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Réintégration : Martinisme - Franc-Maçonnerie - Spiritualité
mercredi 31 mars 2010
  barberiniste martiniste mesmérisme magnétisme animal magnétisme spiritaliste ?
Essayer de débroussailler quelques pistes sur les magnétismes,
s'interroger sur la réalité d'un magnétisme selon louis-claude de
saint-martin, se poser des questions sur les activités des loges de Lyon
donc de Willermoz, Monspey, Millanois...

quelques éléments pour un début de recherche ?

Entre les théories de personnes compétentes, mais dans leur champ de
compétences, et le mysticisme du chevalier Barberin, officier
d'artillerie, et des martinistes, il y a peu de place pour un choix. Les
uns et les autres semblent avoir utilisés la clairvoyance des «
somnambules », lesquels pouvaient présenter ce que leurs propres «
filtres » leur permettaient de présenter pour expliquer ce qu'ils vivaient.


Charles Villers (1765-1815) était un officier d'artillerie dont le
régiment était à Strasbourg (1783-1786) quand il se joint à « la société
de l'harmonie » de Strasbourg. Il écrira « l'anti-magnétisme martiniste
» et en 1786, il publie /le magnétiseur amoureux/, disponible sur la
toile, son anti-magnétisme s'appuie sur un argument élémentaire : le
magnétisme est en théorie apte à pénétrer tout corps à travers tout
corps, or ce même magnétisme semble pouvoir être arrêté, notamment, au
niveau des « chakras », des plexus nerveux, qui permettent la clairvoyance.

Sans prendre en considération les arguments des uns et des autres pour
ne pas alourdir ces données de recherche, disons que pour Barberin, le
magnétisme présente « un effet » lorsque deux personnes sont « en
rencontre », donc qu'elles établissent un lien entre elles, lien qu'il
est possible de « renforcer » notamment par une « unité d'objectif »


quels sont les liens entre Monspey et Barberin, dès 1784 ? Est-ce le
Monspey de l'Agent Inconnu ?

Cf. l'ouvrage Amadou Joly « de l'agent inconnu... »

qui fonde à Lyon la société de l'harmonie « loge la condorde »?

Barberin, le chirurgien Dutreich, Monspey de Vallière (1739*1807)
commandeur de Montbrison, l'avocat J.J. Millanois.

Monspey et Barberin étaient-ils des théoriciens du magnétisme, et
quelles étaient leurs théories ?

Ils affirmaient pouvoir poser diagnostic juste en passant les mains sur
les parties malades.

Amadou a publié les traités sur le magnétisme animal de lcsm, écrits
datés de 1784


der graf von Luetzelbourg semble avoir écrit sur Barberin.


Compliquons le problème

à lyon existait la respectable loge « la bienfaisance », dont était
membre J.B. Willermoz, disciple de Martinès, et où semble-t-il étaient
mises en action certaines cérémonies... et lcsm et Monspey, et Millanois.

L'ouvrage « les sommeils » rappelle quelques unes des pratiques où le
mélange de la concorde et de la bienfaisance semble avoir été « naturel »


Barberin devient membre de la bienfaisance en 1786 après sa rencontre
avec lcsm.

À Paris, lcsm et Barberin travaillent ensemble, il se crée une « école
barberiniste du magnétisme animal » dans lequel l'influence de lcsm
semble prépondérante. Cette école se distingue du magnétisme animal, en
se reliant à Dieu, l'homme peut, non pas accumuler du magnétisme animal
pour le redistribuer, mais faire circuler ce qui est « naturellement »
disponible dans l'univers et dans le « plan » spirituel. (le
spiritalisme n'est pas le spiritisme, non plus !)

(cette théorie n'étonnera pas les utilisateurs du Reiki!)

Pour un Barberiniste (un martiniste?) l'opérateur en se concentrant
(théorie de la concentration) n'est plus « séparé » d'une autre
personne. Pour réduire la « séparation » la distance, il peut se
rapprocher de la source de toute chose et de tout être.

Le magnétisme des barberinistes (des martinistes?) est d'abord un
rapport avec le spirituel, « il fait place à l'esprit », le comportement
social devrait être aussi élevé qu'il est possible, mais tient compte
des réalités, et peu motivé par l'argent, ce qui ne signifie pas qu'il
n'y ait là aussi des réalités dont il faut tenir compte!


En 1785, Barberin tient journal de ses expérimentations.

Approximativement à la même période, à Lyon, Willermoz utilise « la
somnambule » Gilberte Rochette.


Selon Bergasse, Barberin aurait converti d'Eslon


Les travaux de lcsm et de Barberin seraient des « dérivations » du
travail de Puységur. Ces travaux font éclater la théorie du « tout
imagination » présentée par les commissaires du roi, puisque
l'imagination ne peut créer des « facultés » qui permettent le
diagnostic, la prescription, ou la clairvoyance selon les intervenants.


Pour ceux qui veulent contourner Dieu dans le magnétisme barberiniste
(ou martiniste?) il y a l'utilisation du « spirituel humain », de la «
pensée ».

repères


49. [Dampierre, Antoine Esmonin Marquis de.]
<http://www.esalenctr.org/display/animag.cfm#Dampierre.A>

Réflexions impartiales sur le magnétisme animal, faites après la
publication du rapport des commissaires chargés par le roi de l'examen
de cette découverte. Geneva and Paris: Barthélemy Chirol (Geneva) and
Périsse le jeune (Paris), 1784, 50 pp.

Dampierre was a theologian, magistrate, and president of the parliament
of Bourgogne. A member of the mystical Lyons school of freemasons, he
developed a philosophy of animal magnetism that viewed it as an aid to
the healing and social evolution taking place according to hidden laws
of nature. Dampierre delineates four different types of "magnetic
crisis" that can be experienced by an individual suffering from illness.
The first is the necessary and salutary crisis that an ill person may
experience before magnetic treatment—certain gestures and actions that
demonstrate nature's attempt to heal. The second type of crisis is that
produced by suggestive individuals, when being magnetized, through
imitation and the action of imagination—this being a useless and even
harmful type of crisis. The third type is the crisis produced through
fear upon seeing another person in the throes of a violent crisis—this
also being a harmful type of crisis. The fourth type of crisis is that
produced by the action of animal magnetism in susceptible persons who
have a strong desire to remain in the state of crisis—this type being
dangerous to the patient. Since none of these crises leads, with the
possible exception of the first, to a fruitful conclusion, Dampierre and
his colleagues at Lyons sought an alternate, positive healing crisis.
Dampierre believed that the crises most often produced by animal
magnetism as practiced by those who used the techniques of Mesmer were
of the harmful type described. He considered these crises to be
embarrassing and obscene for the patient and narcissistically flattering
for the magnetizer. Dampierre's solution was the magnetic technique
developed by his fellow Freemason at Lyons, the Chevalier Barberin. In
contrast to that of Mesmer which relied on magnetic "passes" that
involved physical contact, or were applied at the most a few inches from
the body, the magnetizing of Barberin was done at a distance, sometimes
a distance of miles. This approach could produce magnetic somnambulism
with the attendant apparently paranormal phenomena first noted by the
Marquis de Puységur (q.v.). This Lyons brand of Freemason animal
magnetism was as such strongly oriented towards the occult worldview of
the magical tradition of the West. [H]

133. Devillers, Charles Joseph.
<http://www.esalenctr.org/display/animag.cfm#Devillers.C>

L'antimagnétisme martiniste ou barbériniste; observations trouvées
manuscrites sur la marge d'une brochure intitulée: Réflexions
impartielles sur le magnétisme animal, faites après la publication du
Rapport des commissaires, &c. Lyon: n.p., 1785, 43 pp.

A work opposing the brand of animal magnetism being practiced in Lyon by
a number of practitioners associated with Freemasonry, particularly
those under the leadership of the Chevalier de Barberin. [H]

158. [Barberin, Chevalier de.]
<http://www.esalenctr.org/display/animag.cfm#Barberin.C>

Système raisonné du magnétisme universel. D'après les principes de M.
Mesmer, ouvrage auquel on a joint l'explication des procédés du
magnétisme animal accomodés au cures des différentes maladies, tant par
M. Mesmer que par M. le Chevalier de Barberin et par M. de Puységur,
relativement au somnambulisme ainsi qu'une notice de la constitution des
Sociétés dites de l'harmonie . . . Par la Société de l'harmonie
d'Ostende. Ostende: n.p., 1786, v + (3) + 133 pp.

A member of the very active Lyon branch of Freemasonry and a friend of
the celebrated philosopher Louis Claude de Saint-Martin (1743–1803), the
Chevalier de Barberin developed a mystical and spiritualist type of
animal magnetism that quickly influenced many practitioners in France.
The notion of a physical magnetic fluid was de-emphasized and a more
psychological—even magical—view of animal magnetic action took its
place. The magnetic passes were made without touching the body and there
was much emphasis placed on magnetizing at a distance—even at very great
distances. The importance of the will was emphasized, and the magnetizer
was expected to be in tune with the patient in order sympathetically to
diagnose and then heal the person. Barberin rejected as harmful the
convulsive crisis so often connected with magnetic cures, placing
importance on the gentle crisis, the magnetic somnambulism of Puységur.
He also truly believed in the pronouncements of his magnetic
somnambulists, both for their usefulness in the healing process and for
their spiritual messages. [H]

175. [Villers, Charles de.]
<http://www.esalenctr.org/display/animag.cfm#Villers.C>

Le magnétiseur amoureux, par un membre de la société harmonique du
régiment de Metz. Geneva (Besançon): n.p., 1787, viii + 229 pp.

Villers was a friend and aide-de-camp to the Marquis de Puységur and was
strongly influenced by Puységur's approach to animal magnetism. Villers
was a member of the society of harmony of the Metz artillery regiment
associated with that of the Marquis at Strasbourg. His highly
philosophical theory of animal magnetism was clearly influenced by that
of the Lyon school of the Chevalier de Barberin. This work is a novel,
but is as much a theoretical treatise on animal magnetism as it is a
work of fiction. An important writing in the history of animal magnetism
and psychotherapy, it develops a definite psychology of the relationship
between magnetizer and magnetized. The title has a significant nuance of
meaning, referring both to the magnetizer-hero, Valcourt, who is in love
with the daughter of the household in which the novel is set, and to the
central theme of the book, which discusses the affection and
"cordiality" that the magnetizer must exercise toward his patient if he
wants to cure effectively. Villers does not seem to believe in the
existence of a magnetic fluid—at least he does not place any importance
upon a physical agent in the action of animal magnetism. Rather he sees
animal magnetism as the work of the soul, a spiritual entity, which
makes use of the will to bring about the desired curative effects.
Villers mentions two different kinds of suggestion at work in the
relationship between magnetizer and patient: the first being a kind of
"identification" that is established between their souls, and the second
an "inspiration" that follows from expectations about the effects which
are supposed to take place. Villers, more than any other writer of the
age, emphasized the psychological interaction of the magnetic
relationship and insisted that there must be a "moral affection" on the
part of the magnetizer in order to heal. He believed that patients must
put their trust in the magnetizer, opening themselves completely to his
influence, and he in turn must exercise a familial benevolence towards
them. This emphasis on the emotional interaction of successful magnetic
treatment was an important step towards establishing principles of a
magnetic psychotherapy which only much later (in the work of Liébeault,
Janet, Brever, Freud, etc.) would come to fruition.

This work has a curious publication history. Today only one copy of the
first edition is extant. Villers had sent some copies to his friends,
including the Marquis de Puységur, but the rest were destroyed by the
minister of police. In 1825 Puységur, presumably using the copy given
him by Villers, decided to issue a new edition. As he states in his
preface, he made some changes, but left the work principally intact. The
new version was published in two-volume form (Paris: Dentu, (4) + 296;
(4) + 281 pp.). However, Puységur, for some unknown reason (perhaps he
feared the title could give animal magnetism a bad name), ordered this
entire new edition to be destroyed. In any case the second edition is
extremely rare. [H]

399. Du Potet de Sennevoy, Jules Denis.
<http://www.esalenctr.org/display/animag.cfm#Du_Potet_de_Sennevoy.J>

An Introduction to the Study of Animal Magnetism. London: Saunders and
Otley, 1838, (1) + xi + 388 pp.

On invitation from Dr. John Elliotson, Du Potet came to England to
demonstrate animal magnetism and teach its techniques. Elliotson set him
up to practice in the North London Hospital. After strong objections
from some medical colleagues, Elliotson had to ask Du Potet to carry on
with his work in Du Potet's own apartments in Cavendish Square. During
this stay in London, Du Potet wrote this book as an introduction to
animal magnetism for the English speaking world. The book begins with a
French dedication, but the rest is written in English. It is a very good
general treatise on animal magnetism, and is particularly useful in its
sketches of the history of animal magnetism. Few books of the time give
such a clear impression of the atmosphere of interest and controversy
that surrounded animal magnetism in those years. The tone is personal,
yet not overly subjective. One of the interesting points Du Potet makes
is that in his view there are three main schools of animal magnetism:
the original school of Mesmer (with emphasis on the physical fluid), the
school of the Chevalier de Barberin at Lyon (emphasizing the work of the
"soul" in magnetizing), and the school of the Marquis de Puységur
(combining the physical treatment of Mesmer with the psychical treatment
of de Barberin). The book has an appendix of reports of British
practitioners in favor of animal magnetism. [H]

 
mardi 30 mars 2010
  dualism & buddhism & platonism & manichaeism & gnosticism matter vs spirit
The Jewish and Christian religions are theistic : most other religions
of any claim to depth or speculative value are dualistic Attempts to
import dualism into Christianity have been numerous, but it has in every
age been so obvious that the hybrid system was inconsistent— for if
Christianity was a coherent system, in authoritative documents denounced
dualism, and its instinctive consciousness rejected it— that it is
unnecessary to reopen a question which is practically closed. All who
claim to be, strictly speaking, theists, would now admit the prerogative
of creation to belong to God. In the fullest sense. It will be enough
here to classify the forms of dualism which have either been opposed to
the theistic doctrine of Christianity, or which it has been sought to
amalgamate with it, as they refer to the subject before us, all of them
being separately and fully noticed elsewhere. See Dualism.


1. *The Buddhistic dualism* assumes two eternal and impersonal
principles, matter and spirit. Finite and (eminently) human nature
exists in virtue of the union or collision of the two; they are not only
the good and evil, but the positive and negative elements of existence:
existence consists in partaking of both, as the Hegelian system makes it
consist in the union of being and nothing. The victory of the human
spirit is to be

free from matter, and one with all pure spirit; but since matter as well
as spirit is necessary to existence, this pure being, though not
conceived as nothingness, is undistinguishable from it.


2. *The Manichaean dualism *(to use the name of its most famous and
permanently vital form, for a system not confined to the Manichaean
sect, or those affiliated to it) assumes two eternal principles, matter
and spirit, of which both are more or less distinctly personified. The
strange and grotesque mythology by which the Manichaeans (in the
stricter sense) accounted for the inter-mixture of good and evil in the
world, may have been meant to be understood allegorically ; but this is
hardly likely— the allegory is too vivid to have been less than a myth,
in the minds of its hearers, if not of its inventors. Two powers which
make war on each other, which devour and assimilate from each others'
substance, or create and beget from their own, are strangely personal if
regarded as abstractions : indeed, the best reason for thinking them so
is that, if the Manichaean cosmogony be taken literally, the eternal
Spirit is wonderfully carnal But because a system is unphilosophical or
inconsistent, if understood in the natural way, it does not follow that
it ought to be understood otherwise : there being such things as
inconsistent systems. It, however, is to be remembered that
Manichaeanism always maintained an esoteric doctrine, which may have
allegorized the known gross one.


*3. The Platonic dualism* (if one may take a title from a single
enunciation of it — it does not appear to have been a consistent or
permanent conviction with Plato) assumes an eternal personal Spirit,
acting on an eternal impersonal matter. Out of this he produces all
things that are : not deriving them from his own being, lest be should
impoverish himself, yet being in a real sense their author. Matter is
conceived as negatively but not positively evil — unable to be made
entirely good, even by the entirely good Spirit — and passively but not
actively resisting his will.


*4. The general character of Gnostic* systems was not strictly dualistic
They assumed two eternal principles of spirit and matter, of which the
first at least was con[885]ceived, more or less distinctly, as personal:
but matter was made into finite beings, not by the action of the eternal
Spirit, but of a created or generated one ; who, I though not eternal,
held a place so exalted as to be practically a third God ; and usurped,
more or less, the bad eminence of the eternal matter, since, in
opposition to orthodox Christians, it was necessary to distinguish him
from the eternal Spirit See Demiurge.


The most ancient form of dualism, the Persian, does not come in for
consideration here, as in antithesis is not between spirit and matter,
but between light and darkness. Owing to its antiquity, the distinction
between personal and impersonal principles is not formulated in it.


*Has matter ever existed abstracted from those conditions of concrete
form in which we meet with it?*

The third and fourth of the forms of dualism just enumerated make their
cosmogony depend on the distinction devised by Anaxagoras, and
formulated by Aristotle, between matter and form. If matter be conceived
as eternal, and yet a creation by a spiritual Being be in some sense
admitted, this is necessary. If matter be believed to be itself the work
of a Spirit, it is possible, out by no means necessary, still to believe
that he first created matter, and then formed it. Such was, perhaps, the
general view of the scholastic period in the widest sense of the term :
the belief recognised absolute creation by God out of nothing, while it
left a meaning for the Aristotelian distinction which was familiar. It
seemed to derive direct support from the narrative of the creation in
Gen. i, 2. But it is evident that the word "without form," in this
passage, is not to be pressed in so strict a philosophical sense : if
the meaning of the word were less general, it would still follow from
the fact that the " formless" matter is already called (not the universe
merely, but) "the earth." It therefore follows that the scriptural or
Christian doctrine of creation admits, but does not require, the
complication of this intermediate step. It probably is ignored by almost
all modern thought on the subject : in the last age of scholasticism.
Sir Thomas Browne still continued to assume it, and his critic Digby
thought it needless. See Creation.

 
  boehm boehme bohm behmen ...
*Boehme, Jacob* (Germ. Böhme; often written Behmen in English), a
theosophist or mystical enthusiast, was born at Old Seidenburgh, a short
distance from Görlitz, in Upper Lusatia, 1575. His parents being poor,
he was employed in tending cattle from a very early age, and afterward
apprenticed to a shoemaker, a business which he continued to follow
after his marriage in 1594. He had the good fortune, for one in his
station at that period, to learn reading and writing at the village
school, and this was all the education he received ; the terms from the
dead languages introduced into his writings, and what knowledge he had
of alchemy or the other sciences, being acquired in his own rude way
subsequently, chiefly, perhaps, from conversation with men of learning,
or a little reading in the works of Paracelsus and Fludd. He tells
several marvelous stories of his boyhood: one of them is, that a
stranger of a severe but friendly countenance came to his master's shop
while he was vet an apprentice, and warned him of the great work to
which God should appoint him. His religious habits soon rendered him
conspicuous among his profane fellow-townsmen ; and he carefully studied
the Bible, especially the Apocalypse and the writings of Paul. He soon
began to believe himself inspired, and about 1660 deemed himself the
subject of special revelation. Acquiring a knowledge of the doctrines of
Paracelsus, Fludd, and the Rosicrucians, he devoted himself into
practical chemistry, and made good progress in natural science.
Revolving these things in his mix* and believing himself commissioned to
reveal the mysteries of nature and Scripture, he imagined that he saw,
by an inward light, the nature and essences of things. Still he attended
faithfully to the duties of his humble home, publishing none of his
thought until 1610, when he had a fresh "revelation," the sub*** of
which he wrote in a volume called Aurora o the Morning-Red, which was
handed about in MS, *** the magistrates, instigated by Richter, dean of
Görlitz, ordered Boehme to "stick to his last'' and give over writing
books. In seven years he had another season of "inward light," and
determined no longer to suppress his views. In five years he wrote all
the books named below, but only one appeared during his life, viz. Der
Weg zu Christo (1624. translated into English, The Way to Christ,
London, 1769, 12mo). Richter renewed his persecutions, and at last the
magistrates requested Boehme to leave his home. To avoid trouble Boehme
went to Dresden. It is said that he had not been there long before the
Elector of Hanover assembled six doctors of divinity and two professors
of the mathematics, who, in presence of the elector, examined Boehme
concerning his writing; and the high mysteries therein. 'They also
proposed to him many profound queries in divinity, philosophy and the
mathematics, to all which he replied with such meekness of spirit, depth
of knowledge, and fitness of matter, that none of those doctors and
professors returned one word of dislike or contradiction. Soon after
Boehme's return to Görlitz, his adversary Richter died; and three months
after, on Sunday November 18, 1624, early in the morning, Boehme asked
his son Tobias if he heard the excellent music. The son replied "No."
"Open," said he, the door, that it may be better heard." Afterward he
asked what the clock had struck, and said, "Three hours hence is my
time." When it was near six he took leave of his wife and son, blessed
them, and says "Now go I hence into Paradise;" and, bidding his son* to
turn him, he fetched a deep sigh and departed. His writings (all in
German) are as follows: 1. Aurora —2. Of the Three Principles (1619)
:—3. Of the Threefold Life of Man (1620) —4. Answers to the f'orty
question of the Soul: —6. Of the Incarnation of Jesus Christ: of the
Suffering, Death, and Resurrection of Christ: of the Tree of Faith:—6.
Of the Six Points, great and small: —7. Of the Heavenly and Earthly
Mystery:—8. Of the Last Times, to P. K.:—9. De Signatura rerum: —10. A
Consolatory Book of the four Complexions:—11. An Apology to Balthasar
Tilken, in two parts:— 12. Considerations upon Isaias Stiefel's
Book:—13. Of True Repentance (1622):—14. Of True Resignation : —15. A
Book of Regeneration:—16. A Book of Predestination and Election of God
(1628):—17. A Compendium of repentance:—18. Mysterium Magnum, or an
Exposition upon Genesis:—19. A Table of the Principles, or a Key of his
Writings:—20. Of the 'Supernatural life. —21 of the Divine Vision:—22.
Of the Two Testament of Christ Baptism and the Supper:—23. a Dialogue
between the Enlightened and Unenlightened Soul:—24. An Apology for the
Book on True Repentance, against a Pamphlet of Gregory Richter:—25. A
Book of 177 Theosophic questions:—26. An Epitome of the Mysterium
Magnum:— 27. The Holy Week, or the Prayer Book.-—28. A Table of the
Divine Manifestation:—29. Of the Errors of tie sects of Ezekiel Meths
and Isaias Stiefel, or Antistiefelieus II —30. A Book of the Last
Judgment.—31. Letters of Divers Persons, with Keys for Hidden Words.
These works certainly contain many profound philosophical truths, but
they are closely intermingled with singular and extravagant dreams
respecting the Deity and the origin of all things. He delivered these as
Divine [843] revelations. Swedenborg, St. Martin, and Baader are big
legitimate successors. A large part of the matter of his books is sheer
nonsense. After his death his opinions spread over Germany, Holland, and
England. Even a son of his persecutor Richter edited at his own expense
an epitome of Boehme's works in eight volumes. The first collection of
his works was published by Heinrich Betke (Amst. 1675,4to). They were
translated into Dutch by Van Beyerland, and published by him (12mo, 8vo,
and 4to). More complete than Beyerland's is the edition by Gichtel (10
vols. 8vo, Amst. 1682). This was reprinted with Gichtel's manuscript
Marginalia (Altona, 1715, 2 vols. 4to), and again, with a notice of
former editions and some additions from Gichtel's Memorialia (1730).
More recently an edition of his complete works was published by
Schiebler (Leipz. 1831-47, 7 vols.; new edit. 1859 sq.). The best
translation of his works into English is that by the celebrated William
Law (London, 1764, 2 vols. 4to). Several accounts of his views were
published about the end of the 17th century; among these the following
may be mentioned: Jacob Boehme' s /Theosophic Philosophy, unfolded by
Edward Taylor, with a short Account of the Life of J. B./ (Lond.
1691-4). The preacher and physician John Pordage, who died in London
1698, endeavored to systematize the opinions of Boehme in /Metaphysica
vera et divina/, and several other works. The Metaphysica was translated
into German in three volumes (Francf. and Leipzig, 1725-28). Henry More
also wrote a Censura Philosophiae Teutonicae on the mystical views of
Boehme. Among the most zealous supporters of Boehme's theosophy in
England were Charles and Durand Hotham, who published Ad Philosophiam
Teutonicam, a Carlo Hotham (1648); and Mysterium Magnum, with Life of
Jacob Behmen, by Durand Hotham, Esq. (1654, 4to). We have also Memoirs
of the Life, Death, Burial, and wonderful Writings of Jacob Behmen, by
Francis Okely, formerly of St. John's College, Cambridge (Northampton,
1780, 8vo). *Claude St. Martin* published French translations of several
of Boehme's writings. Sir Isaac Newton, William Law, Schelling. and
Hegel were all readers of Boehmc. William Law, in the app. to the 2d ed.
of his Appeal to all that Doubt or Disvelieve the Truth of the Gospel
(1756), mentions that among the papers of Newton were found many
autograph extracts from the works of Boehme. Law conjectures that Newton
derived his system of fundamental powers from Boehme, and that he
avoided mentioning Boehme as the originator of his system, lest it
should come into disrepute; but this may well be doubted. It is said
that Schelling often quotes Boehme without acknowledgment. Boehme's
writings have certainly influenced both theology and philosophy to a
considerable extent. In Germany he has followers still. For modern
expositions of his system, more or less correct, see Hegel, Gesch. d.
Philosophie, iii, 300-327; Baur, Christl. Gnosis, 558 sq.; Fouque, J.
Boehme, ein biog. Denkstein (Greiz, 1831); Umbreit, J. Bohme (Heidelb.
1835); Hamberger, Die Lehre J. Bohme's, etc. (Munich, 1844); Fechner, J.
Bohme (Görlitz, 1857); Peip, J. Bohme, der deutsche Philosoph (Leipz.
I860). See also Wesley, Works, iii, 254; iv, 74, 400; v, 669, 690, 703 ;
Hagenbach, History of Doctrines, ii, 168, ct al.; Mosheim, Ch. Hist.
iii, 391; Tennemann, Man. Hist. Phil. § 331; Hurst, History of
Rationalism, ch. i; Dorner, Person of Christ, div. ii, vol. ii, 319 sq.;
English Cyclopaedia, s. v.
 
  saint-martin unknown philosopher his system
* Martin, Saint-*, Marquis Louis Claude de. called "the Unknown
Philosopher," a noted French mystic, was born at Amboise (Touraine) Jan.
18, 1743; was educated for the bar; preferred a military life, and,
through the influence of M. de Choiseul, obtained a commission. The
regiment to which he was assigned contained several officers who had
been initiated into a sort of mystical freemasonry by the Portuguese
mystic Martinez Pasqualis; he soon became enamored with mystical
doctrines, and read largely in that line. Mysticism, however, was at
that time confined to rather narrow limits in France ; the mind of
nearly the whole country was absorbed in the rising school of
materialism, and to combat the latter became the task of our obscure
officer of the regiment of Foix. Saint-Martin soon threw up his
commission, and gave himself wholly to writing and meditation, bent to
crush, by every means in his power, the cold, heartless form of
speculation which was then everywhere the order of the day. First he
translated the works of Jacob Boehme; but finally he originated a
religious mysticism, which, according to Morell (Hist. of Philos. in the
19th Cent, p. 208), consisted of the principle of the Cambridge
Platonist Henri More, "reared up under the guidance of a versatile and
enthusiastic spirit, as a barrier against the philosophical
sensationalism of Condillac and the religious scepticism of Voltaire."
But as all mystical schools have sooner or later found their natural
issue in fanaticism, so Saint-Martin also struck against this self-same
rock, and, despite the guarded manner in which he handled theological
questions, the heresies contained in his writings are neither few nor
small. Yet, notwithstanding many feats and vagaries of an ultra
eccentric description, *Saint-Martin* has left us one of the best
refutations of sensualist errors on record, and his influence against
the materialism of the 18th century has to our very day failed to
receive the recognition deserved. With his eyes fixed upon the invisible
world, he passed unscathed through all the horrors of the French
Revolution ; he saw the Reign of Terror, the Directory, the Consulate,
and quietly and happily closed a life of great literary activity at
Aulnay. near Paris, Oct. 13, 1803.


Among Saint-Martin's achievements, … (missing words)
over the sensationalist Garat deserves esp...

[826]

"The legislators of the first French Revolution, in their attempt to
remodel society after the Reign of Terror, had taken as their code of
laws, and as their universal panacea, a debasing theory, which they,
however, imagined would regenerate the world, and according to which
they most naturally therefore wished to train the new generation. Such
was the origin of the Ecole Normale subsequently remodeled and organized
by Napoleon, and still rendering the greatest services as a seminary of
teachers. Saint-Martin had been sent by the district he inhabited to
attend the lectures delivered in that school, and, of course, was
expected to receive as sound gospel the teaching of the celebrated
philosopher Garat, whose prelections on 'ideology' were scarcely
anything else but a réchauffé of Condillac, dressed up with much taste,
but still more assurance. A disciple of Jacob Boehme, the young mystic,
felt that what society required was not the deification of matter, nor
the Encydopédie made easy ; he boldly rose up to refute the professor,
and, by a reference to the third volume of the Débats des Ecoles
Normales, the reader can follow all the circumstances of a discussion
which ended in Garat's discomfiture. M. Caro (Saint-Martin's biographer)
has supplied a valuable résumé of the whole affair— an extremely
important epoch in the life of Saint-Martin." M. Caro, in his /Essai sur
la vie et la Doctrine de Saint-Martin/ (Paris, 1856), has given a
complete list of Saint-Martin's works. They are rather numerous. The
best are the following: Des Erreurs et de la Vérité, ou les hommes
rappelés au Principe umversel de la Science (1775); l'Homme de Désir;
and De l'Esprit des Choses, ou coup d'oeil Philosophiques sur la nature
des êtres, et sur l'objet de leur existence (1800, 2 vols. 8vo). These
supply a clue to the main features of the author's character, and by a
careful study of them we are enabled to ascertain the exact position he
occupies in the gallery of modern metaphysicians.


M. Damiron, in reviewing the life and works of Saint-Martin (archives
littéraires, 1804), affords us the following résumé of Saint-Martin's
views : " *The system of Saint-Martin aims at explaining everything by
means of */*man.*/* Man is to him the key to every phenomenon, and the
image of all truth*. *Taking, therefore, literally the famous oracle of
Delphi, 'Nosce te ipsum,' he maintains that, if we would fall into no
mistakes respecting existence, and the harmony of all beings in the
universe, we have only to understand */*ourselves*/*, inasmuch as the
body of man has a necessary relation to everything visible, and his
spirit is the type of everything that is invisible. What we should
study, then, are the physical faculties, whose exercise is often
influenced by the senses and exterior objects, and the moral faculties
or the conscience, which supposes free-will. It is in this study that we
must seek for truth, and we shall find in ourselves all the necessary
means of arriving at it :" this it is which our author calls natural
revelation. For example : 'The smallest attention," he says, '* suffices
to assure us that we can neither communicate nor form any idea without
its being preceded by a picture or image of it, engendered by our own
understanding; in this way it is that we originate the plan of a
building or any other work. Our creative faculty is vast, active,
inexhaustible; but, in examining it closely, we see that it is only
secondary, temporary, dependent, i. e. that it owes its origin to a
creative faculty, which is superior, independent, and universal, of
which ours is but a feeble copy. Man, therefore, is a type, which must
have a prototype, and that prototype is God.' The extract affords a fair
insight, we think, into the philosophical mysticism by which
Saint-Martin attempted to supplant the shallow materialism and growing
infidelity of his age, and to induce his countrymen to take a deeper
insight into the constitution of the human mind, and its close
connection with the divine*. See, besides M. Caro's work above alluded
to, Damiron, Mémoires pour servir à l'histoire de la philosophie au 18e
siècle, vol i ; Matter, Saint-Martin, le Philosophe inconnu (1862) ;
Morell, History of Modem Philosophy, p. 208, 209; London Quarterly
Review, 1856 (Jan.); 1857 (April), p. 177 ; Methodist Quarterly Review,
1863 (April), p. 889. (J.H.W.)

 
lundi 29 mars 2010
  quaker georges fox
Georges Fox et le mouvement Quaker par Nicolas Leruitte


Mon très cher Frère Initiateur et vous tous mes Soeurs et Frères en vos
grades et qualités respectifs.

