une enquête du
Saint-Office. Dans le cas précis de la Sainte Parole, la marge de vérité
demeurait infiniment supérieure, soit parce que quelques-uns des
Illuminés avaient été initiés aux méthodes cryptographiques et autres de
l'abbé de Brumore, soit qu'à son imitation tel ou tel — par exemple,
Grabianka, bien revenu de ses timidités de novice — pouvait vaticiner au
nom de la Sainte Parole ; soit parce que le livre de ses premières [112]
consultations demeurait le fondement de leur foi, la source de leurs
prophéties et de leurs espérances.
Nous sommes là dans le domaine des hypothèses, puisque aucun document
direct, qui puisse faire connaître le fonctionnement de l'ordre à, cette
époque, n'a été conservé. Faute de mieux, il faut interpréter des faits
extérieurs, des apparences sur lesquelles il est aisé de se méprendre.
Or, les épisodes de l'histoire des Illuminés d'Avignon montrent surtout
que la concorde ne régnait pas parmi eux et qu'en leurs dissensions
aucun guide, divin ou angélique, ne leur servit d'arbitre. On ne sait
pas si la Sainte Parole s'était tue, ou si elle ne possédait plus aucune
autorité pour avoir trop parlé ; quoi qu'il en soit, elle n'arriva plus
à les rallier et à les réunir, comme elle l'avait fait après la
dispersion de 1784. Ainsi, La Richardière conserva-t-il pour lui seul la
matière philosophique qu'il tenait de Brumore et, quand il quitta le
Comtat, il ne révéla pas l'endroit où il avait enterré le résultat de
ses travaux. Ainsi, le retour de Grabianka à Avignon fut-il, pour
Pernety, une source d'ennuis. L'ordre éclata entre des clans rivaux. Il
se sépara en deux branches dont l'une, dite du Mont-Thabor, gardait
Pernety pour chef, tandis que l'autre, Nouvelle Jérusalem ou Nouvel
Israël, reconnaissait Grabianka pour pontifie et Capelli pour prophète.
Les gens du dehors ne s'y reconnaissaient pas très bien et, ignorant à
peu près tout de ces discordes, ils ne pouvaient être frappés comme je
le suis, par l'évidente éclipse que subit la Sainte Parole, après la
mort de l'abbé de Brumore. Il est d'ailleurs assez curieux de constater
que ce fut justement pendant cette période de crise et de division que
la société d'Avignon jouit de sa plus grande renommée, qu'elle recruta
le plus grand nombre d'adhérents de haute volée et qu'elle éveilla, d'un
bout de l'Europe à 1'autre, la plus vive curiosité.
Le fait n'a rien d'extraordinaire. Indépendamment du fait que les
sociétés maçonniques commençaient à passer de mode et que les cercles
magnétiques avaient épuisé leurs succès, le rite d'Avignon, qu'il fût
représenté par Pernety ou Grabianka, était bien fait en ces années 1788
à 1792, pour susciter l'intérêt des « hommes de désir ». Ce n'était pas
son fonds de recettes alchimiques qui retenait leur attention, mais bien
ces vagues prophéties ces annonces de catastrophes imminentes, ces
promesses de renouvellement et de salut, cet évangile du Millénaire que
la (Sainte Parole avait toujours prêché à grand renfort d'allusions au
Troisième Règne, au Nouveau Peuple et à la Nouvelle Jérusalem Tout cela
prenait, dans les jours troubles de la Révolution française de
singulières résonances. Les événements quotidiens semblaient démontrer
l'infaillibilité de la Sainte Parole et travailler à lui recruter des
fidèles.

LE SECRET DE BRUMORE

Au terme de cette recherche, après tant d'heures passées à feuilleter le
manuscrit du Musée Calvet, tentée de m'égarer en rêvant à ses
prédictions apocalyptiques, je dois conclure et dresser le Bilan des
points qui me paraissent établis.