Je vais aujourd'hui vous parler de la vie de Georges Fox et du mouvement
qu'il a suscité et créé, et j'engage, les Soeurs et Frères du second
degré à écouter plus particulièrement et à retenir de cette planche les
analogies que l'on peut discerner entre le Quakérisme et notre démarche
spitiruelle : le Martinisme.

*Le XVII Siècle religieux en Angleterre*


Tout d'abord, avant de décrire le personnage de Georges Fox, il faut
bien se remémorer l'Etat religieux cahotique de l'Angleterre au XVIIième
siècle. Nous l'avons vu avec Shakespeare, nous l'avons vu aussi avec
Mahomet et d'autres, que quand une situation socio-spirituelle ne
correspond plus aux aspirations de la société qui a elle-même généré la
situation ambigüe dans laquelle elle se trouve plongée, cette société
génére en son sein, une femme, un homme, un courant tendant à remettre
la pensée, commune à la multitude dans l'état antérieur à sa dispersion;
sans, hélas toujours y parvenir. On ne revient jamais au status-quo
anté, car le courant nouveau prend, soit la prépondérance, soit il est
suffisamment puissant pour drainer dans son sillage, une minorité
pondéreuse qui influencera la pensée sociétaire, mais sans pour autant
revenir au point de départ.

Un mouvement, tel le Quakérisme, n'est pas toujours spontané et subit,
son origine plonge ses racines dans l'action de réformateurs anciens,
tel John Wyclef, qui avait conçu le projet de traduire la Bible en
Anglais, celle-ci parut quatre ans après la mort de l'auteur et fut
immédiatement interdite. Plus tard, Tyndall prêcha ouvertement la
réforme et mourut sur le bûcher.

Le ferment de la réforme était solidement implanté en Angleterre, quand
Henri VIII, fervent catholique, se détacha de la Papauté et fonda
l'Anglicanisme. Il ne supportait plus l'ingérence du Pape dans ses
affaires politico-matrimoniales. Il conserva donc une Eglise, avec
culte, sacrements et évêque et s'en proclama le chef; cela évidemment ne
faisait pas l'affaire des protestants, très nombreux en Angleterre,
d'autant que les évêques, fidèles à Henri VIII et pour cause,
s'arrogeaient des pouvoirs qu'ils exerçaient de façon tyrannique.

A la mort d'Henri VIII, son fils, voulut établir le calvinisme, mais il
n'en eut pas le temps.

Sa soeur, Marie Tudor "la sanglante" réimposa le Catholicisme au prix de
persécutions épouvantables.
Elisabeth, plutôt favorable au culte catholique, on l'a vu dans
Shakespeare, réimposa l'Anglicanisme, par opportunité politique et
malgré, que sous son règne, l'Angleterre connut une période de grande
prospérité, la répression politico-religieuse fut tout aussi
épouvantable que sous Marie Tudor. Mais, cette répression s'adressait,
d'une part aux catholiques et de l'autre, aux protestants récusant
l'Anglicanisme. Le terme "Récusent" était devenu un chef d'accusation
terrible puisque c'était s'ipposer à la Reine.

Jacques Ier instaura une autre façon de penser la religion et fit
imprimer une version de la "Bible autorisée". Les puritains espéraient
recevoir de Jacques Ier plus de liberté religieuse, mais ils furent vite
détrompés. Il y avait, déjà, à cette époque, trois grands partis
puritains : les presbytériens, les indépendants et les baptistes plus un
grand nombre de petites sectes et certains petits groupes qui se
réunissaient librement sans rite, ni culte et qui s'intitulaient
"chercheurs". ils recherchaient, en effet, une liberté de croyance et
surtout d'Esprit et, au sein de ces assemblées, chacun priait selon sa
conscience et parlait sans chercher à imposer ses vues aux autres.

Sous Charles Ier, l'Evêque Laud, archevêque de Canterbury et évêque de
Londres, avec l'appui du Roi, persécuta à son tour tout ce qui n'était
pas de la "Haute Eglise", et particulièrement les puritains
anticatholiques, même ceux qui étaient restés fidèles à l'Eglise
Episcopale. Le climat était encore aggravé par la Reine, qui elle, était
catholique et voulait le réinstaurer. On offrit même à Laud, le
"Sinistre", le chapeau de Cardinal Romain. Le Catholicisme était à la
mode à la cour tandis que dans le peuple, l'atmosphère devenait de plus
en plus oppressante. le simple fait d'être absent aux offices, de lire
la Bible chez soi, de négliger le "Prayer Book", livre officiel de
prières imprimé, suffisaient à valoir le bûcher au délinquant, et ce,
quelle que fut sa situation sociale. Ouvriers, artisans, intellectuels,
nul n'y échappait, et du coup, les Puritains qui le pouvaient, s'en
allaient aux Amériques, ainsi que bon nombre de Hollandais aui avaient
fui leur patrie jadis, pour se mettre sous la protection de la libre
Angleterre; illusion cruellement détrompée. Nous verrons plus loin, que
ceci a une certaine importance. Et la suite, presque logique de cet état
de faits, tout le monde étant sous le coup de poursuites, de
spoliations; les Puritains rafflant les emplois des "Récusents", chacun
était concerné par le fait politico-religieux; fut une rebellion qui
dégénéra en guerre avec Cromwell, le Puritain républicain.

Celui-ci, avec l'aide des Ecossais catholiques, avec les catholiques
républicains et en bref tous ceux qui étaient opposés à l'épiscopat,
ayant emporté la victoire créa une République parlementaire dont il
s'intitula "Protecteur". Et le premier acte du républicain, fut de faire
décapiter le Roi et l'évêque Laud, ensuite de mettre hors la loi tout ce
qui n'était pas puritain républicain. Mais ceci, n'était valable qu'à
Londres et environs, car une majorité presbytérienne au Parlement se
heurtai à l'état d'esprit des groupes rivaux entre-eux dans le parti
victorieux. Car le presbytérianisme, majoritaire au parlement, imposait
ses vues politiques et religieuses contre l'Episcopat d'abord et contre
les indépendants. Cette époque se prêtait à toutes les idées les plus
étranges et la santé spirituelle de l'Angleterre était au plus bas.
Thomas Edwards publia la liste des 176 erreurs et hérésies et Pagit
apporte un témoignage sur la prolifération des sectes. Le fait religieux
devint la principale préoccupation de tous; nobles, intellectuels,
artisans, ouvriers; puisque ce qui un jour est légal, et même imposé,
devient hors la loi peu de temps après, avec, il faut le rappeler tout
un cortège de persécutions, spoliations et même au besoin, le bûcher,
ceci étant paraît-il, un châtiment exemplaire et utile à l'Eglise en place.

Pour vous montrer à quel point les esprits étaient troublés; à une
réunion dans l'Essex la question fut posée : "Pourquoi Dieu
n'accompagne-t'il plus notre ministère comme jadis?". Un pasteur
répondit : "Que tous ceux que Dieu avait prédestinés à être convertis,
l'avaient été et qu'il ne fallait plus s'attendre à ce qu'il y en eusse
encore jamais!".

Au milieu de toute cette confusion existait cependant encore un grand
nombre d'âmes honnêtes et en quête de lumière spirituelle. Des groupes
se formaient autour de prédicateurs et qui s'intitulaient chercheurs et
qui somme toutes attendaient un Messie ou plutôt un prophète revêtu de
puissance et de rayonnement spirituellement capable d'exprimer en mots
leurs expériences intimes.

Les diverses Eglises ne leur ayant pas apporté une manifestation
authentique de Dieu, car elles avaient substitué au dialogue direct de
Dieu et l'homme, la toute puissante autorité de la parole écrite : la
Bible. Ce qui pour ces chercheurs revenait à dire que Dieu avait cessé
une fois pour toutes de parler directment au coeur des hommes. La
réforme dans ses diverses manifestations politico-sociales avait bien
tenté de restaurer le principe des rapports directs et personnels de
l'homme avec Dieu, mais elle n'était pas allée au bout de sa démarche.

Mais l'histoire religieuse enseigne que de tous temps il y a toujours eu
des groupes mystiques plus ou moins cachés, plus ou moins persécutés qui
maintiennent allumé le Flambeau de l'Esprit. On trouve de ces groupes
partout, aux Pays-Bas, en Allemagne, en France, Italie, Angleterre et
qui ont malgré tout survécu aux vissicitudes et aux temps d'obscurité
cléricale; c'est un peu le cas de nos groupes, loges et assemblées
diverses.

C'est dans cette atmosphère de troubles que va apparaître Georges Fox,
suivi bientôt par d'autres, disciples convaincus. Ces femmes et ces
hommes furent conduits vers l'expérience immédiate, dont il jouissait
lui-même. Et par là, ils découvrirent leur maître, non pas en Fox, mais
en Christ. Fox n'eut jamais d'autres buts que de détourner le peuple des
magistères, et autres systèmes, pour le conduire à Dieu et à son Christ,
qui pour lui étaient une seule et même réalité. Il n'est donc pas apparu
sur scène sans précurseurs ni sans mouvements préalables à son action,
mais, il fut la voix criant à travers les campagnes, ensuite, il devint
rassembleur, chef spirituel parlant non pas en son nom personnel mais au
nom de l'Esprit du Christ. Il est aussi un organisateur, bref, un
Prophète, l'interprète des groupes mystiques qui cherchaient une
lumière. A l'inspiration vague, plus ou moins confuse, il substitua
clarté et intelligibilité.

Le mouvement se donnait comme la résurrection du christianisme primitif,
et il le fut dans la mesure où il forma des groupes d'adorateurs unis
dans la pensée du christ et ne reconnaissant que l'autorité intérieure
de l'Esprit parlant en chacun. En ce sens, on peut affirmer, que le
mouvement Quaker a des origines plus anciennes que le Protestantisme.


*La vie de Georges Fox*


C'est dans cette période éminement troublée pour les esprits sincères et
désintéressés que va naître Georges Fox.

Il naquit le 1er Juillet 1624 à Dayton in the Clay, dans une famille
dont le père, Christophe, était tisserand et était surnommé par ses
voisins "Le Juste". Sa mère, d'une droiture légendaire, avait compté des
martyrs de la foi parmis ses ancêtres. Ce fut elle qui manifesta
compréhension et sympathie pour la gravité, la sagesse et la piété de
son fils. Ce fut elle qui probablement, résista aux avis des parents qui
voulaient faire du jeune homme un pasteur de l'Eglise établie. Dans son
journal, il dit de lui-même, qu'il connut très vite gravité et fermeté
d'âme. Que le spectacle des gens qui se conduisaient de façon
inconsidérée lui répugnait et qu'il se promettait d'agir plus
sérieusement. Dès onze ans, il savait, on lui avait appris, sa mère
sûrement, comment marcher droit pour rester pur. Le Seigneur, dit-il,
m'avait enseigné à être fidèle en tout intérieurement vis-à-vis de Dieu,
extérieurement vis-à-vis des hommes et à m'en tenir toujours au "oui" ou
au "non" en toutes choses. L'idée d'en faire un prêtre ayant été
abandonnée, il fut mis en apprentissage chez un cordonnier qui faisait
en plus l'élevage et le commerce de bétail. Pendant tout le temps de son
apprentissage, il acquit la réputation de sérieux et de droiture, à tel
point que quand il disait : "En vérité", pour asseoir un argument, nul
n'eut pu le faire changer d'avis. C'est en gardant les troupeaux de son
maître, qu'il eut le loisir de se livrer à la méditation et à la lecture
de la Bible, cependant que le nom de cordonnier, lui est resté. Et il
observait attentivement le comportement religieux de ses contemporains
et il se chagrinait de voir chez les Puritains tant de contradictions;
entr-autres les scènes de taverne où ils buvaient plus que de raison en
voulant faire payer celui qui s'en allait.


/Georges Fox inspiré/


- Une nuit qu'il était en prière le Seigneur lui dit : "Tu vois comment
les jeunes se dissolvent dans la vanité; et les vieillards dans la
poussière ! Abandonne-les et tiens-toi à l'écart, sois comme un étranger
parmi eux !". Et dès cet instant, c'est-à-dire le neuvième jour du
septième mois, il quitta sa famille et rompit toutes relations avec ses
camarades. Il emploie neuvième et septième, car dès cet instant, il
répugne de parler de choses païennes tels le Lundi : jour de la Lune ou
Juillet pour mois de Jules, il préfère employer les nombres. Il alla de
villes en villages à la recherche de gens d'Eglise ou d'hommes réputés
pour leur piété, afin qu'ils lui expliquassent ses angoisses, mais,
dit-il ces gens me faisaient peur car je sentais bien qu'ils ne
possédaient pas ce qu'ils professaient. Ayant eu recours à des prêtres
et n'ayant trouvé aucun secours auprès d'eux, ces épreuves l'ayant muri
en même temps qu'épuisé, il retourna chez ses parents qui étaient
affligés de son absence. Ceux-ci voulurent le marier mais il ne se
sentait pas prêt, d'autres parents voulurent le faire entrer dans
l'armée du parlement, mais il se sentait encore trop enfant. Il était
attiré par les hommes d'Eglise auprès desquels il espérait trouver une
réponse à ses angoisses et à ses problèmes. Il posait un tas de
questions, mais certains le prenaient pour un malade, d'autres lui
conseillaient de prendre du tabac et de chanter des Psaumes, bref il
avait l'impression de parler à des outres vides.


- Un jour, qu'il était en route vers Coventry, il eut une inspiration
qui lui fit voir que tous les Chrétiens sont croyants, qu'ils soient
Protestants ou Papistes, et, il lui fut révélé que seuls étaients
croyants ceux qui nés de Dieu étaient passés de la mort à la vie.


- Une autre fois, le Seigneur lui révéla qu'il ne suffisait pas d'être
passé à Oxford ou à Cambridge pour être qualifié pour le ministère du
Christ. Il conclut que cette révélation portait atteinte au ministère
même du Prêtre et il s'en alla seul avec sa Bible, et il connaissait si
bien les Ecritures qu'il eut pu les réécrire par coeur.


- Une autre révélation lui apprit que Dieu qui a fait le monde
n'habitait pas dans les Temples faits de la main de l'homme ! Ceci peut
sembler étrange puisque, pour tout le monde, ces lieux sont sacrés et
sacralisés. Mais, dit-il, Dieu me fit voir qu'il résidait dans les
coeurs et non dans les édifices. Dieu avait dit au Peuple : "Mon peuple
est mon temple".


- Après cela il rencontra des gens d'Eglise qui soutenaient que les
femmes n'ont pas d'âme, pas plus qu'une oie ! A celà il répondit
fermement que ce n'était pas vrai et que Marie avait dit : "Mon âme
magnifie le Seigneur et mon Esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur". On
sent déjà s'échafauder le crédo de Georges Fox; Dieu est dans le coeur
des hommes point n'est besoin de prêtres ni d'officiants, pour que
l'Esprit de Dieu se révèle aux hommes.


Néanmoins, il était encore angoissé et il allait et venait souvent dans
les campagnes, jeunant beaucoup, méditant tout autant avec la seule
Bible comme support. L'oeuvre du Seigneur commençait en lui et il était
encore seul, personne ne se joignant à lui dans la pratique de la
Religion. Ses allées et venues étaient interrompues par des moments
d'intense méditation où dit-il "je me laisse enseigner par le Seigneur,
j'étais parfois transporté d'une joie telle, que je me croyais dans le
sein d'Abraham". Dans d'autres moments de grande détresse il sentait que
l'Amour du Seigneur était plus grand encore. Quand tout espoir en
quiconque d'humain eut disparu, de sorte qu'il n'avait aucun secours à
attendre de l'extérieur, il entendit une voix qui lui disait : "Il y en
a un, Jésus-Christ qui peut répondre à tes besoins !". Quand il eut
entendu celà il se sentit comblé. Notons que l'irruption de la vie
spirituelle spontanée a toujours fait l'effet d'une hérésie. En effet,
elle arrive sans apparât, sans soutien extérieur, et elle pousse souvent
celui qui en est l'objet à la solitude tout comme Bouddha, Jésus,
Mahomed, Saint-François ainsi que Georges Fox. Il écrira lui-même au
sujet de sa jeunesse : "Une telle expérience mystique ne saurait
apparaître orthodoxe aux yeux de ceux qui la voient apparaître comme un
défi aux traditions régnantes. Le Prophète qui s'isole du monde est un
fou aux yeux du monde". Cette vision touche au coeur du Quakérisme,
dixit Fox : "Toutes ces choses ne me furent pas révélées par le secours
de l'homme, ni par le lettre, quoi qu'elle soit écrite, mais par la
Lumière de Jésus-Christ, directement par son Esprit et sa puissance.
Cette certitude d'une vérité révélée intérieurement et individuellement
se retrouve dans les écrits des premiers Quakers. Et il y a une grande
différence entre apprendre, entendre un fait exposé par un autre et le
fait de réaliser personnellement cette expérience.

Qu'est-ce donc cette lumière intérieure dont parlèrent et parlent encore
de nos jours les Quakers ?

Ce n'est ni la raison, ni la conscience. On n'est pas Chrétien par la
seule lecture des Evangiles et la soumission à l'Eglise, encore que
celle-ci s'en contente et l'affirme.

On est Chrétien, au sens Quaker, que dans la mesure où on le ressent
intérieurement et on en a la révélation intime dans l'expérience
semblable à celle des Pélerins d'Emmaüs : "Alors leurs yeux s'ouvrirent
et ils le reconnurent, et il se déroba à leur vue et ils se dirent l'un
à l'autre : Notre coeur ne brûlait-il pas au dedans de nous quand il
nous parlait des Ecritures ? (Luc 24-31, 32)". C'est par illumination
que nous apportons notre adhésion, c'est la Lumière intérieure qui nous
fait voir et comprendre par intuition la parfaite sainteté de Jésus.
C'est par la Lumière intérieure que nous avons connaissance de Dieu par
Jésus ! N'est-il pas dit : "Celui qui m'a vu a vu le Père". Et voir,
c'est voir avec notre oeil intérieur, bien que cette vision soit
préparée en quelque sorte par les enseignements et l'étude de la Bible,
mais cela ne nous la donne pas tant que nous ne voyons pas réellement
par l'oeil intérieur. Sont-ils des masses à y être parvenu ? On peut
sincèrement en douter, car peu nombreux sont de nos jours les Quakers et
autres amis de la Lumière. G. Fox disait à ses amis : "Vous dites : Le
Christ a dit ceci et les Apôtres ont dit cela, mais toi, qu'est-ce que
tu dis ? Et ce que tu dis vient-il intérieurement de Dieu ? De cette
étrange conception pour le 17ième siècle d'un principe de Dieu apportant
sa propre assurance à tous les hommes, même dans les païens, vient
l'enseignement de Fox sur la vie spirituelle et sociale du Chrétien?

Cette certitude de la Vérité révélée intérieurement se retrouve dans les
écrits des premiers Quakers. Les apôtres croyaient être guidés par
l'Esprit de leur Seigneur ressuscité, il en était de même pour les
premiers Quakers. Dieu était devenu une réalité vivante dans leur vie de
tous les jours et cette croyance à la Lumière intérieure leur apportait
une foi plus forte que celle que l'on rencontre en général chez les
Chrétiens. Cette réalité, ils la transposaient dans tous les actes de la
vie quotidienne. Fox disait à ses disciples : "Songez qu'en vous, il y a
quelque chose de Dieu! Que votre conduite et toute votre vie soient une
prédication pour tous les hommes. Demeurez donc dans ce qui est pur et
éternel : le chemin vers Dieu ! Alors vous serez joyeux, vous aimerez le
monde, vous éveillerez la présence divine qui sommeille en chacun".

Une des préoccuptations de G. Fox, dès cet instant, c'est la communauté
de vie des uns et des autres. "Connaissez la vie de Dieu parmis vous,
connaissez-là entre vous et sentez la vie de Dieu parmis vous !".

Le Christianisme chez les Quakers est donc une expérience de Lumière du
Christ dans l'âme et une ligne de conduite basée sur cette expérience.
Tout ceci impliquait le rejet de toutes les barrières humaines; Eglises,
Clergés, Sacrements obligatoires, crédos invariables et même la lettre
de l'Ecriture. Voilà pourquoi le Quakerisme fut décrété hérétique. Une
telle option de liberté risquait de devenir anarchie à l'époque et même
trois siècles après, il n'en est rien, grâce au bon sens et à la sagesse
de G. Fox et de ses compagnons, qui surent discipliner, sans contrainte,
et dans la fraternité, des hommes et des femmes, souvent sans grande
culture et les empéchèrent de commettre l'irréparable. Les premiers amis
se rendirent compte qu'au dessus de l'inspiration invidviduelle, il peut
y avoir le contrôle de l'inspiration collective. Contrôle exercé par le
groupe et jamais par un supérieur ou Président, groupe ou tous sont
égaux en devoir et en droits; jamais Fox ni ses compagnons n'exercèrent
la Présidence. Il se considéra toujours un parmis les autres et évita
soigneusement tout acte d'autorité, que l'enthousiasme de ses disciples
aurait pu lui faire commettre.

Il organisa une théocratie où il n'y aura jamais de président. Il n'y
avait pas non plus de liturgie fixée, et les amis de la Lumière, amis,
comme ils s'appelaient entr'eux, se réunissaient en silence, qui est le
moyen facilitant le don de soi et l'abandon à la volonté Divine. On
sentait dans ces assemblées silencieuses la présence d'un Autre et G.
Fox disait que c'était seul cet Autre qui présidait et il se refusait de
prendre la parole tant qu'il ne sentait pas qu'il était sous l'action
divine, estimant qu'alors seulement ses paroles auraient assez de
puissance pour toucher son auditoire. Continuant ses périgrinations, il
sentit un jour qu'il était appelé à entrer à l'Eglise pour y apporter
son témoignage. L'Eglise était pleine et le prêtre commentait un Epitre
et il termina en disant que l'Ecriture était la pierre de touche de
toutes les Religions et de toutes les opinions. G. Fox l'interrompit en
criant : " Non, ce ne sont pas les Ecritures qui sont la vraie pierre de
touche ! C'est l'Esprit Saint, qui a inspiré les saints hommes qui ont
écrit les Ecritures. ". On ne lui permit pas de continuer, on l'arrêta
et il fut jeté en prison. Le Sheriff le remit en liberté peu de temps
après et il le fit venir dans sa maison où se tenaient des réunions. Le
Sheriff et sa famille devinrent " Amis " et le Sheriff John Reekless se
fit prédicateur de la Lumière. Les autres magistrats remirent G. Fox en
prison, mais le libèrerent peu après. A peine libre, G. Fox reprit ses
pérégrinations et ses prédications au milieu des coups et des mauvais
traitements et aussi le pilori. A Derby, il fut minutieusement
interrogé. Les juges voulaient lui faire avouer qu'il se croyait sans
péché, égal au Christ. G. Fox se contenta d'affirmer qu'il n'était rien,
mais que son Sauveur était tout. Il fut condamné à 6 mois de géole.

Cela ne le ralentissait nullement et il continuait à écrire aux juges,
prêtres, à ses adversaires et à ses " amis ". Assez paradoxalement, G.
Fox qui disait ne pas aimer les écrits, préférant le Verbe inspiré par
l'Esprit, a écrit beaucoup. Etant de faible instruction il faisait,
paraît-il d'énormes fautes d'orthographe, mais ses écrits étaient de la
parole mise sur papier et traduisaient, malgré les fautes, sa fougue
oratoire et son inspiration Divine. A ce moment, on voulut le faire
entrer dans l'Armée de la république avec le grade de capitaine, contre
Charles Stuart, il refusa en arguant que " toutes les guerres viennent
de la convoitise, selon Saint-Jacques et qu'il vivait sous une puissance
qui supprimait la cause de toute guerre ". Cela lui valut six mois de
cachot, sans même une botte de paille pour se coucher.

Le Quakerisme est, outre un mouvement mystique, un mouvement éminement
pacifiste et les Amis remirent à Charles II une déclaration pour
affirmer " Nous répudions énergiquement, dans l'ordre matériel toutes
guerres et toutes luttes quel qu'en soit le but ou le prétexte. Nous
témoignons devant l'Univers que l'Esprit de Christ, qui nous conduit
dans la vérité, ne nous inspirera jamais de faire la guerre contre qui
que ce soit avec des armes charnelles et pas plus pour le Royaume du
Christ que pour le Royaume du monde ". Nous verrons que cette
proclamation a, malgré tout, subi quelques entorses. Néanmoins, le
Quakerisme rend toujours un témoignage collectif contre la guerre, la
déclarant incompatible avec l'enseignement du Christ, tout de paix et
d'amour. On pourrait aussi discuter cette assertion en relisant tous les
Evangiles.

Les avanies ne ralentissaient pas G. Fox dans son zèle, de sa géole, il
écrivit aux prêtres et au Pape pour protester contre la violence des
guerres, la torture et les emprisonnements. Il proposait, en quelques
lignes un programme de réformes du régime pénitentiaire, telles que la
sélection des détenus et une justice expéditive (il veut dire rapide) ce
qui aujourd'hui n'est pas encore d'application.

En 1651, après un an de détention, il reprit son parcours, allant de
ville en ville, prêchant, organisant des réunions partant oùil y avait
des auditeurs. Il suivait son inspiration, prêchant sur les places
publiques, sur les parvis et même dans les cimetières. Il était souvent
reçu en importun car les titres et les grades l'indifféraient et il
proclamait l'égalité des hommes devant Dieu. Il ne faisait de révérence
à personne et n'enlevait son chapeau que pendant la prière. Il traita
Cromwell, le Protecteur, d'égal à égal quand il le rencontra à Hyde
Park. Cromwell avait assez d'ouverture d'esprit pour l'admettre, mais
les Seigneurs le prenaient assez mal. Dans la région de Selby il était
souvent l'hôte du juge Hotram, homme bienveillant et accueillant, de
plus, il partageait les répugnances et les sympathies de G. Fox et sa
maison servit tout un temps de quartier général à G. Fox. De là, il
rayonnait et un jour il entra dans une Eglise, une maison à clocher
faite de la main d'homme et il écouta un prêtre éminent qu'on appelait
Docteur, développer un thème d'Isaïe 55-1.

Quand il eut terminé ; G. Fox lui cria : " Descends imposteur, tu oses
dire au peuple de venir recevoir gratuitement l'eau de la vie et
cependant que tu extorques 300 livres par an pour prêcher les Ecritures
! Le Christ n'a-t'il pas dit : " Vous avez reçu gratuitement, vous
donnerez gratuitement " ".

Le prêtre se trouva mal et disparut et G. Fox put, tout à loisir, parler
aux gens de l'Esprit de Dieu qui était au dedans d'eux et qui les
instruisait gratuitement. Plusieurs prêtres devinrent ses disciples et
renoncèrent à leurs taxes et dîmes. G. Fox pratiquait lui-même le
détachement et la pauvreté et n'acceptait jamais d'argent, il faut dire
qu'il disposait d'un modeste patrimoine.

Il s'était fait confectionner un habit de cuir à cause de la solidité et
la simplicité de cette matière. De là lui vint le surnom : " L'homme aux
vêtements de cuir ".

Allant toujours de ville en ville il lui arrivait de parler devant de
grandes assemblées et d'obtenir des conversions. Mais souvent, lui et
ses compagnons étaient lapidés et battus. Un dimanche, il fut assommé
par un coup de bible que lui asséna le prêtre excèdé et puis on le
traina dehors en le bottant, de sorte qu'il gisait ensanglanté. Quand il
fut remis sur pieds, il reprit son prêche en leur annonçant la parole de
vie et dit au prêtre qu'il déshonorait le Christianisme.


Il convient, ici, de présenter Georges Fox qui était grand et fort, un
nez assez long, les cheveux longs séparés par une raye, la bouche petite
et pourtant il était doté d'une voix puissante qui lui permettait d'être
nettement entendu par des auditoires de mille personnes.


/La colline de Pendel Hill/

Au cours d'un voyage, il arriva avec ses compagnons à une colline nommée
Pendel Hill d'où l'on voyait la mer qui bordait le comté de Lancaster.
Sur cette hauteur il fut poussé à proclamer le grand jour du Seigneur et
Dieu lui fit voir les endroits où il fallait rassembler son peuple en
groupes nombreux. Etant resté plusieurs jours sur cette colline sans
boire ni manger, en redescendant il trouva une source à flanc de
montagne où il se restaura. Cela se passait en 1652, date considérée
comme celle de la fondation spirituelle de la Société des Amis.


/Le rocher de Fairbanks/

Peu de temps après, il alla à Fairbanks, monta sur un rocher et de là il
parla pendant trois heures sans interruption à plus d'un millier de
personnes. Il leur montra à tous " L'Esprit de Dieu au dedans d'eux ".
Beaucoup de pasteurs dissidents se convertirent er se joignirent à lui.
Ce rocher, le Fox Pulpit sert aujourd'hui encore de lieu de réunion des
Quakers d'Angleterre et d'ailleurs.


/G. Fox à Swartmoor/

Au printemps suivant, il arriva à Swartmoor où vivait l'honorable juge
Fell, époux de Margaret Fell. Ces gens étaient naturellement
accueillants et bienveillants et ils recevaient beaucoup d'amis et
d'étrangers. Fox fut accueilli à bras ouverts et il fut sensible à tant
de bienveillance. Dès le lendemain, il eut des démélés avec le prêtre
local et fut chassé de l'Eglise et ce fut grâce à Margaret Fell qu'il
put continuer à prêcher dans le cimetière jouxtant la chapelle. Le juge
Fell, quand il revint de sa tournée fut fort mécontent, mais une
conversation avec G. Fox et le prêtre l'apaisa et il mit son château à
la disposition de la nouvelle société, car on peut dire que c'est à
Swartmoor que prit naissance la société Quaker, structurée en mouvement
spirituel. Swartmoor devint le centre de la Société des Amis, car le
juge Fell, jusqu'à sa mort, prit la défense des prédicateurs opprimés.
Ce fut aussi le centre de l'information Quaker, car, Margaret Fell y
tenait le secrétariat, correspondait avec les prédicateurs itinérants et
surtout avec ceux qui étaient en prison, leur apportant l'aide
nécessaire à leur défense. Longtemps après la mort du juge Fell, G. Fox,
d'accord avec le conseil des disciples et des enfants de celle-ci,
épousa Margaret Fell.


Il s'en suivit une intense activité religieuse. Swartmoor devint le
havre de tous les convertis, qui allant à travers l'Angleterre, l'Ecosse
et l'Irlande et même aux Amériques, accompagnaient parfois G. Fox et
subissaient des avanies. Ils étaient de toutes conditions : commerçants,
fermiers, anciens pasteurs, petites gens et on les a nommés les soixante
vaillants, qui, soit groupés autour de G. Fox, soit seuls ou en petit
comité sous le nom de " First Publishers of Truth " tous prêts à
souffrir pour la cause du Christ. Souvent, la foule en furie les
maltraitait, mais malgré cela, dès qu'ils étaient remis de leurs
blessures, ils recommençaient à prêcher.


Fox fut un jour presque lynché à Ulverston, et assommé, il resta étendu
tout un temps. A peine eut-il repris ses sens qu'il se releva et tendit
les bras, dans la puissance réconfortante de Dieu et cria à la foule "
Voici mes bras, ma tête, mes joues, frappez encore " et puis plein de
force il reprit son prêche de la parole de vie.

Une autre fois, on voulut le jeter à la mer avec son compagnon James
Nyler et de plus cruellement battus. Accusés de blasphème, ils
comparurent spontanément devant le tribunal de Lancaster. Là une
quarantaine de pasteurs se relayèrent perfidement pour l'accuser de
séparer la lettre de l'Esprit.

" Alors, dit-il, tous ceux qui ont la lettre ont l'Esprit et on pourrait
acheter l'Esprit avec la lettre de l'Ecriture ". A ce moment là, il pose
clairement le cheminement spirituel du Quaker : rechercher et s'inspirer
de l'Esprit de l'Ecriture, la lettre était, comme la parole, le véhicule
de l'Esprit. A ceux qui prétendaient que l'Ecriture était la parole de
Dieu, il répondait que les écritures ne sont que les paroles de Dieu,
car, seul Christ est la parole selon saint Jean.


Dès cet instant, G. Fox fut rejoint par des personnes de valeur, qui ont
donné au mouvement des Amis sa physionomie particulière. Mouvement
individualiste chrétien, n'ayant jamais reposé sur des dogmes ou sur des
masses, c'est sur la vie spirituelle individuelle de ses membres qu'il
repose tout entier. La consécration de ses adhérents remplace les crédos
et les déclarations officielles que l'on retrouve ailleurs. La
conscience et la vie sont les deux piliers qu Quakerisme. Tous les
femmes et les hommes ayant répondu à l'appel de G. Fox avaient tous déjà
eu des expériences mystiques pour pouvoir intégrer la notion de Lumière
intérieure et l'indefectible attachement à G. Fox.


Citons en vrac quelques personnes ayant eu une influence réelle sur la
vie du mouvement naissant : Isaac et Mary Pennington de la haute société
et qui furent emprisonnés six fois, James Nyler, Edward Burrough et
Richard Hubblertonne morts en prison à Newgate, Françis Hagwill ancien
pasteur, William Dewsburry, James Parnell exécuté à 19 ans, Margaret
Fell épouse de Fox, Mary Dwyer, pendue à Boston, Mary Fisher et Ann
Austin mises en prison et dont les livres furent brûlés, Catherine Ewans
Sarah Chevers emprisonnées pendant trois ans à Malte par l'Inquisition,
enfin, les deux plus connus : William Penne et Robert Barclay, c'est lui
qui officialisa en quelque sorte le nom de Quaker. Né en Ecosse, il se
rallia à Fox en 1667. On l'a appelé le grand théologien d'Ecosse à cause
de son œuvre parue en latin pour répondre aux docteurs de l'époque et
défendre l'idéologie des " Amis ". Son œuvre était intitulée : "
Apologie de la véritable théologie chrétienne telle qu'elle est soutenue
et prêchée et enseignée par le peuple des Amis appelés par mépris
Quakers ".

Ce surnom leur fut donné par les interrogateurs qui avaient remarqué que
quand Fox parlait, ainsi que ses amis, sous l'emprise de l'Esprit ou
qu'ils étaient interrogés sur leur foi, qu'ils étaient pris d'un
tremblement, d'où le nom leur qui leur est resté. Et c'était vrai, car,
un témoin neutre ayant assisté à un culte des Amis, avait été saisi par
la densité du silence et de l'atmosphère, nous dirions eggrègore, et
dit-il, quand ils se mirent à prier on sentait l'édifice ébranlé sur ses
bases. Au fond, cette faculté de créer un tel eggrègore explique le
nombre restreint des Quakers. Douze à quinze milles maximum pour
l'Angleterre, l'Irlande, la Hollande, l'Ecosse et l'Amérique, puisque
pour éprouver la Lumière intérieure et l'œuvre de l'Esprit il fallait
avoir déjà eu des expériences mystiques. Un clergyman anglais a écrit :
" Si j'avais à établir une liste de Saints, j'y inclurais Georges Fox "
et pourtant il est peu connu dans le monde du Christianisme, bien qu'il
ait des points communs avec les grands fondateurs d'ordres. Une
puissante personnalité, des dons naturels, le mysticisme, le don de
guérison et le génie de l'organisation.


Pour qu'il soit connu en France, il a fallu attendre 1930 et l'étude du
pasteur Wilfried Monad : " La nuée des témoins ". D'après des témoins,
entendre parler G. Fox sur le parvis d'une Eglise ou dans un lieu de
réunion, suffisait souvent à transformer un persécuteur en un
enthousiaste et à émanciper un homme des coutumes intellectuelles et
sociales. Il avait un magnétisme personnel qui attirait à lui, érudits
et gens du peuple, qui eurent pour lui une profonde affection. Il avait
une connaissance approfondie de la Bible et son inspiration lui en
faisait dissèquer les moindres versets, il avait le sens d'en extraire
l'essentiel et, comme il disait : voyait l'Esprit de la lettre dans la
lettre de l'Esprit. Son désir de libérer les hommes de la tutelle
religieuse et de transformation de la société lui valurent en tout six
années de prison , par périodes de six mois à un an. Sa renommée était
déjà telle, que les grandes dames de la ville où il était incarcéré
venaient le voir, ou se groupaient sous les fenêtres de la géôle, quand
il y en avait pour l'écouter prêcher à travers les barreaux. Souvent
elle intercédaient en sa faveur auprès de Cromwell où du Roi et
obtenaient une libération anticipée. Les conditions d'emprisonnement
étaient atroces et au sortir d'une géôle, Cromwell l'ayant absout et
désirant le voir, il pouvait à peine se tenir debout et il avait peine à
garder son applomb sur le cheval sur lequel on avait du le hisser. Le
Protecteur ayant parlé une heure avec G. Fox eut cette parole : " Si tu
pouvais venir me voir une heure de temps à autre nous finirions par nous
entendre " et, fait inouï il lui serra les mains et le libéra sur le
champs. Ses périodes d'emprisonnement n'empêchaient pas le mouvement
quakeriste de s'agrandir et de s'étoffer. Des prédicants inspirés se
révélaient dans tous les endroits du Royaume où Fox était passé et ceci
malgré les avanies de toutes sortes.

Environ 12000 Quakers furent emprisonnés entre 1661 et 1689 et plus de
300 y moururent. A Bristol, la plupart des Quakers adultes ayant été
incarcérés, ce furent les enfants qui tinrent le culte avec une gravité
et un calme au-dessus de leur âge. Mais dans ce mouvement enthousiaste,
il n'est pas étonnant que dans le nombre des illuminés exagérèrent et se
prirent pour des messies. Néanmoins, G. Fox put toujours tempérer les
extravagances qui n'étaient pas importantes. Mais au fur et à mesure que
le mouvement grandissait, elles se firent plus rares, mais plus
intenses. On cite le cas d'un des plus fidèles compagnons de Fox, Jacob
Nyler, qui pendant que G. Fox était en prison, se révéla à lui-même
qu'il était le nouveau Messie et qui par sa parole inspirée se constitué
un petit groupe d'enthousiastes et il poussa l'abérration jusqu'à faire
une entrée à Bristol, monté sur un âne cependant que les femmes criaient
: " Saint ! Saint ! Saint ! soit le Seigneur Dieu Saboath ! " . Le
scandale fut terrible et l'exalté fut mis en prison avec ses recrues,
sous l'inculpation de blasphème et de trouble de l'ordre public. Quand
Fox sortit de prison et qu'il eut été mis au courant de l'aventure, il
dit : " Il ne suffit pas que j'aie à lutter contre les forces
extérieures, il faut qu'il y ait parmi mes amis un Esprit mauvais contre
lequel j'aie aussi à lutter ". Ayant pu aller voir Nyler en prison, il
ne parvint pas à le faire revenir à son bon sens. Malgré plusieurs
visites au cours desquelles il le prêchait et l'admonestait, Nyler
s'obstinait dans son égarement. Sa condamnation fut terrible, il fut
promené et fouetté à travers les rues de Londres et ensuite mis au
pilori où le bourreau lui perça la langue au fer rouge et le marqua au
front d'un B. Les conditions épouvantables de son emprisonnement
auraient pu aggraver son état psychologique, mais au contraire, il
reprit conscience et tout doucement revint à la vraie foi. Après quatre
mois de prison, il sortit et fit publiquement amende honorable. Il
publia une longue lettre à G. Fox dans laquelle il reconnaissait ses
erreurs et lui demandait son pardon. Bien entendu G. Fox lui pardonna et
le réintégra parmis les " Amis ". Nyler devint le plus fidèle et le plus
ardent compagnon de G. Fox. Ce fut la plus importante déviation qu'eut à
supporter le mouvement. Celui-ci continuait à croître et un peu partout
se créaient des assemblées qui se tenaient soit chez un particulier,
soit dans un pré et même un parvis d'Eglise, ce qui irritait le Clergé,
mais le mouvement prenait force grâce à l'Esprit qui l'inspirait et
l'animait.

Les autorités, les parlementaires locaux se rendaient aussi à l'évidence
que les " Amis " étaient tout, sauf dangereux pour l'ordre établi, leur
égalité d'humeur et leur sérénité devant les menaces de représsions
firent que peu à peu l'autorité royale toléra le Quakérisme, qui joua
alors un rôle dans la Société.

Il faut dire, que les " Amis " appliquaient les Evangiles et vivaient en
communauté ; ils aliénaient leurs biens personnels pour les mettre à la
disposition des membres de l'assemblée selon les besoins de chacun. Ils
restaient néanmoins, au plus souvent, propriétaires de leur artisanat ou
de leur négoce, c'est le profit qui en était partagé. Ils allaient tous
d'un même cœur tous les jours au Temple ou ce qui en tenait lieu, car G.
Fox réprouvait les " maisons à clocher faites de la main de l'homme " et
on l'a vu, tout endroit idoine à se réunir lui convenait.


*Le culte*

Le culte, quel était-il ? Il n'y en avait pas et il n'y a toujours pas
de rituel, ils entraient habillés en foncé, parfois en noir, le chapeau
sur la tête. Après un moment d'intense méditation, un membre homme ou
femme se levait s'il se sentait inspiré et prenait la parole pour
commenter la lettre de Dieu. Nul ne l'interrompait et si un autre ami se
sentait inspiré il donnait la réplique jusqu'à ce que le sujet soit
épuisé et toujours dans la plus parfaite sérénité et bonne humeur.
Ensuite le prédicant, s'il y en avait un, ou un ancien se levait, se
découvrait et guidait la prière. Prière qui était inspirée et non
extraite d'un quelconque " Prayer book ". G. Fox excellait dans la
prière, trouvant les mots justes et simples pour aller à l'essentiel de
l'Esprit de l'invocation.

On ne sait guère plus sur le culte, parce qu'au fond il n'y avait pas de
règle sauf celle du silence et que, sans être une secte secrète le
Quakerisme tout en étant public était une société discrète.

Certains ont parlé d'Ordre à son sujet et je serais favorable à ce
vocable, puisque le Quakerisme rassemble en petits groupes des croyants
en Christ et tendant vers un même but ; l'éveil et la Lumière
intérieure, ainsi que le devoir, pour ceux qui le pouvaient, de
transmettre cette Lumière.

Le but premier de G. Fox quand il eut son illumination, fut de
soustraire les hommes de foi, nous dirions de désir, aux prescrits
ecclésiastiques et aux dogmes sclérosant, ce but était atteint par la
parole et non par des manifestations spectaculaires de rites fastueux.
Au fur et à mesure que le mouvement s'étoffait, G. Fox ne voulut pas
d'un règlement sociétaire qui risquait de cristalliser les assemblées
autour de règles conservatrices. Mais entre l'anarchie et la
réglementation, il fallait un moyen terme, car le mouvement prenait de
l'importance, d'autant plus que les persécutions se faisaient plus
rares, il leur était plus facile de se réunir et d'agir. Aussi G. Fox et
ses premiers disciples imaginèrent d'organiser des assemblées pour
débattre des questions importantes. Les assemblées locales choisissaient
leurs anciens qui, quand il le fallait pour des raisons importantes se
réunissaient et prenaient une résolution. Cette résolution était soumise
à l'assemblée qui en discutait et l'admettait ou l'amendait. Il n'était
pas recouru au vote, un secrétaire notait les interventions et en
dégageait l'essentiel. Si aucun accord n'intervenait l'ancien suspendait
le débat et ouvrait un culte où chacun, dans le silence, pesait les
arguments divers, ensuite après la prière on reprenait le débat et
toujours, le secrétaire parvenait à une formule d'accord. Cet accord
était alors transmis à une assemblée régionale trimestrielle qui en
discutait et enfin le transmettait à l'assemblée générale annuelle.
Celle-ci à son tour faisait la synthèse de tous les accords et dont le
secrétaire ou G. Fox lui-même envoyait copie aux assemblées locales en
se recommandant de l'Esprit de vérité aux enfants de Lumière. Il
n'imposait rien, mais conseillait de les appliquer, ceci dans un esprit
fraternel, afin que tous, dans la mesure de la Lumière générale,
puissent être guidés. Cet arrangement voulu par G. Fox a fait ses
preuves, car il est encore d'application de nos jours. Il est à noter,
que même aux assemblées annuelles, outre les délégués des assemblées,
tout frère ou sœur pouvait prendre la parole. Il fut crée en plus une
assemblée spéciale : " L'assemblée pour les souffrances ", dont le but
était de soulager la condition des familles des Quakers emprisonnés et
d'aider ceux-ci par tous les moyens administratifs possibles et de les
soutenir dans le quotidien, nourriture, couvertures, paille, etc..

Les résolutions des assemblées annuelles, bien que n'étant pas
obligatoires constituèrent peu à peu l'ossature du mouvement Quaker.

Cette ossature qui prône entr'autre : L'application des Evangiles ;
Actes des Apôtres, la vie en communauté, la mise en commun des biens et
des profits, l'entr-aide, surtout aux prisonniers et aux opprimés. La
considération que la vie est chose sacrée et du devoir social comme un
devoir religieux. La réprobation de toute espèce de violence,
d'injustice, le rejet des guerres quelqu'en soit le motif. Le refus de
prêter serment, le refus des sacrements, le rejet des distinctions
honorifiques, le refus de la servitude. Ils ont constamment à l'esprit
la nécessité d'être en tout d'une absolue sincérité d'où le oui un oui
et le non un non. Dans la vie privée, ils repoussaient le superflu, les
excès de boisson et de nourriture, une mise simple ou plus souvent blanc
et noir. Ils proclament la valeur divine de tout être humain, l'égalité
des races et des sexes faisant de la femme la collaboratrice de l'homme,
l'égalité des classes. En négoce, ils prônent la plus extrème loyauté
tant sur les prix que sur la qualité et l'exactitude. On leur doit la
notion du prix fixe. Ils tenaient toujours parole en affaires et quand
ils disaient être à tel endroit avec tant de marchandises à tel prix,
c'était toujours exact alors que jusque là, le commerce était fait d'à
peu près, de marchandages, de pinailleries, sur la quantité et sur la
qualité. Avec les " amis " rient de tel, ils établissaient les prix en
fonction des besoins de la communauté et n'en dérogeaient pas et ils se
faisaient un devoir de fournir une marchandise impeccable à tous points
de vue.

Ceci fit tiquer les commerçants mais peu à peu s'implanta dans le
Royaume, la notion du prix fixe, du bon poids et de la qualité.


*Prédication de G. Fox à l'étranger*


Pendant ce temps, G. Fox continuait à voyager, à prêcher, à former des
disciples et un acte royal de tolérance étant paru, il put organiser
l'ordre en voyageant de plus en plus loin. On dit, qu'avec Margaret Fell
ils ne passèrent jamais plus de quinze jours ensemble. Il commença par
aller en Ecosse et là, malgré l'acte de tolérance le clergé, resté
catholique, se mit en ébullition et obtint du Parlement un acte
d'expulsion. Mais, G. Fox et ses compagnons n'en eurent cure et ils
continuèrent à prêcher la Lumière et l'Esprit . Ensuite, après un court
sejour à Swartmoor où il continua la mise au point de l'Ordre, il fit un
voyage aux Pays-Bas et en Allemagne où les Protestants subissaient des
contraintes de la part des Presbytériens et des Anabaptistes. Ensuite
après avoir laissé des groupuscules d' " amis " dans ces deux régions ce
fut le voyage en Irlande où là aussi il y eut des remous, l'Irlande
étant restée assez catholique. Retour à Swartmoor et départ pour les
Amériques où là, avec ses compagnons, il jeta les bases du Quakerisme,
car l'Amérique était le refuge des Protestants anglais ayant eu à
souffrir des Puritains ; des Hollandais en grand nombre aussi victimes
de l'intolérance religieuse, d'Allemands et de Français expatriés pour
les mêmes motifs. Il alla du Maryland à la Virginie et ceci est
important, il prêcha la libération des esclaves noirs, après disait-il,
leur avoir donné une bonne éducation. Son successeur en Amérique
continua dans cette voie. Il eut aussi une entrevue, et ici, on peut
être dubitatif, avec l'Empereur des Iroquois entouré de ses Rois afin de
conclure un pacte d'amitié ! N'oublions pas, que pour le Quaker, la vie
de l'homme est divine quelle que soit sa race ou sa condition.


*Structure du mouvement quaker et apport social*


A son retour d'Amérique, G. Fox continua à structurer son œuvre, surtout
en ce qui concernait les choses d'Eglise. L'Acte Royal de tolérance
permettait à l'Ordre de se développer et comme d'une part, le Quaker
refuse les sacrements, refuse de servir à l'armée, refuse le serment,
réprouve la violence sous toutes ses formes, surtout celle qui résulte
de l'inégalité des sexes et des races et des conditions et d'autre part
le Quakerisme étant un ordre de droiture et de loyauté en toutes choses,
ils se montrèrent respectueux de la Loi du Pays qu'ils habitaient.
Aussi, pour concilier ces états de chose, G. Fox et Margaret Fell, bien
que répugnant à une organisation règlementée, tinrent à Swartmoor un
secrétariat central regroupant toutes les archives des diverses
assemblées. Celles-ci, mensuelles dans les régions, étaient en quelque
sorte l'exécutif du centre, tenaient rigoureusement, comme toujours,
note des événements quand ils s'en présentaient.

Le système, si on peut appeler cela ainsi, consistait à réunir tous les
membres une fois par mois et à discuter d'une proposition émise par le
Conseil des Anciens. Chacun, s'il se sentait inspiré, pouvait donner son
avis, il n'y avait pas de vote. En cas de non accord unanime, un ancien
ouvrait un culte et chacun, dans le silence, réfléchissait aux diverses
tendances émises, ensuite après la prière, le débat reprenait et
toujours un concensus se dégageait et la résolution était notée par le
secrétaire, qui faisait parvenir son compte-rendu à l'assemblée
régionale et de là, à Swartmoor.

Tout était rigoureusement noté, surtout ce que G. Fox appelait choses
d'Eglise : mariages, naissances, décès, testaments, comptabilité. Le
mariage était simple : les deux fiancés se présentaient à l'assemblée
locale et s'engageaient l'un vers l'autre à amour et fidélité. Il
fallait douze témoins en plus des Anciens. Compte-tenu de la mentalité
quaker : oui égal oui, non égal non, les divorces étaient extrèmement
rares. Le baptème était du même style ; les deux parents présentaient le
nouveau né à l'assemblée, on lui donnait un nom et l'Ancien prononçait
la formule : " L'assemblée compte un ami de plus et qui s'appelle.....
". Décès, testaments faisaient l'objet du même genre de procédure,
n'oublions pas que si le Quaker met ses profits en commun, il restait
propriètaire de son artisanat, de ses terres et de son négoce.

Tout était soigneusement noté et rigoureusement comptabilisé; il y avait
des dons, des legs comme rentrées, mais il fallait subvenir aux besoins
de l'assemblée des prédicants itinérants hommes ou femmes qui ne
voyageaient pas seuls, il fallait aider leurs familles et les familles
des Amis encore en prison.

Malgré l'acte de tolérance, l'autorité était toujours méfiante vis-à-vis
de ces gens pas comme les autres, et contrôlait tous les livres et
procès verbaux, mais très vite, vu la rigueur des comptes, la précision
des actes de mariage et de naissance, l'autorité officialisa les
procédures quakers, c'était le reconnaissance de la parfaite moralité
des " Amis " et de leur loyauté envers l'administration de la Couronne.

Nous avons vu que le mouvement se développait, et il s'en suivit que G.
Fox formait des prédicants jugés dignes et inspirés et des prédicantes
itinérantes, le rôle des femmes dans le Quakerisme fut considérable.
Outre tenir Swartmoor, Margarett Fell et ses compagnons visitaient les
prisons, surtout celles des femmes, visitaient les malades, aidaient et
soignaient les Quakers maltraités, venaient en aide aux veuves et
orphelins et prêchaient. L'une d'entre elle, Mary Fischer alla prêcher
la Lumière jusqu'en Turquie en 1657, sans dommage semble-t'il. Elisabeth
Frij dont la tâche principale était de visiter les prisons de femmes,
Catherine Evans, écrivain, qui soutint son mari en toutes circonstances
et nombre d'autres femmes agissant dans l'ombre et dont le nom ne nous
est pas parvenu.

Sur le plan social, G. Fox et le Quakerisme firent un travail
considérable. Il y eut d'abord, la création de l'assemblée pour les
souffrances, premier exécutif, qui était chargé d'aider les pauvres et
surtout les prisonniers et aussi de donner du travail à ceux qui avaient
perdu leur emploi par conviction religieuse. G. Fox et ses amis lettrés,
inondèrent de lettre, jamais de suppliques, de propositions, le Roi, les
responsables et le Parlement afin d'alléger le sort épouvantable des
prisonniers, de séparer les femmes des hommes dans les prisons,
d'écourter la détention préventive, il voulait une justice rapide et
équitable, il estimait inutile la mise à mort et les longs séjours en
prison où disait-il les prisonniers s'apprennent mutuellement le mal. Il
exhortait les riches à se grouper pour fournir du travail aux chômeurs,
car, écrivait-il, l'oisiveté engendre la misère et la délinquance. A cet
effet, les Amis créèrent deux écoles une pour filles l'autre pour
garçons où ils recevaient une éducation soignée, des principes moraux
d'altruisme, de fierté, d'austérité de vie et où on leur apprenait à
bien travailler. Une jeune fille " Ami ", par exemple, n'était admise au
travail que quand elle savait filer, coudre et tenir une maison de même
pour les garçons qui n'entraient au service d'un riche que quand ils
étaient aptes à tout faire : gérer un bien, entretenir une propriété,
etc. Et, ceci, toujours dans l'esprit quaker, c'est-à-dire réciprocité,
bon travail contre bon salaire et jamais dans l'esprit de subordination.
Pour le Quaker tous les femmes et hommes sont égaux en droits et en
devoirs. Ils encouragèrent le Parlement à supprimer la mendicité et à
créer des comités d'aide publique, car, écrivait G. Fox : " C'est le
besoin qui amène le peuple à voler ". Les juges et le Parlement avaient
constaté, en vérifiant les comptes des assemblées, comment les " Amis "
répartissaient les sommes recueillies pour le secours des démunis afin
qu'ils ne tombassent point à la charge des paroisses, et s'estimèrent
soulagés d'une bonne partie de leur tâche et louèrent la manière des "
Amis ". Un " Ami ", John Bellen considéré comme le pionnier du
socialisme chrétien moderne fonda de véritables bourses du travail,
fixant les règles d'engagement, les salaires élevés et toujours la
qualité du travail presté, il publia même un " Projet d'organisation
d'un collège pour l'industrie " en avance sur son temps.

Ceci fit dire plus tard à Karl Marx que les " Amis " étaient un
phénomène dans l'histoire de l'économie politique. Ils disaient : " Le
plus grand trésor d'un pays est l'accroissement de ses travailleurs
qualifiés ".


Profitant de la liberté religieuse accordée par l'acte de tolérance et
confirmée par Guillaume d'Orange, G. Fox fit encore des voyages en
Europe et surtout en Hollande où existait encore des intolérances entre
les divers protestantismes. Une gravure célèbre, attribuée à Egbert
Hemskerk le jeune, montre une assemblée en Hollande dans une arrière
cuisine, semble-t'il où l'on voit quelques " Amis " vêtus de sombre avec
col blanc et chapeau rond à larges bords autour de G. Fox assis, les
mains à hauteur des épaules, les yeux levés, en train de prêcher
cependant qu'une jeune fille debout sur un baquet retourné, vêtu d'une
longue et ample jupe et d'un caraco blanc, chapeautée comme les autres "
Amis " et " Amies " est en train de traduire les mots de G. Fox en
Hollandais.

Il alla encore en Amérique où il encouragea les " Amis " à libérer les
esclaves noirs. A la mort de G. Fox en 1691, l'organisation qu'il avait
mise sur pieds aurait pu péricliter dans le chaos, au contraire,
l'Esprit qui l'animait et qu'il avait inculqué à l'aide de ses premiers
compagnons était tel que trois siècles après, l'œuvre subsiste encore
telle quelle.

Une anecdote en passant, le Quaker réprouve toute violence et toute
guerre quelle qu'en soit la légitimité ; il refusa de servir
militairement ; et pourtant jamais un " Ami " ne fut exclu parcequ'il
avait été soldat, respectueux en cela des lois du Pays, comme on l'a vu,
et, c'est ainsi qu'en 1945 on apprit qu'il y avait dans l'armée
américaine un général quaker, mais à sa demande, son nom ne fut pas
divulgué.


*Vie et œuvre de William Penn.*


William Penn était un des plus fidèles et actif compagnon de G. Fox. Il
y avait en Nouvelle Angleterre un embryon de Quaker qu'avait suscité G.
Fox pendant ses voyages. Ces quelques chercheurs de Lumière sentaient
confusément qu'autre chose existait que l'Eglise protestante
traditionnelle. Et malgré que celle-ci fut composée de protestants ayant
fui l'intransigeance religieuse en Angleterre, en Allemagne et surtout
en Hollande, la répression de la nouvelle idée fut terrible. Pourtant,
le Quakerisme naissant se mêla à la vie publique et y fit sentir son
influence, mais on publia des pamphlets contre eux et on alla même
jusqu'à les accuser de sorcellerie. Cette opposition farouche entre
libertains et puritains n'alla pas sans mal, car, en Nouvelle
Angleterre, Eglise et Etat ne faisaient qu'un et Harvard Collège avait
été créé pour fournir à l'Eglise des pasteurs experts en théologie,
tandis que les " Amis ", rabaissant Oxford et Cambridge avaient admis
des femmes comme Ministres. Les " Amis " ne toléraient pas les ministres
puritains rétribués, et les invectives volaient bas : " prêtres Noirs,
disciples de Baal, prêtres rétribués ", recevaient en retour les
épithètes " d'illuminés, séducteurs, faux prophètes, antéchrist ". Plus
d'un " Ami " fut exécuté de façon souvent atroce, d'autres furent
chassés de Boston sous peine de mort et il leur fut interdit d'entrer
dans l'Etat de Massachussets. Mary Fisher et Ann Austin arrivées en vue
de Boston virent leurs livres brûlés et le capitaine du navire reçut
l'ordre de les rapatrier en Angleterre. Mary Clark, mère de six enfants,
fut fouettée publiquement dans les rues de Boston pour avoir osé prêcher
et fut mise trois mois au cachot. Par ordre du Gouverneur Endicott les
Quakers, vieillards et enfants furent privés de nourriture, d'autres,
eurent les oreilles coupées et la langue percée au fer rouge. On
condamnat à mort ou au bannissement. Mary Dwyer, après avoir été arrêtée
pour avoir, étant femme osé prêcher en public fut pendue à Boston pour
récidive. Pourtant, dans d'autres Etats de la colonie nommée à l'époque
Nouvelle Angleterre, les choses se passaient différemment. La minorité
Quaker, réputée pour sa rigoureuse probité, fournit aux colonies du
Maryland, des deux Caroline, de Rhode Island, de New Jersey, des
administrateurs et même des gouverneurs. Leur tenacité en ce qui
concernait l'intérêt public, au-dessus de tout éloge, les avaient fait
choisir par l'Autorité pour occuper ces postes. Il existait même des
Parlements Quakers qui, d'après des biographes, posèrent les bases des
gouvernements actuels. Telle était donc la situation religieuse aux
colonies d'Amérique et le besoin se faisait sentir d'un homme ou d'un
groupe d'hommes capables de cristalliser autour de leurs personnes, la
pensée quaker aussi bien sur le plan spirituel que sur le plan social.
Ce fut un " Ami " de longue date qui réalisa cette gageure, j'ai cité
William Penn que l'on considère encore aujourd'hui comme l'un des plus
grands homme d'Etat d'Amérique.


William Penn naquit près de la Tour de Londres, dans un château
appartenant aux Penn, vieille famille du Sud de l'Angleterre. Son père
était l'amiral Penn et le petit fils d'un Penn moitié corsaire moitié
brigand qui trafiquait des Mers du Nord au Maroc tant pour son compte
que pour le compte de la Couronne. Mais, retors et ambitieux, il avait
fait soumission à la République de Cromwell et obtenu ainsi une
nomination de vice-amiral.

Voilà l'ascendance du jeune Penn, un plat courtisan et un corsaire plus
brigand que marin. Comment est-il devenu une espèce de Saint et un des
plus grands hommes d'Etat, c'est tout le mystère de la grâce de Dieu et
de l'élection de ses favoris. Le père de William, ayant d'abord trahi
Cromwell au profit du fils du Roi décapité Charles Ier fut d'abord
arrêté et dégradé, mais, dès l'arrivée au pouvoir de Charles II, il se
précipita pour offrir ses services et il fut nommé amiral d'Irlande et
reçut une maison à Londres.

Le jeune William fut envoyé à Oxford et avait pour parrains le Roi et
son frère le futur Jacques II. L'université était devenue une véritable
arène théologique et les étudiants se partageaient entre deux camps les
conformistes ou Anglicans et les non-conformistes. William se déclara
vite non-conformiste et même puritain. Il condamnait les moeurs
dissolues et penchait vers les idées républicaines des puritains. Il
était expert en théologie, en histoire, et faisait du sport de façon
intensive. Il devint vite un meneur et il se distingua par sa résistance
à tous les ordres émanés de la Couronne. Il connut une crise intérieure,
sentant en lui un besoin de vérité que rien ne pouvait assouvir. Il
voyait s'établir un règne de débauches et de ténèbres. C'est à ce
moment, qu'un obscur prédicant, nommé Thomas Loe, vint dans la ville
prêcher une nouvelle doctrine religieuse, émanant d'un certain Georges
Fox. William alla l'écouter par curiosité et ce fut la première
rencontre de Penn avec le Quakerisme.

A l'université un complot qui tourna en bagarre générale mit aux prises
les étudiants des divers bords. Penn fut expulsé de la ville en 1661, il
avait dix-sept ans et ce fut un coup terrible pour son père qui avait
rêvé d'en faire un courtisan à son image. Il l'envoya à la cour de Louis
XIV et William devint un jeune homme à la mode, déjà penché vers le
libéralisme. Il en sortit gentilhomme accompli, rentra à Londres et y
étudia le droit, servit dans la marine de guerre à l'occasion d'un
guerre contre les Hollandais, ensuite, il prit part à une guerre en
Irlande avec succès puisqu'il fut nommé enseigne. Une carrière semblait
ouverte au gentilhomme mais, on ne sait pourquoi son père y était opposé
et William retomba dans sa mélancolie et sa gravité. Peu après, se
trouvant à Cork, il entendit à nouveau prêcher Thomas Loe ce qui
réveilla en lui des souvenirs déjà vieux de six ans. Le thème du prêche
était : " Il y a une foi qui vainct le monde et il y a une foi qui est
vaincue par le monde ". Ce prêche lui alla droit au cœur et il se rendit
à une deuxième réunion Quaker. Mais cette fois, il y eut une descente de
police et tout le monde fut arrêté. Mais, le fils de l'amiral en prison,
fit un énorme scandale ! L'amiral essaya bien de raisonner son fils mais
rien n'y fit, ni persuasion, ni violence ; William se déclara Quaker.
L'amiral le chassa de la maison, mais après quelques mois, William y
revint et mena une vie retirée, il abandonna rubans, plumes et épée. Il
avait vingt-quatre ans et G. Fox quarante quand ils se rencontrèrent et
à cette occasion, on rapporte une anecdote. William, gentilhomme,
demanda à G. Fox si en tant que Quaker il pouvait encore porter son épée
? G. Fox lui répondit : " Porte-la aussi longtemps que tu le pourras ",
ce qui est significatif de l'esprit quaker. Ce fut une rencontre
d'amitié et d'admiration réciproque. C'est de cette époque que date le
premier écrit de William : " La vérité exaltée ", suivi de deux autres,
ce qui attira l'attention de la police ; arrêté, il fut mis au secret à
la tour de Londres et il resta sept mois dans une cellule solitaire.
L'évêque de Londres avait dit : " Penn se rétractera ou il mourra en
prison ". William lui fit répondre : " Voilà qui est bien, l'idée d'être
relaché m'a fait remettre certaines affaires ". Son père essaya de le
fléchir, il répondit : " Je ne reculerai pas d'un pas, car ma conscience
ne doit pas de compte à aucun homme mortel. Je n'ai point de crainte,
car Dieu me dédommagera de tout ". Le temps s'écoulait et William le mit
à profit pour entamer la rédaction de l'ouvrage fameux dans les pays de
langue anglaise : " No cross, no crown ", qui est un classique et une
somme de la langue anglaise.