Je noterai donc que tout l'honneur de ce mode de correspondance [113]
extraordinaire — si honneur il y a — doit revenir à l'abbé Guyton de
Morveau, dit Brumore. Il instaura, parmi ses frères, et selon les
principes de l'enseignement du maître Elie Artiste, une méthode de
conversation merveilleuse qui porte le nom de la Sainte Parole et qui,
mettant chaque adepte directement en relations avec Dieu, faisait grand
effet par sa cryptographie complexe et par ses apparences à la fois
mystérieuses et « mécaniques ». Plusieurs des frères de Berlin ou
d'Avignon furent certainement initiés à ces méthodes et collaborèrent
aux travaux de cryptement ou de décryptement qu'elle entraînait. Cette
science des nombres, dont se vantait volontiers l'hermétiste Brumore, ne
lui servait probablement qu'à voiler un mode d'inspiration beaucoup plus
aisé et qui, seul, permettait à la Sainte Parole de s'épancher dans
toute son abondance verbale.
Est-ce cette libre technique — pour laquelle il suffisait de quelques
dons lyriques, d'une certaine culture biblique, de pas mal
d'outrecuidance, et, peut-être, d'un penchant à l'auto-suggestion, que
l'abbé appelle « la voix de l'Urim » ? Probablement. En quelle mesure
cette « voix » permit-elle aux Illuminés, jusqu'à la fin, de maintenir
leur réputation de gens inspirés ? Étaient-ils pourtant si à cours
d'imagination et de souffle qu'ils avaient besoin, Brumore disparu, de
se procurer à Rome un vaticinateur particulier ? Mais à quoi bon
réfléchir encore aux problèmes que pose l'histoire de la société des
Illuminés d'Avignon, Malgré les inconnues qui subsistent, j'ai réuni
bien assez d'éléments pour qu'on puisse juger si la Sainte Parole a bien
voulu me livrer son secret.
Reste le secret de Brumore. Car enfin, ce Brumore qui joue, a mes yeux,
dans l'ordre des Illuminés, un rôle d'inventeur et d'animateur, pour ne
pas dire pis, quelle raison, quel intérêt y avait-il ? Se servait-il des
Saintes Paroles pour faire rechercher et expérimenter des recettes
alchimiques, ou pour se rendre indispensable dans le petit groupe de ses
confrères ? Il faudrait, pour le savoir, mieux connaître ce personnage
demeuré encore trop schématique. Tout ce qu'on sait de lui permet
cependant d'esquisser sa carrière aventureuse de cadet de Bourgogne, mal
satisfait de son destin11 10.
Philibert Guyton de Morveau, né à Dijon le 30 avril 173812 11 était le
second fils d'un avocat au Parlement de Bourgogne. Son père, qui
professait aussi le droit, destinait ses fils à imiter son exemple et à
faire, comme lui, une carrière parlementaire. Tous deux devaient
échapper à cette vocation imposée. L'aîné, Louis-Bernard, qui fut le
grand homme de la famille, s'évada de la profession juridique en
cultivant les sciences physiques et surtout la chimie, ce qui lui permit
— passés les orages révolutionnaires et ses fonctions de Conventionnel
-—. de devenir un savant distingué, membre de toutes sortes d'académies
et de sociétés savantes, l'un des fondateurs de l'École Polytechnique et
l'un de ses premier directeurs, dûment décoré et nanti par Napoléon d'un
titre de [114] baron. Le cadet, Philibert déçut, lui aussi, les projets
paternels, mais pour des fins beaucoup moins respectables et un avenir
beaucoup moins reluisant. Il est vrai que sa condition de cadet le
destinait, à un, sort plus modeste que celui de son frère et qu'alors
que celui-ci se trouvait déjà pourvu à dix-huit ans, d'une charge
d'avocat général, lui, avait dû entrer au séminaire et recevoir les
ordres en vue d'obtenir une place de conseiller-clerc13 12.
Dédaignant probablement la médiocrité de cet avenir, et supportant mal
l'atmosphère familiale, l'abbé Guyton, aux environs de la trentaine,
quitta sa province et sa famille pour des raisons ignorées, sinon celles
qu'il exprime dans ces petits vers :
« Un pauvre cadet de Bourgogne
Est, comme un cadet de Gascogne
Sa cape et son nom pour tout bien
L'aîné à tout et lui n'a rien. »
Quoi qu'il en soit de sa vocation religieuse, il semble avoir eu
cependant l'ambition de faire une carrière ecclésiastique profitable. En
1773, il sollicite un canonicat à Langres et est élu dans le corps des
huit « chanoines sacerdotaux » et prébendes de l'église cathédrale. Le
14 janvier 1774, le Chapitre capitulaire faisait faire, en son honneur,
la copie du statut de 1257 qui le régissait en même temps que la formule
de serment que devaient prêter les nouveaux chanoines au moment de leur
prise de possession14 13. Mais la carrière de l'abbé Guyton comme
chanoine de Langres est aussi courte qu'énigmatique. Une brève mention
dans l'ouvrage de l'abbé Roussel sur le Diocèse de Langres15 14, signale
que « Philibert Guyton de Morveau, prêtre du diocèse de Dijon fut élu et
évincé en 1773 ».