L'idée est que sans la croix il ne peut y avoir de couronne. Il y
développait des idées philosophiques et sociales et il déclara que la
seule noblesse est celle que confère la vertu et que la noblesse de sang
est une invention humaine. Ceci déplut très fort, évidemment, l'ouvrage
est ensuite consacré aux témoignages d'auteurs célèbres, ce qui en
l'abscence de livres est une véritable prouesse littéraire. Ensuite
viennent les témoignages de quarante-six rois, empereurs et gouvernants
latins et grecs, des philosophes païens, de onze femmes vertueuses, des
Apôtres et Pères de l'Eglise et enfin de grands personnages des temps
modernes.

Il écrivit au greffier du Roi : " Dis au Roi ; que quel que soit celui
qui a tort, celui qui recourt à la force en matière de religion ne
saurait avoir raison ". La fermeté dont il fit preuve gagna l'admiration
de son père et du Roi qui le fit libérer ; il était vainqueur !

Peu après, voulant se rendre au culte un dimanche, il trouva porte close
et la maison gardée militairement. Un attroupement s'étant formé ;
William se mit à prêcher dans la rue. Immédiatement arrêté, son procés
fut un des plus importants. Car, récusant l'accusation d'avoir tenu un
conventicule, il argua avoir seulement discouru dans la rue. Et sur la
loi interdisant les réunions de plus de quatre personnes, il soutint que
même régulièrement votée, une loi en contradiction avec la Grande
Charte, n'était pas applicable, ni obligatoire.

C'était là, soulever un point de droit constitutionnel et en fait,
William demandait au Juge, le droit d'apprécier la validité des Lois. Le
jury l'acquitta malgré la pression du président, qui alla jusqu'à
enfermer les jurés sans vivres ni boissons dans l'espoir de les voir
capituler. Mais, peine perdue, le jury resta ferme et acquitta William ;
la conséquence de ce procès, fut l'inviolabilité des jurés en
Angleterre. Libéré deux jours après, Penn voyagea en Hollande et en
Allemagne où existait un fort courant d'émigration vers le Nouveau Monde
et c'est là que naquit son idée de l'émigration pour les persécutés de
conscience.

A vingt-huit ans, il se maria et s'installa dans une propriété de la
famille, passant son temps à écrire des lettres et des tracts. Il
réclamait la liberté de conscience pour tous et même pour les
catholiques. Assez curieusement, l'Esprit soufflant là où il veut, les
Gueux aux Pays-Bas réclamait la même chose des Catholiques.

Mais, plus il luttait par la plume, plus il se rendait compte de la
quasi-impossibilité d'obtenir telle liberté et se mit à rêver d'un pays
merveilleux où chacun aurait la liberté d'adorer Dieu selon sa propre
lumière. Son attention fut attirée par le New-Jersey en Amérique par
deux Quakers qui s'y étaient réfugiés et sollicitaient son avis sur le
partage des terres. Il s'enthousiasma pour leurs idées et rédigea un
plan de constitution pour la liberté des cultes et le suffrage universel
et pour la souveraineté du peuple. On ne sait comment, la couronne
devait aux Penn la somme de 16.000 livres et William demanda un fief en
Nouvelle-Angleterre (l'Amérique) pour y installer la colonie de ses
rêves. La couronne lui fit don d'une terre au Nord du Maryland et bordée
par l'Atlantique et l'embouchure du fleuve Delaware, estuaire
constituant un port magnifique.

Le pays était couvert de forêts épaisses, peuplé de Peaux-Rouges. Penn
publia son projet de constitution en y joignant une description
enthousiaste. Il baptisa cette tentative de " Sainte Expérience " et
proposa de baptiser cette colonie " Sylvanie " à cause des forêts.

Le Roi insista pour que l'on y ajoutat le nom de Penn en souvenir de
l'amiral mort en 1670. C'est ainsi que le Pays devint " Pennsylvania ".
Quand on sut, à Londres, que fidèle à ses idées William ne voulait avoir
ni soldats, ni armée, ni forteresse, on prophétisa la destruction
prochaine de la " Sainte-Expérience " par les Peaux-Rouges. Ce fut le
contraire qui arriva, Penn négocia avec les Indiens l'achat du sol dont
il les considérait comme légitimes propriétaires, malgré le " cadeau "
de la Couronne. Il choisit le nom de sa ville future et la baptisa "
Philadelphia " cité de l'amour fraternel. William était arrivé à la
colonie accompagné d'une centaine d'Amis et l'organisation alla
rapidement, surtout après que Penn eut conclu avec les Indiens le Grand
Traité de Shakamaxon pour établir la Pennsylvanie. Ce traité dont
Voltaire fit l'éloge dans une phrase souvent citée : " C'est le seul
traité qui n'ait été juré entre ces Peuples et les Chrétiens et qui
n'ait jamais été rompu ". Autant ils détestaient les Chrétiens
conquérants et destructeurs de l'Amérique, autant ils aimaient ces
nouveaux venus.

Penn pouvait se vanter d'avoir apporté, à ce pays, l'âge d'or dont on
parle tant et qui n'a vraisemblablement existé qu'en Pennsylvanie.
Gagnés par l'attitude égalitaire de Penn, les Indiens, qui l'appelaient
ONAS (traduction de Penn = Plume) lui gardèrent un profond respect
transmis de génération en génération. C'est bien longtemps après, que le
traité de Paix fut rompu, non par un Quaker, mais par un émigré européen
qui avait assassiné un " Sauvage " traitreusement.

William Penn disait qu'il n'existe pas un gouvernement qui convienne à
tous les Peuples, mais même mal conçu un gouvernement exercé par des
hommes de bien peut très bien fonctionner. De bonnes lois peuvent être
éludées par des mauvais hommes, mais des hommes de bien exécutent jamais
de mauvaises lois. Il disait qu'il est essentiel qu'on enseigne aux
peuples à penser et à agir noblement. Aussi, le premier article de la
constitution consacrait naturellement la liberté des consciences ; les
catholiques se voyaient accorder les mêmes droits et privilèges que les
autres chrétiens ce qui est à peu près unique dans les possessions
britanniques.

L'autorité émanait du Gouvernement, chef héréditaire, par le fief, qui
représentait le pouvoir exécutif, mais il était assisté d'un Conseil
Provincial et d'une Assemblée de 72 membres, renouvelables par tiers
chaque année. Ce Conseil préparait les lois, les proposait et veillait à
l'ordre et au respect de la constitution, ce qui, nous devons en
convenir est un système qui fonctionne encore de nos jours, et qui était
en avance d'un siècle. Ces commissions étaient de véritables ministères
et l'Assemblée se bornait à approuver ou à rejeter les actes du Conseil.
En somme, le système Quaker mis sur pieds par Penn pouvait se résumer
ainsi : liberté de pensée, inviolabilité de la personne et de la
propriété et surtout, contrôle populaire sur tous les pouvoirs de
l'Etat. Penn disait, qu'il n'avait voulu laisser derrière lui aucun
moyen de nuire et surtout que la volonté d'un homme puisse empêcher le
bonheur d'un Pays. La constitution de Penn fut votée aux U.S.A. sans
grands changements, on y ajouta vingt et un articles tous inspirés du
même esprit humanitaire. Un article ordonnait que tout enfant de douze
ans apprenne un métier utile, un autre traitait du régime des prisons
dont le législateur voulait faire, par le travail et l'instruction, une
école de moralisation. La peine de mort ne pouvait être décrétée que
dans un seul cas : meutre avec préméditation. La prison pour dettes
n'existait plus, ce qui est assez compréhensible vu l'incorruptible
probité des Quakers. Si quelqu'un était condamné à tort, il recevait un
dédommagement double de l'amende infligée indûment. Les biens de ceux
qui avaient été reconnus coupables de crime, entraînant confiscation,
étaient partagés entre les victimes et la famille du coupable. Ces
innovations furent accomplies sans bruit et il ne fallut que trois jours
pour que fussent votés la Constitution et le code, cela nous met loin du
fait actuel.

Les émigrants continuant d'arriver, Penn conçut les plans de
Philadelphie et elle fut rapidement édifiée sur son projet. De larges
avenue rectilignes reliées entre elles par des rues portant le nom
d'arbres ou de fonction : " Market Street ", " Broad Street " et pour la
facilité les avenues avaient un numéro. La ville actuelle est encore
articulée sur ce plan, autour de l'Hôtel deVille édifié par Penn. A
cause de ses grands espaces ouverts à la végétation, Philadelphie reçut
le nom de ville verte. En moins de trois ans, la ville comptait six cent
maisons et deux écoles. Sous le gouvernement ferme et éclairé de Penn et
des Assemblées Quakers, la ville prospéra très vite ainsi que la
colonie. Ce succès suscita évidemment la jalousie des puritains et des
calomnies furent propagées à la Cour. On ne comprenait pas comment il
était possible que les Peaux-Rouges et les Quakers fraternissent et Penn
fut rappelé en Angleterre pour se défendre. Charles II étant mort, c'est
le Roi Jacques II, bien connu de nous, qui lui succéda. Catholique,
celui-ci comprit et approuva Fox et Penn et grâcia celui-ci. Hélas pour
eux, Jacques II fut chassé par Guillaume d'Orange qui retira à Penn le
gouvernement de la Pennsylvanie, car il avait en vue, l'appropriation
des richesses des Colonies pour soutenir une guerre contre le Roi de
France. Penn dut encore revenir soutenir ses thèses et arguer de toute
sa bonne foi, et finalement, Guillaume lui rendit son fief et promulga
le traité de tolérance. Un appel de G. Fox, sentant arriver ses derniers
moments, ramena Penn une fois encore en Angleterre et il put assister
son vieil ami lors de son passage à l'autre monde. D'autres accusations
obligèrent encore William à différer son départ, mais finalement il fut
acquitté et grâcié et Guillaume III lui rendit son gouvernement.

William, à demi ruiné, car il n'avait jamais voulu être rémunéré pour
ses fonctions, retourna en Amérique. Il perdit son épouse et malgré les
succès matériels de Philadelphie et des nombreuses cités qui se créaient
sans cesse, il devint mélancolique et c'est pendant cette période, qu'il
rédigea ses pensées sous le titre : " Fruits de la solitude " et
ensuite, son essai, " Essai sur la Paix présente et future en Europe ".
Ce traité est le véritable avant-projet de la Société des Nations, où un
congrès réunissant les Chefs d'Etats devait avoir à connaître et à
règler les querelles entre Nations et dont les décisions seraient
obligatoires.

Ainsi écrivait-il, la Paix serait garantie si les Rois et les hommes
d'Etat voulaient essayer .

Sous son gouvernement d'obédience Quaker, la colonie continua à
prospérer, les villes surgissaient comme par enchantement, mais aussi,
un arrivage toujours plus considérable d'immigrants, ce qui eut pour
conséquence de minoriser les Quakers. Néanmoins ceux-ci parvinrent
malgré tout à libérer les esclaves noirs, mais ce n'est que plus tard
que l'exclusion de Quakers propriétaires d'esclaves fut promulguée et
appliquée.

Une fois de plus, la Couronne ayant voulu annexer la Pennsylvanie
prospère, William Penn fut obligé de repartir en Angleterre afin d'y
défendre le bon droit. A son embarquement, poussés par on ne sait quel
pressentiment des centaines de Peaux-Rouges venant de tous les horizons
vinrent lui dire adieu. L'impression de cet hommage fut telle, qu'un
siècle plus tard le souvenir en était encore vivace parmis les
descendants. Penn fut d'abord arrêté à son arrivée, mais fut très vite
libéré. Il ne devait plus revoir le Pays de la Sainte Expérience,car,
vieilli et cassé il fut victime d'une attaque et expira en 1718.

Malgré sa minorisation, le gouvernement Quaker continua à gouverner la
Pennsylvanie et quand ils furent minoritaires aux Parlements, leur
influence resta prépondérante jusqu'à la guerre de Sécession. Ils se
retirèrent des affaires publiques, pour marquer leur désapprobation
quand le nouveau Gouvernement déclara la guerre aux Indiens, mais
néanmoins, leur influence resta considérable.

William Penn avait été le concepteur de grandes choses qui devaient
fatalement subsister après lui, par la continuité de ses successeurs
Quakers, telle les Etats Unis d'Amérique ainsi que la Société des
Nations. Il avait imaginé et il l'a écrit, un lieu où se réunirianet les
chefs d'Etats et les minsitres plénipotentiaires, pour discuter et
régler les litiges, plutôt que de recourir aux armes. Edward Guebb,
écrivain politique, dit que l'œuvre de Penn est l'exemple de ce que peut
un Quaker pieux, quand il est capable d'introduire la Religion dans les
affaires publiques pour améliorer l'administration d'un Etat en vue du
bien général.

A la fois homme d'Etat et prophète de la Lumière intérieure, il lança
des principes politiques tellement en avance sur son temps, que notre
époque n'a pu s'en assimiler qu'en partie. La mémoire de William Penn
mérite d'être en bénédiction parce qu'il a été le premier homme d'Etat
qui ait eu assez de foi et de courage pour faire de la croyance en la
Lumière intérieure, en l'âme humaine, le principe fondamental du
gouvernement des grandes collectivités.


*Les dernière années de G. Fox*


Nous venons de voir la fin de Penn, voyons maintenant les dernières
années de G.Fox. C'est à son retour d'Irlande, qu'il sentit que Dieu lui
conseillait d'épouser Margaret Fell. Avec l'accord de celle-ci, il
consulta ses filles et ses gendres ainsi que des " amis " influents et
tous se dirent d'accord et que c'était la meilleure chose qui pouvait
leur arriver. Le mariage fut ratifié par la signature de nonante quatre
" amis " et ils allèrent habiter Swartmoor pour deux mois. Après quoi,
G. Fox reprit ses voyages à travers l'Angleterre, pendant que Margaret
continuait son œuvre à Swartmoor. Bientôt, elle fut arrêtée et mise en
prison, mais le Roi la fit libérer et ce, juste avant que G. Fox ne
parte pour l'Amérique où il resta trois ans. A son retour, il fut de
nouveau arrêté et incarcéré à Lancaster, après un an, il fut acquitté et
libéré et alla habiter Swartmoor, il y resta deux ans et c'était la
première fois depuis trente ans qu'il habitait chez lui. Il reçut ses "
amis " dont Penn, rédigea beaucoup, mit de l'ordre dans l'assemblée,
mais il se sentait fatigué. Il n'arrivait plus, disait-il, à voyager
loin en un jour. Il fit néanmoins encore un voyage en Allemagne, se
retremper aux sources et en Hollande. A son retour, il se fixa à Londres
avec Margaret et continua à visiter les cultes et a y prendre la parole,
visitant les écoles mais un mal intérieur le minait. Il fut pourtant
vaillant et lucide jusqu'à la veille de son décès, où il assista encore
à un culte et où il fit cette remarque : " Je suis bien heureux d'avoir
été là, maintenant, je suis au clair, tout à fait au clair ". Ce soir là
il s'alita chez un " Ami " Henri Goldney et décéda lucide le lendemain.

Les funérailles, bien que simples, rassemblèrent deux mille personnes,
le culte dura trois heures et il fut enterré simplement dans le
cimetière particulier des " Amis " à Burnhill Fields. Un simple dossier
en pierre en indique l'emplacement et il ne porte que le nom, la date de
naissance et de décès de G. Fox.

Après la disparition de ses deux dirigeants on aurait pu s'attendre à la
disparition du mouvement Quaker ; c'est le contraire qui se produisit.
Tout d'abord, par un effet de volant, la Société des " Amis " prospèra
en nombre et en qualité. En Amérique, les Quakers gouvernèrent trois
provinces et furent actifs dans le gouvernement de deux autres. En
Angleterre, il en fut de même. La Société prospèra, à tel point, qu'elle
suscita à nouveau la jalousie. On leur interdit l'entrée aux Universités
comme " non conformistes ". Les " Amis " ayant leurs propres écoles
formèrent des élites qui ont laissé des traces durables, tels par
exemple Elisabeth Frij, John Woolman, Antoine Benezet, tous connus pour
leur lutte contre l'esclavagisme et la réforme des prisons. La force de
ces premiers Quakers, continuateurs de l'oeuvre, était dans l'Esprit
qu'ils insufflaient aux Assemblées, Esprit fait d'inspiration intérieure
et d'équilibre entre l'intérieur et l'extérieur mystique et évangélique
du Christianisme primitif. Des " Amis " élevés à la charge de Ministres
n'hésitaient pas à parcourir des milles, à cheval, en voiture, en bateau
où même à pieds pour apporter la Parole aux Assemblées locales et
assurer le lien entre les " Amis " et assuraient aussi à la Société une
certaine cohérence et uniformité. Mais, par un phénomène naturel, le
retour du balancier, marqua, avec la rigidité, la prépondérance de la
discipline, le déclin en nombre des Quakers. D'une part, les itinérants
chargés d'assumer la cohésion de l'Ordre, prirent trop d'importance et
l'esprit d'intransigeance prit la place de l'Esprit tout court. Par
exemple, le fait d'épouser un non Quaker valait l'exclusion, le type
sacerdotal prévalut sur le type prophétique. D'autre part, et cet état
de fait est dû aux qualités des Quakers, simplicité de vie, probité,
qualité du travail, respect de la parole engagée, les Assemblées
s'enrichirent, l'artisanat et le commerce prospérèrent ce qui amena la
Société des " Amis " à se replier sur elle-même. La discipline exigée
éloignant certains frères, leur nombre diminua. Elle entra dans une
sorte du quiétisme, les " Amis " formant très vite une caste à part, ne
se mêlant pas à a foule, leur costume les singularisait. Ce costume
devint plus tard une sorte d'uniforme qui faisait des " Amis " une
société dans la Société. Cela ne les empêchait pas d'assumer des charges
considérables, dans les divers Gouvernements, leurs écoles formant des
élites. On peut considérer les Quakers comme les précurseurs de
l'éducation populaire.

Leur action pour la réforme des prisons fut couronnée de succès grâce à
Elisabeth Frij et leur compassion naturelle pour les réprouvés firent
qu'ils ouvrirent, sous la direction de William Tuck, la première maison
de santé où l'on soignait rationnellement la folie à York en Angleterre.
Ils contribuèrent avec Wilberforce à l'éradication de l'esclavagisme. En
Amérique, où l'intolérance était encore plus grande, le mouvement se
sépara en deux. D'une part les " Amis " continuant le Quakerisme
primitif, de l'autre les " Amis ", encore plus austères si possible,
inaugurèrent un culte se rapprochant du Méthodisme et il fallut attendre
1950 pour que les deux factions se réunissent ; la précipitation n'est
pas une vertu Quaker.

Le costume bien connu, des Quakers, qui les distinguait des autres se
composait invariablement des souliers et bas noirs, culotte noire
s'arrêtant sous le genou, gilet noir, habit noir, chemise et col en gros
coton blanc et la chapeau rond à larges bords. Ce costume fut abandonné
il y a à peine cinquante ans, sauf en un endroit d'Amérique, en
Pennsylvanie. Il y a encore un groupe, qui serait, j'insiste sur le
conditionnel, un dernier bastion du Quakerisme primitif. Il s'agit du
groupe appelé, par glissement euphonique, " Les Amiches " pour " Amis "
ou Aminche. Ils vivent encore, à l'heure actuelle en communauté,
pratiquent le culte, ont un conseil d'anciens pour les questions de vie
courante et pour les faits importants. Ils ne prêtent pas serment, mais
respectent scrupuleusement les lois et les règles de bonne société. Ils
sont éléveurs, agriculteurs et vivent surtout du travail de la forêt,
bois d'œuvre en principal. Ils ont la réputation, d'être scrupuleux en
tout et d'être toujours d'humeur gaie. Ce seraient donc les derniers
Quakers primitifs.


*Le Quakerisme en France*


En France, les " Amis " n'ont jamais été très nombreux et on attribue à
Voltaire la première mention de leur existence en France. On connaît
l'esprit protestataire de Voltaire et il n'y a rien d'étonnant à ce
qu'il ait fait mention dans ses écrits de l'existence en France de
protestants non conventionnel. Mais leur présence en France date de bien
avant. Ce furent des pêcheurs de baleines Anglais fixés avec leur
famille à Dunkerke et à Calais qui étaient encore Anglais à cette
époque, qui introduisirent le Quakerisme en France. Peu nombreux, ils
eurent néanmoins une forte influence sur la politique des Rois de
France. Ils écrivaient beaucoup aux membres des divers Gouvernements,
toujours dans le même sens :

liberté des consciences, respect de la créature humaine, amélioration du
sort des prisonniers et surtout exhortations aux Rois de cesser les
guerres et de se réunir pour discuter de sources de conflit plutôt que
de recourir aux armes. On ne sait pas comment, par quel Ministre
itinérant, le noyau le plus important du Quakerisme se situe dans le
Languedoc. Cette contrée était et est encore le lieu des derniers
Camisards, des Huguenots irréductibles et des derniers Cathares et fut
très vite favorable à l'idée Quaker et le mouvement prospèra.

Les " Amis " les plus influents à l'époque :

D'abord Antoine Bénézet, né à Saint-Quentin, où sa statue existe
toujours, d'une famille Languedocienne. Antoine partit pour l'Amérique
avec ses parents émigrés protestants. Là, il fit de solides études et
adhèra à quatorze ans à la Société des " Amis ". Adulte, pédagogue, il
dirigea l'Ecole Supérieure fondée par Penn et il créa une école de
filles. Il inventa une mèthode d'éducation des sourds muets et une
mèthode ainsi qu'un appareil de réanimation des noyés. Il fonda à son
compte une école du soir pour les esclaves noirs et il y enseignait
lui-même la lecture et l'écriture, il continuera par la plume la lutte
contre l'esclavagisme. Quand la colonie des Acadiens fut cédée par la
France à l'Angleterre, il adopta 500 Acadiens à Philadelphie, que les
troupes anglaises voulaient exterminer. Par ses écrits, il contribua à
encourager l'action des " Amis " en France, car il ne cessa ses
exhortations aux Rois. Il eut la joie, de son vivant de voir les amis
libérer leurs esclaves noirs.

Un second personnage très important dans la vie des " Amis " de France
fut Etienne de Grellet. Né à Limoges, d'un père contrôleur de la
Monnaie, ami intime de Louis XVI, il fut, à la Révolution, dépouillé de
tous ses biens et sa famille fut jetée en prison. Etienne prit les armes
et fut fait prisonnier. Il parvint à s'évader et arriva en Guyane, de là
il gagna New-York. Ardent admirateur de Voltaire, il fit la connaissance
des " Amis " et se convertit au Christianisme Quaker. Il revint en
France en 1809 et visita les monastères et couvents catholiques éprouvés
par la Révolution. Il aurait voulu rencontrer Napoléon pour protester
contre la circonscription mais il n'y parvint pas.

Grand voyageur, il rencontra le tsar à Saint-Petersbourg, fut reçu par
le Pape Pie VII avec lequel il eut un assez long entretien cordial, tout
cela en plus de ses multiples voyages en Amérique du Nord. A chaque fois
qu'il était en France, il ne manquait jamais de visiter ses " Amis " du
Languedoc. A sa mort, il fut appelé l'ambassadeur du Christ.

Les " Amis " ne furent jamais très nombreux en France, car, à part les
deux " Amis " précités ils n'eurent jamais un véritable leader. De plus,
ils devinrent société " Amis " après leur union avec les " Inspirés du
Vaunage ". Ceux-ci représentaient le dernier bastion des Camisards ayant
survécu aux dragonnades après la Révocation de l'Edit de Nantes. Comme
le Protestantisme était en quelque sorte décapité par la disparition et
l'exécution des pasteurs, il se révéla quelques inspirés itinérants qui
allaient visiter les derniers groupes de Huguenots. Il en allait de même
avec les Quakers Français et Anglais résidant en France, leur foi dans
le Christ, la prépondérance de l'Esprit, la Lumière intérieure, tous ces
points de similitude dans la mystique les appelaient à se rejoindre et à
se fondre, ce qu'ils firent en 1788, un vieux registre, rédigé à
Congéniès, en atteste.

Voltaire avait attiré l'attention sur les " Amis " par ses " Lettres sur
les Quakers " et surtout par son " Traité sur la tolérance ". Il semble
que cela soit devenu une mode, à l'époque, car beaucoup d'intellectuels
écriront à leur sujet, citons en vrac Montesquieu, Rognal, Chateaubriand
. Brissot de Warville, jusqu'à sa mort sur l'échafaut ne cessa d'écrire
en faveur de leur tolérance et de leur idéal de vie. Mirabeau et les
Roland écrivirent en faveur de Brissot.

Pourtant, la Société des " Amis " resta toujours un petit groupe dont le
centre fut fixé à Congéniès où ils créérent une école. A la Révolution,
plusieurs d'entr'eux refusèrent de prendre les armes ; William Penn les
avait jadis incités à rejoindre l'Amérique afin d'y accomplir une
mission d'évangilisation, beaucoup de jeunes partirent et la Société
déclina et vers la fin du 19^ème siècle il n'en restait que
quelques-uns, leur Temple fut vendu en 1907. Leur cimetière à Congéniès
existe toujours et compte une quarantaine de pierres tombales. Des
cultes avaient lieu dans d'autres villages, entr'autre, à Fontaniès, où
la maison où ils se réunissaient pour prier est encore visible. C'est
une vieille maison du 17^ème appartenant à la famille Brun. La Bible de
famille, datant de 1657 est actuellement en possession de la Société des
" Amis " à Paris.

Les " Amis ", bien que très peu nombreux, existent toujours en France,
particulièrement dans les Cévennes, il me semble en avoir rencontré un,
il y a de ça bien longtemps. Costume, chapeau noir, chemise blanche,
abord avenant, il m'avait un peu parlé de son village, oh très peu ; et
indiqué d'un signe de tête " Notre Maison ". C'était une vieille maison
cévenole, avec un perron semi-circulaire à trois marches, un porche avec
deux colonnes et un fronton triangulaire au centre duquel était taillée
une croix épiscopale. Ce qui me fait hésiter entre " Amis " ou " Cathare
". Je n'ai pas d'autres renseignements, la discrétion Cévenole ajoutée à
la discrétion Quaker, firent que je suis resté sur ma faim.

Après la disparition de la " Société des Amis " du Languedoc au début du
siècle, il ne restait plus qu'une seule Française de la " Société des
Amis Anglais " à Paris. C'est avec l'action du Secours Quaker
Anglo-Américain, durant la guerre de 1914, que reprit la Société Quaker
en France. Très peu nombreux, on l'a vu, ils se caractérisent par une
grande fraternité, un culte primitif, c'est-à-dire le silence et la
prière, et une discipline intérieure adaptée à la mentalité française.
Ils s'attachent surtout à l'idée de Paix, ils ont été très actifs en vue
du rapprochement Franco-Allemand. Ils ont créé de petits comités actifs
dans le domaine carcéral, dans l'aide à l'enfance délinquante et dans
l'aide à la " Jeunesse estudiantine ".


*Le Quakerisme en Europe du Nord*


Dans l'Europe du Nord, Pays-Bas et Allemagne, le Quakerisme se développa
très vite, car ces deux nations profondément protestantes étaient au
17^ème siècle sous l'influence des Illuminés de Bavière. Ce sont là les
sources profondes du Quakerisme, car les noms de Eckhard, Tauler,
Angélius Silésius et surtout Jacob Boehme étaient connus et vénérés par
les premiers " Amis ". G. Fox était un admirateur passionné de Jacob
Boehme et dès ses premiers voyages en Allemagne et aux Pays-Bas, il fit
la connaissance des divers groupes de Chrétiens Protestants fort proches
des Quakers. Son langage et sa dialectique firent qu'il groupa très vite
les Illuminés Allemands et Néerlandais. Des Sociètés se formèrent et des
temples se bâtirent, des prédicants intinérants virent jour et les "
Amis " se développèrent en nombre et qualité. Ils fondèrent des écoles
réputées et ils oeuvrèrent pour la Paix, les prisonniers, la probité
comme dans les autres pays. Il y eut, hèlas, une période de persécutions
qui chassèrent les " Amis " vers l'Amérique. Mais après 1918 les secours
apportés par les " Amis " d'Amérique, eurent pour effet de ranimer la
flamme . La " Société des Amis " prospèra à nouveau et ce jusque et y
compris la guerre de 40 et ce malgré les difficultés suscitées par le
Régime. Etrangement, la plupart des " Amis " allemands furent mobilisés
dans des services non combattants, il me semble qu'il y aie là plus
qu'une coïncidence.


*Le Secours Quaker*

C'est en Angleterre et aux Etats-Unis que l'on compte le plus de Quakers
: 21.000 en Angleterre et 200.000 aux Etats-Unis. En Angleterre, les "
Amis ", fidèles à l'enseignement de G. Fox, pratiquent le Quakerisme
primitif : silence, prière, absence de rituel et de musique, altruisme.
Ils sont actifs dans les domaines tels que pacifisme, féminisme, droit
des prisonniers, etc. Ils ont fondé de nombreuses écoles et une,
particulièrement renommée, c'est le collège libre pour adultes "
Woodbrooke " près de Birmingham. Il a pour but de fournir aux " Amis "
une éducation religieuse, sociale et internationale nécessaires pour la
vie moderne. Le secours quaker vint en aide pendant les deux guerres aux
objecteurs de conscience fort nombreux : 16.000 en 14 ; 60.000 en 39-45,
afin de leur fournir une défense et obtenir soit une exemption
définitive soit une affectation non combattante. Ce secours fournit aux
armées et aux régions éprouvées des ambulances : " Friends Ambulance
Christ " qui produisirent un travail magnifique. En Amérique, la "
Société des Amis " qui s'était divisee s'est refondue en une Eglise
Quaker, avec pasteurs professionnels et les cultes sont plutôt des
cultes protestants avec orgue et chants, mais, l'essentiel existe
toujours : spiritualité de l'enseignement de Jésus, refus des sacrements
extérieurs, affirmation de l'illégitimité de la guerre, moment de
silence et de méditation intenses sur les paroles de l'officiant
extraites des Evangiles. L'Eglise Quaker d'Amérique publie aussi des
journaux, entretient environ cinquante cinq écoles et universités libres
sous le nom de " Collège " ; L' " American Friends Committee " en
liaison directe avec son homologue anglais a eu une action intense avant
et pendant les deux guerres. Ambulances, secours aux prisonniers, aide
aux réfugiés juifs et aux personnes déplacées. Il a eu aussi une action
pendant la Guerre d'Espagne tant du côté Franquiste que Républicain. Ce
Friends Committee pour moitié avec le Comité Anglais est venu en aide,
sous couvert, Dieu sait comment, de passeports suisses et non
belligérants aux femmes prisonnières à Fresne de 41 à 43 et dans
l'Allemagne ravagée. Des photos en attestent où l'on voit des camions
ornés d'une étoile à huit branches et l'inscription " Secours Quakers "
amenant des vivres et des objets de première nécessité aux femmes de
Fresne et à des civils allemands. Ajoutons, que malgré l'interdiction de
manifestations extérieures de religion, les Quakers, dans la faible
mesure de leurs moyens, vinrent en aide aux prisonniers de tous bords
dans les camps autour de Berlin.


*Et ailleurs dans le monde ?*


Le Quakerisme est encore actif dans beaucoup de pays où l'on ne
s'attendrait pas à l'y voir, en Islande, en Scandinavie, au Danemark et
en Finlande.

Un organisme réunit tous ces quakers de pays à prépondérance protestante.

En Suisse existe une Assemblée Quaker indépendante qui réunit les petits
groupes de Lausanne, Berne, Zurich, etc.. Cette Assemblée a toujours
joué un rôle important auprès de la Société des Nations et maintenant
auprès des " Nations Unies ". Il en va de même à New-York à l'O.N.U. où
une Assemblée internationale quaker se réunit pendant toutes les
sessions. Le pacifiste Pierre Cérésole fondateur du Service Civil
International était Suisse et Quaker.

Aux Pays-Bas, les " Amis " publient un bulletin mensuel.

Par contre, en Autriche le mouvement ne prit pas vie, malgré les
rassemblements périodiques.

En URSS le mouvement fut interdit et les membres expulsés, mais un
congrés d'Amis s'y est en tenu en 1951 avec un certain succès.
Actuellement le mouvement reprend vie tout comme beaucoup de mouvements
spiritualistes chrétiens de toutes obédiences.

En Chine, le mouvement existe depuis 1904 et plusieurs écoles y furent
créées en liaison avec les " Amis " anglais ; actuellement, on ne sait
rien de leur existence.

Aux Indes, existe une Assemblée.

Au Japon, le Quakerisme introduit en 1901 par les Américains dut se
dissoudre en 1941, mais l'école de filles qu'ils créérent à cette époque
existe toujours et jouit d'une excellente réputation. Actuellement le
noyau Quaker est très actif et le Dr. Inozo Nitoké, Quaker de la
première heure, fut premier Secrétaire Général Adjoint de la Société des
Nations. Le mouvement ayant repris vie en 1948, il a publié une brochure
en Français : " Le Quakerisme vu par un Japonais ".

En Syrie et en Palestine, le Quakerisme existe avec écoles et
orphelinats. Extraordinairement, les écoles de Bram Allah et de Brouména
ont toujours pu réunir sous le même toit, des élèves Druzes, Maronites,
Juifs, Musulmans et Orthodoxes Grecs dans une fraternité rare.

Le Cap de Bonne Espérance et Madagascar possèdent des Assemblées et une
tendance à l'union de toutes les Assemblées protestantes se fait jour,
et il est à prévoir que les Malgaches Quakers d'origine Britannique s'y
joindront.

Australie et Nouvelle-Zélande comptent de nombreuses Assemblées Quakers
et une école réputée à Habart.

De petits groupes existent encore à Mexico, Cuba, Jamaïque, Honduras,
Bolivie et Alaska qui sont d'obédience américaine.


*Les Quakers célèbres *

Un grand nombre de Quakers se sont distingués dans les sciences et
l'éducation au cours des siècles. Citons en vrac, Thomas Young, médecin,
John Dalton, physicien et ophtalmologue (Daltonisme), le Dr. Hodgkin,
pathologiste (Maladie de Hodgkin), Hutchinson, dermatologue, Lister,
émule de Pasteur, Lindloy Murray, connu sous le nom du " Père de la
grammaire anglaise ", Lancaster, pédagogue, Joseph Sturge qui créa à
Birmingham la première " Adult School ", William Allen, astronome,
Barclay, auteur de la " Règle intérieure ", Thomas Kelly, auteur de la "
Présence ineffable ", John Woolman et John Wittiers poètes et
antiesclavagistes réputés.

Edward Grubbe qui a écrit : " Tous les Chrétiens peuvent s'asseoir
ensemble dans la fraternité du silence, par lequel ils ont, quand ils le
désirent, toute liberté de prendre la parole et de prier à haute voix en
conformité avec l'impusion de l'Esprit. Je crois que la mèthode du culte
Quaker est la seule par laquelle tous les Chrétiens peuvent s'unir sans
se mettre en opposition ". Par ailleurs, il a dit : " Je ne détournerai
jamais quelqu'un de communier, s'il trouve que par cet acte, il a acquis
une conscience plus profonde dans son union avec le Maître...etc... ".
Sur l'éducation des enfants : " Notre croyance de l'étincelle divine en
chacun, implique le respect absolu de l'âme enfantine. Le caractère et
la conduite des parents au foyer familial influenceront dans une grande
mesure donc, les enfants qui ont une confiance naturelle absolue en eux.
" , exhortation aux parents qui ont la charge sacrée de guider en
montrant l'exemple.

Il y a en a encore beaucoup d'autres dont l'énumération serait fastidieuse.


*En guise de conclusion*


Et pour terminer, en ce qui nous concerne, où situer le Quakerisme ?

Eglise, Ordre, Secte ?

Si le mot Eglise s'applique aux Quakers d'Amérique, les deux autres ne
se justifient pas, puisque l'un comme l'autre requièrent rituels,
cérémonies initiatiques et surtout silence extérieur. Le Quakerisme a
une action spirituelle intérieure intense et une action extérieure et
sociale tout aussi intense. Il est à considérer comme un mouvement
spirituel issu du protestantisme anglo-saxon et aussi et pourquoi pas,
comme initiatique. Mais une initiation individuelle incitée par
l'exemple du groupe. Ces Assemblées silencieuses et méditatives
génèrent, on l'a vu, un eggrégore extraordinaire et le contact de
l'Esprit divin, ne peut avoir d'autres résultats qu'une évolution et une
élévation personnelles. En plus, l'exégèse des textes Bibiliques et
surtout Evangéliques, ne peut faire autrement, que de pousser le fidèle
à changer sa conception de la vie profane et à modifier son comportement
social et moral vis à vis du monde extérieur. La conviction profonde
d'être inspiré et de vivre à l'imitation de Jésus donne aux " Amis "
cette sérénité que le monde leur envie, on a vu le résultat de la non
acceptation puritaine de leur conception des textes. Par exemple, le
Quaker quand il dit " le Christ a donné son sang pour le monde "
comprend et écrit " Le Christ a répandu son Esprit sur le monde ". Il
dit par ailleurs, de la phrase rituélique, " Dieu qui enlève le péché du
monde ", non pas qui enlève ou qui rachète le péché originel, mais bien,
qui enlève à celui qui met son enseignement en pratique tout état de
péché de quelque nature que ce soit.

Le Quaker croit-il à une survie ? Rien ne le laisse supposer, quoi que
Protestant, il a la notion de salvation, mais, est-ce une salvation en
ce monde, de la condition de pécheur ou une salvation qui donne accès à
la vie future à la droite du Père ? La question reste posée.
Dans le domaine de la vie courante, le Quaker veut faire partager sa
Lumière et met en application les sentiments qu'éveille en lui la venue
de l'Esprit divin. Esprit divin qui pour lui est incarné dans le Christ,
et, dont le logos de celui-ci est le véhicule. En toutes choses, il voit
l'Esprit de la parole, et en Christ la parole de l'Esprit. Cette notion
de partage, il l'applique aussi bien aux biens matériels qu'aux vertus
morales et surtout sociales, son idéal christique étant d'améliorer la
condition de l'humain. Les Quakers appliquent les Evangiles et vivent en
communautés ; ils n'ont pas de bien personnels, suivant en cela les
Actes des Apôtres 2-42-48 : " Tous ceux qui étaient devenus croyants
vivaient ensemble et mettaient tout en commun, ils vendaient leurs
propriétés et leurs biens pour en partager le prix entres tous selon les
besoins de chacun. Chaque jour, d'un seul cœur, ils allaient fidèlement
au Temple. Ils louaient Dieu et trouvaient un bon accueil auprès de tous
le peuple. "

Actuellement les Quakers et Amiches appliquent encore ces préceptes et
les peuples Anglais et Américain leur font bon accueil car on connaît
leur façon d'être. Altruisme actif dans le domaine social et politique,
amour absolu du genre humain et passionnément chrétien au sens le plus
strict du terme.

 
  martinez pasqualis saint-martin weishaupt
*MARTINEZ, **Pasqualis*, the founder of the theosophical sect of
Martinists, and presumed to be Portuguese Jew. He commenced his
institution in the masonic lodges of France, 1754, and died at St
Domingo, 1779. Saint-Martin, often confounded with him, was his
disciple. See Saint-martin.


_ *SAINT-MARTIN,* Louis Claude De, called by himself /le Philosophe
inconnu /(which we read /philosopher of the unknown), /was born at
Amboise, of a noble French family, 1743, and is said to have commenced
his metaphysical studies upon the ' Art of Knowing One's Self,' written
by James Abbadie, a French protestant theologian. He is sometimes
confounded with Martinez Pasqualis, who was the real founder of the sect
of /Martinists, /and the first teacher, but by no means the master, of
Saint-Martin. The period when these two philosophical inquirers became
acquainted, was marked by a reaction against the sceptical philosophy of
the encyclopedists, against whom Saint-Martin launched the first and
most valued of his writings, entitled /Des Erreurs et de la Vérité,
/published at Lyons 1775, between which period and 1778 the operations
of the genuine Martinists in France had become extinct. The name,
indeed, still remained. The /Chevaliers Bienfatsants, /reformed under
the name of /Philalèthes. /and said to have embraced the doctrines of
Saint-Martin and Swedenborg, invited the former to take the president's
chair in 1784, but he refused the honor; as to Swedenborg, the writer
has before him an original letter, written by a French disciple of his
in 1785, utterly disavowing the connection, and charging these very
Martinists, so called, with the pursuit of magic :—so much for the right
of such societies to assume names, and for the sarcasm of Lamartine
('Girondins,' vol. i. p. 188), 'The theosophists, disciples of the
sublime but obscure Swedenborg, the Saint-Martin of Germany, pretended
to complete the gospel, and transform humanity,' &c. It is a point of
some interest in the history of those times, for not only were the
occult societies of Germany and France influential among the people, but
the most distinguished princes were/ /enrolled amongst them, as may be
read in the article Weishaupt. *Saint-Martin was neither faithful to one
system nor another, but coquetted with them all.* Martinez Pasqualis,
Alchymy, Animal Magnetism. Swedenborg, and Jacob Boehmen, until he was
cast ashore in the midst of the French revolution, and became, as he
regarded himself, 'the Robinson Crusoe of spiritualism.' He possessed
vast original genius and metaphysical insight, and as a thinker he
digested and assimilated whatever he found to his taste ; we should not
be far from the truth, perhaps, in pronouncing that the principles of
Boehmen had taken the deepest hold of his imagination and reason; and
that much in his later writings may be regarded as a modern reproduction
of them, tinctured, however, by what he had acquired from Swedenborg,
and by his experience in animal magnetism. The first of his works is
mentioned above. It was followed by 'Tableau Naturel des Rapports entre
Dieu, 1'Homme, et l'univers,' 1782, the principal of which is the
explanation of /things /by man, and not of /man /by /things. /In 1790 he
published 'l'Homme du Désir.' In 1792 the 'Ecce Homo,' intended to
correct the rage at the time for magnetic prodigies, and to elevate the
soul to sublimer mysteries. In 1796 appeared 'Le Nouvel Homme.' In 1800,
'De l'Esprit des choses, ou coup d'oeil Philosophique sur la Nature des
Etres et sur l'Objet de leur Existence,' a work which we have seen
denounced as 'a tissue of foolish propositions,' on the strength of an
extract, which is, notwithstanding, of great philosophic depth. In 1802
he ushered to the light of day 'Le Ministère de 1'Homme Esprit,' with
the remarkable words:—' Although the subject of this work promises
greater clearness than my others, it is too remote from ordinary ideas
to let me hope for much success. I have often felt while writing that
the result would be much as if I had played a selection of waltzes and
contre-dances on my violin in the cemetery of MontMartre, where would be
fine to do with my bow, but really the corpses lying there would neither
understand my music nor dance to it !' Besides these and other works of
his own, Saint-Martin translated into French the 'Three Principles, and
the 'Aurora,' of Jacob Boehmen. The Russian statesman, Prince Gallitzin,
is said to have been his convert, but we are not aware whether any
connection exists between this fact and the rise of the Martinists in
the city of Moscow: a very insufficient account of the latter will he
found in Pinkerton's translation of a work concerning the state of the
Greek church, from the Sclavonic of Platon. Saint-Martin, like so many
others of the noblesse of France, suffered by the French revolution, and
being implicated in a conspiracy, owed his life to the revolution of
Thermidor. Died 1803. [E.R.]


WEISHAUPT, Adam, a famous name in the history of secret societies, was a
professor of canon law in the university of Ingoldstadt. He was born i
1748, and educated among the Jesuits, quarrelling with whom caused him
to propose a counter association of the good and enlightened of all
nation. The society organized in pursuance of this design. began working
in 1776, and was finally known as the Society of /Illuminati. /In its
foundation, an endeavor was made to combine all the working advantages
and most striking symbols of Freemason and Jesuitism ; from the latter,
its statutes of implicit obedience, and its espionage were derived ;
from the former its order and ritual, but modified by the revolutionary
ends which its leaders really proposed. This society was suppressed by
the elector of Bavaria in 1783, and Weishaupt, quitting Ingolstadt, went
to Gotha, where he was honored with the dignity of Aulic counsellor. He
died in 1822, and left several works illustrating the history of the
Illuminati, and his views concerning the progress of society and 'Moral
Perfectibility.' The Abbe Barruel and Professor Robison wrote
exaggerated reports of this and the many similar movements of the
period. See further in the article Saint Martin.


question :
weishaupt est présenté comme s'étant inspiré du système des jésuites et
des francs-maçons, comment les francs-maçons peuvent-ils tant désigner
les jésuites, et les catholiques désigner les maçons dans les problèmes
liés à ce professeur de droit canon ?
(pas des armées, mais le canon de l'église!)

 
jeudi 25 mars 2010
  Böhm boehm boehme Gott die ewige natur in gott Die geschaffeneNatur...
I. Gott. Gott ist das Eine gegen der Kreatur, als ein ewiges Nichts;
er hat weder Grund, Anfang noch Stätte und besitzt nichts, als nur sich
selber; er ist der Wille des Ungrundes, Er gebiert von Ewigkeit in
Ewigkeit sich selber in sich. Er ist keinem Dinge gleich oder ähnlich;
er hat keinen sonderlichen Ort, da er wohne: die ewige Weisheit oder der
Verstand ist seine Wohne: er ist der Wille der Weisheit, die Weisheit
ist seine Offenbarung. In dieser ewigen Gebärung sind uns drei Dinge zu
verstehen: i. ein ewiger Wille, 2. ein ewig Gemüt des Willens, 3. der
Ausgang vom Willen und Gemüt. Der Wille ist Vater; das Gemüt ist das
Gefassete des Willens als des Willens Sitz oder Wohnung oder das Zentrum
zum Etwas, des Willens Herz; und der Ausgang vom Willen und Gemüte ist
die ICraft und der Geist. Dieser dreifache Geist ist ein einig Wesen,
und da er doch kein Wesen ist, sondern der ewige Verstand: Ein Urständ
des Ichts, und ist doch die ewige Verborgenheit, gleichwie der Verstand
des Menschen nicht faßlich oder in Zeit und Stätte ist, sondern ist
selber seine Faßlichkeit und Sitz, und das Ausgehen des Geistes ist die
ewige urständliche Beschaulichkeit, als eine Lust des Geistes (Myst.
mag. 1,2 — 5). Daher kann man nicht von Gott sagen, daß er dies oder das
sei, böse oder gut, daß er in sich selber Unterschiede habe; denn er ist
in sich selber naturlos, sowohl affekt- und kreaturlos. Er hat keine
Neiglichkeit zu etwas, denn es ist nichts vor ihm, dazu er sich neigen
könnte, weder Böses noch Gutes : er ist in sich selber der Ungrund, ohne
einigen Willen gegen die Natur und Kreatur, als ein ewig Nichts; es ist
keine Qual in ihm, noch etwas, das sich zu ihm oder von ihm könnte
neigen. Er ist das einige Wesen, und ist nichts vor ihm oder nach ihm,
daran oder darinnen er ihm könnte einigen Willen schöpfen oder fassen;
er hat auch nichts, das ihn gebäre oder gebe; er ist das Nichts und das
Alles, und ist ein einiger Wille, in dem die Welt und die ganze Kreation
lieget, in ihm ist alles gleichewig ohne Anfang in gleichem Gewichte,
Maß und Zahl; er ist weder Licht noch Finsternis, weder Liebe noch Zorn,
sondern das ewige Eine. Dieses dreifältige Wesen in seiner Geburt, in
seiner Selbstbeschaulichkeit der Weisheit, ist von Ewigkeit je gewesen
und besitzt in sich selber keinen andern Grund noch Stätte, als nur sich
selber ; es ist ein einig Leben und ein einiger Wille ohne Begierde, und
ist weder Dickes noch Dünnes, weder hoch noch tief; es ist kein Raum,
besitzet auch in sich weder Dickes noch Dünnes, weder Höhe noch Tiefe,
noch Raum oder Zeit noch Stätte, sondern ist durch alles in allem, und
dem Allen doch als ein unfaßlich Nichts. Gleichwie der Sonne Glanz in
der ganzen Welt, in allem und durch alles wirket, und dasselbe alles
kann doch der Sonne nichts nehmen, sondern muß sie leiden und mit der
Sonne Kraft wirken: auf solche Weise wird Gott betrachtet, was er außer
der Natur und Kreatur in sich selber, in einem selbstfaßlichen Chaos,
außer Grund, Zeit und Stätte sei, da sich das ewige Nichts in ein Auge
oder ewig Sehen [149] fasset, zu seiner Selbstbeschaulichkeit,
Empfindüchkeit und Kindlichkeit . Man kann nicht sagen, Gott hat zwei
Willen, einen zum Bösen und den andern zum Guten (Gnaden wähl, i, 3, 7, 8).

2. Die ewige Natur in Gott. Gott, die regungslose, in der göttlichen
Beschaulichkeit oder Weisheit beschlossene Dreiheit (aber nicht
DreipersönUchkeit), will ihrer selbst empfindlich werden, in einer
zweiten Geburt will der göttliche ,,Ternar" in die Unterschiedlichkeit
des ,,Ternarius Sanctus" übergehen. Der ewige Wille faßt sich in Natur.
In der Lust der Weisheit erwacht die Begierde. Der Wille sucht sich
selber; er findet nichts als die Eigenschaft des Hungers, welche er
selber ist. Die zieht er in sich, d. h. er zieht sich selber in sich.
Gottes Fiat ist nichts anderes als diese Begierde oder dieses Ziehen
(Szienz). Dieses Fiat ist der einige göttliche gebärende ,, Fürsatz";
und das Wort begehrt nichts mehr als nur seine heihge Kraft durch die
Schiedlichkeit zu offenbaren. Aus dem Hunger nach Wesenserschließung
entspringt die Natur in Gott. Sie stellt sich dar als das
Ineinanderweben von 7 verschiedenen Kräften (auch Qualitäten,
Quellgeister, Gestalten, Spezies, Essentien genannt; übersichtliche
Behandlung in Myst. mag. cap. 6). Die 7 Gestalten sind: 1. das Herbe,
die Begierde des ewigen Worts (Sal) ; 2. das Bittere, die Beweglichkeit
der Begierde, das Anziehen oder der Stachel der Empfindlichkeit
(Mercurius); 3. die Angst, die EmpfindUchkeit oder das Gemüt (Sulphur) ;
4. das Feuer oder der Geist, wodurch die heiügen Kräfte der freien Lust
von der herben Rauhigkeit erlöst werden; 5. das Licht, die Liebe, in
welchem die Kraft der Allmacht sich durchs Feuer im Licht ausführt; 6.
der Schall des göttlichen Wortes aus den göttlichen Kräften, welcher
sich in der Liebebegierde formt, oder der Verstand; 7. das geformte
Wesen der Kräfte, als ihr Gehäuse und ihre Offenbarung, ihr Leib. In
diesen sieben Eigenschaften und Gestalten offenbart sich das Wesen aller
Wesen als ringende Kraft; eine jede ursachet und macht die andere, keine
ist die erste noch letzte, sondern es ist das ewige Band. Im Mittelpunkt
steht das Feuer, das zugleich verzehrende Gewalt und milde Leuchtkraft
ist, und die Kräfte oder Gestalten oder Quellgeister in zwei „Triangel"
scheidet: dort als Zornfeuer, als verzehrende finstere Glut ohne Licht,
hier als milde wärmendes Liebesfeuer; die drei ersten (zusammengefaßt
als Salniter bezeichnet) verkörpern das Reich des Grimmes, die drei
letzten das Freudenreich. Beide sowohl verbunden wie geschieden durch
das Prinzip des Feuers (konsequenter wäre es daher gewesen, wenn das
Feuer entweder überhaupt nicht als eine Gestalt unter den anderen oder
aber als Doppelgestalt angeführt worden wäre, so daß die Zahl der
Quellgeister entweder 6 oder 8 betrüge). In der ewigen Natur, der
zweiten Geburt der Göttüchkeit, ist Gott nicht nur ,, schiedlich",
sondern auch ,, förmlich" geworden, d. h. nicht nur nach Art des Mens,
sondern auch nach Art des Ens. Im Mens wird die lebendige Wesenheit,
welche geistlich ist, verstanden als ein ganz geistlich Wesen, ein
geisthch Ens der Tinktur, da sich die höchste Kraft vom Feuer und Licht
in ein Ens einführt. Und im Ens wird das Leben der sieben Eigenschaften
der Natur verstanden als das empfindliche wachsende Leben, nämlich das
ausgesprochene Wort, welches sich im Wachstum wieder ausspricht, formt
und koaguliert (Gnaden wähl, 5, 2, 3). So sind in jeder Kraft
Leiblichkeit und Geist miteinander verbunden und durchdrungen und
stellen insgesamt die Leiblichkeit Gottes, das Mysterium magnum als den
Stoff und den gebärenden Urgrund der Welt dar. Und indem die Dreiheit
Gottes die sieben Gestalten der ewigen Natur in sich befaßt, wird der
göttliche Ternar zu dem Ternarius Sanctus, in welchem sie sich zur
Dreipersönhchkeit erhebt. (Im einzelnen schwankt die Konstruktion, indem
Böhme teils dem Vater die erste und siebente Gestalt, dem Sohn die
zweite und sechste, dem heiligen Geist die dritte und [150] vierte
zuweist, bisweilen aber auch den Sohn als das Herz des Vaters dem Feuer
gleichsetzt, aber auch noch andere Zusammenfassungen und Zuordnungen
erwähnt).

3. Die geschaffeneNatur. Die sieben Naturgestalten sind die
Quellgeister, in denen sich das göttliche Leben bewegt. Jeder dieser
Quellgeister hat ein eigenes Lebensprinzip, einen eigenen Willen, sich
hervorzutun, offenbar zu werden, das Ganze zu sein. In Gott aber stehen
sie alle in der ,, Konkordanz" und erscheinen in dieser ihrer ,,
Temperatur" in heller kristallinischer Wesenheit. In der kreatürlichen
Welt gehen sie dagegen in ,,Schiedlichkeit" auseinander. Denn in dieser
walten dieselben Naturgestalten, wie in Gott, aber nicht in der
Temperatur wie in ihm. So ist alles, was wirkt, von Ewigkeit gewesen,
aber bloß essentiaüsch, nicht wesentlich; nur figürliche Geister ohne
Korporierung existierten von Ewigkeit, wie in einer Magia, wobei eines
das andere verschlungen hält. (Vierzig Fragen, 19, 7.) Hat die
Erschaffung der Engel und der Dinge einen Anfang, so haben es jedoch
nicht die Kräfte, woraus sie erschaffen sind, sondern diese stehen mit
in der Geburt des ewigen Anfangs (Myst. mag. 8, i). Daher ist die
Schöpfung nicht eine Schaffung der Welt aus nichts, denn aus nichts wird
nichts; vielmehr hat der schaffende Wille an den Essentien der ewigen
Natur den Stoff, aus dem er die Dinge macht, indem er sie in
Sichtbarkeit und Wesen einführt. Darum ist auch Gott als der Vater, die
ewige Natur als die Mutter der Dinge zu bezeichnen. Des näheren ist der
Schöpfungsakt nicht ein vorsätzlicher Entschluß des göttüchen Willens,
sondern ein inneres Fiat, durch welches sich das Innere in ein Äußeres
ausgibt. Die Welt ist die Ausgeburt der ewigen Natur aus der Ewigkeit in
die Zeit. Die außergöttlichen Wesen sind alle zusammen aus dem Samen
zusammen figuriert; nachdem dies aber geschehen, so haben sie jedes sein
leibliches Wesen für sich selber. In diesem Sinne ist die Schöpfung
nichts anderer als ein Aushauchen oder Aussprechen des Wesens Gottes
(Antistiefel 2, 37). Gott ist selber alles Wesen, er ist Böses und
Gutes, Himmel und Hölle, Licht und Finsternis, Ewigkeit und Zeit, Anfang
und Ende. Doch ist zu beachten, daß er allein nach seinem Licht in
seiner Liebe und nicht nach der Finsternis, auch nicht nach der äußeren
Welt ein Gott heißt. Ob er wohl alles selber ist, so muß man aber
betrachten die Gradus, wie die auseinandergehen; denn ich kann weder vom
Himmel noch von der Finsternis, sowohl auch nicht von der äußeren Welt
sagen, daß sie Gott wären. Es ist keines Gott, sondern Gottes geformtes
und ausgesprochenes Wesen, ein Spiegel des Geistes, welcher Gott heißt,
damit der Geist sich offenbart, und in seiner Lust vor ihm selber mit
dieser Offenbarung als mit seinem gemachten Wesen spiele. Es ist aber
doch das Wesen nicht vom Geist Gottes abgetrennt, und begreift auch das
Wesen nicht die Gottheit (Myst. mag. cap. 8, 25). Wenn man sagt: Gott
ist alles, Gott ist Himmel und Erde und auch die äußere Welt, so ist das
wahr; denn von ihm und in ihm urständet alles. Was mache ich aber mit
einer solchen Rede, die keine Religion ist ? Eine solche Religion nahm
der Teufel in sich und wollte in allem offenbar und in allem mächtig
sein. (Wider Tilke, 2, 140). Sind alle Dinge essentialisch in Gott, so
wird doch Gott zum Gott nur im Menschen, der in der Gelassenheit seines
WiUens auf ihn hört. Gott wohnt durch aUes, und das Alles ist nicht
Gott, es erreicht ihn auch nicht ; was sich aber des freien Willens
losgibt, das fällt ihm heim, das muß er haben, denn es ist willenlos und
fällt in Nichts, so ist er im Nichts. Also mag der erhabene Wille in
Nichts wohnen und da ist Gottes Erbarmen; denn er will aus dem Nichts
etwas machen, daß er im Etwas offenbcir sei; und darum erbarmt er sich
des Etwas, das in sein Nichts gefallen ist, und macht es in ihm zu
seinem Etwas, daß er selber mit seinem Erbarmen den Geist regiert und
treibt. (Myst. mag. 26, 39). Wenn du einen kleinen Zirkel, als ein
Senfkörnlein, schließest, so wäre doch das Herz Gottes [151] ganz und
völlig darinnen; und so du in Gott geboren wirst, so ist in dir selber,
in deinem Lebenszirkel, das ganze Herz Gottes unzerteilet und sitzet des
Menschen Sohn Christus also in deinem Lebenszirkel auf dem Regenbogen im
Temario Sancto zur Rechten Gottes und bist also sein Kind, welches er
wieder in sich geboren hat ; auch sein Glied, sein Leben, darinnen er
wohnet, sein Bruder, sein Fleisch, sein Geist, und Gottes des Vaters
Kind in ihm; Gott in Dir und Du in Gott, Kraft, Macht, Majestät, Himmel,
Paradies, Element, Sterne, Erde, alles ist dein (Vom dreifachen Leben,
cap. 6, 66). Die Schöpfung, d. h. die Geburt der Welt, ist eine
doppelte. Das, was aus Gott durch sein Schöpferwort zunächst hervorgeht,
ist ein Ewiges, eine geistliche, vollkommene Welt, als deren Herrscher
die Engel geboren wurden. Unter diesen sind die obersten die drei,
welche Abbilder der dreipersönlichen Gottheit sind: Michael, Lucifer und
Uriel. Aber aus der Harmonie Gottes, darin Gott die Engel geschaffen,
trat Lucifer heraus, durch seinen eigenen Willen in die Feuersmacht
eingeführt, um als ein eigener Gott über und in allem zu herrschen. Im
Bewußtsein seiner Schönheit wollte er über die göttliche Geburt
triumphieren und in dem centrum naturae die herbe Matrix erwecken. Damit
erregte er aber das Prinzip des Zornes in Gott und ward von ihm
verstoßen. Durch den Fall Lucifers entstand der Gegensatz zweier Reiche
(Fürstentümer, Prinzipien), das Höllenreich, in welchem der Zorn Gottes
festgehalten ist, und das Himmelreich, in welchem Gott herrscht. Mit dem
Falle Lucifers stürzte auch die ganze geistliche Welt zusammen und aus
der durch Gottes Zorn zusammengezogenen Substanz der letzteren entstand
die sichtbare, die irdische Natur. Indem aber Gott in dieser die Welt in
seinem Sechstagewerk wieder herstellen wollte, vollzog sich die zweite
Weltschöpfung, wie sie „der teure Mann Moses" beschreibt. Freilich ist,
da Moses bei dieser Neuschöpfung nicht zugegen war, vieles, ,,was wider
die Philosophia und Vernunft laufet", in seinem Bericht unhaltbar und
nicht wörtlich zu nehmen. Das wallende gebärende Leben Gottes, durch das
sich die Formierung der äußeren Natur vollzieht, ist der Spiritus mundi.
Durch ihn werden aus den drei ersten finsteren Naturgestalten oder
Quellgeistern die Salze, Säuren, Erden und Steine. Aus den drei letzten
lichten Quellgeistern entstehen Farbe, Glanz, Güte und Schönheit. Durch
das Hineinleuchten des Feuerblitzes wird der Himmel entzündet und aus
ihm gehen die Sonne und Sterne hervor, die ihrerseits das siderische
Leben und dadurch die lebenden Geschöpfe hervorrufen. An Stelle des
verstoßenen Lucifer wird der Mensch als Gottes Ebenbild und als ein
Mikrokosmos zum Herrn der Natur eingesetzt. Er besteht aus dem Leib, in
welchem alle Elemente vereinigt sind, aus dem siderischen Geist, durch
den er Vernunft und Kunstfertigkeit besitzt, und aus der Seele, die
durch Vererbung von Gott selbst stammt. Adam, der anfängliche Mensch,
ist in seinem ursprünglichen Zustand ähnlich den Engeln, nur daß er
nicht wie diese in zwei, sondern in drei Prinzipien steht. Seine
Leiblichkeit ist eine verklärte, er besitzt noch keine Verdauungs- und
Zeugungsorgane, ist Mann und Frau zugleich, und alles Tierische liegt
ihm fem. In solcher Kraft war er Herr über Sterne und Elemente, und alle
Kreaturen fürchteten ihn; in der Natursprache, die er schuf (aus der
nachher die 72 anderen Sprachen hervorgegangen sind) erlangte er eine
gesteigerte Erkenntnis der Dinge, schuf er sie gleichsam noch einmal. Er
wäre unzerbrechlich und unsterblich gewesen, wenn er in der Konkordanz
der drei Prinzipien, wie sie in ihm angelegt waren, sich hätte erhalten
können. Aber er vermochte das nicht, da in der Natur außer ihm die
Prinzipien durch den Fall Lucifers nicht mehr in Konkordanz standen, und
verführt durch das mächtig gewordene Prinzip der Finsternis, erwachte in
ihm die Hoffahrt ; so fiel auch er und wurde aus dem verklärten Zustand
zu dem tierischen Geschöpf. Indem sein freier Wille sich an die Vielheit
der äußeren Natur verlor, schloß [152] er das in Gott verborgene
Grimmfeuer in sich auf, wurde er, ganz voll von böser selbstischer Lust,
zur elendesten aller Kreaturen. Das, worüber er Herr sein sollte, das
Viele, das treibt und knechtet ihn fortan. Das kreatürliche Leben ist
nun lauter Feuer, Haß, Zorn und Neid, und die Essentien im Menschen, aus
ihrer Konkordanz getreten, streiten wider einander. Erst in dem
Gottesmenschen Christus stellt sich die reine Vereinigung der Prinzipien
wieder her, in ihm verbindet die menschliche Natur sich mit der
göttlichen Person. Indem Christus gestorben ist und mit dem Seelengeist
durch das Feuer der ewigen Natur als durch die Hölle und den Grimm der
ewigen Natur in die göttliche Weisheit einging, brach er unseren Seelen
eine Bahn, darauf wir mit und in ihm durch den Tod ins ewige göttliche
Leben eingehen. Seine Liebe löschte den Feuerzorn Gottes durch seinen
Tod und dadurch schuf er auch der menschlichen Seele, die ihm folgt, die
Möglichkeit, wieder in das Licht eingeführt zu werden. Freilich nicht
durch einen bloßen Buchstabenglauben an die überlieferte Historie, auch
nicht durch einen Vernunftglauben, sondern durch den wahren Glauben, in
welchem die Wiedergeburt des Menschen zugleich eine Christwerdung und
Gottwerdung desselben ist. Die äußeren Gnadenmittel und die äußeren
Werke machen es nicht, sondern die rechte Gelassenheit, in der der
Mensch sich seiner Vernunft und Selbstheit begibt und sich einfältig in
die Liebe und Gnade Gottes in Christus einsenkt und im Leben Gottes als
wie tot zu sein begehrt, daß er damit tue und als mit seinem Werk zeuge,
wie und was er wolle (Von wahrer Gelassenheit i, 23, 24, 33). So muß das
eigene Selbst willig aufgegeben werden, um der Erlösung durch den
Glauben Raum zu bieten. So lange der Mensch nur seine Selbstheit will,
ist er im Grimm Gottes; handelt er aber aus gelassenem Willen, so
handelt Gott durch ihn. Wie er sich entscheidet und wählt, steht allein
bei ihm. Alle drei Reiche Gottes sind in ihm, und von ihm hängt ab, ob
er Adam, Christus oder Satan wird. Eine Gnaden wähl gibt es daher nicht.
Insofern der Mensch freien Willen hat, ist Gott nicht über ihn
allmächtig. Machen wir einen Engel aus uns, so sind wir das; machen wir
einen Teufel aus uns, so sind wir das auch. Jeder Mensch ist frei und
wie ein eigener Gott. Er mag sich in diesem Leben in Zorn oder in Licht
verwandeln. Wir selber sind Gottes Wille zu Bösem und Gutem; welcher in
uns offenbar wird, das sind wir, entweder Himmel oder Hölle. Unsere
eigene Hölle in uns verstockt uns, nämlich dieselbe Eigenschaft, und
unser Himmel in uns macht uns auch, sofern er offenbar wird, selig
(Gnadenwahl, cap. 8, 102 ff). Dann geht der Eigenwille in den einen
Willen des Urgrundes ein. Der eingewandte, in Gott gelassene Geist des
Menschen, der alles Eigene verläßt, gewinnt weit mehr, als er verlassen
hatte. Denn in dem eigenen Willen hat und fasset er nur ein Particular,
in der Verlassenheit aber kommt er in das Ganze, in alles: aus dem Worte
Gottes ist ja alles geworden (Myst. mag. 67, 13). Kein Ding kann in ihm
selber ruhen, es gehe denn wieder in das ein, daraus es gegangen. Das
Gemüt hat sich gewendet von der Einheit in eine Begierde zur
Empfindlichkeit, zu probieren die Schiedlichkeit der Eigenschaften.
Dadurch ist in ihm die Schiedlichkeit und der Widerwille entstanden,
welche nun das Gemüt beherrschen, und davon es nicht mag entledigt
werden; es verlasse denn sich selber in der Begierde der Eigenschaften
und schwinge sich wieder in die allerlauterste Stille und begehre seines
Willens zu schweigen, also, daß der Wille sich über alle Sinnlichkeit
und Bildlichkeit in den ewigen Willen des Ungrundes verliere, aus
welchem er anfänglich entstanden ist, so daß er in sich selbst nichts
mehr wolle, als was Gott durch ihn will; dann ist er in dem tiefsten
Grunde der Einheit. (Myst. mag. Anh. 7) Eine volle Erlösung ist freilich
dem Menschen auf Erden nicht möglich, da er auf dieser noch immer in den
drei Prinzipien steht. Nach dem Tode dagegen steht er nur in einem
einzigen Prinzip, [153) entweder im Feuer oder im Lichtreich. Nach dem
Tode kann die Seele ihren Willen nicht mehr ändern, sondern versinkt
völlig in das, was sie auf Erden erfaßt hat. Der zukünftige Leib ist ein
verklärter, nicht mehr tierisch, sondern geistig, aber doch wesenhaft. —