La minime erreur de date au sujet de ce fait qui, à lire les registres
capitulaires, ne put intervenir qu'en 1774, est bien moins fâcheuse que
le laconisme du renseignement et surtout l'absence d'indication au sujet
de ses sources. En attendant qu'un érudit de l'histoire ecclésiastique
champenoise retrouve quelles furent les circonstances qui motivèrent
cette dépossession de prébende, il faut se résigner à n'en pas connaître
les raisons. La plus probable est que l'impétrant renonça à ce bénéfice
aussitôt qu'il l'eut obtenu, poussé par son humeur changeante et son
ambition inquiète de trouver un meilleur champ d'activité, pour ses
multiples talents, qu'un modeste évêché provincial.
En tout cas, au début de l'année 1774, pendant les mois qui précèdent la
mort de Louis XV, nous le trouvons à Versailles exerçant la charge de
lecteur de la dauphine Marie-Antoinette. Quelles furent les influences
qui le désignèrent pour cette situation dans la maison de la princesse ?
Sur ce point aussi je manque de précisions. Mais il est certain qu'il
n'était que le suppléant du lecteur en titre, l'abbé de Vermond, qui
figure seul sur les listes officielles. Son office était d'ailleurs fort
peu lucratif.
[115]
L'une de ses premières publications, poème curieusement intitulé «
L'Inoculation par inspiration, », réclamait, en effet, quelque
dédommagement qui lui permît de faire face aux frais de médecins et
d'apothicaires qu'il avait dû assumer pour avoir contracté la variole
en, service commandé, après avoir baisé le bulletin de santé du défunt
roi qu'il venait de lire à sa maîtresse16 15. Tentant, à la même époque,
d'exploiter de son mieux, la bienveillance des princesses qu'il avait pu
connaître, il composa un poème épique et édifiant sur l'entrée au Carmel
de Madame Louise de France, dédié à Madame Adélaïde17 16. L'adresse
bibliographique de cet ouvrage de circonstance, édité à Londres et à
Paris, ne prouve pas forcément que l'abbé de Morveau ait alors passé la
Manche.
Pourtant, il quitta le royaume et gagna la Prusse, poussé, sans doute
par cet espoir de fortune qui attirait tant de ses compatriotes dans
l'orbite de Frédéric II, pourvu qu'ils eussent « fait quatre vers
français », comme l'écrivait Voltaire à Madame Denis, le 24 décembre
1751. L'abbé n'eut sûrement pas à regretter son voyage Le frère du roi,
le prince Henri, le prit à son service en qualité de bibliothécaire.
Installé au château de Reinsberg, pourvu de la sinécure supplémentaire
de contrôleur des accises et péages, du roi il semble avoir passé
quelques années assez prospères. I1 savait flatter les goûts et éveiller
l'intérêt de son protecteur, au milieu des cabales qui agitaient le
petit monde de serviteurs, familiers comédiens et musiciens qu'avait
rassemblé autour de lui le prince, grand amateur de musique et de
théâtre. Avec la troupe théâtrale, Philibert de Morveau entretint des
rapports étroits. Sa verve rimaillante trouvait là une utilisation
naturelle et il collabora à quelques divertissements. C'est dans ce
milieu qu'il découvrit sa voie, bien différente de toutes celles qu'il
avait suivies jusque-là.