Böhmes Schriften fanden eine große Gemeinde treuer Leser und Anhänger.
Unter diesen ist der später zum Katholizismus übergetretene Angelus
Silesius (Jo^hannes Scheffler, 1624 — 1677) bekannt. Zeitweilig war es
üblich, jeden theosophisch oder sektiererisch Gerichteten als ,,
Böhmist" schlechthin zu bezeichnen. Eine starke Wirkung übte Böhme in
England aus, wo er, durch frühe Übersetzungen verbreitet, zahlreich
gelesen wurde. Hier interessierte sich u. a. König Karl I. für ihn. Von
Böhme beeinflußt sind John Pordage (gest. 1681), Jane Lead (gest. 1704)
und auch Henry More (s. § 27). In Frankreich übte er einen Einfluß auf
Poiret aus, noch mehr auf St. Martin (1743 — 1803). In Deutschland
erhielt sich seine Lehre insbesondere durch Georg Gichtel (1638 — 1710)
und Friedrich Oetinger (1702 — 82), der auf den württembergischen
Pietismus stark einwirkte und durch ihn die Spekulationen des
philosophus teutonicus Schelling und seinen Freunden nahebrachte; durch
diese wurden sie von Einfluß auf die Ausbildung der nachkantischen
deutschen Spekulation.

 
vendredi 12 mars 2010
  Kabbale Franck saint-martin cabbala Cristianesimo giudaismo teologiche filosofiche
La Kabbale ou la Philosophie religieuse des Hébreux, par Ad. FRANCK
— Nouvelle Edition, Paris, Lib. Hachette, 1889.
Non daremo un'analisi di questo libro del quale apparisce oggi la 2a
edizione e il cui testo rimasto invariato trovasi riassunto nelle storie
della filosofia che, non trascurando le antiche dottrine ebraiche, ne
attingono in esso la informazione più larga e ordinata. Crediamo invece
far meglio traducendo il Proemio premesso dall'Autore a questa ristampa,
in causa dalle preziose notizie che egli ci fornisce intorno a nuove
forme di misticismo trapiantate dall'Oriente in Europa, ignote. o quasi
ai nostri lettori. Il centro di esse è la Cabbala e cid basta , a quanto
parti, per giustificare il nostro proposito a Questo libro venne in luce
per la prima volta nel 1843, cioè un mezzo secolo fa all' incirca. Quasi
subito l'edizione ne fu esaurita, cosicchè non se ne trovano esemplari,
salvo nelle pubbliche biblioteche. La sollecitudine colla quale il
pubblico voile conoscere questo libro, benchè di soggetto metafisico
teologico, non ci pue) maravigliare , se consideriamo interessamento che
eccita la materia di cui tracta e il nome stesso della Cabbala. Da quel
tempo fui più volte richiesto di ripubblicarlo, ma per parecchie ragioni
non potei aderire a questo desiderio. Obbligato dal ruio ufficio di
professore di diritto naturale, e del diritto delle genti nel Collegio
di Francia a con[196]secrare tutta la mia attività a studt di un
interesse generale, mi riusciva troppo difficile di applicarmi
nuovamente a un ge-nere di ricerche che non mi sembrava più rispondere
alto spi-rito dei t,empi. Le obbiezioni che mi erano rivolte, mi
avreb-bero costretto a relegare in seconda line», i pensieri che
for-mano il pregio e il maggior interesse della Cabbala, cioè il sistema
filosofico e religioso che essa contiene, per discuter° in primo luogo
alcune questioni di bibliografia e di cronologia. Non ebbi il cora,ggio,
neppure credetti utile d' impormi questo sacrifizio. Oggi i tempi sono
molto mutati. Infastiditi dalle dot-trine positiviste evoluzioniste o
grossolanamente atee che si-gnoreggiano nel nostro paese e che
pretendono di governare non solo la scienza, ma anche la società,
moltissimi ingegni si volgono verso l'Oriente, culla delle religioni,
patria originaria delle idee mistiche, e fra le dottrineche si sforzano
di mettere in onore, non è dimenticata la Cabbala. Ne citerô parecchie
prove. Deve anzitutt,o sapersi che sotto il nome di società teo-sofica
esiste una vasta associazione che dall'India è passata in America e
Europa, estendendo le sue vigorose ramificazioni negli Stati Uniti, in
Inghilterra e in Francia. Questa associa-zione funziona regolarmente,
ordinata gerarchicamente e prov-veduta di mezzi letterari, di riviste e
di giornali. L'organo suo principale è in Francia il Lotus,
pubblicazione periodica assai interessante che attinge nel Buddismo le
sue idee sostanziali senza pretendere d'incepparvi le menti , senza
proibir le indanuove e i tentativi di trasfortnazione. Su questo fondo
bud-distico si svolgono spesso considerazioni e citazioni testual-mente
tolte dalla Cabbala. Esiste anzi un ramo francese della suddetta società
che prende il nome di L'ide (Jsio) e che ha pubhlicato nello scorso anno
una traduzione inedita del Sepher ietzirah, uno dei libri cabbalistici
che sono riguardati come i più antichi e i più importanti. Non mi
occorre di esaminare in questo luogo il valore di questa traduzione e
dei commuai che l'accompagnano. Mi ristringerô a dire , per dare un'
ides dello spirito che informa !ale lavoro, che secondo l'autore la
Cabbala è l'unica religione di cui tutti i culti sono le emana zioni.
Un'altra Rioista ugualmente consacrata alla propagandt teosofica, e
nella quale conseguentemente la Cabbala intervietu [197] assai di
frequente, è redatta e diretta da Cady Caithness duchessa di Pomar. Essa
ha assunto il nome d'Aurora, il medesimo che il grande teosofo tedesco
Jacopo Boehm assegné al suo primo libro. Il fine di qu' esto periodico
non è del tutto identico a quello del Lotus. Il buddismo non vi domina
sul cristianesimo, ma mediante un'interpretazione esoterica dei testi
sacri le due religioni sono concordate e presentate corne la sostanza
comune di tutte le altre. Questa interpretazione è 'certamente uno degli
elementi principali della Cabbala, ma questa nondimeno vi fornisce un
contributo diretto sotto il nome di teosofia semitica. Non intendo
essere garante della esattezza dell'esposizione; mi limito a segnalare
la sollecitudine e l'attenzione di cui essa è fatta l'oggetto nella
curiosissima pubblicazione della duchessa di Pomar.
E perchè non parlare d'un altro periodico, l'Iniziazione (Initiation),
quantunque non conti se non quattro mesi d'esistenza? Il nome di
Iniziazione è già per sè solo assai significante, e ci apre i penetrali
di nuovi tempi chiusi ai profani. Questa, giovane rivista che assume il
titolo di Rioista filosofica e indipendente degli alti studi è quasi
unicamente dedicata aile scienze o per lo meno a ricerche curiose e
congetture estremamente sospette alla scienza riconosciuta e, diciamo di
più, all'opinione pubblica, cioè quella che è teinta per l'organo del
senso comune. Fra esse figurano generalmente la teosofia, le scienze
occulte, l'ipnotismo, la frammassoneria, l'alchimia, l'astrologia, il
magnetisMo animale, la fisiognomonia, lo spiritismo, ecc. ecc.
Ora, quando si tratta di teosofia, la Cabbala fa sicuramente la sua
comparsa e l'Iniziazione (Initiation) obbedisce anche essa a questa
necessità. Vi si manifesta una predilezione per la CabbaLia che vi è
chiamata la Santa Cabbala, vi si fa ire-queute appello alla sua
autorità, e nel suo secondo numero si nota particolarmente un articolo
del sig. Renato Caillé sul Regno di Dio di Alberto Jhouney, nel quale la
dottrina dello Zohar, il più impdrtante dei due libri cabbalistici,
serve di base a una Cabbala cristiana formata delle idee di Saint-Martin
detto le philosophe inconnu, rinnovatore inconscio della dottrina
d'Origene. Altra Cabbala cristiana ci viens proposta dal[198]l'Abbate
Roca, redattore del Lotus. Mi sia pure permesso di accennare ai giornali
professanti le idee dello Swedenborg, che si pubblicano da poco in
Francia e fuori, e particolarmente la Filosofia generale degli studenti
Swedenborgesi liberi. Ma lu chiesa dello Swedenborg, o la nuora
Gerusalemme, benchè presentata dai suoi fedeli tome una forma
importantissima della teosofia, non puô tuttavia rannodarsi alla Cabbala
che mediante la sua interpretazione esoterica della sacra scrittura. 1
risultamenti di questa interpretaziOv e le visioni personali del profeta
svedese, poco somigliano, salvo qualche eccezione, agli insegnamenti
contenuti nei libri cabbalistici dello Zohar, del Sepher ietzirah.
Preferisco trattenermi a un libro recente profondame'nte erudito, tesi
pel dottorato, presentato, non è molto, alla Facoltà di Lettere e
Filosofia di Parigi, e che non ottenne tutta l'attenzione che merita:
Essai sur le gnosticisme egyptien, ses developpements et son origine
egyptienne par M. E. Amélineau.
« Questa dissertazione, benchè scritta per unoicopo indipendente,
distrugge la critica superficiale, che pretende ridurre la Cabbala a un
inganno ciarlatanesco, partorita dal cervello d'un oscuro rabbino del 3°
secolo e continuata dopo di lui da imitatori privi d'intelligenza e di
sapere. Il sig. Amélineau ci svela nei padri dello Gnosticismo,
assolutamente ignoti nel terzo secolo, principalmente in Saturnino e
Valentino, un sistema di teogonia e di cosmogonia affatto identico a
quello che è nello Zohar, nè soltanto le idee, ma anche le formole
simboliche del linguaggio e le maniere di argomentare, sono le medesime
da ambe le parti.
L'anno stesso nel quale il sig. Amélineau, itella tesi sostenuto. a la
Sorbona, vendicava Io Zohar dai colpi coi quali ln aggrediva lo
scetticismo del nostro tempo, un altro di Ato Kiesco, il sig. Epstein,
restituiva al Sepher ietzirah fatto uguallente soggetto aile critiche
dei moderni uns parte almeno della sua remota antichità. Benchè egli non
lo facesse risalir*e u d Akiba e meno ancora fino ai Patriarca Abramo,
stabiliva !ier altro dietro ragioni che possono ritenersi per decisive,
ch( t.sso non è posteriore al 4° secolo delPera. Ma non basta; guar
dando alla sostanza del libro più che alla forma, e cercandc [199]
analogie nelle più antiche emanazioni dello Gnosticismo,
indubitatarnente possiamo risalire ancora più su. Forse che i numeri e
le lettere a cui si ricollega tutto il sistema dello Sepher ietzirah,
non adempiono un grandissimo ufficio nel pitagorismo e nei primi sistemi
dell'India? Regna oggi la smania, di voler tutto ringiovanire, come se
lo spirito sistematico e principalmente lo spirito mistico non fossero
Canto antichi quanto il mondo, e non dovessero durare quanto lo spirito
umano.
« Queste le ragioni fra motte astre per credere che l'interessamento
dimostrato per tanti secoli alla Cabbala, nel Cristianesimo e nel
giudaismo, nelle ricerche filosofiche e nelle speculazioni teologiche,
non è vicino ad esaurirsi L'autore conclude cosi, affermando la
opportunité della 2a edizione del suo volume, che crediamo sarà accolta
con riconoscenza dai cultori degli studi storici e filosofici.
Luigi FERRI.

Traduction « brute », améliorations appréciées

nous ne donnerons pas une analyse de ce livre dont apparait aujourd'hui
la 2e édition et dont le texte est resté inchangé et s'est trouve remis
dans l'histoire de la philosophie qui ne modifiant pas les antiques
doctrines hébraïques, nous en attendons une formation plus grande et
plus ordonnée. Nous pensons mieux faire en traduisant .... grâce aux
précieux renseignements que nous a fourni l'auteur au sujet de nouvelles
formes de mysticisme transplanté de l'orient à l'Europe, ignoré ou
presque de nos lecteurs. Le centre de ceci est la Kabbale et cela nous
suffit, pour justifié notre propos.

Ce livre vint à la lumière pour la première fois en 1843, c'est à dire
il y a environ un demi siècle. presque de suite l'édition en fait
épuisée, c'est pourquoi on n'en trouve plus d'exemplaire sauf dans les
bibliothèques publiques.
La sollicitude avec laquelle le public a voulu connaitre ce livre, même
s'il s'agit d'un sujet métaphysique théologique ne peut nous
émerveiller, si nous considérons cet intérêt que suscite la matière dont
on parle et son nom même la Kabbale. A cette époque il fut demandé
plusieurs fois de le republier, mais pour de nombreuses raisons ce ne
fut pas possible. Obligé par mon travail de professeur de droit naturel
et du droit des personnes du Collège de France ou je consacre toutes mes
activités à des études d'intérêt général, il me semblait trop difficile
de m'appliquer de nouveau à un genre de recherche qui ne me semble plus
correspondre à l'esprit du temps présent. Les objections qui m'ont été
opposées , m'auraient obligé à reléguer en seconde ligne les pensées qui
forment le prix et le majeur intérêt de la kabbale, c'est à dire le
système philosophique et religieux qu'elle comprend, pour discuter en
premier lieu de quelque question de bibliographies et de chronologies.
Je n'en eu pas le courage, ni ne cru utile de m'imposer ce sacrifice.
Aujourd'hui les temps n'ont pas beaucoup changé. Fatigué par les
doctrines positivistes évolutionnistes et grossièrement athées qui
dominent dans notre pays et qui prétendent gouverner non seulement la
science mais aussi la société, nombreux sont ceux qui se tournent vers
l'orient, nid des religions patrie originelle des idées mystiques , et
parmi les doctrines qu'ils se forcent de mettre à l'honneur, la Kabbale
n'est pas oubliée. Nous en citerons de nombreuses preuves. Il faut avant
tout savoir que sous le nom de société théosophique existe une vaste
association qui de l'Inde est passée en Amérique et en Europe, étendant
ses vigoureuses ramifications dans les États-Unis, en Angleterre et en
France. Cette association fonctionne régulièrement, rangée
hiérarchiquement et bénéficiant de moyens littéraires de revues et de
journaux. Son organe principal est en France le LOTUS, publication
périodique assez intéressante qui prend dans le bouddhisme ses idées
essentielles sans prétendre s'accaparer les mentalités, sans interdire
les idées neuves et les tentatives de transformation.

Sur ce fond de bouddhisme on fait souvent des considérations et des
citations textuelles de la Kabbale. Il existe en fait une branche
française de la dite société qui a pris le nom de IDE (ISIO) et qui a
publié dans le cours de l'année dernière une traduction inédite du
SEPHER IETZIRAH,un des livres kabbalistiques qui sont considérés comme
les plus anciens et les plus importants. Il ne m'appartient pas
d'examiner en ce lieu la valeur de cette traduction et des
communications qui l'accompagnent . Je me limiterais à dire, pour donner
une idée de l'esprit qui anime un tel travail que selon l'auteur la
Kabbale est l'unique religion de laquelle tous les cultes sont des
émanations.

Une autre revue consacrée à la propagande théosophique, et dans laquelle
consécutivement la Kabbale intervient assez souvent, est redirigée et
dirigée par CATHY CAITHNESS duchesse de Pomar. Celle ci a pris le nom
d'AURORE, le même que le grand théosophe JACOB BOEHM donna a son premier
livre. A la fin de ce périodique il n'est en aucun cas identique à celui
du LOTUS. Le bouddhisme ne domine pas le christianisme, mais est au
milieu d'une interprétation ésotérique des textes sacrés, les deux
religions sont en concordances et présentées comme la substance commune
de toutes les autres. Cette interprétation est certainement un des
éléments essentiels de la Kabbale, mais celle ci ne nous fournis pas
moins une contribution directe sous le nom de théosophie semée. Je ne
prétends pas être garant de l'exactitude de l'exposé; je me limite à
signaler la sollicitude et l'attention de laquelle celle ci a fait
l'objet de l'extrême curieuse publication de la duchesse de Pomar.

Et pourquoi ne pas parler d'une autre périodique, l'Initiation, lequel
ne compte pas si ce n'est quatre mois d'existence? Le nom de Initiation
est déjà assez significatif, et il nous ouvre les pénétrations de
nouveaux temps fermés aux profanes. Cette jeune revue qui assume le nom
de revue philosophique et indépendante des hautes études, est presque
uniquement dédiées aux sciences et pour le moins aux recherches
curieuses et aux conjonctures extrêmement suspectes à la science
reconnue, et disons de plus, à l'opinion publique, c'est à dire celle
qui est teinte par l'organe des sens commun. Parmi celle ci figure
généralement la théosophie, les sciences occultes, l'hypnotisme, la
franc maçonnerie, l'alchimie, le magnétisme animal, la physionomie, le
spiritisme, etc, etc.

Maintenant, quand il s'agit de théosophie, la Kabbale fut certainement
sa comparse et l'Initiation obéît elle aussi à cette nécessité. Il s'y
manifeste une prédilection pour la Kabbale qui est appelée la Sainte
Kabbale, on fait appel à son autorité, et dans le second numéro on note
particulièrement un article de Monsieur René Caillé sur le règne de dieu
de Albert Jhouney, dans laquelle la doctrine du Zohar, le plus important
des deux livres kabbalistiques, sert de base à une Kabbale chrétienne
formée des idées de Saint- -Martin dit le philosophe inconnu, rénovateur
inconscient de la doctrine d'Origène. Une autre Kabbale chrétienne nous
est proposée par l'Abbé Roca, rédacteur du Lotus. Qu'il me soit permis
d'enchainer aux journaux professant les idées de Swedenborg, qui se
publient depuis peu en France et au dehors, et en particulier la
Philosophie générale des étudiants de Swedenborg libres.
Mais l'église de Swendenborg, ou la nouvelle Jérusalem, bien que
présentée par ses fidèles, forme une forme très importante de la
théosophie, elle ne peut toute fois se recommander à la Kabbale, que
moyennant son interprétation ésotérique de la sainte écriture. Les
résultats de cette interprétation et les visions du prophète suédois,
ressemble peu, à part quelques exceptions, aux enseignements contenus
dans le livre kabbalistique du Zohar, du Sepher ietzirah.

Je préfère me limiter à un livre récent profondément érudit, thèse de
doctorat, présenté, et ce n'est pas rien, à la Faculté de Lettres et de
Philosophie de Paris, et qui n'a pas obtenue toute l'attention méritée.

Essai sur le gnosticisme égyptien, ses développements et son origine
égyptienne par M.E. Amélineau.

" Cette dissertation, bien que écrite par un unique indépendant, détruit
la critique superficielle, qui prétend réduire la Kabbale à un mensonge
charlatanesque, accouchée par un obscur rabbin du 3e siècle et continuée
après lui par des imitateurs privés d'intelligence et de savoir.
Monsieur Amélineau se révèle un père du Gnosticisme, absolument inconnu
au troisième siècle, principalement dans le Saturnin et le Valentin, un
système de théogonie et de cosmogonie absolument identique à celui du
Zohar, pas seulement les idées, mais également les formules symboliques
du langage et les manières d'argumenter, sont les mêmes de chaque coté.

La même année pendant laquelle monsieur Amélineau, a soutenu sa thèse à
la Sorbonne, il vengeait le Zohar des coups du scepticisme de notre
temps, un autre de Ato Kiesco, monsieur Epstein, rendait au Sepher
ietzirah, fait également sujet aux critiques des modernes, une partie au
moins de ces antiques origines. Même si ce dernier ne l'a pas fait
remonter d'Akiba et encore moins jusqu'au patriarche Abraham, il établit
autre chose derrière des raisons qui peuvent être retenues comme
décisives, lui même ne peut être postérieure au 4° siècle du Pera. Mais
çà ne suffit pas, en regardant la substance du livre plutôt qu'à sa
forme, et en citant les analogies des plus antiques émanations du
Gnosticisme, indubitablement nous pouvons remonter encore plus loin.
Peut être que les nombres et les lettres auquel on rattache tout le
système du Sepher ietzirah, ne font pas un grand travail dans le
pythagorisme et dans les premiers systèmes de l'Inde ? Il règne
aujourd'hui la manie de vouloir tout rajeunir, comme si l'esprit
systématique et principalement l'esprit mystique ne fut pas Chants
antiques autant que le monde, et qu'il ne devrait pas durer autant que
l'esprit humain.

"Ces raisons parmi tant d'autres, pour croire que l'intérêt démontré par
tant de siècles pour la Kabbale, dans le christianisme et dans le
judaïsme, dans les recherches philosophiques et dans les spéculations
théologiques, n'a pas fini de disparaitre. L'auteur conclue ainsi,
affirmant l'opportunité de la 2e édition de son volume, qui nous croyons
sera accueillie avec reconnaissance par les cultures des études
historiques et philosophiques.

 
dimanche 7 mars 2010
  louis reybaud saint-martin fourier comte saint-simon proudhon
*LOUIS REYBAUD^1 <#sdfootnote1sym> *^*1* * *

Je me trouvai placé, en entrant à l'Académie des sciences morales et
politiques, à côté de M. Louis Reybaud. Les séances de notre Académie
sont souvent très intéressantes. Elles l'étaient alors d'une façon toute
particulière par la présence d'un certain nombre de causeurs illustres,
qui faisaient le charme des salons de Paris, et qui, naturellement,
faisaient aussi le charme du nôtre. La science s'y montrait environnée
de toutes les grâces du monde. Ceux qui n'ont entendu M. Guizot qu'à la
tribune ne connaissent que très imparfaitement cette parole qui,
majestueuse et puissante dans une assemblée politique, devient familière
et quelquefois enjouée dans l'intimité. M. Cousin, tout le monde le
sait, était le roi de la conversation. Anecdotes, traits d'esprit,
curiosités inédites, vues profondes, détails charmants, tout se pressait
en abondance sur ses lèvres. Nul n'était plus redoutable et plus
impitoyable dans l'ironie. M. Giraud, qui était un jurisconsulte, lui
tenait tête, en histoire et en littérature, avec une érudition très sûre
et très étendue. M. Michel Chevalier, dont les écrits étaient devenus
graves avec le temps, retrouvait son ancienne verve à l'Académie. M.
Hippolyte Passy, très écouté, très respecté et très singulier, très
indifférent à tous ces jeux d'esprit quoiqu'il les comprit à merveille,
donnait une note grave dans ce brillant concert. Nous n'avions plus M.
Michelet; mais M. Michelet brillait surtout dans le monologue, et il
aimait mieux, pour auditoire de jeunes écoliers que de vieux
académiciens. Il arrivait souvent, surtout quand M. Cousin parlait, et
qu'il chantait une antienne à quelque philosophe d'une autre paroisse,
que l'Académie éclatait de rire. Mon voisin regardait de tous ses yeux,
et me disait « De quoi rit-on ? » Je ne pouvais pas toujours lui
répondre,parce que, pour lui répondre, il fallait crier, et qu'il y a
des choses qui ne se disent qu'à l'oreille. Je pris le parti de lui
écrire. Il m'écrivait aussi. « Mais, lui disais-je, je ne suis pas
sourd. C'est que je n'entendrais pas ma voix, je pourrais parler trop
haut, attirer l'attention, gêner l'Académie ». Nous avions l'un et
l'autre la plume à la main pendant [80] toutes les séances; et
quelquefois, quand par hasard, par très grand hasard, la lecture était
ennuyeuse, nos correspondances roulaient sur la politique, sur des
bruits de salon. Je suis sûr qu'en nous lisant on nous aurait pris pour
des écoliers. Nous n'étions jeunes ni l'un ni l'autre, quoiqu'il y ait
de cela un quart de siècle. La séance finie, Louis Reybaud prenait avec
soin tous nos petits papiers et les serrait comme choses précieuses dans
son portefeuille. Peut-être les relisait-il dans ses moments de
solitude, comme ces désoeuvrés qui font la partie avec un mort.


Marie Roch-Louis Reybaud est né à Marseille le 15 août 1799. 11 fit de
bonnes études au collège de Juilly. Son père était négociant. Il fit,
pour sa maison, de nombreux voyages dans le Levant et en Amérique.
Possesseur, à vingt-neuf ans, d'une petite fortune, il quitta Marseille
pour Paris, et le commerce pour les lettres. Je dirai d'abord ici qu'il
a été homme de lettres toute sa vie, et qu'il n'a jamais été autre chose
ni professeur, ni administrateur, ni homme d'affaires en quelque genre
que ce soit. Rien ne lui aurait été plus facile que d'avoir une place
après 1830. Il était ami de M. Thiers, qui connaissait son mérite. Il
fut député pendant quelques années, et député très occupé dans les
grandes commissions. 11 ne voulut ni rien demander ni rien accepter. Sa
plume lui suffisait il fut toute sa vie indépendant par sa position
comme il l'était par son caractère.

Il chercha longtemps sa voie il fit des vers, des récits de voyage, des
romans, des pamphlets, de l'histoire, de l'économie politique. A ne
consulter que cette nomenclature, il faut dire de lui que c'est un
polygraphe. Il a dû ses plus grands succès à l'économie politique. Il
était classé chez nous dans la section de morale, parce qu'il avait
succédé à Villeneuve-Bargemont. Mais Villeneuve-Bargemont lui-même était
moins un moraliste qu'un économiste. Il est tout simple que nous ayons
quelquefois, dans la section de morale, des économistes et des
philosophes. Louis Reybaud n'y était pas déclassé. Peut-être l'auteur de
Jerôme Paturot et des Études sur les réformateurs socialistes était-il
là à sa véritable place.

De même, dans un autre ordre d'idées, il était arrivé par un long
circuit à ses opinions définitives. Il avait été républicain avant la
république, quand les républicains étaient bien clairsemés et bien
persuadés eux-mêmes que la république ne reviendrait plus. Elle revint,
en 1848, et, quand elle fut revenue. Louis Reybaud, qui était un
républicain de la veille, et qui, à ce titre, pouvait prétendre à tout,
ne se sentit pas, en se tâtant, très convaincu d'être un républicain du
lendemain. Ce qu'il vit de plus clair dans ses convictions, c'est qu'il
était à la fois très conservateur et très libéral. Il fut ennemi [81] de
l'Empire, parce que l'Empire n'était pas libéral il accueillit avec
empressement la république libérale de M.Thiers.Quand la république, par
une confusion dont l'histoire offre plusieurs exemples, prit des mesures
contre la liberté de conscience au nom de cette liberté même, son ferme
esprit resta fidèle à ses opinions de <848 et de 1872. Il était de ceux
qui professent qu'on ne peut être sûr d'aimer et de comprendre la
liberté que quand on aime et quand on comprend la liberté des autres.


L'heureux homme Son histoire est presque terminée par ces quelques mots.
Il ne me reste plus qu'à parler de ses livres. Il en a fait beaucoup.
Mettons que ses œuvres complètes fassent cent volumes elles feraient, en
comptant bien, davantage. Il y a au moins cinquante volumes que je
sacrifierais volontiers il y en a bien quarante, parmi les autres, qui
ne me causeraient pas de grands regrets. Je vais en nommer quelques-uns,
sur ce grand nombre, pour en donner quelque idée, et nous nous
arrêterons ensuite, si vous le permettez, sur les huit ou dix volumes
qui méritent de lui survivre.

Il a d'abord collaboré à la Dupinade et à la Némésis. La Dupinade est
presque introuvable; il faut s'en consoler.. Tout le monde a lu la
Némésis et chanté la gloire de Barthélémy. Je n'en suis pas fort engoué.
J'y vois de fort beaux vers et un nombre beaucoup plus grand de vers
insipides. Je ne puis supporter une satire que quand elle est courte. Je
n'acquiesce pas à ce parti pris d'épancher de la haine en plusieurs
milliers .de vers. Je plains le poète de vivre dans cet état d'esprit,
et je ne me soucie pas de m'y mettre moi-même à sa suite. Je trouve
souvent, en lisant la Némésis, que c'est l'auteur qui se trompe.
J'applaudis, dans ce fatras, à quelques élans d'indignation magnifiques.
Louis Reybaud n'a collaboré qu'aux premiers chants. Je ne crois pas que
les beaux vers soient de lui, et j'ai pour cela deux raisons c'est qu'en
lisant les contemporains, je ne le vois jamais associé à la gloire de
l'auteur principal, et qu'il a eu la maladresse de publier des vers
composés et signés par lui seul. Ils sont, je le déclare, d'une
platitude désespérante. On faisait dans ce temps-là plus de vers qu'à
présent; tout le monde on faisait; j'en ai là de M. Guizot, qui ne
valent rien. M. de Rémusat en a laissé des,volumes; ceux-là ont eu dans
leur temps beaucoup de succès ils n'en auraient plus autant aujourd'hui.
Ceux de Louis Reybaud seraient situés n'en
parlons plus.