Une étoile de la troupe princière, la chanteuse Madame de Brumore, dont
il fait un éloge dithyrambique — dans le petit ouvrage composé à la
louange de son maître 18— 17 lui fournit le surnom dont il usa
désormais, en guise de pseudonyme. Une autre vedette du théâtre de
Reinsberg, le comédien Le Bauld de Nans, fit probablement son
instruction maçonnique et alchimique. C'est de lui qu'il reçut les
traités de Mardochée et d'Elie Artiste qui furent ses guides dans sa
quête du Grand-Oeuvre et de la science hermétique ; c'est en sa
compagnie qu'il entra en relations avec Dom Pernety.
Dès lors, la vocation de l'abbé de Morveau est fixée et son histoire se
confond avec celle de la société mystique, alchimique et swedenborgienne
qui s'organise, en 1779 environ, autour de Pernety, société dans
laquelle il avait 679 comme nombre sacré et à laquelle il donna — Elie
Artiste et la Sainte Parole aidant — une orientation décisive. Il serait
fastidieux d'en suivre à nouveau le déroulement. Le livre de la Sainte
Parole qui conserve le souvenir des principaux épisodes de ses dernières
aventures ne donne pas, malheureusement, toutes les précisions qu'on
aimerait. S'il note la date du 7 juin 1788, où Brumore quitta le prince
Henri, il n'explique pas la cause de cette décision, si bien qu'on ne
sait si l'abbé avait encouru quelque disgrâce, ou si son départ n'avait
d'autre raison que la prudence qui détermina celui de dom Pernety. C'est
un fait qu'à cette époque, Frédéric II commençait à s'inquiéter du genre
spécial de philosophie que cultivaient et répandaient certains cercles
d'étrangers qu'avait attirés Berlin.
De juin 1788 à la fin d octobre 1784, de Reinsberg en Pologne et de
Pologne en France, en passant par Hambourg, Strasbourg et Bâle pour
aboutir à Avignon, Philibert Guyton de Morveau mena une existence
vagabonde et fertile en incidents mystiques, puisqu'il lui arriva,
pendant ce temps de perdre et de retrouver la confiance de ses frères
comme interprète de la Sainte Parole et de causer successivement la
destruction et la renaissance de son Ordre hermétique devenu, après tous
ses avatars, la société des Illuminés d'Avignon La raison de son dernier
voyage demeure inconnue et notre manuscrit ne contient que ces
laconiques renseignements : « Brumore est parti d'Avignon, le lundi 30
mai 1785, pour aller à Rome où il est arrivé en juin. Le mardi 28
février 1786, il y est mort à la suite d'une fluxion de poitrine. »
Ainsi disparut, à quarante-sept ans, l'abbé de Brumore, au moment où il
songeait peut-être à donner quelque notoriété à sa réputation demeurée
fort confidentielle et une nouvelle impulsion à sa carrière en
s'efforçant de faire, auprès des lecteurs du Journal Encyclopédique,
quelque peu de publicité à son prétendu maître Elie Artiste et, par la
même occasion, à lui-même, à sa science, à ses travaux, à ses
publications sans oublier la dernière date ce Traité curieux des charmes
de l'amour conjugal, traduit librement de Swedenborg et édité à Bâle
chez Decker, Quand j'aurai ajouté qu'on pourrait aussi épiloguer sur la
curieuse évolution qu'avait subie chez lui ce penchant pour la recherche
scientifique qu'il avait reçu en don, tout comme son frère aîné, c'est
là tout ce que je puis dire de l'abbé Philibert Guyton de Morveau, dit
Brumore. J'ajouterai cependant que ce personnage singulier mérite, je
crois, une place moins modeste que celle qu'on lui attribue généralement
dans le monde chimérique de l'illuminisme où il exerça ses talents.
De toute façon, il est toujours difficile de bien comprendre, dans leurs
contrastes et leur complexité, le caractère des personnes
surnaturellement inspirées. Les relations de l'humain et du divin sages
ou folles, fictives ou sincères, orthodoxes ou non, demeurent toujours
voilées d'une obscurité tutélaire. C'est ce qui excuse toutes les
complications et tous les développements auxquels m'a entraînée l'étude
du mystère de la Sainte Parole des Illuminés d'Avignon. A. JOLY

 
Vous trouverez dans ces pages des informations sur l'ésotérisme en général mais plus particulièrement sur le Martinisme, la Franc-Maçonnerie et les Thérapies spirituelles.

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Nom : Cyvard
Lieu : Noeux Les Mines, Pas de Calais, France
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