Vers le même temps (aux environs de 1830), il écrivit dans plusieurs
journaux le Voleur pomme, la Révolution de 1830, la Tribune, le
Constitutionnel, le Corsaire. Il collabora ensuite au National sous [82]
le nom de Léon Durocher. Il avait du bon sens et de l'esprit, les deux
qualités essentielles pour faire un bon journaliste. Je ne doute pas
qu'il n'eût conquis un rang élevé dans la presse, s'il en eût fait sa
principale affaire. Il a fait comme nous faisons tous, il a choisi
quelques-uns de ses articles pour les publier en volumes; mais qu'est-ce
qu'un article ? C'est une improvisation. Le journal transformé en livre,
n'a plus les immunités du journal; il parle à un public plus éclairé et
plus froid; il ne trouve plus l'assentiment passionné du premier jour.
L'auteur refait son article pour le transformer en chapitre, et il perd
son originalité à cette refonte, ou. s'il lui laisse son ancienne forme,
il a soin de choisir parmi ses articles les moins fantaisistes, ou, pour
parler plus exactement, les plus plats, ceux qui ont le moins de chances
de choquer, et, par conséquent, le moins de qualités pour plaire. Quand
le livre ne supprimerait que le péril, n'est-ce donc rien? Le
journaliste dans son article est un combattant, comme l'orateur à la
tribune; sa puissance est en proportion des risques qu'il court. Si un
homme marchait sur une corde raide à deux pieds au-dessus du sol,
personne ne se dérangerait pour le regarder. Mettez la corde au-dessus
du Niagara, il y aura vingt mille spectateurs.


Il faut qu'un journaliste politique en prenne son parti: son oeuvre
périt à mesure qu'elle sort de ses mains. Il n'est pas grand par ce
qu'il fait, mais par l'action qu'il exerce; et on n'exerce pas une
action puissante quand on est seulement journaliste à ses heures, comme
le fut presque toujours M. Reybaud.

On lui avait confié la direction de l'Histoire scientifique de
l'expédition française en Egypte. Cette direction l'occupa plusieurs
années. L'ouvrage ne comporte pas moins de dix forts volumes. M. Louis
Reybaud en écrivit six pour sa part; ce sont ceux qui comprennent les
campagnes de Bonaparte, de Kléber et de Menou. Il fut aussi chargé du
Voyage autour du monde, de Dumont d'Urville, et du Voyage dans les deux
Amériques, de d'Orbigny. Il s'acquittait avec aisance et talent de ces
taches difficiles; il avait l'amour de l'exactitude, un esprit clair et
méthodique, un style agréable sans être brillant. Ses propres voyages
l'avaient préparé à raconter ceux des autres. Mais, ici encore, il n'y a
pas à se le dissimuler, le genre est faux, l'oeuvre est condamnée à la
médiocrité. De même qu'un livre fait avec des articles n'est pas un
livre, un voyage écrit par quelqu'un qui est resté chez lui n'est pas un
voyage. Dans la correspondance de Jacquemont, Jacquemont nous intéresse
autant que les Hindous. Celui qui a dit: le moi est haïssable, ne
pensait pas aux auteurs; il ne pensait qu'aux égoïstes. Quand je lis un
livre, je veux être en [83] conversation avec celui qui l'a fait. Je
veux bien qu'il ne parle pas de lui, mais j'exige qu'il parle pour lui.
S'il ne fait que traduire les notes d'un autre, il n'a droit ni à ma
confiance ni à mon amitié.
Notre infatigable écrivain, qui a fait de l'histoire des voyages, du
journalisme, de la poésie, a fait aussi des romans. C'est même ce qu'il
a fait le plus. Pendant plusieurs années, il a tenu son rang, et même un
des premiers rangs, parmi les romanciers de second ordre. Le second
ordre est très honorable, quand on compte, au premier, les Alexandre
Dumas, les George Sand et les Balzac. Il a essayé un peu de tous les
genres la /Vie de Corsaire/ est un roman d'aventures /la Comtesse de
Mauléon/ est une étude de mœurs. Il aime à étudier des types, comme par
exemple l'employé dans /Edouard Mongeron, le Dernier des Commis
voyageurs, le Coq du clocher/. Je ne ferai pas l'énumération de ses
œuvres en ce genre. Elle serait longue. Si je l'essayais, vous diriez
peut-être avec dédain De ces vingt romans, je n'en connais pas un seul,
Ce n'est pas une raison pour qu'ils soient mauvais. Il y a des romans
qui sont d'admirables et durables chefs-d'œuvre, comme le Don
(Quichotte. Il y en a d'autres qui sont aussi des chefs-d'œuvre, et qui
commencent, au bout d'un demi-siècle, à être moins admirés. Il y en a
enfin qui, après quelques années, gardent leur réputation et perdent
leur vogue. On se sent obligé de les avoir dans sa bibliothèque; on se
dispense de les lire. Au commencement du siècle, on lisait Clarisse
Harlowe avec passion. La Nouvelle Héloise donnait la fièvre. Je ne crois
pas calomnier la génération nouvelle en disant qu'elle préfère nos
grands romanciers modernes. Encore si elle ne préférait que les plus
grands Elle ne sait plus le nom des romans de Mme Cottin, qui faisaient
pleurer tout le monde dans ma jeunesse, même les académiciens. Elle ne
connaît de Pigault-Lebrun que son illustre neveu. Permettez-moi donc de
ne pas être trop humilié pour M. Louis Reybaud de l'obscurité relative
où sont tombés des livres tels que César Falempin, la Vie à rebours,
Splendeurs et aventures de Narcisse Mistigris. On y trouverait, si on
voulait les lire, beaucoup d'esprit et de bonne humeur, des observations
fines, du sentiment sans exagération, de la gaieté sans indécence et du
plaisir sans remords. Mais on a, je le sais, autre chose à faire que de
lire de pareils livres. Ceux-ci ne sont que naturels, ils ne sont pas
naturalistes.

Je viens de lire tous les romans de M. Louis Reybaud. J'en ai fait une
lecture sommaire, à raison de deux romans par jour. A part quelques-uns,
où il ne s'est proposé que de distraire le lecteur,ils contiennent tous
la satire d'un vice ou d'un ridicule. Il ne fouille pas profondément,
comme un Balzac il se contente de regarder avec de [84] bons yeux, sans
se donner trop de peine. Ce qu'il raconte ne l'émeut pas, ou l'émeut
bien légèrement; mais on comprend, et cela lui suffit, qu'on a affaire à
un esprit juste et à un cœur bien placé. II était difficile que, avec
ces qualités et ces dispositions, il se bornât tou- jours à raconter des
aventures imaginaires. Il devait sentir à la longue le besoin d'observer
directement la société, de chercher un remède pour ses défauts, et de
discuter les remèdes offerts par des réformateurs trop aventureux. Nous
venions de traverser trois révolutions l'une par la philosophie, l'autre
par la guillotine et la troisième par le canon. Revenus en pleine paix,
sous l'abri des lois, le gouvernement nous conseillait de reprendre la
foi de nos pères, et un peu leur législation, ce qui ne faisait plaisir
qu'aux anciens émigrés. En même temps, et comme pour faire contraste,
les utopistes nous conviaient à des révolutions pacifiques, dont on
riait, en attendant d'en souffrir, et peut-être d'en périr. M. Reybaud
se dit qu'il fallait au moins examiner attentivement ces nouvelles
doctrines, qu'elles faisaient déjà des adeptes, qu'elles feraient sans
doute des dupes, qu'il était temps d'en tirer ce qu'elles pouvaient
contenir d'utile, de signaler ce qu'elles avaient de dangereux. Il
publia, dans la Revue des deux mondes, une série d'articles sur
Saint-Simon, Fourier, Owen, Auguste Comte. Le succès fut universel. Il
avait enfin trouvé le sujet qu'il devait traiter en maître, avec une
précision, une impartialité, une clarté que personne à ma connaissance,
ne devait porter aussi loin que lui. Il a fait de ces articles un
ouvrage d'une lecture facile. Les articles de la Revue des Deux Mondes
sont toujours, par la fermeté des vues et la sûreté des informations,
les chapitres d'un livre; ils ne sont des articles que par la limpidité
de l'exposition et la vivacité du style. M. Louis Reybaud fit quelques
additions, ajouta quelques appendices, et il en résulta deux volumes que
l'Académie française couronna en 1841. C'est pour ces deux volumes,
Messieurs, que, quelques années après, M. Louis Reybaud, fut appelé à
siéger dans notre Académie il va sans dire que Jérôme Paturot, publié en
1843, et dont le succès fut immense, ne nuisit pas à son élection.

M. Louis Reybaud, qui ne se vante jamais, dit qu'il a eu le triste
honneur d'introduire le mot de socialisme dans la langue française.
C'est une assertion dont je suis hors d'état de vérifier l'exactitude.
Avant de commencer l'histoire des socialistes modernes, il rappelle en
quelques mots celle des socialistes anciens. Ce sont des prédécesseurs
glorieux, puisqu'il compte parmi eux Platon, Thomas Morus et Fénelon.
Quand il publia son chapitre sur les saint-simoniens, l'école n'était
pas, comme aujourd'hui, entrée dans l'histoire. [85] Enfantin n'avait eu
autour de lui que des jeunes gens, presque des adolescents. Ils étaient
dispersés comme famille, mais ils étaient vivants et même puissants, car
la plupart étaient des esprits d'élite qui s'ouvrirent dans le monde une
large trouée. Le livre de M. Louis Reybaud n'était ni un pamphlet ni une
apologie. Il ne voulait satisfaire ni les ennemis de toute innovation,
ni les adversaires de toute tradition. Il put en entrant chez nous se
trouver assis, sans éprouver aucun embarras, à côté d'un des
représentants les plus illustres de l'école et de la famille
saint-simonienne.

« Levez-vous, monsieur le comte, vous avez aujourd'hui de grandes choses
à faire. C'est avec ces mots que Saint-Simon, dès l'âge de dix-sept ans,
se faisait éveiller tous les matins. Il servit sous Washington, et fut
colonel à vingt-trois ans. Mais la campagne finie. il quitta pour
toujours la carrière militaire. Dès sa première jeunesse, il rêvait de
fonder une école scientifique et un grand établissement industriel. Il
n'avait que dix-neuf ans quand il envoya au vice-roi du Mexique un
mémoire sur la jonction des deux océans au travers de l'isthme de
Panama. Il trafiqua pendant la Révolution, sur les domaines nationaux:
il lui fallait de l'argent comme moyen d'action. A peine enrichi, il
s'entoura de savants dont il fut le Mécène. Il se maria pour étudier le
mariage, vécut un an dans le luxe et acheva de se ruiner. Le grand
seigneur, l'ancien spéculateur enrichi, fut contraint d'accepter une
place de copiste au Mont-de-Piété, qui lui rapportait mille francs par
an. Il se passait de feu en hiver et vivait~de pain et d'eau, pour
fournir aux frais d'impression de ses livres.

Pour avoir écrit que si la France perdait ses cinquante premiers
savants, ses cinquante premiers artistes, ses cinquante premiers
industriels, etc., en tout les trois mille premiers savants, artistes et
artisans, il lui faudrait au moins une génération entière pour réparer
ce malheur, mais qu'elle pouvait perdre sans périr, et même sans
souffrir, Monsieur, frère du Roi, Monseigneur le duc d'Angoulême, tous
les princes du sang, tous les ministres d'État, tous les évêques, tous
les juges, et les 10,000 propriétaires les plus riches parmi ceux qui
vivent noblement, c'est-à-dire à ne rien faire, la Restauration lui fit
un procès. Il le gagna. Il était exaspéré par la persécution et la
misère. Il se tira un coup de pistolet, mais la balle n'ayant atteint
aucune des parties organiques, il en fut quitte pour la perte d'un oeil.
Il vécut encore jusqu'en 1825. Le Nouveau Christianisme est l'oeuvre de
ses dernières années et je remarque en passant que la plupart des
pourfendeurs de christianisme finissent par un nouveau christianisme.

[86]

Dans les derniers jours de sa vie, il avait trouvé le moyen de fonder le
Producteur. Là se réunirent ses disciples, ayant à leur tête Enfantin et
Bazard. Le Producteur ne put se soutenir. Ils eurent recours aux
conférences de la rue Taranne. d'où sortit l'Exposition de la doctrine
puis à l'organisateur, publication hebdomadaire. Enfin. au commencement
de 1831, Pierre Leroux leur apporta le Globe Ce fut leur époque
glorieuse. La discorde se mit entre les deux chefs quand Bazard, esprit
plus pratique, refusa de suivre Enfantin dans les conséquences extrêmes
de la doctrine. Les fidèles, les persévérants restèrent groupés autour
d'Enfantin, qui leur donna asile dans une maison qu'il possédait à
Ménilmontant. Ils prirent l'habit, chantèrent des hymnes, adoptèrent une
règle, et pour compléter la ressemblance avec les institutions
monacales, furent visités par la misère. Les uns prêchaient, à Paris et
en province, la nouvelle doctrine d'autres louaient leurs bras pour un
salaire, et se résignaient aux plus humbles besognes. Ils furent sauvés,
c'est-à-dire dispersés, en 1832, par un arrêt de la Cour d'assises.


Telle est l'histoire de la secte. *La doctrine est plus difficile à
résumer, parce qu'elle aborde tout, depuis la nature divine jusqu'à
l'organisation de la propriété, du travail et de la famille. Louis
Reybaud la juge assez sévèrement en disant qu'elle ne se compose que de
plagiats. Selon lui, elle n'est ni plus ni moins méritante au point de
vue religieux que les autres réformes au petit pied tentées de nos jours
« dans l'une et l'autre Eglise dissidente ou orthodoxe ». Elle n'a pas
même l'éclat de la comédie théo-philanthropique jouée vers la fin du
siècle dernier. Dans les sphères de l'illuminisme et du mysticisme, les
saint-simoniens copient sans les égaler Saint-Martin et Swedenborg ils
sont panthéistes en métaphysique dans leur théocratie, ils refont les
hiérophantes, les brahmes, les mages, les druides, les scaldes, en
demandant à l'affection une obéissance absolue que ces prêtres, « mieux
avisés demandaient à la terreur. Leur morale n'.est guère plus neuve.
C'est, pour les relations entre les sexes, de l'épicurisme compliqué de
polygamie ou de polyandrie, le tout aggravé, au goût du prêtre, de
quelque chose qui ressemble de bien près à l'ancien droit du seigneur. *


Ce jugement est bien sommaire. Il ne tient pas compte de la différence
entre la doctrine du livre de /l'exposition/, rédigé par M. Carnot à la
suite des Conférences de la rue Taranne sous la direction de Bazard, et
celle du /Nouveau Livre/, sorte d'Évangile ou de Coran, publié par
Enfantin à Ménilmontant. après la scission. Il n'est pas très sérieux
d'assimiler le saint-simonisme, qui repose sur la croyance au progrès et
qui prononce cette belle formule « L'âge d'or est [87] devant nous à des
sectes religieuses dont le dogme principal est la doctrine de la chute
et la réhabilitation par la pénitence. Fonder le pouvoir sacerdotal sur
l'amour, au lieu de le fonder sur la terreur, ce n'est pas une
différence légère c'est une opposition formelle, qui constitue pour le
saint-simonisme, non une infériorité comme M. Louis Reybaud le prétend,
mais une supériorité éclatante. La réunion dans une même main du
pouvoirspirituel et du pouvoir temporel n'est certes pas'une nouveauté;
mais c'est peut-être la première fois que cette unité ait été réclamée
au nom de l'égalité absolue du spirituel et du temporel.


L'accusation d plagiat est donc mal fondée et je note comme une
particularité assez piquante que mon excellent ami M. Carnot, dans un
curieux mémoire qu'il a communiqué à l'Académie, prétend au contraire
que nous sommes tous plagiaires des saints-simoniens. Et quand il serait
vrai que le saint-simonisme n'est qu'une suite de plagiats, je ne sais
pas ce qu'on pourrait en tirer contre lui. Les premiers âges du monde
ont condamné les âges suivants à n'être que des plagiaires en
philosophie; nous réunissons d'anciennes formules à d'autres anciennes
formules pour former,avec des éléments anciens, un assemblage nouveau.
C'est à cela, et à quelques développements très restreints, que se borne
désormais notre esprit d'initiative. Il suffit de savoir un peu
l'histoire de l'esprit humain pour trouver des ancêtres à toutes les
découvertes. La grande gloire n'est pas d'inventer, mais de réaliser.
Celui qui énonce une idée en passant et l'abandonne, est moins grand que
celui qui la recueille et la fait vivre. On a beau me dire que
Saint-Simon a rêvé de percer l'isthme de Panama, je sais bien quel est
l'homme qui va contraindre les deux Océans à mêler leurs flots.


M. Louis Reybaud dit que la politique et l'économie politique sont
restées ce qu'elles étaient avant Saint-Simon. Oui, ce n'est pas
Saint-Simon qui a créé cette formule « Toutes les institutions sociales
doivent avoir pour but l'amélioration morale, intellectuelle et physique
de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre. Sans parler des
philosophes anciens et modernes, et plus spécialement des philosophes
français du dix-neuvième siècle, c'est la doctrine, c'est le langage de
la Constituante. Mais n'est-ce rien de l'avoir répétée si souvent et si
haut, et avec une conviction si ardente qu'elle est entrée plus
profondément dans les esprits ? Le Globe ne croyait pas innover quand il
écrivait sur sa première page « Tous les privilèges de naissance sont
abolis. » Mais ces privilèges, abolis le 4 août, avaient été restaurés
par Napoléon et parla Charte. « A chacun selon sa capacité, à chaque
capacité selon ses oeuvres ». Ce n'est qu'une [88] règle de justice mais
le saint-simonisme en faisait un principe d'organisation sociale.

On a voulu voir dans cette formule la proclamation du communisme. M.
Carnot dit avec raison qu'il ne faut pas la confondre avec la formule
d'une autre école « A chacun selon ses besoins. II ajoute que la maxime
saint-simonienne est précisément la négation du partage égal des biens.
L'inégalité dans la distribution est manifeste, mais il reste à demander
à M. Carnot si ce qu'on distribue est la propriété, et si ce n'est pas
seulement la jouissance. La propriété indivise, ou, comme on dirait à
présent, le collectivisme, n'implique pas nécessairement la suppression
de toute hiérarchie.

Ce qui est surtout condamnable chez les saint-simoniens, c'est la
théorie de la ;femme libre, et l'intervention du couple sacerdotal dans
le mariage. Ce fut l'échec d'Enfantin. Il avait fait dresser à côté du
sien, pour la femme-pontife, un trône qui resta vacant. « La femme ne
vient pas disait-il mélancoliquement. Elle vint au contraire, non pour
siéger, mais pour protester. Mme Bazard se chargea de la condamnation,
qui fut écrasante.

Rien ne diffère plus de la personne et de la doctrine de Saint-Simon que
la personne et la vie de Fourier. Saint-Simon est noble, il combat en
Amérique pour l'indépendance, il fait le commerce en .grand, il se
marie, il donne des fêtes, il se ruine. La pauvreté venue, il la
supporte avec courage, sans jamais abandonner son oeuvre. C'est une vie
étrange, brillante et diverse. Fourrier naît. et vit dans une condition
modeste. Je dirai en deux mots sa vie matérielle. Il est, et reste,
commis-marchand. Tout jeune, il conçoit les premiers fondements de son
système et passe sa vie à le perfectionner. Il n'a d'autre souci que de
parvenir à publier ses livres pour le reste,tout lui est bon, il n'y
songe pas. II ne doute ni de son génie, ni de son succès, c'est-à-dire
du succès futur de ses idées, et il vit par avance dans le monde
enchanté qu'il décrit et qu'il prépare.


Les économistes veulent qu'on utilise tous les matériaux et toutes les
forces de la nature physique et Fourier veut qu'on utilise tous les
hommes, et toutes les aptitudes de chaque homme. Ce n'est pas utiliser
un homme que de le surcharger de besogne, si cette besogne n'est pas
celle à laquelle il est propre, car il souffre en la faisant, et il la
fait mal tandis que, mis à sa place, son travail est un bonheur pour
lui, et une heureuse fortun e pour la communauté. Il n'y a pas de
travail rebutant,il n'y a que des travaux mal répartis. Tous les
mécomptes de l'humanité, depuis qu'elle existe, viennent de ce qu'elle a
laissé certaines forces inactives et qu'elle a mal employé les autres.

Il y a un malentendu entre Dieu et nous depuis cinq mille ans.

[89]

Newton a expliqué le monde physique par l'attraction physique, Fourier
vient expliquer et régler le monde moral par l'attraction universelle
passionnée. Les deux mondes sont analogues dans leur constitution, et
doivent l'être dans leur loi.


Le centre de l'attraction universelle passionnée est Dieu. L'attraction
vient de lui, le devoir vient de l'homme, et le devoir consiste
uniquement à suivre l'attraction qui nous mène à Dieu. Cette attraction,
qui n'aboutit qu'à la méditation et à l'extase dans le mysticisme, se
produit par l'action en harmonie, c'est-à-dire dans le monde transformé
suivant les idées de Fourier. En harmonie, tout est action et mouvement.
L'attraction passionnée a pour résultat d'employer toute passion humaine
et tout individu humain à son oeuvre propre, ce qui implique la division
du travail et l'association.

L'association n'est pas l'indivision. Notre penchant n'est pas de
s'absorber, il est de coopérer. Nous apportons, dans la coopération, le
capital, le travail ou le talent dans la société mal organisée,c'est au
capital qu'est attribuée la plus grande part des produits le talent
vient ensuite. La proportion est renversée en harmonie, et le travail a
la plus grande part, parce qu'il représente la classe la plus nombreuse.
Dans l'organisation du travail humain, Saint-Simon s'appuie sur la
hiérarchie des fonctions, et Fourier sur leur équivalence.

Platon, dans sa République, suppose un homme et une femme faits l'un
pour l'autre, et qui seraient parfaits, s'ils pouvaient se rencontrer et
s'unir mais comme ils ne se rencontrent pas, et que le mariage entre
deux êtres mal assortis engendrerait le désordre et introduirait un
dissolvant dans l'Etat, il supprime le mariage et charge le magistrat
d'assortir les couples dans des unions momentanées. Fourier adopte le
même principe et en décrit l'application avec une précision sévère et
une surprenante abondance de détails.

Il applique aux rapports entre les sexes sa théorie de la division des
fonctions et les fait passer par trois degrés les favoris et favorites,
les géniteurs et génitrices, et enfin, après ce double essai, s'il a
réussi au gré des contractants, les époux et épouses. Telle est dans
Fourier la puissance de l'imagination qu'ayant conçu son utopie, il la
voit par les yeux de la pensée, comme il voit par les yeux du corps le
monde extérieur. Ce n'est pas un vœu qu'il exprime, ce n'est pas une loi
qu'il formule c'est un voyage qu'il raconte. Et son récit a dans un si
haut degré le caractère d'une description minutieuse et sincère que sa
foi, à la longue, devient communicative.

Cette multitude de détails dans lesquels il entre, et qui d'abord
paraissent puérils ou choquants, finissent par donner à sa création les
apparences de la réalité on se laisse dominer par cette foi robuste;
[90] un détail explique l'autre Fourier apporte au service de ses
démonstrations, qu'il faudrait appeler des descriptions, une érudition
souvent contestable, mais fort étendue, l'érudition d'un homme qui a
vécu pour penser, et qui a constamment rapporté à la même pensée toutes
ses lectures et toutes ses observations il est souvent lourd et fatigant
parce tqu'il tient à être complet mais quelquefois ses descriptions
deviennent brillantes et poétiques. C'est comme un rideau qui se lève
tout à coup pour nous laisser voir une scène animée et radieuse. II y
avait, dans ce rêveur, un philosophe; dans ce philosophe, il y avait un
poète.


Disons adieu à la poésie en arrivant avec Louis Reybaud, à la
philosophie d'Auguste Comte. C'est la philosophie positive, qui a fait
tant de ravages et si peu de prosélytes car si beaucoup s'inscrivent
dans ses rangs, bien peu l'étudient, et parmi ceux qui la connaissent,
le plus grand nombre fait des réserves. Elle est d'un accès difficile.
Il suffit de nier Dieu et l'esprit, et de faire profession de ne croire
qu'à ce qui tombe sous les sens pour se déclarer positiviste mais il
faut avoir une grande somme de connaissances pour lire et comprendre les
œuvres d'Auguste Comte, de Littré et de Stuart Mill. Comte établit qu'il
y a trois âges qui se succèdent dans l'histoire de l'humanité, tout en
se pénétrant dans les époques de transition l'âge théologique, l'âge
métaphysique et l'âge positiviste. L'âge théologique est encombré de
dieux, et l'âge métaphysique, qui pourtant est un progrès, est encombré
de fantômes. Le vrai philosophe, qui est le philosophe positiviste,
n'affirme que ce qu'il voit, c'est-à-dire les faits extérieurs, et les
étudie, non pour connaître leur origine ou leur fin, mais pour constater
leur. Enchaînement. c'est- à-dire les lois de leur succession. Après les
dieux mythologiques des premiers siècles, le Dieu abstrait de la raison
a rendu des services provisoires, ne fût-ce qu'en simplifiant le monde
des chimères. Mais à présent son règne est fini, son utilité passée, et
la science positiviste n'a plus qu'à le ramener poliment à la frontière.
Après avoir, dans cette partie historique de son œuvre, enveloppé la
religion et la métaphysique dans la même proscription, Comte entreprend
de ramener les sciences véritables, c'est-à-dire les sciences qui ont
pour objet le relatif, à une formule supérieure, qui les enchaîne dans
une synthèse générale; selon l'ordre décroissant de leur généralité et
l'ordre croissant de leur extension. Il y en a six les mathématiques, la
physique, la chimie, la physiologie, la biologie et la sociologie. Sa
morale qui, logiquement, devrait être l'intérêt ou l'égoïsme, est au
contraire le sacrifice ou l'altruisme, parce qu'il obéit au principe de
la supériorité du général sur l'individuel.

[91]
Ainsi l'œuvre de *Comte*, comprend deux parties la négation de tout ce
qui est transcendant; la coordination de tout ce qui est relatif.
Quoique la première partie fût purement négative, il la regardait comme
le plus grand service rendu par lui à la science et la preuve la plus
concluante de son génie car l'humanité avait usé tant de force pendant
tant de siècles pour donner à des chimères une apparence de réalité,
qu'il fallait une vue perçante et une résolution courageuse pour
abandonner ces fantômes et pour contraindre la philosophie à concentrer
enfin toute son action sur un objet saisissable. Il lui semblait qu'en
arrachant l'esprit humain à ce long rêve, il l'avait ressuscité. Les
sensualistes, ses devanciers, ne sont pas des positivistes, car ils
tirent tout des sens, même l'absolu, qui n'existe pas.


L'idée de l'analogie scientifique universelle est bien antérieure à M.
Auguste Comte. Les jésuites, particulièrement, en avaient été hantés.
C'est elle qui donna naissance à l'Encyclopédie méthodique mais cette
grande entreprise, faite pour l'unité, aboutit dès ses premiers pas à la
confusion. Ampère, auteur de la /Mathésiologie/, et Geoffroy
Saint-Hilaire, avec son /unité de composition/ et sa /Théorie des
analogues/, avaient travaillé, au commencement du siècle, à la synthèse
des sciences; mais Comte le fit avec plus de rigueur scientifique et en
poursuivant, jusque dans l'intérieur de chaque science, son système
général de coordination. L'idée ne lui appartenait pas personne ne s'y
attacha avec plus de suite et d'application.

Saint-Simon le compta pendant six ans au nombre de ses disciples. Il lui
rendit même des services, car il avait, au temps de sa prospérité, la
main ouverte. Mais Comte ne pouvait être le disciple ni l'ami de
personne. Il avait trouvé de bonne heure l'idée fondamentale de son
système, et, depuis cette époque, il croyait seul avoir raison.
*Fourier*, qui se mettait sur le même rang que Newton, n'était pas un
modèle de modestie; mais il n'avait pas l'orgueil agressif. Il se
sentait beaucoup; il ne demandait pas d'hommage. Même son premier livre
parut sans autre nom d'auteur que son prénom de /Charles/. Auguste Comte
voulait s'imposer imposer sa personne comme sa doctrine. Sa vie n'avait
pas été heureuse. Il entre avec un des premiers rangs à l'École
polytechnique, et il en est chassé presque aussitôt à la suite d'une
échauffourée. Il donne des leçons; il en trouve peu. A un certain
moment, il n'a qu'un élève; cet élève est un de mes grands amis, je veux
dire un de mes illustres amis c'est La Moricière. Il finit par être
répétiteur à l'école et examinateur d'admission, mais il perd son emploi
à la suite de démêlés avec François Arago. 11 ouvre un cours chez lui,
pour exposer son système, et attire [92] quelques personnes illustres,
Humboldt, Poinsot, de Blainville; mais, à la troisième leçon, une
discussion s'élève entre lui et Bazard. Elle dégénéra promptement en
querelle. Il fut même question de duel. A la suite de cette scène, Comte
eut un accès de folie furieuse. Il fallut l'enfermer chez Esquirol.

Il était marié, mais seulement à l'état civil, ce qui était rare alors,
et d'autant plus scandaleux. Ce mariage l'avait brouillé avec sa mère
qui habitait Montpellier. Elle accourut pourtant à la nouvelle de sa
maladie, et parla de le faire interdire et enfermer dans une maison
religieuse. La jeune Mme Comte déploya alors un grand caractère. Elle
réclama son mari. fit griller chez elle les fenêtres, ne voulut pas
d'intermédiaire entre elle et lui, et le guérit à force de soins en
quelques semaines. La mère avait pour âpre conseiller celui qui disait
alors: Je leur montrerai ce que c'est qu'un prêtre et qui nous montra
depuis ce que c'est qu'un révolté. La Mennais lui souffla d'exiger le
mariage religieux. Comte, à peine guéri, s'y soumit en maugréant, et eut
une rechute. Il s'échappa, courut au pont des Arts et se jeta à la
Seine. On le sauva, on le rapporta, confus, presque guéri. Un séjour à
Montpellier acheva la cure. Mme Comte fut mal récompensée. Quelques
années après, sur une querelle futile, Comte provoqua une séparation à
laquelle elle consentit.

Au moment où il se trouvait sans place et, par conséquent, sans
ressources, las de s'adresser au gouvernement, qui avait repoussé toutes
ses demandes, il conçut l'idée de se faire entretenir par ses disciples.
Il leur donnait la lumière; ils lui donneraient la vie matérielle. Il
fixa lui-même sa liste civile à cinq mille francs.. Aucun souscripteur
français ne se présenta. Stuart Mill réunit quelques amis anglais, qui
firent les frais de la première année. Ils s'arrêtèrent là. M. Comte
avait espéré que ce serait une pension annuelle, et fut vivement irrité
de ce qu'il appelait leur abandon. M. Littré reprit l'idée en France et
la fit aboutir. Il se chargea même d'être le trésorier.

Mais il survint dans les idées de Comte un changement bien inattendu. Un
jour vint où il ne se contenta plus d'être chef d'école. Il voulut avoir
son église. Une religion fondée sur le positivisme, personne n'aurait
imaginé que cela fût possible, ni que cela pût entrer dans la tête
d'Auguste Comte. Il est vrai que c'était une religion bien peu
religieuse. Il rassembla ce .qui lui restait de disciples pour leur
communiquer son manifeste, et les avertit, avant de commencer la
lecture, qu'il fallait l'écouter en silence. Je ne veux pas, dit-il,
d'observation je n'en souffrirai aucune. » L'ouvrage parut, en deux
volumes, de 1844 à 1848, sous ce titre /Système de politique positive
ou/ /traité de Sociologie instituant la Religion de l'humanité/. M.
Littré, [93] après réflexion, se sépara. Il établit, dans une courte
note, que Comte avait quitté la méthode objective pour la méthode
subjective, et revenait à l'hypothèse religieuse. Son maître lui
réservait une autre surprise. Lui qui s'était marié civilement, qui
avait accepté d'être le défenseur de Marrast devant la Cour des Pairs,
et qui s'était laissé condamner à plusieurs jours de prison plutôt que
de servir dans la garde nationale, il se rallia au coup d'Etat de 1851.
Je dois ajouter, pour être juste envers sa mémoire, qu'il ne gagna rien
à cette conversion. Etait-ce même une conversion ? Il n'avait jamais été
opposé à la doctrine des coups d'Etat. Dans une adresse de l'Association
polytechnique au roi Louis-Philippe, rédigée par lui, il s'était avisé
de déclarer que les coups d'Etat étaient légitimes quand ils se
faisaient dans le sens du progrès. Il pensa apparemment que la
révolution du 2 décembre était faite dans le sens du progrès. Il était
grand partisan de ce qu'on appelle aujourd'hui le socialisme d'Etat, et
se souciait peu de la liberté. A son mariage, il avait signé sur le
registre de la paroisse Brutus-Bonaparte, association de noms qui se
comprenait en ce temps-là. Toute cette vie est monotone et attristée. Il
a eu ce malheur après sa mort, de n'être écouté et admiré que dans ses
négations.

Je trouve encore d'autres écrivains français dans le livre de M. Louis
Reybaud. C'est dans le chapitre des humanitaires. Les humanitaires n'ont
jamais formé une école. M. Louis Reybaud rassemble sous ce titre
quelques écrivains dont le plus célèbre est l'abbé de Saint-Pierre, et
le plus moderne M. Pierre Leroux. Ne prenons pas au sérieux la fantaisie
qu'a eue M. Louis Reybaud de citer à côté de ces deux noms le grand nom
de Lamartine, pour quelques vers où le poète met l'humanité au-dessus de
la patrie

Nations, mot pompeux pour dire /barbarie/ !

L'amour s'arrête-il où s'arrêtent vos pas !

Déchirez ces drapeaux, une autre voix vous crie

L'égoïsme et la haine ont seuls une patrie

La fraternité n'en a pas !

L'abbé de Saint-Pierre ne supprime pas la patrie. Il ne veut supprimer
que la guerre. A mon avis, li. Louis Reybaud le raille trop. Il oublie
trop que le monde a changé de taille. Il ne faut plus qu'une semaine
pour aller de Paris à New-York. Un Européen et un Américain se parlent à
l'oreille. Puisque la confédération des Etats-Unis existe, on ne peut
opposer au projet de confédération européenne que la dimension de
l'Europe et cette dimension est terriblement diminuée par la vapeur et
les câbles sous-marins, depuis le temps de l'abbé de Saint-Pierre.

[94]

M. Pierre Leroux visait bien autre chose qu'une confédération; il ne se
contentait pas de la paix il voulait la solidarité universelle. Il
posait le principe avec grand appareil il manquait de netteté et de
précision dans les applications. C'était un de ces hommes à qui Dieu a
dit « Tu ne te débrouilleras pas! et même la malédiction ne s'arrêtait
pas là Dieu lui avait dit a Tout ce que tu toucheras, tu
l'embrouilleras. » Il avait une grande ambition philosophique, de la
curiosité, de la subtilité, et beaucoup de connaissances acquises. Son
érudition n'était pas sûre il avait le défaut des orgueilleux il ne
faisait jamais qu'effleurer, car il croyait toujours deviner. Il était
le plus grand ennemi de l'éclectisme, auquel il porta de rudes coups
sans s'apercevoir qu'il était plus éclectique que M. Cousin son système
était fait de pièces et de morceaux rassemblés de toutes parts sans
suite ni cohésion. Cousin était compliqué et clairvoyant: Pierre Leroux,
compliqué et embrouillé. Il ne cessait d'argumenter contre la
psychologie de Cousin, bien plus complète et plus pénétrante que la
sienne. Il lui reprochait de donner une action séparée et une réalité
distincte à chacune des facultés de l'âme, et Cousin s'attachait au
contraire à montrer que l'homme est tout entier dans tous les phénomènes
de la vie. A la différence des autres réformateurs, il admettait la
famille, la patrie et la propriété. Il s'attachait même à montrer la
nécessité de ces trois institutions, qui sont le stimulant et la
récompense de l'activité; il en montrait aussi les inconvénients, qui se
résument, disait-il, dans une tendance à supprimer l'ordre social par
l'exaltation de l'égoïsme. Il faut les conserver et les corriger par
l'expansion dont l'amour est le principe. Égoïsme, amour ; absorption,
expansion telle est la loi du mouvement, le circulus dans le monde moral
comme dans le monde physique.

A ce point de vue, Jésus-Christ a été réellement un sauveur, car il a
rétabli le /circulus/ en promulguant la loi de la charité. Mais la
charité est incomplète, parce qu'elle crée le devoir sans créer le droit
correspondant; par exemple, selon le christianisme, j'ai le devoir de
donner, mais celui à qui je donne n'a le droit ni d'exiger, ni de
délimiter, ou de faire délimiter le don que je lui fais. Ainsi
Jésus-Christ est le précurseur de Pierre Leroux; le christianisme n'est
qu'une aurore; c'est une première et glorieuse étape pour conduire le
monde à la religion humanitaire, qui remplace l'aumône par le droit au
travail, la charité par la solidarité.

Le christianisme donne pour sanction à la morale la vie future au delà
de la terre dans un lieu de délices ou dans un lieu de supplice. Pierre
Leroux n'admet ni ciel ni enfer. Il n'admet pas l'enfer, dont
l'hypothèse est contraire au dogme du progrès indéfini et il n'admet
[95] pas le ciel, parce que la perfection réside dans tout et ne peut
être une entité isolée en dehors du monde. Qu'est-ce donc que la vie
future ? Une transformation de l'individu dans la perpétuité de la race
; elle se produit sous la forme d'incarnations successives. Un individu
meurt, un autre naît: l'espèce subsiste; voilà l'immortalité de l'âme.
Si on lui objecte que cette perpétuité est purement métaphysique et ne
peut constituer une sanction morale, puisque l'âme ne se souvient plus
de ses états antérieurs, il répond par la réminiscence de Platon et la
doctrine des idées innées. La solidarité comme règle morale est appuyée
sur la solidarité comme loi génésiaque et principe métaphysique. M.
Louis Reybaud le prend de très haut avec Pierre Leroux, et l'accuse de
ne différer qu'en apparence du système qu'il combat, et d'aboutir tout
simplement à remplacer un mot par un autre. Il n'y a rien de nouveau
dans le système de Pierre Leroux, pas même les mots dont il se sert.
C'est le panthéisme sous sa forme la plus explicite. L'auteur était un
homme embrouillé, par la loi de sa nature, et le système est
nécessairement embrouillé, puisqu'il repose sur la confusion de deux
idées contradictoires. Pierre Leroux était désordonné dans sa
conversation comme il l'était dans sa vie, malgré un travail opiniâtre
même défaut dans sa production courante mais il ouvrait des points de
vue, il abondait en idées, en rapprochement inattendus, en saillies, il
était armé pour le combat, il avait les aspirations et la langue d'un
prophète. Il ne laisse pas après lui de livre ni d'école: mais il laisse
Je souvenir d'un homme qui a beaucoup agi sur ses contemporains, qui les
a souvent ou effrayés ou amusés, sans le savoir et sans le vouloir, et
qui était un esprit éclairé et ouvert, quoique confus.

M. Louis Reybaud étudie, dans d'autres chapitres, des réformateurs
étrangers à notre pays : Owen, le doux père d'une famille inquiétante,
un homme bienveillant et généreux, qui a fondé la secte des communistes
Bentham, le plus puissant théoricien de la morale utilitaire les
Mormons, dont la théorie est absurde et la pratique habile, et qui ont
fait vivre un Etat par la négation de tous les principes sans lesquels
aucun Etat ne saurait être viable. Il est à remarquer que de toutes ces
utopies, ce sont les deux plus extrava- gantes qui ont eu un
commencement d'exécution, celle d'Owen et celle de Joseph Smith (les
Mormons). On ne peut regarder la famille de Ménilmontant comme un essai
sérieux du saint-simonisme ; M. Victor Considérant, le disciple de
Fourier et le propagateur zélé du système sociétaire, a vainement
sollicité de la république de 1848 les moyens de fonder un petit
phalanstère aux environs de Saint Germain, pour donner aux Parisiens la
douceur de voir de [96] leurs yeux et pour ainsi dire à proximité de
leurs mains, la terre promise. Au contraire, Owen put croire un moment
qu'il avait créé une colonie de communistes à New-Harmony en Amérique et
à Orbiston en Angleterre.

Joseph Smith et son successeur Brigham Young ont fondé deux villes
florissantes. Le Congrès fit marcher une armée contre eux. Ils se
soumirent; mais Brigham Young, resté maître des élections après sa
défaite, imposait sa volonté au gouverneur du nouveau territoire. La
lutte des Mormons contre la puissante république et contre le sens
commun dure depuis un demi-siècle.

M. Louis Reybaud a écrit son livre en 1840, lorsque la réputation de
Proudhon n'était pas encore faite, mais il a publié la septième édition
en 1864. Il est singulier qu'il n'ait pas ressenti le besoin de rendre
sa revue plus complète, en y introduisant un des plus audacieux et des
plus redoutables ennemis de la société. Proudhon avait une autre action
et une autre force intrinsèque que Pierre Leroux. C'est un dialecticien
et un pamphlétaire de premier ordre. Il connaît à fond les questions
d'affaires, et possède, en théologie, une instruction plus sûre que
celle de Pierre Leroux. Ses livres méritent d'être réfutés, parce qu'ils
méritent d'être étudiés. Il excellait surtout à trouver ces formules
courtes et saisissantes, qui restent à jamais dans le souvenir, et qui
renferment toute une philosophie en quelques mots. En voici deux que
connaissent ceux qui ne comprendraient pas la page, mais ils comprennent
à merveille la formule. Quand on supprimerait tous les livres de
Proudhon, il resterait de lui ces deux phrases l'une qui résume la haine
de Dieu « Dieu retire-toi » l'autre qui résume la haine du capital « La
propriété, c'est le vol. » C'est tout Proudhon. A ceux qui lui
imputaient l'athéisme et le communisme sur la foi de ces deux formules,
il répondait « Qu'en savez-vous ? » Vaine protestation, qui ne change
rien à la doctrine, et nous éclaire seulement sur le caractère et les
procédés de l'écrivain. Cet homme, le plus affirmatif des hommes, était
un sceptique. Il ne croyait à rien de ce qu'il voyait, et n'était pas
sûr de croire à ce qu'il pensait. C'est un de ces hommes dont on dit en
le lisant c C'est la logique etla clarté même et dont on dit, quand on a
fermé le livre « Que veut-il dire ? »

M. Louis Reybaud rassemble,en finissant,tous les réformateurs devant
lui, et laissant de côté leurs différences, il leur montre que tous
leurs systèmes reposent sur l'hypothèse suivante L'homme consentiraà
abdiquer sa liberté en toutes choses, même dans le choix et la pratique
d'un état, et il se trouvera heureux dans cette dépendance absolue,
pourvu que le pouvoir auquel il se soumet ne se [97] trompe jamais dans
la répartition des fonctions ni dans celle des bénéfices. » Ils ne se
demandent ni les uns ni les autres comment on obtiendra cette
abdication; ni si elle est possible, ni si elle a quelques chances
d'être durable; ni si l'homme, comblé de tous les biens, mais privé.de
toute liberté,peut-être appelé heureux. Ils ne s'occupent pas non plus
de la désignation du chef de la société. L'apôtre dit, comme Louis XIV «
L'Etat, c'est moi..» Pourquoi vous? Et après vous, qui sera-ce ? Un
dictateur désigné par son prédécesseur? Ou un dictateur élu ? Ou un
dictateur héréditaire ? Sera-ce un homme, ou un collège ? Un collège ou
une caste ? D'où viendra à cet homme, ou à ce collège, ou à cette caste,
l'autorité ? De l'institution divine ? de la tradition de la force ?
Menues questions qui ne méritent pas d'être traitées. On établit en
forme d'axiomes qu'il n'y a pas d'association sans maître, ni de maître
sans toute-puissance et omniscience. Augustin Thierry, qui suivit
quelque temps les idées de Saint-Simon, se plaignit à lui de recevoir.
des doctrines toutes faites et des ordres absolus. < Je ne comprends pas
d'association sans un maître, lui dit Saint-Simon d'un air rogue. Et
moi, répondit Augustin Thierry, je veux être un homme. » Il le quitta.
La société fait comme lui. Elle quitte les socialistes qui ôtent à
l'humanité les sources de la vie.

Nous voulons être des hommes. La condition de l'homme est d'avoir une
famille, unie par les liens étroits du devoir et de l'amour, où il est
tour à tour protégé et protecteur, qui lui donne le bonheur et le reçoit
de lui, pour laquelle il veut travaillera et souffrir, qui lui rend le
travail aimable et lui adoucit, lui ennoblit le sacrifice; de choisir
selon ses goûts et ses aptitudes sa tâche dans l'atelier universel de
garder les fruits de son travail, ou du travail de l'épargne de ses
pères; de puiser, dans cette possession, pour lui et pour les siens, la
sécurité d'abord, et l'indépendance aussi chère que la sécurité ;
d'obéir seulement à la loi qu'il a faite ou consentie, et aux magistrats
qu'il a institués pour interpréter cette loi et la faire exécuter; de
disposer librement de sa pensée; de manifester hautement sa foi devant
Dieu et devant les hommes, à la seule condition de respecter les droits
et la liberté d'autrui. Comme il faut des aliments à nos corps, il faut
à nos âmes, la propriété, la liberté, la foi. Le vrai progrès est de
rendre la famille plus sainte et la propriété plus solide et mieux
répartie, la liberté mieux comprise et plus complète, la foi plus ferme
et plus éclairée. Vous parlez de progrès, et, comme si vous vous étiez
égarés dans la nuit profonde, chaque pas que vous faites dans vos voies
diverses vous ramène à la barbarie. Vous êtes des démolisseurs à faire
trembler, et des réformateurs pour rire.

[98]

Le temps a marché depuis Louis Reybaud. Ses réformateurs s'appelaient
Saint-Simon, Fourier, Bentham, Pierre Leroux. Les nôtres s'appellent.
Mais nous ne nommons ici que les morts, et, parmi les vivants, ceux qui
méritent des prix de vertu. Il faudrait un nouveau Louis Reybaud pour
faire connaître cette nouvelle génération de réformateurs. J'ose dire
qu'elle est inférieure par le talent, et très supérieure par les
qualités d'action. Il y moins d'écrivains et de philosophes, mais il y a
des conspirateurs en quantité. Les gens de M. Reybaud, si on en excepte
Auguste Comte, faisaient tous de la métaphysique, et encore il n'est pas
certain qu'il n'en a pas fait dans son dernier livre ils avaient des
accès de lyrisme quelques-uns, tels que Charles Fourier, étaient à
l'occasion de vrais poètes. ils se livraient à des digressions dans
leurs écrits Fourier aurait dit qu'il se laissaient mener par la
papillonne. Pierre Leroux est l'homme des digressions. Dans son livre,
dans ses discours, dans ses articles, dans sa vie, le principal
disparaît toujours au profit des digressions, qui sont parfois
charmantes. Ils souffraient réellement des souffrances subies à côté
d'eux, ils voulaient y porter remède.

Nous avons affaire à présent à des algébristes qui ne savent ce que
c'est que pitié et sympathie. Pour eux, tout ce qui est sentiment est
faiblesse. La réforme sociale est un problème à résoudre, une bataille à
gagner. Quelques-uns des chefs du parti ont fait des livres leurs
adhérents ne s'en préoccupent guère. Ils ne songent qu'au programme et
au plan. Il faudrait peut-être dire au graphique.Le parti ouvrier, qui
est le collectivisme allemand, compte surtout sur un coup de main, et le
parti possibiliste,qui est, je crois, une de nos gloires nationales,
veut voir avant tout ce que le scrutin pourra lui donner. Je passe sur
les blanquistes et les anarchistes. En un mot, nous n'avons plus devant
nous des maîtres et des disciples, mais des meneurs et des bataillons.
Ils ont à la bouche le mot de Proudhon « Ceci tuera cela » et différent
surtout sur la façon de s'y prendre.

Je ne puis quitter ce livre de Louis Reybaud sans répéter qu'il atteste,
outre le talent, une grande décision d'esprit, et un grand courage
moral, deux qualités bien nécessaires à un historien. il fit de
l'auteur, en 1850, un membre de notre Académie, et je pense qu'il
contribua à le faire député de Marseille en 1846. Il appartint à
l'opposition constitutionnelle dans la Chambre des députés, et ensuite,
comme représentant du peuple, au parti libéral. Il fut membre et
rapporteur de la grande commission chargée par l'Assemblée législative
d'étudier l'état politique et économique de l'Algérie. Son rapport est,
comme on devait s'y attendre, une œuvre très considérable, que les
historiens futurs de notre colonie mettront au rang des documents [99]
les plus importants. Son rôle dans notre Académie fut très laborieux. Il
prenait peu de part à nos discussions; il n'a jamais parlé à la tribune
de la Chambre ; sa modestie et une certaine timidité le retenaient. Mais
ayant été chargé par l'Académie d'étudier la situation morale et
matérielle des ouvriers de la grande industrie en France, il visita
successivement tous nos centres manufacturiers, et publia sur les
industries de la laine, du coton et du fer, des rapports d'une grande
exactitude matérielle, et où l'on retrouve, à chaque page, les traces de
son talent d'observation et de son excellent jugement. On y trouve aussi
les grandes qualités de son style une composition régulière, une
exposition lucide, une clarté parfaite, et tout juste autant d'humeur
qu'il en faut pour donner de l'agrément à la narration sans lui rien
faire perdre de sa gravité. Depuis la mort de M. Louis Reybaud,
l'Académie a confié à un autre de ses membres la tâche de faire une
semblable enquête sur les ouvriers de l'agriculture. J'ose dire que
cette double série de rapports est un service important rendu à
l'économie politique et à la morale. Les deux auteurs ne se sont pas
bornés à décrire. ils sont des maîtres l'un et l'autre ils savent, comme
des maîtres, décrire, juger et conseiller.

"J'aurai fini l'histoire de Louis Reybaud, quand j'aurai dit que nous
l'avons perdu en 1872. Mais vous vous demandez sans doute pourquoi je
n'ai pas parlé du plus retentissant de ses succès, du célèbre, du
mémorable, de l'illustre ./Jérôme Paturot/. Il y a, dans le bagage de
quelques écrivains, une œuvre qui efface toutes les autres, et ce n'est
pas toujours par la supériorité du mérite. On dit l'auteur de Manon
Lescaut, l'auteur de Paul et Virginie. il y a bien autre chose à admirer
que Paul et Virginie dans les œuvres de Bernardin de Saint-Pierre. Plus
d'un auteur s'est désigné lui-même pendant quelque temps par le nom de
son œuvre de prédilection; par exemple, Walter Scott. D'autres ont subi
cette désignation de mauvaise grâce, soit par modestie pour cette œuvre,
soit par orgueil pour une autre. L'auteur des Etudes sur les socialistes
Modernes a été, pour le public, pendant bien des années, l'auteur de
Jérôme Paturot. Le livre se vendait sous toutes les formes, en belles
éditions de bibliothèque, en éditions populaires; on le reproduisait en
feuilletons dans les journaux, on le publiait par livraisons illustrées
et ce qui est la consécration suprême du succès, le nom de Jérôme
Paturot était entré dans la langue courante pour désigner un caractère.
On était un Jérôme Paturot comme on est un père Grandet. Louis Reybaud,
à ce point de vue, a été une des plus grandes victimes de la révolution
de Février. Quand la société dont Jérôme Paturot était [100] la satire
s'est effondrée, Jérôme Paturot a perdu une partie de ses grâces.

Il n'était pas de la force de don Quichotte, qui est éternel, ni même de
celle de Gil Blas. Les folies romantiques de 1830, qui sont tout autre
chose que le romantisme, sont bien loin de nous. Nous ne rions plus des
bonnetiers, et quand ils deviennent députés, nous n'en éprouvons pas le
plus léger étonnement. Ceux mêmes d'entre nous qui ont de glorieux états
de service dans la garde nationale ne se rappellent plus très exactement
ce qu'était cette milice au temps du roi Louis-Philippe. Le roi
lui-même, à la distance où nous le voyons dans l'histoire, ne nous
semble plus matière à plaisanterie. On peut dire de lui que nous le
découvrons de jour en jour, à mesure que les événements se développent.
On riait beaucoup de sa cour, il y a quarante ans. Ce qu'il ly avait de
plus plaisant dans l'affaire, c'étaient les railleries des républicains,
qui lui reprochaient, étant le roi de la bourgeoisie, de vivre un peu
comme un bourgeois. Il n'en était pas moins roi, et même prince, pour
ceux qui savaient regarder, Le rideau est tombé depuis longtemps sur ces
grandes scènes dont le secret n'est pas encore dit, et ceux qui n'ont
vécu que sous Napoléon III ou sous la troisième République, ne peuvent
plus s'intéresser aux tribulations de Jérôme Paturot, comme moi, par
exemple, dont il a été le capitaine.

Et cependant, si la garde-robe est fripée, le personnage est bien
vivant. Au lieu de prendre l'habit à Ménilmontant et d'y prononcer ses
vœux pour cirer ensuite les bottes de la communauté, je suppose qu'il
s'enrôle dans les bataillons de la Commune. Il échappera au conseil de
guerre et deviendra fanatique de M. Thiers après le 24 mai. Il sera
ensuite radical, sans changer d'opinion, tout simplement en suivant la
foule et en regardant où il met le pied. Nous le verrons à la cour ; il
y a moins de broderies qu'à la cour de Louis-Philippe, mais plus de
courtisans, et de plus plats. Une fois là, il se sentira plein de pitié
pour ceux qui ne comprennent pas le génie de son patron, et qui
n'adhèrent pas, à la seule politique dont on puisse attendre le salut de
la France. Je ne doute pas qu'il ne soit ministre, parce que les Paturot
ont eu de l'avancement depuis un quartde siècle ; et Malvina ne se
contenterait pas de parader dans un salon ministériel ; il faut qu'elle
en soit la maîtresse. /Exitus ergo quis est?/ Le Paturot de 1840 était
mis en liquidation, celui-ci sera entraîné dans un krach. Vous le voyez,
je n'ai rien changé. C'est toujours le pantin de M. Louis Reybaud, avec
des ficelles neuves.

Jérôme Paturot n'est pas une bluette d'opposition: c'est un livre. M.
Louis Reybaud qui avait la production facile, donna plus tard avec [101]
.autant de talent et moins de succès, Jérôme Paturot à la recherche de
la meilleure des Républiques. C'était, au fond, une nouvelle édition
revue, corrigée, un peu affaiblie, de la première satire. Ceux qui
liront ses romans s'apercevront aisément qu'il a fait cette satire-là
toute sa vie. Elle est dans Dernier Commis voyageur, dans le Coq du
clocher, dans les /Splendeurs de Narcisse Mistigris./ Toutes les
qualités de ces livres agréables sont réunies dans Jérôme Paturot, qui
peint tous les ridicules d'une époque, et toutes les misères de
l'ambition de bas étage, sans avoir l'air d'y toucher. C'est un livre de
bonne grâce et de bonne humeur, qui a l'heureuse et singulière fortune
de n'épargner et de ne blesser personne.

C'est mon cher et excellent ami M.Vacherot, qui, comme président de
l'Académie, prononça les dernières paroles sur la tombe de notre
confrère. Il dit avec raison qu'il: était parmi nous un des plus
aimables et des plus aimés. Il avait autant de vivacité, de bon sens, de
finesse dans l'esprit que de douceur et d'aménité dans le caractère. Ce
qui nous l'a rendu si cher, c'est sa bonté, cette bonté qui était comme
le fond de sa nature et qui se montrait partout, jusque dans l'ironie
qui était un des agréments de son talent, et dont personne ne s'est
jamais senti blessé.

*JULES SIMON.*

1 <#sdfootnote1anc> 1 Lecture faite dans la séance publique annuelle du
17 décembre de l'Académie des sciences morales et politiques, par le
secrétaire perpétuel, M. Jules Simon.

 
mercredi 3 mars 2010
  saint-martin's teachings
/II. The Constitution of these Beings. /
All bodies are an expression of the three primitive elements, which are earth, water and fire (in their occult meaning.)
Each being has a separate principle by which it exists and acts. All principles are inherently indestructible and simple, and after fulfilling their destiny return to the source from whence they came ; but the forms, which are only the sensuous representations of the action of these principles, cease to exist after the principle which caused them ceases to act. There remains no original matter.
Each principle is the generator of its corporeal form, and as each has its peculiarity of character, an individual or a species cannot change its nature, but must retain the original number, which determines its character.
There are general as well as special principles of matter, for even the smallest particle of matter contains a principle, which is an indivisible homogeneous unity. General principles differ only from special principles according to their quantity and duration of action. Their action is only one.
Each Being has the character of its special principle impregnated on its form and action, and moreover each being has a certain inherent number, and all beings, those that are thinking as well as those that are only active, interrelate and correlate according to numeric laws. All their principles are only either higher or lower potencies of the all-creating unity of infinity, and their natural position and time of action depend on their respective proximity to or remoteness from the same.

*III. — THE CONSTITUTION OP THE UNIVERSE. *

The life and existence of all beings are dependent on a continuous influx of the infinite, and the Universe is based upon seven invisible primitive motors or primitive forms, amongst which are divided the various divine powers. They are the seven colors of primitive light, or so called seven stars around the throne of Deity, which will at the re-establishment of Divine unity be reunited and produce a light whose power will be seven times stronger. In the realm of the spiritual everything is good and pure, in the realm o the sensual governs the evil. All evil is caused by one evil principle, but this evil principle is neither infinite nor eternal. It was originally good and emanated from the infinite good. By attempting to establish a unity of its own it became dark, because it deprived itself of the necessary influence of the divine light by a perverted use of its will, and became the cause of sensuality to which its influence is limited. By this principle and its continuous antagonistic action (contraction), the intellectual world becomes purified and the great work of regeneration accomplished. Its power never affects the pillars of creation, and its whole activity consists in combating the pure agents of the divine light inside the orbit of sensuality, like a heavy mist, which impedes the rays of the sun without preventing the projection of his rays.
Extension of the supremacy of the infinite, and concentration in unity is the object and aim of all divine, spiritual and physical action. Divinty manifests its perfection to individual beings to withdraw them from death, by infusing them with life, and all individuals manifest their tendency to unity in the same manner, by exercising their own powers for the good of other beings exterior to themselves, and thereby assisting in the great work of regeneration.

Everything in Nature has a certain /Number, Measure, and Weight/. Number appoints activity, Measure determines the same and Weight gives it the impulse for realisation. According to these are constituted the unchangeable and characteristic marks of distinction of individual existences with their appropriate organs. The realm of the Intellectual contains not only the original types of everything sensuous, but there is also contained in it (and in it only) the pure, unmixed and unchangeable truth, such as can be comprehended by the reason of man. As the visible and invisible are intimately connected, therefore truth and error in the intellectual plane are necessarily combined with truth and error in the realm of objectivity.
There is no actual procreation in the realm of the intellectual, no fathers and mothers, which can only be found in the region of the sensuous, and for this reason the physical parent cannot be the father of the intellectual germ of his children. In the intellectual sphere the Above always verifies and attracts the Below y so that every one receives each of his good thoughts and aspirations every day directly from the primitive fountain of truth ; but in the realm of the physical the opposite law holds good. The earth like Saturn of ancient mythology eats her own children.
There is no other sensuous world than the visible one. Visibility, the periphery of evil, came into existence through the sensualisation of the invisible universe by the action of certain germinal principles. This invisible world, which is still hidden in the visible one, could be discovered by man if he were able to draw the veil from visibility and to examine the same. The phenomenon of sensuosity is not based upon a certain basic substance, but upon certain primal elements, which are immediately connected with the higher powers; of creation, or upon an invisible and original /fire/, from which are evolved the three /visible elements of Fire/ /Water and Earth/ ; but which cannot be derived from one single material essence or be reduced to the same ; because the qualities by which they are distinguished from each other are essentially different. Fire belongs especially to the animal, water to the vegetable and and earth to the mineral kingdom. There can be only three elements. If there were four, the visible world could not perish ; because- its perishableness is based upon this tertiary of sensuosity. Air does not belong to the material elements, but is a more potent and powerful organ of the originally active fire and its function is to transmit the vital forces to the bodies. From the union and combination of those three elements result /bodies/. The real "/corporification/" however requires certain means for sensualization, in which consists the link between principles and action, and they are called by the alchemists Mercur, Sulfur and Salt. They are in exact proportion with the three elements and are the vehicles of their principles, and according to the preponderance of one or another element in the process of corporification is it determined, whether the resultant body will belong to one kingdom or to another.

There are consequently three things necessary for the process of creation or reproduction in the realm of sensuosity.
1. The united activity of the principles, of which one acts from the interior to the exterior and another from the exterior to the interior. These active and reactive impulses must meet together, if something ought to come into existence, and they give us a necessary and universal law for the whole creation ; because in the realm of /Intellectuality/ as well as Sensuosity, there is everywhere the same antiphony to be found.
2 The action of an active as well as /thinking cause/ which governs the above double action. This is to our reason the true " Principium reale, and the laws of sensuosity are the results of this action, and without a consideration of these laws it is impossible to form a clear conception of Nature. This principle of Intelligence does not furnish the germs of the bodies, but vivifies the same ; it does not invest man with physical or intellectual powers, but governs and illuminates the same ; and whenever this principle ceases to act, dissolution beings. This active and intelligent cause can be known and is realized by everyone who has sufficient purity to perceive the same.
All the changes in the visible universe are determined by the actions and counteractions of its four cardinal points, and the contentions of the elementary principle are directed by the active and intelligent cause which is its centre and circumference.

*III.— Man*

 
mardi 2 mars 2010
  saint-martin's teaching
*The following is an attempt to extract the substance of St. Martin's
teachings in a compact form.*

I. — DEITY.
All that our Theosophists teach, in regard to the fountain of all being, is based upon the conception of the divine unity of the sacred " Three." The highest being, considered as a unity, is the eternal and continuous spring and source of all thinking and immaterial principles, the root of all universal numbers, the first and only cause, the centre from which all life and the powers of all beings continually emanate and to which they return.

The Trinity are not one in Three, but Three in One ; containing in itself Action and Reaction, Christ — which means the divine principle of Wisdom and a pure substance, flowing from God to Man and called in the holy writ the Spirit of God, or the Holy Ghost.
The infinite sum of divine powers and qualities is based upon a number, for which man has no quotient, their expressions are the book of visible and invisible nature. Two of these necessary qualities are Goodness and Freedom. According to the first one he cannot be the cause of the existence of the Bad, and according to the latter it is its own Law, and consequently its own freedom differs entirely from that of the creatures.
The divine action is not creation out of nothing ; but an indivisible and continuous Emanation or Eradiation out of itself. Each of these emanations is indestructible, because the Deity emanates only principles and not compounds. All principles emanate from the same source either direct or indirect.
The direct emanations are the thinking, the indirect, the unthinking ones.
The whole activity of the Deity consists in revealing its attributes, which are infinite, like numbers or powers. Independent of time it reveals itself by those who dwell in it ; dependent on time by those who, although emanating from it, are not itself.

*II. — THE UNIVERSE. *
The whole system of our Theosophists is based upon a threefold division ; /The Divine, the Intellectual, and the Sensuous/. They speak of three squares of equal signification. The /divine square/, the seat of divinity, the /intellectual square/] encompassing the various orders of spirits, and the /sensual square/, containing all that belongs to the visible world.

/I. The living chain of Beings which form the Universe, and their inter-relations./
From the source of all life to the smallest germ of matter exists an uninterrupted progression, a radiation of primitive light, a chain of potencies, which flow from unity, the basic root of all numbers.
Beings are generally divided into /thinking/ and /non-thinking/ beings. The first ones are either only intellectual, that is pure spirits, or also of an animal nature, which means, they are conscious of life and activity, or they may be only active like the principles cf sensuality.
1st. Thinking beings are the first and second potentiality of the all-creating universal terminus and possess a common affinity ; because thought can only be common to one class of beings, and the whole realm of the Intellectual consists, like the prophetic rainbow around the throne of God, of so many radiations and reflections cf the divine light
They are divided into three classes : —
A. /Divine Beings/, of which man in his primitive condition was one, Their activity suffers no suspension, they are above the laws of time.
B. /Pure Spirits/ without a grossly material covering — formerly, man's servants, now bis superiors and benefectors. They govern man by their pure influences, and they suffer suspensions, being subject to the laws of time. They are the second class of being and it is the highest aim of earthly man to become one like them (Dhyan Chobans ?) It is difficult for them to approach man, but man can find them at every step he makes in his upward progression.
C. /Mixed Beings/. Besides man, who is the last link in the chain of intellectual beings, there are still other beings, who have a double nature, an intellectual and a sensual one and who, more than pure spirits, are adapted to approach man in his state of degradation (Elementals ?) The author does not consider it advisable to speak of these in detail.

2nd. /Unthinking Beings/, whose life and activity is limited to the sensual. They have no intellect, and all their actions tend only to the acquirement of material comfort and well-being. (Animals, plants and minerals.)

/II. The Constitution of these Beings. /
<#sdfootnote1anc>

to be continued?

 
Vous trouverez dans ces pages des informations sur l'ésotérisme en général mais plus particulièrement sur le Martinisme, la Franc-Maçonnerie et les Thérapies spirituelles.

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